• Politique de gestion des ressources en eau et équité hydraulique

    Politique de gestion des ressources en eau et équité hydraulique

    Cas des bassins du Souss et du Dra (Sud Marocain)

    El Hassane El Mahdad, Lekbir Ouhajou, Lhoussaine Bouchaou et Houria Tazi Sadeq

    Introduction

    1En matière de ressources en eau, le Maroc est considéré parmi les pays privilégiés au niveau du monde arabe dont une bonne partie du territoire se situe en zones arides et semi-arides. Les facteurs expliquant cette particularité sont nombreux : les potentialités hydriques ont été considérées pendant longtemps suffisantes en comparaison avec le poids démographique du pays ; ces mêmes potentialités ne font pas l’objet de litiges avec les États voisins ; les objectifs de la politique adoptée en matière d’aménagement et de gestion des ressources en eau sont atteints et la couverture des besoins stratégiques en eau est relativement assurée.
    2Mais, si l’effort accompli en termes de gestion des potentialités hydrauliques est mondialement reconnu, « l’équité hydraulique » n’est pas instaurée pour autant. Les sécheresses subies par notre pays ces dernières années ont démontré la sagesse de la politique suivie, mais elles ont révélé également les fortes disparités qui caractérisent l’accès à l’eau. Certes les actions de développement accomplies en matière d’aménagement hydraulique ont couvert une part importante des besoins de l’irrigation, tout comme elles ont réduit les carences accumulées en matière d’approvisionnement en eau des villes et des activités urbaines, mais pour atténuer les écarts multidimensionnels marquant l’accès aux services de l’eau, il reste encore beaucoup à faire. Les inégalités d’accès à l’eau sont d’autant plus graves qu’elles contribuent directement ou indirectement à la prolifération de la pauvreté et de l’exclusion et à la persistance des facteurs de marginalisation et de crise sociale. Ces inégalités constituent enfin des contraintes sérieuses pour le développement humain.
    3Pour contribuer au débat sur « pauvreté hydraulique et crises sociales », la présente communication se propose de traiter des aménagements hydrauliques mis en œuvre dans les bassins du Souss et du Dra moyen dans le Sud marocain, considérés sous l’angle de l’accès à l’eau et de l’équité hydraulique.

    Le Souss-Massa-Draa : un ancien espace hydraulique en mutation

    Des ressources en eau relativement abondantes

    4Située au centre du territoire national, la région du Souss-Massa-Dra, apparaît comme une région à l’image du paysage hydrologique du Maroc. Malgré sa situation méridionale, la configuration de son relief et l’agencement de sa géologie lui permettent de se doter d’un potentiel hydrologique et hydrogéologique relativement abondant, de l’ordre de 2 milliards m3, soit le 1/10 des ressources nationales mobilisables.

    Carte 1. Région Souss-Massa-Draa1
    Carte 1. Région Souss-Massa-Draa1

    Tableau 1. Potentiel hydrologique et hydrogéologique du Sous-Massa-Dra (Mm3)
    Tableau 1. Potentiel hydrologique et hydrogéologique du Sous-Massa-Dra (Mm3)
    Source des données : Agence du Bassin hydraulique du Souss-Massa, Agadir.

    Les eaux superficielles : les apports et leurs caractéristiques

    5Les ressources en eau superficielle locales sont tributaires de l’écoulement de deux principaux systèmes hydrographiques, l’oued Souss-Massa et l’oued Dra, dont l’apport global moyen annuel est estimé à plus de 1,3 milliard m3. Les deux systèmes connaissent une variabilité importante liée à un régime d’écoulement de type thermopluvial marqué par une fréquence assez importante de cycle d’années de sécheresse.
    6Le Souss-Massa comprend deux principaux oueds : oued Souss et oued Massa.
    7Avec une superficie de plus de 16 000 km2, l’oued Souss assure un débit moyen annuel de 420 Mm3. Il prend naissance à partir du Jbel Toubkal, point culminant de l’Afrique du Nord à 4 165 m, pour drainer les versants sud-ouest du Haut Atlas et ceux de l’Anti-Atlas septentrional, et ce avant d’atteindre l’océan Atlantique au niveau de la ville d’Agadir après avoir parcouru une distance de plus de 260 km.
    8L’oued Massa alimenté par les reliefs de l’Anti-Atlas, constitue une ressource non négligeable dans la région car les eaux issues de ce bassin après leur stockage dans le barrage Youssef Ben Tacheffine, sont utilisées pour l’irrigation du périmètre des Chtoukas et tassila et pour l’alimentation en eau potable de la ville de Tiznit et ses environs
    9L’oued Dra prend naissance au niveau du massif de Tichka à l’est de Toubkal et du « Massif de Megoun » dans le Haut Atlas central à des altitudes allant de 3 000 à 4 000 m. Il représente le système hydrographique le plus long du pays sur une distance de 1 200 km. Les géographes y distinguent trois sections différentes :
    • le Haut Dra ou le domaine des grands affluents (Dadès, Ouarzazate et Ait Douchen), drainant les versants méridionaux du Haut Atlas central et le versant nord de l’Anti-Atlas ;
    • à partir du site de Ouarzazate, ces affluents s’associent en un drain principal qui traverse les assises géologiques assez durs de l’Anti-Atlas oriental en formant une succession de gorges et de dépressions s’étalant jusqu’à Mhamid, constituant ainsi le Dra moyen. C’est au niveau de ces dépressions, appelées « feïjas », que sont logées les oasis de Dra qui se présentent comme « un collier de six perles dont le fil de jointure est constitué par le lit de l’oued Dra » ;
    • le Bas Dra constitue la section la plus longue et la plus aride de ce système hydrographique. Éloigné des cimes enneigées du Haut Atlas, ce tronçon du Dra connaît un écoulement sporadique et reste tributaire des perturbations locales.
    10Le régime d’écoulement des deux systèmes est globalement saisonnier et très influencé par un climat à caractère méditerranéen ; l’écoulement se concentre dans l’hiver, froid et humide, tandis que l’étiage coïncide avec l’été chaud et sec. Cet écoulement prend la forme de crues de grande envergure, pouvant drainer la majorité des apports annuels en eaux superficielles pendant une période où la demande en eau est relativement limitée.
    11La manifestation des crues représente un événement hydrologique capital dans la zone, elles contribuent à l’alimentation des aquifères locaux.

