• La ressource en eau au Maroc

              la ressource en eau au Maroc

    par Hélène
    Après une absence plus ou moins longue, j'ai décidé de revenir avec un thème un peu problématique au Maroc, à savoir l'eau! Et bizarrement, comme vous devez le savoir, c'est un peu ce qu'il manque et ce qui va de plus en plus manquer. Les Européens viennent au Maroc parce qu'il fait toujours beau. Au moment même où j'écris ces quelques lignes le ciel est bleu comme on le voit rarement en Belgique. Lorsqu'il pleut, c'est assez exceptionnel. La première fois que s'est arrivé ici, je me suis dit « tiens, ça existe la pluie ici? » et puis, c'était vraiment beau parce qu'il pleuvait et le ciel était bleu en même temps. Mais derrière cette image se cache une autre vérité beaucoup moins joyeuse. Le Maroc a vraiment des problèmes d'eau et ça ne va faire que s'aggraver.
    Commençons d'abord par un petit résumé des ressources hydriques au Maroc.

    1. Les eaux pluviales
    La pluviométrie varie beaucoup d'un endroit à l'autre du pays. Au sud, on a que 200 mm alors qu'au nord, on en a 800. Le problème essentiel, c'est que les précipitations varient à la fois au cours de l'année et entre les années. Au cours de l'année, cela veut dire qu'au nord, 80% des précipitations se répartissent sur 5 mois (novembre à mars) et sur quelques jours dans le Sud. Entre les années, on rencontre une alternance d'années sèches et d'années humides. Le petit soucis (si on peut dire ça comme ça), c'est que les années sèches ou déficitaires ont tendance à s'accumuler en ce moment.

    2. Les eaux superficielles
    Les cours d'eau sont (je dirais) assez bien répartis sur le territoire marocain. Je vous citerai bien le nom des principaux oueds, mais je crains fort que ça ne va pas vous dire grand chose. Voici donc le tout en image:


    La différence avec les fleuves et rivières de chez nous, c'est que certains d'entre-eux sont temporaires. En effet, l'écoulement est lié aux précipitations mais aussi à la façon dont celles-ci se répartissent dans le temps. Une partie de l'eau véhiculée par les fleuves est mobilisée dans des barrages. Ceux-ci sont importants car permettent l'irrigation et une disponibilité en eau sur tout l'années. On retrouve une centaine de barrages sur tout le territoire. Le problème des barrages, c'est que leur capacité de stockage a tendance à diminuer à cause de l'envasement lui-même du à l'érosion des sols. Donc, à moins de les désenvaser, leur durée de vie est limitée.

    3. Les eaux souterraines
    De nouveau, je vous citerai bien le nom des différentes régions hydrogéologiques, mais je ne pense pas que ça va vous avancer à quoi que ce soit. Ce que je voudrais que vous reteniez, c'est que les nappes ne sont pas réparties uniformément sur le territoire.
    Il y a des endroits avec de grandes nappes, d'autre avec des petites nappes de faible capacité. Ce qu'il est important de prendre en compte, c'est la capacité des à se recharger car plus la recharge est importante, plus la ressource est renouvelable. Les nappes sont exploitées à différentes intensités, mais souvent de trop puisque aujourd'hui seules 3 zones sur huit sont excédentaires en eau.

     Venons en maintenant à la dégradation de cette eau. Car, autant chez nous, on dispose de pas mal de moyen pour nettoyer l'eau de nos saletés, autant ici, ce n'est pas du tout le cas.
    D'abord, un problème récurant en Afrique du Nord en général, c'est la salinité qui s'accentue d'autant plus que l'homme modifie sont environnement par la déforestation (évapotranspiration diminue, la nappe remonte et le sel avec), l'irrigation, ... Ensuite, ici, on manque cruellement (et c'est un euphémisme) de station d'épuration. Les eaux domestiques et industrielles (ex: unités de valorisation de phosphates) sont rejetées telles quelles dans le milieu naturel sans aucune préoccupation. Alors imaginez les dégats que cela peut avoir sachant qu'en plus les rejets ne font qu'augmenter: dissémination des maladies hydriques, mortalité élevée des poissons par désoxygénation, eutrophisation des cours d'eau et retenues de barrages,...

    À côté de tout ça, il ne faut pas non plus oublier la pollution par les déchets solides car ici, pas de recyclage, et des décharges sauvages un peu partout (il y a ça aussi chez nous, vous allez me dire). On assiste dès lors à une pollution des ressources en eaux souterraines par percolation et drainage des lixiviats. La pollution agricole fait aussi des ravages avec des rejets de nitrates, phosphates et pesticides.
    (photo prise lors de mon excursion à Itzer. En pleine montagne, on voit des détritus un peu partout près des rivières. Ce sont des gens qui par exemple lave leur linge et qui oublier de reprendre le sachet de lessive avec eux...)

    Finalement, la dernière partie de ce « petit » article parlera du futur en ce qui concerne l'eau au Maroc. Le gros soucis du royaume c'est que en 2020 on ne disposera plus que de 750 m³/hab./an ce qui est en-dessous du seuil (800 m³/hab./an) à partir duquel un pays peu arriver à se développer « normalement ». Les différentes raisons de cet abaissement sont: une demande en eau qui augmente alors que l'approvisionnement a du mal à suivre et aussi... le réchauffement climatique (et oui, il est aussi ici celui-là) Dès lors, le pays doit mettre tout en oeuvre pour protéger sa ressource en eau. Pour ça, il faut d'abord bien sûr que les eaux soient traitées.
    Il faut aussi s'orienter vers des secteurs où l'utilisation en eau est limitée. Des investissements doivent être fait pour rendre l'agriculture plus efficiente en eau et rénover les systèmes d'irrigations vers moins de pertes. Ci-dessous, un système de pompage de l'eau localisé (par un puits). C'est tellement inefficient qu'il y a de l'eau qui gicle partout et une grosse mare tout autour!

    Une autre solution qui est envisagée, c'est ce qu'on appelle « la mobilisation des sources d'eau non conventionnelles ». C'est une politique intégrée EAU-ENERGIE qui va permettre le dé salement de l'eau de mer grâce aux énergie renouvelables. Il est important que cette technique soit mise au point pour 2030-2040. Bien sûr pour que tous ces projets soient réalisables, il faut des sous (et ça, ce n'est pas toujours le cas) mais aussi une amélioration des connaissances dans le secteur de l'eau. Il faut former des gens compétant qui feront une bonne expertise de l'état des ressources naturelles et du potentiel des projets envisagés.
    En conclusion, ce que je voudrais dire, ce sont deux choses. D'abord, faîtes gaffe quand vous venez ici boire l'eau... Mieux faut se fier à l'eau en bouteille sauf à Rabat où l'eau est tellement chlorée (j'ai l'impression de boir l'eau d'une piscine) qu'il y a peu de risque. La deuxième chose, c'est que le réchauffement climatique, c'est nous les européens qui le cousant en grande partie et qui est ce qui en récolte les conséquences? Ce sont par exemple les marocains qui auront de moins en moins de pluies et donc de moins en moins d'eau. Donc, arrêtez de me dire qu'on a le temps, que tout est bien..
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