• Pollution et économie : La difficile gestion de l’eau par l’OCP


    Pollution et économie : La difficile gestion de l’eau par l’OCP


    L’OCP aura besoin de plus en plus d’eau pour accompagner le développement de sa production au Maroc. S’il cherche réellement à minimiser son impact sur les ressources en eau du pays, le groupe procède encore à des épandages d’eau polluée à proximités des mines.
    La nouvelle unité de production d'engrais, l'African Fertilizer Company, a été inaugurée début février. (c)OCP
    La nouvelle unité de production d'engrais, l'African Fertilizer Company, a été inaugurée début février. (c)OCP
    « Le site de Jorf Lasfar était alimenté par le barrage de Daourat et consommait 30 millions de m3 par an jusqu’à 2008. Aujourd’hui, avec le développement du site, les besoins en eau sont énormes », a rappelé Brahim Ramdani, directeur du site de Jorf Lasfar pour le Groupe OCP. Premier producteur et exportateur mondial de phosphates, il devrait plus que doubler sa consommation d’eau d’ici 2025, passant de 66 millions de m3 en 2010 à 160 millions de m3. Cette consommation accompagne le développement des activités du groupe au Maroc. Le plan 2008-2020 prévoyait un investissement de 130 milliards de dirhams. Actualisé à l’échéance 2025, l’investissement final a été porté depuis près de 200 milliards de dirhams.
    Problème ; la majeure partie de l’activité industrielle de l’OCP – Jorf Lasfar, Guantour et Khouribga - s’exerce dans le bassin hydrologique de l’Oum Er Rbia déjà très sollicité. « L’Oum Er Rbia est un bassin riche en ressources hydriques renouvelables avec plus de 3.600 Mm³, soit un quart des ressources du Maroc (25%), indique l’équipe de recherche Hydrosciences dans une étude « évaluation qualitative et indentification des sources de pollution du bassin versant de l’Oum Erbia » parue en 2013 dans le Larhyss Journal, mais ce bassin est aussi celui qui qui concentre « la plus large demande en eau du Maroc (4,25 milliards de mètres cubes, soit 35% de la demande totale en eau du Maroc), selon l’Agence de bassin », ajoute-elle.
    Station de dessalement de Jorf Lasfar
    Une consommation additionnelle de 70 millions de m3/an, comme le prévoit l’OCP sur l’axe Khouribga-Jorf Lasfar en 2025 (et en faisant même abstraction des mines de Gantour) représenterait à elle seule 20% de l’eau potable et industrielle consommée annuellement sur la totalité du bassin hydraulique. Impensable.
    L’OCP a donc développé un plan de gestion de ses ressources en eau. « A terme, les prélèvements depuis le barrage de Daourat seront arrêtés. En 2020-25, le site de Jorf Lasfar aura besoin de 60 millions de m3 par an et ils seront totalement pourvus par la station de dessalement de l’eau de mer dont la première phase de 10 millions de m3 a été achevée », explique le directeur du site de Jorf Lasfar.
    Si les mines de Khouribga ne consommaient encore en 2008 ‘que’ 10 millions de m3 par an directement prélevés sur la nappe phréatique de Tadla, elles devraient utiliser à termes, 50 millions de m3 par an. « 5 millions de m3 viennent d’ores et déjà des eaux domestiques épurées par la station d’épuration de Khouribga, et 45 millions de m3 par an seront prélevés dans le barrage de Aït Messaoud », indique Brahim Ramdani. Selon ce plan, 60% de l’eau consommée par les installations industrielles de l’OCP sera d’origine non conventionnelle en 2025. A cette date, ces installations ne puiseront dans les ressources conventionnelles – et exclusivement de surface - que 5 millions de m3 de plus par an qu’en 2008.
    13 millions de m3 de rejets en 2006
    Si le numéro un mondial de la production et de l’exportation de phosphates s’étend donc très librement sur sa consommation d’eau, il ne dit rien de ce qu’elle advient au terme du processus industriel. « Dans la zone d’action de l’agence du bassin hydraulique d’Oum Er-Rbia, la pollution est due surtout aux industries implantées dans la nappe de Beni Amir et dans celle de Beni Moussa. La quantité annuelle des rejets est évaluée à près de 16 millions de mètres cubes dont 13 millions proviennent des rejets OCP et qui sont stockés dans des bassins d’épandage », estimait l’Agence du bassin hydraulique de l’Oum Er Rabia en 2006/7. Les bassins d’épandage, qui permettent de réutiliser une partie de l’eau, sont placés à la sortie des usines de lavages des phosphates.
    Les flux bruts de pollution des mines de phosphates et de la chimie des phosphates dans le bassin représentaient avant 2005 417 027 EqH (Equivalents hommes). C’est-à-dire qu’ils étaient équivalaient aux rejets d’une ville de 417 000 personnes, deux fois plus grande que la ville actuelle de Khouribga. Ils représentaient ainsi, en termes de pollution, près de 40% de tous les flux bruts de pollutions émis par l’activité industrielle du bassin, selon un document rendu public à l’occasion d’une conférence organisée par le Réseau international des Organismes de bassins, en mars 2005.
    « Impacts modérés et sévères »
    En 2011, Environmental Resources Management France, en collaboration avec la société marocaine d’ingénieurs-conseil Clean Tech, a réalisé pour le compte de l’OCP une étude d’impact liée à l’ouverture de 3 nouveaux sites d’exploitation minière et d’installation de laverie. Ses résultats ont été rendus publics par la BEI qui a participé au financement du projet et établissent que ces eaux polluées épandue par l’OCP près des usines de lavages ne sont pas sans effets.
    « La plupart des impacts identifiés ont été évalués comme ayant une sévérité négligeable ou mineure. Néanmoins, la sévérité des impacts suivants a été considérée comme modérée et majeure : les eaux de surface : le défrichement du site et de la végétation perturbe le milieu naturel en affectant le ruissellement, les écoulements et le drainage naturel d’une part et en apportant des matières en suspension d’autre part ; et les Eaux souterraines et qualité des sols : la présence de bassins d’épandage, et l’imperméabilisation et la compaction des sols entraînent une baisse de l’infiltration ainsi qu’une diminution de la tranche protectrice du sol non saturée et de son pouvoir épurateur », conclut l’étude.

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