    Un potentiel hydrogéologique dominé par la nappe du Souss

    12Le même contexte morpho-structurel qui offre des conditions d’interception de l’humidité des perturbations atmosphériques, permet de constituer des situations d’apparition d’aquifères dont le plus important est la nappe de la plaine du Souss.
    13Coincée entre le Haut Atlas et l’Anti-Atlas, la plaine du Souss fonctionne comme un fossé de subsidence polarisant les formations superficielles et les eaux émanant de ces chaînes montagneuses qui l’encadrent.
    14La nappe de la plaine du Souss est une nappe libre ouverte sur l’océan Atlantique, c’est un système souterrain renouvelable étroitement tributaire du régime climatique et du régime hydrogéologique locaux. Son volume global est d’environ 40 milliards m3, mais sa recharge moyenne annuelle est évaluée à 400 millions de m3 environ, soit le 1/5 du potentiel hydraulique régional global et les 2/3 du potentiel hydraulique souterrain régional.
    15L’alimentation de la nappe de la plaine du Souss se fait principalement à partir des eaux de ruissellement et surtout à partir des eaux des crues du réseau hydrographique relativement dense et localement à partir des eaux de pluie. L’alimentation à partir des nappes souterraines limitrophes des montagnes ou à partir des nappes profondes reste limitée du fait des conditions géologiques non convenables et du fait de l’aridité de l’Anti-Atlas. Par contre, les sorties naturelles d’eau de cette nappe sont représentées par l’évaporation qui s’intensifie pendant l’été, la série de résurgences le long du lit de l’oued Souss actuellement asséchées, et par une partie des eaux qui trouve son chemin vers l’océan.
    16Le bilan de la nappe du Souss reste irrégulier à cause de l’importance de la variabilité climatique, mais depuis quelques décennies, ce bilan est devenu négatif de façon continue du fait de la surexploitation de cet aquifère et de la diversification de ses usagers.
    17En dehors de la nappe du Souss, le potentiel hydrogéologique régional reste très limité. Les résultats de prospection des nappes profondes ne sont pas encourageants, les aquifères découverts à ce jour sont de petite taille ou de qualité médiocre à part le turonien qui montre localement un artésianime. Les eaux mobilisables sont représentées par des nappes phréatiques discontinues attachées aux alluvions étalées autour des lits d’oueds comme celui du Dra moyen, mais il s’agit plus d’inferoflux que de réserves d’eau souterraines.

    De l’aménagement hydraulique traditionnel à l’ère de la grande hydraulique

    18Par leur capital hydrique relativement important et par leur situation en marge du vaste domaine aride que représente le Sahara africain, les bassins du Souss-Massa-Dra sont dotés de tous les éléments nécessaires à l’apparition d’une vie sédentaire depuis des temps immémoriaux, et au façonnement d’un espace hydraulique originel basé sur l’irrigation. La prospérité des oasis de la vallée du Dra et des vergers du Souss est signalée pratiquement dans tous les textes et les sources de l’histoire du Maroc et des régions voisines.
    19De nos jours, malgré les éléments de crise qui le marquent, ce territoire continue toujours à occuper une place distinguée à l’intérieur du paysage hydraulique national. Trois phases principales marquent l’histoire hydraulique de la région.

