• La mer n’est pas une poubelle

    La mer n’est pas une poubelle, mais le berceau et l’avenir de l’humanité


    Par: Hicham LOURAOUI
    Rabat – Les mers et océans, sources vitales de vie, berceau et avenir de l’humanité, demeurent toujours dévastés par la pollution qui prend plusieurs formes, mais conduit à un seul résultat, à savoir une catastrophe sans précédent menaçant l’écosystème maritime et la durabilité de la planète.
    Cette pollution, dont une proportion de 80% est d’origine terrestre (pollution agricole, rejets de fertilisants, de pesticides et de déchets non traités y compris les plastiques, les débris d’origine humaine et les déversements de pétrole), contamine les habitats marins et détruisent plusieurs écosystèmes.
    “L’excès de fertilisants provenant des égouts et des rejets agricoles ont entraîné une multiplication des zones à faible teneur en oxygène (hypoxiques) aussi appelées zones mortes, où la majeure partie de la vie marine ne peut pas survivre, entraînant la destruction de certains écosystèmes”, lit-on sur le site électronique de l’Organisation des Nations Unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO).
    Le nombre de ces zones mortes avoisine actuellement les 500, couvrant une surface totale de plus de 245.000 km², précise l’UNESCO.

    Face à ces dangers en croissance, la communauté internationale était dans l’obligation d’agir, notamment à travers l’adoption de plusieurs conventions internationales qui mettent l’accent sur la nécessité de disposer de normes et de réglementations sur la prévention de la pollution des mers.
    Il s’agit particulièrement de la Convention internationale de 1973 pour la prévention de la pollution par les navires (Marpol), l’une des conventions de première importance de l’Organisation maritime internationale (OMI), qui définit la pollution marine comme “une substance nuisible dont l’introduction dans la mer est susceptible de mettre en danger la santé de l’Homme, de nuire aux ressources biologiques, à la faune et à la flore marine, de porter atteinte à l’agrément des sites ou de gêner toute autre utilisation légitime de la mer et notamment toute substance soumise à un contrôle en vertu de la présente convention”.

    Dans ce cadre, M. Khalid Khakhay, consultant marocain en questions environnementales, a indiqué que la pollution marine relève du domaine de la sécurité maritime, précisant que l’encadrement de ce phénomène concerne deux grands volets, à savoir la prévention et l’intervention.
    Cet encadrement, a-t-il poursuivi, a intéressé les législations nationales chacune à part, mais il a aussi rassemblé les différentes nations par des conventions et des normes internationales auxquelles elles ont pris part pour coordonner leurs efforts afin d’aboutir à un meilleur résultat.
    Concernant le volet de la prévention, il porte sur l’instauration de normes internationales de sécurité de la navigation et de la sauvegarde de la vie humaine en mer, ainsi que de la protection de l’environnement marin, a souligné M. Khakhay, également professeur universitaire.
    Ces normes sont prises en compte depuis la construction navale, pour ce qui est de la stabilité des navires, jusqu’à leur armement en équipements et en matériel de sécurité et de communication approprié, a-t-il expliqué.

    “Notre pays, qui est à la croisée de la Méditerranée et de l’Océan Atlantique, est constamment menacé par les conséquences désastreuses que pourraient causer des événements maritimes sur une partie de sa côte”, a-t-il fait savoir, ajoutant que la croissance du trafic au détroit de Gibraltar (au nord) est “menaçante, eu égard au nombre de pétroliers qui y transitent chaque jour”.

    Après plusieurs sinistres maritimes dans le années 80 et 90, notamment l’échouement des pétroliers M/T “SAMIR” (8 novembre 1982), M/T “KHARG V” (19 décembre 1989) et M/T “SEA SPIRIT” (6 août 1990), le Maroc a pris conscience de la nécessité de mettre en place des moyens d’intervention, à travers une série de mesures ouvrant la possibilité d’agir dans des opérations d’assistance, dont notamment le Plan d’urgence national de lutte contre les pollutions marines accidentelles (PUN).
    L’objectif de ce plan est de mettre en place un système approprié de détection et d’alerte en cas de pollution marine massive, d’assurer une organisation rapide, efficace et coordonnée des actions de prévention et de lutte, une répartition des responsabilités et des tâches, ainsi qu’un recensement des zones les plus sensibles à protéger et des sites de stockage pour les produits récupérés.
    Il vise également à garantir la coopération internationale, la gestion du stock de produits et d’équipements anti-pollution, la mise à jour de l’inventaire des moyens disponibles en personnel et en matériels, ainsi que la formation et l’entraînement du personnel qualifié en matière de prévention et de lutte contre la pollution marine massive par les hydrocarbures et autres produits nocifs.
    Dans le cadre de ce plan, plusieurs exercices de simulation (appelés Simulex) ont été effectués au large des côtes de Mohammedia (2002), de Nador (2004, 2008 et 2016), d’Agadir (2006), de Tanger (2010), de Jorf Lasfar (2012) et de Tanger-Med (2014).
    Ces exercices s’articulent autour du scénario d’intervention et de lutte simulant différents événements, comme le sauvetage des vies humaines en péril, l’extinction de feu sur un pétrolier en avarie, l’intervention pour lutter contre un déversement d’hydrocarbures à travers des opérations de confinement et de récupération et la protection des côtes menacées par la pollution.
    Pour sa part, le directeur général de l’Institut national de la recherche halieutique (INRH), Abdelmalek Faraj, a affirmé, dans une déclaration à la MAP, que les problèmes grandissants de la pollution marine au Maroc, ont poussé les autorités à mettre en place tout un système de surveillance.
    Dans ce sens, il a fait savoir que le projet de construction d’un navire océanographique et de recherche halieutique, qui a bénéficié récemment d’un prêt d’environ 467 millions de dirhams octroyé par l’Agence japonaise de coopération internationale (JICA), va permettre de faire des recherches multidisciplinaires qui portent sur la pollution marine, l’environnement, la surveillance des habitats marins, ainsi que l’étude de l’impact des changements climatiques sur les océans et mers.
    Avec une longueur de 48 mètres, ce navire va permettre d’effectuer des campagnes scientifiques dans des profondeurs atteignant jusqu’à 1.500 mètres, ainsi que de réaliser des avancées majeures en matière d’évaluation et de suivi des stocks halieutiques, a précisé M. Faraj, notant que ce projet a nécessité un travail et des négociations de plus de 7 années, eu égard aux spécificités techniques du navire.
    Le projet de la construction d’un navire de recherche s’inscrit dans le cadre de la politique et la stratégie du Maroc portant notamment sur l’initiative de la Ceinture Bleue, lancée lors de la COP22 dans l’objectif de protéger les océans et de garantir un développement durable du secteur de la pêche et de l’aquaculture, notamment en renforçant le système d’observation des océans et de l’écosystème maritime.
    Bien que les conventions internationales, les programmes nationaux et les textes en vigueur soient là, la sensibilisation et l’éducation sont nécessaires afin de préserver le milieu marin.
    Acteurs économiques et citoyens doivent se rendre à l’évidence que la mer n’est pas une poubelle, mais un “miroir” où ils peuvent contempler leurs âmes “dans le déroulement infini de sa lame”, et qu’un “Homme libre” chérira toujours la mer, comme l’avait dit le poète français Charles Baudelaire.  
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