• Place de l’eau dans le Plan Maroc Vert



    Colloque Maghrébin sur l’eau, l’Aménagement du Territoire et le Développement Durable
    Résumé de la communication « Place de l’eau dans le Plan Maroc Vert »


    Le Maroc a adopté en avril 2008, une nouvelle stratégie pour le développement de l’agriculture baptisée le «Plan Maroc Vert». Cette stratégie, qui a pour ambition de faire de l’agriculture un moteur de la croissance de l’économie nationale, s’articule autour de 2 piliers:
    (i) le développement d’une agriculture moderne à haute valeur ajoutée et
    (ii) la mise à niveau d’une agriculture sociale et solidaire pour la lutte contre la pauvreté.
    et de mesures transverses pour lever les contraintes au développement de l’agriculture notamment les contraintes liées au foncier à l’eau…

    Pour faire face à la raréfaction croissante des ressources en eau le Plan Maroc Vert et la Stratégie nationale du secteur de l’eau ont adopté un Programme National d’Economie d’Eau en Irrigation (PNEEI) qui s’inscrit dans la composante transverse du Plan Maroc Vert. Même si l’économie d’eau dans le secteur de l’irrigation au Maroc est ancienne, ce programme présente la particularité d’être préparé dans un contexte particulier caractérisé par:

    Sur le plan de l’offre en eau : un contexte hydrique de plus en plus contraignant

    -Toutes les études et réflexions sur la planification des ressources en eau entreprises ces dernières années (Etude du Plan National de l’Eau-2004, Débat National sur l’Eau-2006 Etudes d’actualisation des PDAIRE encours, Etudes et stratégies d’adaptation aux changements climatiques….) confirment la tendance lourde à la raréfaction des ressources en eau au Maroc. Cette tendance est particulièrement critique dans les bassins de l’Oum Rbia, du Tensift, du Souss Massa et de la Moulouya qui représentent environ 67 % des superficies irrigables en grande hydraulique;

    -La saturation de la ressource en eau dans les bassins hydrauliques sus mentionnés où les possibilités de mobilisations de nouvelles ressources sont pratiquement marginales voire contre productives si on intègre l’évaporation des retenues des barrages dans le bilan hydrique ;

    -La surexploitation des ressources en eau des principaux aquifères régionaux(Souss, Haouz, Saiss, ….) menacent un potentiel productif de près de 440 000 Ha.

    Sur le plan de la demande en eau : une augmentation de la demande en eau et une concurrence sur les ressources en eau conventionnelles

    - la montée en puissance de la demande en eau agricole dans la plupart des bassins hydrauliques où les
    superficies aménagées ont pratiquement atteint leur potentiel et où les ressources en eau mobilisées
    accusent des déficits en eau structurels depuis près d’une décennie par rapport aux prévisions des plans
    directeurs d’aménagement intégré des ressources en eau (PDAIRE) ;

    - Les restrictions des ressources en eau dans les bassins de la Moulouya, de l’Oum Er Bia(Tadla, Doukkala, Tessaout), du Tensift(Haouz central), du Souss Massa sont exacerbées par les fortes augmentations des demandes en eau potable des agglomérations urbaines et des grands projets touristiques et de golfs dont les demandes en eau ne sont pas prévues par les PDAIRE
    particulièrement pour les villes de Marrakech, Agadir, Oujda /Nador /Saidia ….

    A l’évidence, l’agriculture irriguée est le secteur le plus impacté par les restrictions d’eau de par « l’effet de ciseau » de l’augmentation imprévisible de la demande en eau potable (qui bénéficie de la priorité en terme d’allocation en situation de pénurie) d’une part et de la tendance à la baisse des apports d’eau aux barrages d’autre part. En d’autres termes, toutes les restrictions sont répercutées sur l’agriculture irriguée avec toutes la panoplie d’impacts négatifs sur la productivité des cultures, le taux d’intensification cultural, ….qui se traduisent in fine par des impacts négatifs sur les niveaux de production et sur les revenus agricoles, la réduction des opportunités d’emplois en milieu rural, l’accélération de l’exode vers les villes.

