• le monde rural au Maroc


    Au Maroc,  le monde rural a toujours occupé un poids socio-économique important. Il pèse environ 20 % du PIB, recèle 43 % des actifs du pays, assure plus de 72 % des besoins en céréales du pays, 87 % des besoins en lait et 100 % en viandes ou encore en fruits et légumes. C’est dire l’importance du monde rural pour un développement intégré du pays. Toutefois, occupant plus de 90 % de la superficie du Royaume, le monde rural accuse un retard notable en termes d’indicateurs de développement (faiblesse des infrastructures, enclavement, faible accès aux services de base, précarité, analphabétisme).
    Ces faiblesses structurelles, la pauvreté et les sécheresses qui affectent de temps en temps le Royaume, ont fortement contribué à l’exode rural.
    Ainsi, alors qu’en 1956, 70 % des Marocains vivaient en milieu rural, sous l’effet surtout de l’exode rural, les régions rurales du Royaume représentent, selon le dernier recensement de 2014, moins de 40 % de la population marocaine, estimée à 33,84 millions d’habitants. En effet, le monde rural compte désormais 13,42 millions d’habitants. Cet exode a fragilisé les équilibres vivriers dans la mesure où l’accroissement considérable du nombre de consommateurs urbains ponctionne une part importante des forces vives de l’agriculture qui continue à assurer plus du tiers des emplois du pays.
    Face à cette situation et à travers le nouveau découpage administratif, l’Etat souhaite garantir à chaque région le minimum en termes de ressources naturelles, humaines, urbanistiques et économiques valorisables, ainsi que d’infrastructures nécessaires à son développement. La répartition du pays en 12 régions, 17 wilayas, 62 provinces, 13 préfectures et 1 503 communes, dont 1 282 communes rurales, soit 85 % des communes du pays, vise à aider les entités territoriales à réaliser leur développement et à consacrer la politique de proximité. Cette volonté vient s’ajouter aux politiques menées depuis deux décennies par l’Etat dans le but d’atténuer le désenclavement et la faiblesse de l’accès aux services de base du monde rural. Des politiques ont permis de réaliser des avancées considérables.
    Projets lancés pour désenclaver le monde rural
    Ainsi, l’enclavement étant considéré comme l’un des principaux obstacles du développement du monde rural, plusieurs projets ont été initiés par l’Etat au cours des 20 dernières années pour réduire les disparités entre le monde urbain et le monde rural. C’est ainsi qu’a été lancé en 1995 le Programme National des Routes Rurales -PNRR1- (1995-2005) qui a permis la réalisation de 11 236 km sur la période, portant le taux d’accessibilité du monde rural à 54 %. Ces réalisations ont conduit à la mise en place du PNRR2 sur la période 2005-2012, étendu à 2015, avec, à la clé, la réalisation de 14 300 km à fin 2014 et le désenclavement de 3 millions d’habitants. Ces deux programmes ont ainsi permis la réalisation de plus de 25 500 km linéaires de routes rurales en deux décennies et porter le taux d’accessibilité à 80 %, contribuant à la réduction des disparités entre les provinces.
    Raccordement en eau et électricité
    Outre l’enclavement, les populations du monde rural souffraient de l’accès à l’eau potable et à l’électricité. En matière d’accès à l’eau potable, l’Etat a mis en place, en 1995, le Programme d’Approvisionnement Groupé en Eau potable des populations Rurales (PAGER). Grâce à ce programme, le taux d’accès des populations rurales à l’eau potable est passé de seulement 14 % en 1994 à hauteur de 94 % en 2013, permettant d’assurer la couverture à 12,6 millions d’habitants. Ce processus de généralisation d’accès à l’eau potable dans le monde rural sera poursuivi avec l’objectif d’atteindre un taux de 96,5 % en 2017.
    Dans le même sillage a été lancé en 1996 le Programme d’Electrification Rurale Global (PERG) visant à généraliser l’accès des populations rurales à l’électricité. Cette politique a permis de faire passer le taux d’électrification du monde rural de 18 % en 1995 à 98,99 % en 2014 et le Gouvernement table sur un taux de 99,7 % à l’horizon 2017. Le désenclavement et l’accès des populations à l’eau et à l’électricité au niveau du monde rural ont contribué à la réalisation de plusieurs projets qui ont permis le développement de la production d’huile d’olive, d’huile d’argan et autres produits du terroir. Si la mise en place des infrastructures de base (routes, accès à l’eau et à l’électricité) a permis de réduire les disparités entre le monde urbain et le monde rural, il n’en demeure pas moins que la précarité est restée très prépondérante en milieu rural. De même, l’accès à l’école et à la santé reste loin d’être généralisé.
    Actions menées par l’INDH
    Face à cette situation, Le Roi Mohammed VI a lancé en 2005 l’Initiative Nationale du Développement Humain (INDH). Une initiative d’envergure qui vise à lutter contre la pauvreté et l’exclusion en s’attaquant aux déficits sociaux de base (éducation, santé) et promouvoir les activités génératrices d’emplois et de revenus stables. Les principaux secteurs ciblés par l’INDH sont la santé (construction de centres de santé, acquisition d’ambulances, logements pour les équipes médicales…), l’éducation (construction d’écoles, construction de logements pour les enseignants), l’eau potable, l’électricité, les routes et les activités génératrices de revenus. L’INDH a permis la réalisation de plusieurs objectifs. Durant la période 2005-2010, 22 000 projets et actions de développement, dont 3 700 activités génératrices de revenus, ont été concrétisés au profit de plus de 5,2 millions de bénéficiaires. Les projets mis en œuvre dans le cadre de cette initiative ont mobilisé des investissements de 14,1 milliards de dirhams dont une contribution de l’INDH de l’ordre de 8,4 milliards de dirhams. Une partie importante des projets réalisés sont relatifs au programme de lutte contre la pauvreté en milieu rural. Pour la période 2011-2015, plus de 18 000 projets ont été réalisés ou lancés au profit de 4 millions de personnes et 4 300 activités génératrices de revenus ont été créées. Cette seconde phase cible 702 communes rurales et 532 quartiers urbains. Globalement, si des avancées notables ont été obtenues au cours de ces dernières années, il n’en demeure pas moins que le fossé entre le rural et l’urbain demeure encore important. Face à cette situation, la Stratégie Nationale de Développement Rural (SNDR) a été mise en place. Celle-ci dissocie le développement rural et le développement agricole et propose d’aborder le développement rural en respectant un certain nombre de principes comme la participation des acteurs locaux, la territorialisation et l’intégration des actions de l’Etat.
    Rachid Alaoui
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