• L’économie verte au Maroc

    L’économie verte au Maroc: Des enjeux d’une politique aux défis d’une pratique


    Le Maroc, à l’instar d’autres pays, a adopté de nouvelles approches stratégiques de développement durable. Il s’agit d’une transition vers une économie verte respectueuse des équilibres écologiques et susceptible d’ouvrir de nouvelles opportunités de création de richesses et d’emplois durables.
    L’enjeu est de taille. Les contraintes environnementales (stress hydrique, dégradation des sols, très forte dépendance énergétique, vulnérabilité au changement climatique, pollutions diverses) et les retombées limitées de la croissance économique et des politiques de développement social en termes d’emplois et de réduction des disparités sociales et spatiales imposent une réorientation du modèle économique marocain au profit d’une économie verte et adaptée. Cette nouvelle orientation est soutenue par le secteur privé qui est à même de créer des emplois, d’aider à réduire la pauvreté et résorber les déséquilibres au niveau du développement territorial.
    Accroître les investissements verts, un objectif devenu prioritaire
    Fort de son engagement politique en matière de développement durable, le Royaume Chérifien s’oriente résolument vers la promotion de l’économie verte. Une Charte nationale et des Loi-cadre de l’environnement et du développement durable ont été adoptées afin d’inscrire toutes les politiques publiques dans le cadre d’une Stratégie Nationale de Développement Durable (SNDD). Réussir la transition vers une économie verte et accélérer la mise en œuvre de la politique nationale de lutte contre le changement climatique figurent parmi les enjeux prioritaires de la SNDD. Afin de promouvoir les investissements verts et encourager les entreprises à lancer des projets durables, un plan d’investissement vert a été préparé et une réflexion est en cours pour la mise en place d’un Fonds d’investissement vert (capitaux publics et privés).
    Les opportunités d’emplois verts ont été soulignées par plusieurs études récentes, dont celle du Conseil Economique, Social et environnemental (CESE) en 2012 qui indique que les investissements projetés dans quatre secteurs clés de l’économie verte que ça soit les énergies renouvelables, l’efficacité énergétique, la gestion des déchets solides et l’assainissement liquide, un montant de 200 milliards de dirhams, devraient permettre la création de plus de 90 000 nouveaux emplois à l’horizon 2020.
    Pour accompagner les entreprises dans cette transition et renforcer le dialogue public-privé, la Confédération Générale des Entreprises (CGEM) a créé une commission «Economie verte» qui était la Commission Développement durable dont la mission est d’encourager et de guider les entreprises dans leur démarche environnementale et leur adhésion à l’économie verte. Elle collabore dans ce cadre avec le Centre Marocain de Production Propre (CMPP), qui fournit aux industriels une assistance technique et un appui pour la mobilisation de financements. Environ 69 entreprises membres de la CGEM ont reçu le label RSE de la CGEM (Norme Iso 26.000).
    Malgré une certaine progression, le nombre d’entreprises certifiées ISO 14001 (gestion de l’environnement) demeure limité. On comptait une vingtaine d’entreprises en 2007 et une quarantaine en 2013 et cela concerne plutôt les grands groupes.
    Le Maroc, un modèle
    Le Maroc a réalisé des progrès significatifs dans certains domaines tels que la surveillance de la qualité de l’air, la lutte contre le réchauffement climatique, l’exploitation forestière, le développement des énergies renouvelables, l’électrification rurale, l’accès à l’eau potable en milieu rural, entre autres. Des efforts sont en cours pour renforcer les infrastructures d’assainissement liquide avec le traitement de 500 millions de m³ d’eaux usées par année, la collecte, le recyclage de 4,5 millions de tonnes de déchets solides pour la valorisation des déchets, le reboisement dont le rythme est encore insuffisant, l’efficacité énergétique, le transport durable, la rationalisation de la consommation en eau et le développement des ressources en eaux non conventionnelles.
