• L’AGRICULTURE MAROCAINE MENACÉE

                                  L’AGRICULTURE MAROCAINE MENACÉE

    Changements climatiques. L’agriculture marocaine, ce secteur vital pour l’économie nationale, qui occupe près du cinquième du PIB, qui assure l’autosuffisance alimentaire du pays dans de nombreux domaines et qui emploie près de 40% de la main d’œuvre, est sérieusement menacée par les effets des changements climatiques. Des mesures préventives s’imposent si on veut éviter la catastrophe. par S.ALATTAR

    Les effets des changements climatiques commencent à se faire sentir partout dans le monde. Ce n’est plus un débat théorique qui oppose les experts partisans de la théorie des cycles et ceux partisans des changements irréversibles. C’est une réalité vécue au quotidien par des populations qui souffrent des inondations à répétition, des typhons et cyclones aux effets de plus en plus dévastateurs, de la montée des eaux dans les terres basses de la planète, de la raréfaction des précipitations et de l’augmentation des températures. En Afrique la disparition progressive de la mousson d’été et la raréfaction des eaux du Lac Tchad, poussent des dizaines de millions d’agriculteurs à l’émigration. Ce phénomène n’épargne pas, malheureusement le Maroc, l’un des rares pays africains, qui a développé une politique agricole, mais dont la production se trouve aujourd’hui menacée par les effets à long terme du réchauffement climatique et qui font peser des menaces sur la pluviométrie, les réserves d’eau, l’irrigation, les cultures fruitières et maraîchères et la pêche.
    Selon les experts des Nations-Unies, les températures au Maroc vont connaître une augmentation moyenne de l’ordre de 1,1° à 1,6° entre 2017 et 2030, de 1,6° à 3° en 2050 et de 3° à 4,1° en 2080. Ce qui inquiète les experts, c’est le rythme de progression du réchauffement. En 60 ans, le taux d’augmentation des températures sera presque multiplié par quatre passant de 1,1 en 2017 à 4,1 en 2080. La conséquence immédiate de ce phénomène est la diminution des précipitations. Selon les mêmes experts, le volume global des pluies va baisser de -14% en 2030, de -30 % en 2050 et de -36% en 2080.
    Cette baisse du volume des pluies va entraîner un stress hydrique qui va s’aggraver dans un contexte d’augmentation de la population et d’urbanisation accélérée. Actuellement, l’agriculture consomme près de 90% des ressources hydrauliques, contre 10% pour les villes. Cette répartition va connaître à l’avenir des transformations en profondeur. La rareté des précipitations va entraîner des conflits d’usage entre l’eau destinée à la consommation et l’eau destinée à l’irrigation et les pouvoirs publics vont devoir arbitrer entre les priorités : assoiffer les villes pour irriguer les plantes ou dessécher les champs pour donner à boire aux villes, ou multiplier les investissements pour trouver des sources d’eau alternatives ( le dessalement des eaux de mer, mobiliser les eaux des nappes profondes, construire de nouveaux barrage pour retenir les eaux).
    Les impacts des changements climatiques sur l’agriculture marocaine sont considérables et incalculables. Les experts de la FAO, dans un récent rapport, considèrent qu’en raison de l’augmentation des températures, de la forte réduction des précipitations et de la multiplication des sécheresses, les rendements des principales cultures vont connaître à l’avenir des réductions significatives. Parmi les cultures qui seront sévèrement touchées, figurent le blé et le maïs dont les rendements vont connaître des baisses progressives. De même, les températures élevées vont perturber les cultures sous serre, notamment dans la pleine du Souss, où les agriculteurs commencent déjà à éviter de semer en période de grande chaleur, ce qui a gravement déstabilisé leurs business plans. De même, le changement climatique va provoquer l’apparition de nouveaux parasites et des variétés végétales de type tropical et qui sont caractéristiques des climats chauds. La production animale sera également affectée, puisqu’elle est liée au niveau des températures, à la nature des pâturages et à l’abondance des herbes. Les forêts et les milieux naturels ne seront pas épargnés. L’observation de certaines zones forestières montre que la surface des forêts ne cesse de reculer et le phénomène des feux de forêt qui sont devenus plus fréquents, ne fait qu’aggraver la situation.
    Les transformations du monde rural sous l’effet des changements climatiques, vont probablement renforcer l’exode rural avec des conséquences incalculables sur l’ordre social. Chassé de leur terre par les sécheresses successives et la désertification des sols, les ruraux vont venir gonfler les bidonvilles et les douars clandestins déjà saturés, ce qui risque d’aggraver les problèmes des villes : chômage, transports déficients, insécurité, terrorisme, voire déstabilisation politique…
    Un autre milieu naturel qui est gravement menacé par le réchauffement climatique, est le littoral qui est devenu l’axe principal autour duquel se structurent les villes et toutes les activités productives du Maroc. Plus de 70% de la population urbaine et près de 80% des activités industrielles sont concentrées le long des 3500 Km de côtes méditerranéennes et atlantiques. Avec le réchauffement de la planète et la montée des eaux, tous ces établissements humains et toutes ces zones industrielles se trouvent directement menacées… Compte tenu du caractère crucial de cette problématique qui touche à la vie quotidienne de plus de 15 millions de Marocains, «Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC)» considère qu’il est urgent d’évaluer les impacts du réchauffement climatique sur le littoral marocain, d’analyser les risques, d’explorer les scénarios d’évolution pour identifier les moyens d’y remédier. Pour les experts du GIEC, une attention particulière devra être accordée à l’évaluation des stocks de pêche et à l’identification des espèces menacées par les changements climatiques en cours. Les experts de la Banque mondiale ont déjà estimé que le Maroc subit chaque année, un manque à gagner de près de 600 millions de dollars qui est dû à la dégradation du littoral.
    Source : challenge
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