    Le système de gestion traditionnelle des eaux

    20Le système hydraulique dit « traditionnel » est basé principalement sur l’irrigation. Les besoins en eau non agricoles étaient assez limités et ne posaient pas de problèmes d’accès. Selon les conditions naturelles locales deux paysages agricoles irrigués se sont développés : le Dra moyen et le Souss. Ces deux paysages diffèrent par leurs systèmes de production, mais ils sont assez identiques dans leur système de gestion des ressources en eau.
    21Pour le Dra, l’aridité du climat, d’une part, et l’arrivée plus ou moins régulière des eaux de crues de l’oued, d’autre part, offrirent les conditions favorables pour l’apparition des oasis de la vallée du Drâa moyen. Il s’agit d’une série d’oasis étalées sur une distance de 140 km entre Ouarzazate et Mhamid El Ghozlane. Le palmier dattier occupe une place capitale dans la structuration du paysage et de l’économie agricole locale.
    22Dans la vallée du Souss-Massa, l’augmentation du niveau de l’humidité dans cette zone ouverte sur l’Atlantique, la manifestation des crues d’un réseau hydrographique plus étoffé et la présence d’une nappe libre ont favorisé le développement d’un paysage agricole irrigué, ce paysage est constitué d’une nébuleuse de périmètres irrigués organisés autour de seguias dérivées des lits des oueds Souss et Massa de leurs affluents. L’absence ou le retrait du palmier dattier est compensé par l’olivier.
    23Les eaux utilisées dans les deux bassins sont gérées d’une manière collective depuis la collecte et la mobilisation jusqu’à la distribution en direction des parcelles. Les eaux souterraines locales font l’objet d’un usage individuel par le biais des puisages qui prennent une grande ampleur au niveau de la plaine du Souss.

    Les changements de l’époque coloniale

    24Les interventions coloniales durant la première moitié du xxe siècle ont profondément bouleversé l’ordre hydraulique en place. Dans leur action, les autorités coloniales s’étaient plus intéressées à la création d’un secteur irrigué moderne qu’à la réhabilitation du secteur traditionnel existant.
    25Dans le cadre de cette action, et compte tenu de l’importance des potentialités souterraines de la plaine du Souss, un nouveau secteur irrigué dit « moderne » basé sur le pompage thermique est installé, imposant de ce fait une concurrence déloyale au secteur existant.
    26En une durée relativement courte, allant de la deuxième guerre mondiale à la fin de la colonisation en 1956, l’évolution du secteur d’irrigation moderne a connu une montée vertigineuse non seulement en termes de superficies plantées, mais aussi en dotation en eau. Les besoins en eau des spéculations de ce secteur, constituées principalement d’agrumes et de primeurs, dépassent de loin ceux du secteur traditionnel.
    27Aussi avant même la fin de la colonisation, le rabattement de la nappe et ses conséquences hydrauliques et sociales ont-ils commencé à se manifester dans plusieurs zones au niveau de la plaine du Souss.
    28En dehors de cette action, les interventions de l’État dans le secteur traditionnel au niveau de la vallée du Souss comme au niveau de la vallée du Dra étaient limitées. Ces actions n’ont pas dépassé le niveau d’imperméabilisation de portions de réseau d’irrigation ou de tentatives d’organisation des agriculteurs. De même, l’alimentation des groupements humains ruraux et des villes en eau potable n’a pas bénéficié des mêmes efforts que ceux consacrés à l’irrigation moderne.
    29Durant cette même période, des études de sites de barrages pour la préparation de la rentrée du Maroc à l’ère de la grande hydraulique ont été élaborées, mais la mise en œuvre est ajournée à la période de l’indépendance.

