• Sénégal: L'eau et l'assainissement à l'école, facteurs de scolarisation et de développement

    Sénégal: L'eau et l'assainissement à l'école, facteurs de scolarisation et de développement





    La mise en place d'un jardin scolaire constitue une activité ludique de sensibilisation des élèves à la gestion et l'utilisation de l'eau.
    En concertation avec les acteurs locaux et avec le soutien de partenaires français, depuis 2007 l'association française Le Partenariat intervient dans les écoles de la région de Saint-Louis au Sénégal, pour y développer l'accès à l'eau et à l'assainissement et améliorer les pratiques d'hygiène des élèves.
    En région de Saint-Louis, au Sénégal, malgré les efforts de l'Etat et des collectivités locales, le taux d'accès à l'eau potable et à l'assainissement des populations est l'un des plus faibles du pays1. En milieu scolaire, c'est environ 60 % des écoles qui ne bénéficient d'aucun équipement.

    L'environnement scolaire et la fréquentation des écoles sont intimement liés : outre l'évidence des besoins en termes de capacité d'accueil et de salles de classe, l'absence d'équipements spécifiques (accès à l'eau, sanitaires, clôture, etc.) peut être facteur de déscolarisation et d'échec. Le déficit d'infrastructure favorise non seulement l'apparition et la diffusion de maladies contagieuses encore très répandues (choléra, paludisme, etc.), mais il rend extrêmement précaires les conditions d'apprentissage des élèves. Au Sénégal, on estime la consommation quotidienne d'un élève (hygiène et boisson) à 10 litres d'eau par jour. Rapportée à un établissement, cette quantité d'eau, qui paraît difficile à mobiliser, décourage les élèves et leurs parents. L'absence de sanitaires incite les familles à retirer leurs enfants de l'école, principalement les jeunes filles.

    L'accès à l'eau et à l'assainissement constitue un vecteur de développement et un levier de scolarisation. Cette vision est partagée et promue par l'Etat sénégalais dans sa politique éducative. A travers le Programme décennal de l'éducation et de la formation 2000-2010, qui vise à favoriser la scolarisation des enfants issus des milieux pauvres et des filles, les autorités prévoient de «de faciliter l'approvisionnement en eau dans les zones pauvres, et de contribuer au développement de l'hygiène à l'école…». Vu l'ampleur de la tâche à l'échelle nationale, un tel projet nécessite l'implication de l'ensemble des partenaires: collectivités locales, acteurs de la coopération, associations, etc.

    Afin de définir les actions nécessaires, Le Partenariat s'est appuyé sur les cadres de concertation qu'il a mis en place et qui regroupent l'ensemble des acteurs concernés dans les départements d'intervention : l'inspection d'académie de Saint-Louis, les inspections départementales de Dagana et de Podor (IDEN), le service régional de l'hydraulique, le service de l'hygiène et les districts sanitaires. Il a ainsi été décidé de travailler sur trois activités :
    – fournir un accès à l'eau et à l'assainissement aux écoles en étant dépourvues ;
    – mettre en place des mesures d'accompagnement et de valorisation des équipements ;
    – sensibiliser les élèves à l'hygiène dans les écoles.

    Une forte mobilisation des acteurs locaux
    En association avec l'agence de l'eau Artois Picardie, les partenaires de la coopération décentralisée (conseil général du Nord, conseil régional Nord-Pas-de-Calais, ville de Saint-Laurent Blangy) et la société des eaux du Nord, les premières activités ont débuté en 2007 et, depuis, trente-quatre écoles et près de 5 000 élèves ont bénéficié des résultats du programme.
    Sa mise en œuvre s'appuie sur une forte mobilisation des acteurs locaux, que ce soient les collectivités locales, les inspections d'académie, les associations de parents d'élèves, les enseignants et les élèves, à tous les degrés de la réalisation du programme : pilotage, coordination, mise en œuvre, suivi, évaluation et pérennisation.

    Les cadres de concertation départementaux pour l'éducation permettent aux acteurs de réfléchir chaque année en amont du programme et de définir les écoles qui bénéficieront des activités. Des études techniques sont alors con­duites dans chacun des établissements afin de déterminer la nature des aménagements à réaliser et leur faisabilité. La liste des interventions est ensuite confirmée par les inspections départementales de l'Education nationale, puis les opérations sont placées sous la maîtrise d'ouvrage des collectivités ciblées.