    Dans un contexte hydrique aussi tendu, le concept d’économie d’eau revêt un caractère particulier. En fait, il s’agit de sauvegarder le potentiel productif des périmètres d’irrigation qui ont toujours constitué des pôles de création de richesses et d’emplois pour des régions entières et pour l’économie nationale. La sauvegarde de ces périmètres d’irrigation passe non seulement par l’adoption des techniques d’irrigation les plus économes en eau mais surtout par le développement des systèmes de mise en valeur agricoles qui valorisent au mieux les ressources en eau limitées. En effet, le véritable gisement d’économie d’eau dans des situations de stress hydrique se situe au niveau de l’amélioration de la productivité et de la valorisation de l’eau. En d’autres termes, il s’agit de produire d’avantage de richesse (de production agricole, de valeur ajoutée, d’emplois..) par m3 d’eau.
    Dans ce sens, le PNEEI a introduit plusieurs innovations en ce qui concerne l’approche et les leviers pour promouvoir l’économie d’eau et sa valorisation:

    Gestion efficient, productive et durable des ressources en eau

    Dans un contexte de ressources en eau limitées et en forte régression et des ressources en eau souterraines surexploitées, un des enjeux Est de sauvegarder le développement durable de grands bassins de production agricoles menacés par l’épuisement des ressources en eau.

    - Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics ont exprimé la volonté d’accélérer la modernisation des
    systèmes d’irrigation. Cette volonté politique implique de nouvelles approches concrétisées dans le cadre du PNEEI par les projets de modernisation collective des systèmes d’irrigation dans les périmètres de grande hydraulique. Il s’agit pour l’Etat d’agir par :
    (i) non seulement les incitations financières aux promoteurs individuels des projets d’économie
    d’eau qui ont montré leurs limites dans les périmètres de grande hydraulique puisque à peine 34.900 ha sont convertis à l’irrigation localisée soit à peine 5 % des superficies aménagées par les soins de l’Etat depuis plus de 2 décennies ;
    (ii) mais surtout par la création des conditions hydrauliques et de mise en valeur favorables à la reconversion aux techniques d’irrigation économes en eau et à la modernisation globale des systèmes de production. A l’évidence, il ne s’agit pas de moderniser de façon autoritaire les systèmes d’irrigation au risque de déresponsabiliser les agriculteurs qui sont les acteurs clé dans ce processus de modernisation.
    Les solutions à rechercher sont probablement autant sociales qu’économiques et techniques, à travers notamment un changement volontaire où les pouvoirs publics jouent un rôle de catalyseur pour aider les agriculteurs à moderniser leurs systèmes de production et garantir leurs revenus tout en valorisant les ressources en eau limitées qui leur sont allouées. Il s’agit d’impulser  une triple mutation et transformation de l’agriculture irriguée : une modernisation des systèmes d’irrigation pour les adapter aux exigences de l’irrigation localisée, une transformation des systèmes de production vers des systèmes à plus haute valeur ajoutée et une modernisation des instruments de gestion et de gouvernance de l’eau dans le sens de la responsabilisation accrue des parties prenantes vis-à-vis des réseaux d’irrigation, de la conduite de l’irrigation et de la ressource en eau souterraine (gestionnaires des réseaux d’irrigation, des agriculteurs…..)
    - C’est pour s’assurer de l’adhésion des agriculteurs au processus de modernisation collective que le PNEEI a introduit l’approche partenariale et participative. Cette approche commence par une analyse de la demande sociale des agriculteurs pour bien comprendre les contraintes à l’adoption des techniques économes en eau et à la valorisation de l’eau et pour leurs apporter les réponses adéquates et se termine par une contractualisation tripartite entre l’Etat, les agriculteurs et les opérateurs de l’aval agricole pour réduire les risques et donner la visibilité suffisante aux acteurs(agro-industries, chaînes de commercialisation, …)

    - La modernisation de l’agriculture irriguée sera désormais conçue dans le cadre d’une vision globale
    qui intègre la recherche et la promotion de la valorisation des productions agricoles dans les bassins
    de production. En effet, seule une stratégie cohérente à tous les niveaux est capable de conduire au succès espéré. Cette stratégie touche tous les niveaux du problème et nécessite des innovations non seulement sur les plans économiques et techniques toujours mis en avant, mais aussi en matière
    d’ingénierie socio institutionnelle.