    Les interventions de l’État national

    30Au lendemain de l’indépendance, les autorités nationales ont adopté l’aménagement hydraulique comme un outil d’aménagement du territoire, un levier du développement économique et social du pays et, enfin, un moyen susceptible de faire face et de dépasser la réalité complexe héritée de l’époque coloniale.
    31De ce fait, l’État était dans l’obligation d’affronter une situation difficile exigeant de mobiliser les ressources en eau nécessaires pour répondre aux besoins de développement, de satisfaire à la demande en croissance continue et de réduire le déficit accumulé en matière d’eau potable, de couvrir les besoins des nouveaux usagers tels que l’industrie et le tourisme, d’écrêter les eaux des crues et de protéger les équipements et les groupements humains contre les inondations, de couvrir les besoins pour l’abreuvement du bétail…
    32Dans ce cadre, tous les grands projets hydrauliques impulsés par l’État marocain ont été pratiquement conçus pour répondre à ces objectifs, en plus de la création des activités génératrices de revenus, dans une perspective de fixation des populations rurales, de lutte contre l’exode rural, d’amélioration des recettes de l’État en devises, par l’exportation de la production agricole, et d’intégration des zones marginalisées dans le tissu économique et l’amélioration des conditions de vie de leurs habitants.
    33C’est dans cette prospection d’une politique de planification territoriale destinée à amoindrir les disparités régionales qu’il faut replacer les grandes interventions de l’État au profit de la région du Souss-Massa-Dra, à partir de la fin des années 1960, pour atteindre des objectifs diversifiés en fonction de la situation de chaque bassin versant ; celui du Souss-Massa a bénéficié de plus d’intérêt que celui du Dra.
    34Dans ce contexte, l’aménagement hydro-agricole de la vallée du Dra fut entamé en 1969, date de lancement des travaux de la construction du barrage Mansour Eddahbi sur l’oued Draa. Cette retenue, mise en service en 1972, et d’une capacité initiale de 560 Mm3, est conçue pour collecter les apports du bassin du Haut Dra en vue de réguler leur restitution aux oasis situées en aval selon les besoins et sous forme de lâchers d’eau dans le lit de l’oued contrôlé. Notons que dernièrement une partie des eaux de la retenue est prélevée pour répondre aux besoins en eau potable de la ville de Ouarzazate en pleine expansion.
    35Pour la gestion des eaux régularisées et pour l’amélioration de l’encadrement agricole, la réalisation de la retenue et des équipements corollaires fut précédée par la création, dès 1966, de l’Office régional de mise en valeur agricole d’Ouarzazate.
    36Mais les interventions les plus substantielles ont été réalisées au niveau du bassin du Souss-Massa où une politique d’eau à objectifs multiples fut adoptée. Les barrages construits jusqu’à présent sont au nombre de huit de taille différente et d’une capacité totale de retenues normales d’environ 850 Mm3. Leurs réserves d’eau sont destinées à l’irrigation de nouveaux périmètres agricoles, à la sauvegarde des périmètres agricoles en difficulté, à l’alimentation de la nappe du Souss surexploitée ou exclusivement à l’approvisionnement des villes en eau potable.
    37En plus de la réalisation de barrages, la vallée du Souss a bénéficié d’une action de réhabilitation des périmètres irrigués traditionnels souffrant de la raréfaction des eaux sous l’effet des sécheresses et surtout de la surexploitation du potentiel souterrain local.
    38Enfin, pour assurer un encadrement agricole de proximité un Office régional de mise en valeur agricole (ORMVA-SM) fut créé dès la fin des années 1960.
    Tableau 2. Barrages réalisés dans le Souss-Massa-Dra
    Tableau 2. Barrages réalisés dans le Souss-Massa-Dra
    Sources : Agence du Bassin hydraulique du Souss-Massa, Agadir ; Conseil supérieur de l’Eau et du Climat, documents de la 9è session, Agadir.
    39En dehors du secteur agricole étatique, le secteur irrigué moderne privé initié par la colonisation et basé sur le pompage des eaux de la nappe du Souss, a continué à se développer avec une certaine tolérance de la part des autorités hydrauliques. La superficie de ce secteur ne dépassant pas 20 000 ha avec une dotation en eau de 120 Mm3 à la veille de l’indépendance a atteint en 1995 plus de 50 000 ha avec une dotation en eau de 300 Mm3, soit 50 % du total de la superficie irriguée et 50 % des dotations en eau d’irrigation de tout le bassin du Souss-Massa.
    40Le processus d’approfondissement des puits et de poursuite délibérée du niveau de la nappe par les agriculteurs pour conserver leur dotation en eau, n’a pas abouti uniquement à un destockage de la nappe du Souss estimé actuellement à un volume de 4 milliards de m3, mais il a entraîné également l’exclusion d’une tranche importante des exploitants dont les terres se sont retrouvées dans une situation perchée au-dessus du niveau piézométrique qui était auparavant à la portée des moyens techniques et financiers de ces exploitations. Cette nouvelle catégorie de paysans sans eau est à ajouter à celle des paysans sans terre.
    41Aujourd’hui, après cette longue et riche expérience en matière d’aménagement hydraulique, il est opportun de considérer l’action accomplie en termes d’accès à l’eau et d’équité hydraulique dans ces confins arides et semi-arides du pays. Deux cas précis serviront à l’illustration de notre propos : la vallée du Dra ayant bénéficiée des eaux du grand barrage Mansour Eddhahbi et la plaine du Souss où la compétition autour de l’eau est arrivée à un stade critique.

    L’équité hydraulique entre l’intervention de l’État et l’ordre communautaire : cas des oasis du Drâa moyen