    Un comité qui regroupe la collectivité locale, l'association des parents d'élèves, l'IDEN et Le Partenariat est mis en place. Il assure le suivi et la réception des travaux.
    Ceux-ci consistent en général à relier l'école au réseau d'AEP disponible dans la localité, puis à réaliser une borne-fontaine équipée de deux robinets et d'un bac de récupération des eaux. Pour l'assainissement, le modèle de sanitaires fourni est celui correspondant aux normes standards de l'Education nationale : des latrines deux fois double-cabines avec un mur de séparation entre filles et garçons.

    La sensibilisation à l'hygiène et à l'environnement intégrée à l'enseignement
    A travers l'accès à l'eau et à l'assainissement, des actions de sensibilisation à l'hygiène et à l'environnement sont développées dans chacune des écoles d'intervention, au bénéfice des élèves mais également des populations environnantes.
    Lors du démarrage du projet, les enseignants participent à un atelier départemental, où leur sont présentés des messages destinés aux élèves. Un guide pédagogique référentiel, élaboré en concertation avec les IDEN, sert de support en vue d'intégrer ces enseignements dans les cursus scolaire.

    Des animations et des activités sont également organisées au sein des établissements: pièces de théâtre, causeries/débats, journée mondiale de l'eau, concours de dessin, etc.
    La sensibilisation à l'eau et à l'environnement est développée à travers la réalisation de projets ludiques et pratiques d'accompagnement: réalisation de haies vives afin de clôturer les écoles, mise en place de jardins scolaires, actions de reboisement. Un appel à projets est lancé et chaque établissement propose des actions autour des critères suivants : originalité, utilisation durable de l'eau, intérêt pédagogique, impact environnemental, etc.
    Suite à l'élaboration du cahier des charges des interventions, des conventions et des contrats, signés avec les collectivités locales et les associations de parents d'élèves, comportent la prise en charge des factures d'eau, la gestion et l'entretien des infrastructures. Ces engagements garantissent une plus grande durabilité des investissements.

    Dans chaque école, des brigades de l'hygiène sont dotées en matériel (seaux, gobelets, etc.). Elles sont composées de représentants de l'association des parents d'élèves, du directeur et des enseignants. Elles sont chargées de la bonne gestion des équipements hydraulique et de leur entretien, mais également d'assurer le suivi et la continuité du programme d'hygiène instauré.

    La confiance renouvelée de partenaires impliqués
    Au Sénégal, le programme s'appuie sur une forte mobilisation des acteurs locaux. En France, cette implication est relayée par la confiance de partenaires investis : agence de l'eau Artois Picardie, conseil général du Nord, conseil régional Nord-Pas-de-Calais, ville de Saint-Laurent-Blangy, société des eaux du Nord. Ces partenaires contribuent, depuis son lancement, à faire évoluer le programme et renouvellent leur soutien.

    Après trois années de mise en œuvre, les éléments de résultats, d'évaluation et la concertation avec les différents partenaires incitent à pérenniser et à étendre le projet, afin de toucher le maximum de bénéficiaires. Pour ce faire, certains défis restent à relever :
    – les moyens d'actions actuels sont insuffisants pour apporter une solution d'accès à l'ensemble des écoles de la région;
    – l'absence de données sectorielles spécifiques, d'instrument de planification, de coordination et de suivi;
    – la multiplicité des formes possibles d'un projet d'adduction d'eau pour une école (en fonction de l'existence ou non du réseau, de sa distance, etc.);
    – le manque d'indicateurs de mesure des résultats et d'impacts des interventions proposées.

    Le Partenariat propose ainsi de réaliser une étude sectorielle sur l'accès à l'eau et à l'assainissement dans les écoles, afin de matérialiser de manière exhaustive la situation dans la région de Saint-Louis. Il s'agira notamment de mettre à disposition des acteurs (autorités locales, services étatiques, partenaires de la coopération, acteurs locaux, etc.) des données sectorielles sur l'accès à l'eau et à l'assainissement dans les écoles de la région de Saint-Louis (état des lieux, besoins et con­traintes du secteur, perspectives) et ainsi de favoriser leur implication pour démultiplier et vulgariser ce programme.

    Corentin Dufour
    Le Partenariat
     

    Mobiliser la quantité d'eau nécessaire à sa consommation quotidienne devient rapidement une difficulté pour les élèves des écoles non reliées au réseau.

    Cérémonie lors de la journée mondiale de l'eau
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