    Le conseil agricole et l’accompagnement des agriculteurs dans cette transformation profonde des systèmes de production et de conduite de l’irrigation est cruciale, car ce qui est recherché dans ce processus de transformation c’est l’amélioration de la productivité de l’eau et par là le revenu de l’agriculteur.   

    En effet, seule une stratégie cohérente à tous les niveaux est capable de conduire au succès espéré. Cette stratégie touche tous les niveaux du problème et nécessite des innovations non seulement sur les plans économiques et techniques toujours mis en avant, mais aussi en matière d’ingénierie socio institutionnelle.






    PORTEE DU PROGRAMME

    Le PNEEI vise la reconversion à l’irrigation localisée de près de 550.000 ha en 15 ans comprenant :
    - les périmètres de grande hydraulique(GH) : 395 090 ha dont les reconversions collectives concerneront une superficie totale de 218 000 ha. Dans ces périmètres d’irrigation qu’il s’agit d’accélérer la modernisation les systèmes d’irrigation collectifs pour déverrouiller les contraintes de productivité et de valorisation de l’eau ;
    - les zones d’Irrigation individuelle privée (IP) : 160 000 ha correspondant à 50% de la superficie irriguée en gravitaire. Dans ces zones, il s’agit d’actionner les nombreux leviers tant financiers, incitatifs, institutionnels…pouvant être mis en place pour augmenter le rythme de reconversion à l’irrigation localisée.
    Au terme de la réalisation de ce programme, la superficie convertie en irrigation localisée atteindra près
    de 700 000 ha, soit environ 50% de la superficie équipée pour l’irrigation.

    CONSISTANCE DU PROGRAMME
    Le programme s’articule autour de cinq composantes:
    1. les modernisations collectives des périmètres de grande hydraulique (y compris la mise à niveau
    des réseaux d’irrigation);
    2. les modernisations individuelles ;
    3. la valorisation des productions agricoles;
    4. le renforcement du conseil technique ;
    5. et d’autres mesures d’accompagnement telles que simplification des procédures d’octroi des aides
    financières de l’Etat, l’organisation des professions qui interviennent dans le secteur, la
    normalisation..etc

    Le coût global du PNEEI est estimé à près de 37 Milliards de Dirhams comprenant aussi bien 30Milliards de Dirhams pour les investissements physiques et 7 Milliards de Dirhams pour les mesures
    d’accompagnement institutionnelles, de renforcement des capacités…..

    EFFETS ATTENDUS DU PROGRAMME

    Les principaux effets attendus du PNEEI portent sur:
    - l’économie d’eau de 20 à 50% par réduction des pertes d’eau évitables tant au niveau des réseaux de
    distribution qu’au niveau de l’application de l’eau à la parcelle, permettant ainsi de réduire à terme les
    déficits des zones irriguées enregistrés au niveau des périmètres de GH de près de 700 Mm3/an et de près de 740 Mm3/an dans les zones d’irrigation privée;
    - la réduction de la vulnérabilité de l’agriculture irriguée aux changements climatiques à travers une meilleure maitrise des ressources en eau et une réduction des pertes ;
    - l’augmentation de la productivité de l’eau de 10 à 100% selon les cultures ;
    -l’augmentation de la valorisation de l’eau de près 114% pour atteindre au terme du programme
    environ 5,12 Dh/m3 au lieu de 2 Dh/m 3;
    - l’augmentation significative des revenus agricoles ;
    - l’augmentation de la production agricole nationale et la contribution au rééquilibrage de la balance
    commerciale alimentaire ;
    - le maintien des emplois menacés par la raréfaction des ressources en eau et la création de nouveaux
    emplois.




    Mots clés   : Eau bénéfique aux cultures, réduction des pertes, productivité de l’eau, valorisation de l’eau, économie d’eau.

    Key-words: beneficial water use, water wastages and losses, water productivity, economic water productivity, water conservation, water saving.
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