    L’État régulateur, une réhabilitation partielle du réseau hydraulique du Drâa

    42La vie humaine dans la vallée du Drâa se distribue en un chapelet de 6 oasis s’égrenant sur environ 200 km le long du Drâa moyen, entre les montagnes de l’Atlas et les confins sahariens. L’agriculture, principale activité économique de la population, est synonyme d’une irrigation séculaire assurée par un immense réseau de seguias façonné de part et d’autre du lit de l’oued Drâa.
    43Partout règne la micropropriété, mais bien plus que la terre c’est l’eau qui manque. Par sa rareté, l’eau passe avant la terre dans la hiérarchie des facteurs de production. On comprend dès lors que parmi les difficultés de cet oued oasis, le problème de l’eau constitue le souci majeur de la population.
    44En relation avec ces conditions globalement défavorables, cette région a très peu suscité l’intérêt de l’économie et des autorités coloniales. Il a fallu attendre les années 1970 pour voir s’instaurer lentement une politique nationale de planification territoriale destinée à amoindrir les disparités régionales. Les régions présahariennes telles que la vallée du Dra profitèrent alors de la politique des barrages en vue d’atténuer les déséquilibres entre les régions et tenter d’intégrer cette zone marginale dans le tissu économique national.
    45Dans ce contexte l’aménagement hydro-agricole de la vallée du Drâa fut entamé en 1969, date de lancement des travaux de la construction du barrage Mansour Eddahbi sur l’oued Drâa. Cette retenue, mise en service en 1972, constitue la pièce maîtresse d’un schéma hydraulique comprenant en outre : 6 barrages de dérivation, un réseau de 400 km de canaux principaux, secondaires et de liaison, et l’intégration de près de 90 prises et seguias traditionnelles comme réseau tertiaire et quaternaire. Le lit de l’oued tient le rôle de canal adducteur sur une distance de près de 200 km. La capacité totale initiale de la retenue est de 560 Mm3, elle permet la régularisation d’un volume moyen annuel de 250 Mm3 destiné à l’irrigation d’environ 26 000 ha.
    46En se référant aux années d’exploitation écoulées, ce grand barrage a largement contribué à la régularisation du régime de l’écoulement annuel du Dra en capitalisant les hautes eaux de l’hiver pour les restituer plus tard en été, la menace des crues et des étiages est ainsi atténuée.
    47De même cette intervention de l’État, comme ordre régulateur, a permis d’atténuer le poids des irrégularités interannuelles de l’écoulement, marqué par l’alternance de séquences d’années humides et d’années sèches. Mais face aux longues séquences d’années sèches, la portée régulatrice du grand barrage est limitée, l’eau reste et restera une denrée rare et irrégulièrement accessible dans ce milieu.

    Le partage et l’accès à l’eau, le poids de l’histoire

    48Le volume des eaux régularisées par le grand barrage constitue une amélioration certaine et indéniable des disponibilités en eau de la vallée. Mais, pour autant, le problème de l’eau demeure ici la préoccupation majeure, en d’autres termes cependant : une difficile gestion des eaux mobilisées.
    49Dans le propos qui nous occupe, on retiendra surtout que l’effort qui a présidé à la réalisation technique de l’œuvre (barrages et réseaux modernes) n’a pas eu son équivalent quant à l’organisation sociale de l’irrigation. Dans ce domaine on se retrouve d’abord en présence de près de 90 communautés d’irrigation formées chacune par les membres d’un plus ou moins grand nombre de villages dont les terres sont desservies par un même réseau d’irrigation – la seguia – qui représente ici l’élément de cohésion dans les communautés en question.
    50Dans le cadre de l’intervention de l’État, ces communautés ont été tout récemment converties en Associations d’usagers de l’eau agricole (AUEA), mais sans remettre en cause le fonctionnement interne des communautés ni les droits d’eau acquis et reconnus par l’État. .
    51En considérant cet espace hydraulique sous l’angle de partage et d’accès à l’eau d’irrigation, son fonctionnement est encore en effet totalement régi par les règles ancestrales impliquant des inégalités dans les priorités et dans les droits relativement aux personnes physiques et morales.
    52Dans ce sens, le partage de l’eau de l’oued entre les seguias successives de la vallée est réglé par un simple « compromis » entre les différentes communautés sur le principe de la « priorité absolue de l’amont sur l’aval ». Ce principe donne « droit » à chaque communauté/seguia de prélever du lit de l’oued une quantité d’eau, équivalente, en réalité, au maximum de ce que cette seguia peut dériver. En période de faible débit – ce qui est souvent le cas – les seguias situées en amont prélèvent alors les rares disponibilités en eau de l’oued réduisant ainsi à néant l’écoulement vers l’aval et, partant, les communautés concernées se retrouvent exclues de leurs droits d’eau ou tout simplement du droit d’accès à l’eau. Ce principe de la priorité de l’amont sur l’aval aggrave la distorsion entre les disponibilités et les besoins en eau et consacre, par conséquent, une inégalité de partage entre les communautés d’une même vallée.
    53En cas d’urgence (sécheresse extrême), l’entremise d’une haute instance religieuse ou politique permet de transgresser provisoirement ce principe d’inégalité d’accès à l’eau pour éviter la confrontation entre les communautés de l’amont et celles de l’aval.
    54À l’intérieur du secteur desservi par chaque seguia, les règles de cheminement de l’eau jusqu’aux parcelles se particularisent, mais en termes de partage nous retrouvons des inégalités d’accès à l’eau, voire même des situations d’exclusion du droit à l’eau d’irrigation.
    55Pour illustrer ces faits, nous nous référons à la répartition des droits d’eau dans la grande seguia Beni Ali desservant le finage de 19 villages de la vallée.
    Tableau 3. Seguia Beni Ali : répartition des parts d’eau, branche d’Aghla-Ou-Mrade
    Tableau 3. Seguia Beni Ali : répartition des parts d’eau, branche d’Aghla-Ou-Mrade
    Note* Kharouba : unité de temps utilisée pour évaluer les parts d’eau. Source : Ouhajou, 1996.
    56Notons tout d’abord l’importante catégorie des non-propriétaires, soit près de 15 % de ménages exclus de droit à l’eau d’irrigation, ce qui représente tout de même beaucoup pour le moyen de production de première importance qu’est l’eau dans une région saharienne. Parmi les propriétaires, les inégalités sont très fortes, le rapport est de 0,9 à 29,5 au niveau de la propriété moyenne. Dans le détail, les chiffres sont largement suffisants pour conclure que la répartition de l’eau est marquée par une concentration des droits d’eau aux mains d’une minorité de propriétaires, doublée de leur pulvérisation aux mains d’une écrasante majorité de propriétaires sans oublier les exclus des droits d’eau et donc du droit à l’eau.
    57Une répartition aussi inégale n’est plus pour surprendre. C’est une caractéristique générale à la campagne marocaine, non réductible à la vallée du Dra. Pourtant dans cette contrée, cette inégalité de partage doit retenir notre attention d’une façon particulière, non seulement du fait qu’elle porte sur un élément vital, l’eau, mais parce qu’elle découle d’une évolution historique et d’un cadre social particulier : la hiérarchie sociale et ses implications pratiques dans l’appropriation des moyens de production en général et des droits d’eau en particulier. Les investigations réalisées dans ce domaine ont clairement démontré à quel point la structure de la propriété de l’eau confirme la relation entre le statut social des familles et leur richesse ou pauvreté en eau d’irrigation (Ouhajou, 1996).
    58Ce lourd héritage historique vient se mêler de façon prégnante à la situation actuelle du fait de la lente désagrégation des structures sociales, notamment dans le domaine agraire, et surtout en raison de la non-intervention de l’État pour remettre en cause les « droits d’eau » traditionnels, en dépit des énormes investissements consentis pour l’aménagement hydro-agricole de la vallée.