    Des réformes d’envergure ont été menées ces dernières années sur les plans institutionnel, réglementaire et stratégique. Le Secrétariat d’Etat chargé de l’eau et de l’environnement a été remplacé par un Ministère délégué auprès du Ministre de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, chargé de l’Environnement (2013). Des agences et instituts spécialisés (ADEREE, MASEN, Agence nationale pour le développement de l’aquaculture, IRESEN) ont été créés. Des projets de villes vertes ont été lancés.
    Les indicateurs internationaux témoignent des avancées réalisées par le Maroc. Ainsi, en 2014, au classement de l’EPI, l’Indice de performance environnementale, le Maroc s’est positionné à la 81ème place sur un total de 178 pays. Le Maroc est leader dans la région arabe (66 points), suivi par la Jordanie (63 points), les Emirat Arabe Unies (41 points), l’Egypte (40 points), la Palestine (40 points); La Tunisie et l’Algérie viennent en sixième et septième position avec respectivement 38 et 34 points en matière de développement des énergies renouvelables, selon l’Index AFEX-2015 (Arab Future Energy Index). D’ailleurs, la ville de Rabat a été choisie comme ville verte en 2010, parmi 15 villes dans le monde, dans le cadre de «l’initiative 100 villes» de l’ONU-Habitat et inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO en 2012.
    Par ailleurs, on note une coordination inefficace des efforts, un financement insuffisant et un manque de collaboration entre l’université et les entreprises (faible valorisation des résultats de la recherche et manque d’adaptation des projets aux besoins de l’économie). Les financements affectés à la recherche scientifique et technique, essentiellement publics, ne dépassaient pas 0,8% du PIB en 2010 (vs 2,26% en France et 3,4% au Japon). Les PME font face à un manque de crédits pour financer la recherche; près de 80% des entreprises ont recours à l’autofinancement pour développer leurs projets de recherche.
    Accompagnement financier 
    Le programme de développement des énergies renouvelables nécessite un financement important de plus de 100 milliards de Dirhams. Un montant de 1,5 milliads d’euros a déjà été mobilisé via de multiples donateurs (BAD, BM, BEI, AFD, KfW et UE) dans le cadre d’un partenariat public privé pour la réalisation de la première centrale solaire à Ouarzazate (500MW en 2017). Les autres centrales seront réalisées sur la période 2018-2020. Les montages financiers associent des fonds publics et privés nationaux et étrangers et font appel aux mécanismes de financement concessionnels et non concessionnels dans le cadre de la coopération multilatérale et bilatérale.
    Une Société d’investissements énergétiques (SIE) a été créée et un Fonds de développement énergétique mis en place.
    Le programme de développement des Energies Renouvelables a pour objectif la production de 6000 MW (solaire, éolien et hydroélectricité) pour atteindre 42% du mix énergétique en 2020. Le montant de l’investissement est estimé à plus de 100 milliards de Dirhams (solaire et éolien) ce qui devrait faire économiser le Maroc 2,5 Millions de Tep et éviter 9,5 millions de tonnes d’émissions de CO2/an. D’importantes réformes institutionnelles et réglementaires ont été apportées avec les Lois 13-09 et 58-15 qui permettent la production d’électricité verte par des entreprises privées avec intégration au réseau et interconnexion.
    La tarification de l’électricité a été revue à la hausse pour prendre en considération la vérité des prix. L’intérêt des grandes multinationales (GDF Suez, Alsthom, Siemens, ACWA Power, etc.) et des PME du secteur s’agrandit. Selon l’observatoire ANIMA-MIPO, le Maroc a attiré en moyenne un projet d’IDE par an entre 2003 et 2009, 3 projets en 2010, 4 en 2011 et 7 en 2012. Plusieurs projets de parcs éoliens ont été développés sous forme de contrats de construction, exploitation et transfert de propriété. En 2013, GDF SUEZ et son partenaire Nareva Holding ont lancé la construction du parc éolien de Tarfaya d’une puissance de 300 MW, soit une portion sur les 2GW des objectifs éolienne du pays d’ici 2020. Un projet MDP a été développé pour la mise en place du parc éolien de l’usine de cimenterie Lafarge (Tétouan). Il couvre 40% des besoins en énergie électrique de l’usine (38 millions de kw/h) et permet de réduire la production de CO2 de 30 000 tonnes par an.
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