    Épuisement des eaux souterraines et équité hydraulique : cas de la nappe du Souss

    L’histoire de l’exploitation d’une nappe

    59Malgré l’accélération de l’exploitation de la nappe libre du Souss par l’introduction du pompage depuis l’époque coloniale, le véritable processus d’épuisement de cette précieuse source d’eau n’a commencé que vers les années 1970. À partir de cette date l’extension des superficies irriguées, l’explosion du phénomène urbain et l’apparition de nouveaux usagers tels que l’industrie et le tourisme ont fait accroître la demande en eau et contribué à la création d’une situation de compétition à facettes multiples.
    60Pour répondre aux besoins en eau, la nappe de la plaine du Souss a constitué une source à accès facile pratiquement pour tous les usagers en milieu rural comme en milieu urbain. À l’origine, les potentialités souterraines ne constituaient qu’une ressource en eau d’appoint pour l’irrigation pour palier au déficit estival des eaux superficielles. Chaque exploitant pouvait avoir son « Naora », sorte de puits à plan incliné, peu profond et exploité par traction animale. À la fin de l’époque coloniale, le nombre de « Naora » fonctionnels était estimé à 5 000 unités (Dijon R., 1969). À ce niveau, on doit noter que l’accès à l’eau souterraine était influencé par le régime foncier, la mobilisation de l’eau se fait pour l’arrosage d’une propriété, l’accès à la nappe était conditionné par la possession d’une parcelle et, par conséquent, les agriculteurs sans terre sont pratiquement exclus de l’exploitation du potentiel hydraulique existant.
    61L’introduction de la motopompe a provoqué, dans un premier temps, le tarissement des « Naoras ». Ensuite, les propriétaires de ces dernières devaient approfondir leur puits ou l’abandonner définitivement. Beaucoup d’exploitants n’avaient eu que ce dernier choix, mais le sort des exclus de l’accès à l’eau du fait de la baisse du niveau de la nappe a pris d’autres cas de figures.
    62Jusqu’aux années 1980, lorsque l’État est intervenu pour sauvegarder le patrimoine irrigué par la mise en eau du barrage Abd El Moumen en 1985, les agriculteurs de la plaine du Souss étaient contraints de rentrer dans une course effrénée derrière la nappe dont le niveau ne cesse de baisser. Depuis 1969, la nappe du Souss a perdu une moyenne de 1,5 m par an de profondeur, par endroits cette perte a dépassé 2 m/an. Actuellement, certains exploitants puisent l’eau à une profondeur de plus de 200 m, alors qu’auparavant l’eau était accessible à moins de 25 m en moyenne.
    63L’abandon des plantations pour ces mêmes raisons se poursuit, de nouveaux exploitants renoncent à l’irrigation du fait de la baisse continue de la nappe. La fréquence des sécheresses et l’ampleur du phénomène de sur-pompage ne permettent pas aux grands barrages réalisés dans la zone de rétablir l’équilibre perdu du système hydrogéologique local. Les bilans des barrages tels que Abd El Moumen, Youssef Ben Tacheffine et Aoulouz confirment ce constat.
    64Habituellement dans les bilans d’exploitation de la nappe souterraine, les statistiques disponibles portent uniquement sur la quantification du rabattement de la nappe ou des volumes d’eau perdus, tandis que les conséquences d’ordre économique et surtout social de ce processus ne sont que rarement évoquées. Le suivi des réactions et des stratégies des usagers de l’eau en fonction du rabattement du niveau de la nappe constitue un sujet de recherche passionnant dans cette région à potentiel hydrogéologique fragile.
    65Une autre catégorie des irrigants qui a été plus ou moins épargnée par la baisse du niveau de la nappe souterraine, commence à souffrir du manque d’eau. Il s’agit des exploitants des périmètres traditionnels étalés autour du lit de l’oued Souss. La construction des barrages a réduit les apports des crues qu’ils dérivaient par le biais d’une série de seguias, d’une part, et, d’autre part, la baisse de la nappe a provoqué le tarissement des résurgences du lit de l’oued qui constituaient une source d’eau pérenne. Les interventions de l’État pour la mobilisation des eaux d’irrigation n’ont pas toujours réussi à surmonter les difficultés. Des champs captant des forages profonds sont créés pour alimenter une canalisation bétonnée amenant l’eau jusqu’au réseau traditionnel, la gestion est confiée à des associations d’usagers d’eau agricole. Mais progressivement plusieurs associations se sont retrouvées dans des situations difficiles en raison du coût élevé de la facture énergétique ou du fait de la mauvaise gestion. Les plantations sèches en friche font désormais partie intégrante du paysage agricole traditionnel réhabilité.
    66Le processus de surexploitation, pour ne pas dire de déstockage de la nappe du Souss, n’est pas lié uniquement à l’activité agricole. La croissance vertigineuse des villes et les efforts entamés pour subvenir à leurs besoins, ont fait du milieu urbain un usager à part entière dans le système d’utilisation des eaux dans cette région, sa place ne cesse de gagner de l’importance.

    Les réalités de l’accès à l’eau

    67Dans le Souss-Massa, l’accès à l’eau est loin d’être équitable et se caractérise par des distorsions prenant de multiples aspects d’inégalité. Les diverses actions de développement et de mobilisation du potentiel hydrique n’ont pas toujours réussi à résorber les déséquilibres liés à la répartition des ressources en eau, au contraire, les disparités sont accentuées dans certains cas. Les distances séparant les composantes de la société quant à l’accès à l’eau d’irrigation et à l’eau potable sont encore importantes.
    68De larges écarts d’accès à l’eau en tant que facteur de production dans le secteur agricole sont toujours présents, autant dans le secteur agricole moderne privé ou étatique que dans le secteur agricole traditionnel. L’accès à l’eau, tout comme l’accès à la propriété de la terre restent profondément marqués d’inégalités. Le cas des communes de la plaine du Souss marqué par la concentration du secteur irrigué moderne privé reste très significatif (El Mahdad E., 2003).
    Tableau 4. Répartition des eaux d’irrigation dans le secteur moderne privé dans la plaine du Souss selon les classes de profondeur des puits
    Tableau 4. Répartition des eaux d’irrigation dans le secteur moderne privé dans la plaine du Souss selon les classes de profondeur des puits
    Source : El Mahdad E., 2003. D’après les résultats d’une enquête menée par les services de l’hydraulique d’Agadir.
    69Dans cette zone, l’accès à l’eau de la nappe souterraine est proportionnel à la taille de la propriété foncière. L’analyse de cet accès, évalué par la dotation en eau pompée et à partir de la profondeur des puits, confirme les réalités suivantes.
    • La classe puits à moins de 40 m de profondeur, représente 60 % environ du total des puits recensés dans la zone, mais ces puits ne produisent que 13 % du total des eaux souterraines destinées à l’irrigation. Les propriétaires de ces ouvrages représentent 62 % de l’ensemble des exploitants et ne bénéficient que de 32 % des terres irrigables avec une dotation moyenne en eau de 4 700 m3/an/ha pour celle de la classe des profondeurs allant de 20 à 40 m de profondeur et seulement de 1 600 m3/an/ha pour la catégorie des exploitants ayant des puits de moins de 20 m de profondeur. Cette catégorie d’agriculteurs indigents s’est trouvée progressivement sans eau et dans une situation suspendue au-dessus du niveau de la nappe en tarissement continu.
    • Par contre, les grands exploitants qui sont souvent des absentéistes, même s’ils ne représentent qu’une minorité de moins de 6 % de l’ensemble des propriétaires, ils dominent 19 % des terres d’irrigation et contrôlent 32 % des eaux mobilisées avec une dotation de plus de16 000 m3/an/ha. Puisque les eaux d’irrigations sont puisées à partir de profondeurs assez importantes de plus de 80 m, la part des points d’eau appartenant à cette catégorie d’exploitants ne dépasse pas 8 %. Ces exploitants arrivent souvent à se procurer des terrains agricoles de taille importante et à suivre le recul de la surface piézométrique vers les niveaux les plus bas.
    • Entre les plus démunis et les plus aisés parmi les agriculteurs de la plaine du Souss, vit une catégorie moyenne qui représente le 1/3 des propriétaires et possèdent le 1/3 des ouvrages avec une profondeur allant de 40 à 80 m. Ces agriculteurs disposent de la moitié des terres et mobilisent plus de la moitié des eaux souterraines. Leurs dotations moyennes varient entre 9 200 m3/an/ha pour la classe des profondeurs de 40 à 60 m et 13 700 m3/an/ha pour celle des puits de 60 à 80 m de profondeur.
    70Les profils des propriétaires appartenant à ces trois catégories sont très variés. En plus des propriétaires exerçant en agriculture comme activité principale, on trouve parmi les grands propriétaires des absentéistes ayant occupé des postes de responsabilité ou de décision au niveau central ou à l’échelle régionale, et des propriétaires exerçant dans le commerce et le secteur des fonctions libérales. Une nouvelle catégorie de propriétaire se manifeste de plus en plus dans le paysage irrigué soussi, il s’agit de cas d’anciens techniciens, ingénieurs agronomes, hydrauliciens… qui créent leurs propres exploitations. Ces derniers comme le reste des moyens investisseurs accèdent souvent à la propriété après le morcellement et la mise en vente des terres issues des plantations ruinées par la baisse de la nappe.
    71Les inégalités d’accès à l’eau concernant également l’alimentation en eau potable prennent des aspects différents. Les écarts les plus remarquables sont ceux qui touchent le milieu rural et les quartiers sous-équipés en milieu urbain. Les douloureuses sécheresses qui ont touché le pays ont démontré l’ampleur de déficit en la matière et poussé les autorités hydrauliques à recadrer les stratégies qui concernent le sujet de l’eau.
    72La région du Souss-Massa-Dra est considérée parmi les territoires où les différents plans nationaux d’amélioration des conditions d’alimentation en eau potable des populations rurales ont réussi. Ce succès est dû, sans doute, à l’existence d’une tradition d’organisation communautaire. Dès les premières années de sécheresses de la décennie 1980 et à la suite des grandes baisses du niveau de la nappe, les habitants commencent à prendre l’initiative d’équiper leurs douars de systèmes pérennes d’alimentation en eau destinée à la consommation domestique et à l’élevage. Ainsi, bien avant l’arrivée des projets initiés dans le cadre des programmes de l’État (exemple Pager), un nombre important des douars de la plaine du Souss s’étaient déjà autoéquipés.
    73En milieu urbain, malgré l’importance des efforts d’aménagement et de desserte en eau potable, il y a toujours des quartiers clandestins qui restent sous-équipés. Le rythme d’extension des villes l’emporte largement sur celui de l’extension de la couverture des réseaux d’eau potable. Le cas du Grand Agadir est assez significatif : la couverture des ménages en eau courante au niveau de cette agglomération ne dépassait pas 57 % en 1994, et ce malgré le développement d’un rayonnement hydraulique qui dépasse de très loin les limites du périmètre urbain.
    74À côté de cet aspect quantitatif de la ressource, il ne faut pas oublier l’aspect qualitatif de l’eau dans ces régions sud-atlasiques. Plusieurs travaux et suivis de qualité de l’eau notamment dans le Souss-Massa, montrent bien la dégradation de la qualité de l’eau dans certaines zones. Cette dégradation d’origine multiple ne pourra que réduire le potentiel hydrique utilisable et priver des usagers d’une eau auparavant saine et à usages multiples. Un phénomène d’intrusion marine dans la frange côtière devient de plus en plus menaçant à cause de la surexploitation et des aléas climatiques.
    75La mise en place de l’Agence hydraulique du bassin semble être un moyen d’instaurer une réglementation pour gérer les ressources en eau dans ces bassins. Une telle gestion intégrée ne peut être significative que si la loi 10-95 sur l’eau rentre en application d’une manière rigoureuse.

    Conclusion

    76Malgré des ressources en eau relativement abondantes, la question de l’eau a toujours été un souci majeur pour la population du Souss-Massa-Dra. Mais cette préoccupation n’est pas une notion absolue ; dans ce milieu aride elle se réfère, certes, à la rareté et à l’irrégularité naturelles des ressources en eau, mais celles-ci n’ont de sens que par rapport aux moyens techniques que requiert leur maîtrise, à l’organisation sociale nécessaire à leur gestion et à la volonté politique d’appliquer les règles et principes de la bonne gouvernance susceptible d’asseoir une équité hydraulique. Or l’histoire de notre région présaharienne nous enseigne, en effet, que derrière l’apparence d’une réglementation rigoureuse, souvent idéalisée à tort, l’eau a toujours été l’objet d’appropriation, de compétition voire d’accaparement, au point où la main-mise sur l’eau a souvent été le fait d’un groupe social dominant, au détriment et même à l’exclusion des autres : groupes ou individus. Hier, dans le Dra, la richesse ou la pauvreté en droits d’eau se réfère au statut social des groupes et des individus ; et, aujourd’hui, dans le Souss, seuls les moyens financiers disponibles président à l’accès ou à l’exclusion de la nappe.
  • You might also like