• Polémique au Maroc

    Polémique au Maroc sur l'importation de déchets italiens

    La ministre marocaine de l'environnement Hakima El Haite, le 7 juillet 2016 à Paris, pour la 2e Conférence mondiale sur la santé et le climat.
    ex.ministre marocaine de l'environnement Hakima El Haite, le 7 juillet 2016 à Paris, pour la 2e Conférence mondiale sur la santé et le climat. © LEWIS JOLY/SIPA
     plus de 11.000 Marocains ont signé une pétition contre le projet d'incinération à El Jadida au sud de Casablanca, de 2500 tonnes de déchets en provenance de Campanie. Cette région du sud de l'Italie est connue pour ses montagnes d'ordures ménagères non traitées qui ont pourtant généré d'importants revenus à la Mafia napolitaine, qui contrôle la collecte des déchets dans la région. Le Maroc serait-il donc devenu la poubelle des Italiens ? Les internautes demandent des comptes à la ministre de l'Environnement du gouvernement du roi, qui n'est autre que Hakima El Haïte, “championne du climat” nommée par Ban Ki Moon, le secrétaire général de l'ONU et grande organisatrice de la COP22, prochain round de négociation sur le climat en novembre à Marrakech. Faites ce que je dis, pas ce que je fais ?
    Les déchets en question sont des combustibles solides de récupération (CSR). Ils sont conditionnés sous formes de paquets composés de papier, de bois, de cartons a priori sans produits nocifs comme le chlore. Les CSR sont considérés comme énergie renouvelable car neutres en CO2. Dans la réglementation européenne, leur statut est celui de déchet. L’Allemagne en brûle dans ses chaudières de chauffage urbain, la France les accepte dans les cimenteries. Or, l’Italie a décidé de passer ces produits du statut de déchet à celui de combustible. Nos voisins lèvent ainsi l’interdiction qui est faite à tout pays européen d’exporter des déchets dans un pays tiers. En l’espèce, les CSR qui ont débarqué au Maroc pour être utilisés en cimenterie, sont donc des combustibles. C’est ce qu’a rappelé Hakima el Haïte, précisant cependant que ces produits seraient analysés pour déterminer s’ils respectent bien les teneurs réglementaires en chlore.

    Des "déchets" de plus en plus convoités

    STATUT. Ces CSR commencent à être très convoités. Substituts du pétrole, peu chers, ils intéressent les industriels gourmands en énergie comme les cimentiers ou les verriers. Mais on les imagine aussi en carburant. la société française GRTgaz développe ainsi des programmes de recherche pour les traiter par pyrolyse afin de récupérer les gaz de combustion pour en faire du biogaz pour véhicules ou pour injection dans le réseau de gaz.
    La polémique qui vient d’éclater au Maroc montre deux choses. La première, c’est qu’il devient urgent que l’Union européenne élabore enfin sa directive sur l’économie circulaire. Ce nouveau texte qui doit se substituer aux directives existantes sur le recyclage des déchets a été présenté aux députés européens et aux États membres en décembre 2015. Il impose des objectifs de recyclage de 65% des ordures ménagères et de 75% des déchets d’emballage. Ce texte doit aussi revoir le statut des produits issus des tris et donc décider de ce que peuvent être les CSR : déchet ou combustible ?
    Le deuxième enseignement, c’est qu’il semble qu’une sensibilité à l’environnement est en train de naître au Maroc. Dans un passé très récent, ce contrat d’import n’aurait certainement soulevé aucune protestation. Aussi, tout en donnant des gages sur la légalité et la conformité environnementale du contrat d’importation des CSR, la ministre s’est “félicitée de la sensibilité de la population marocaine aux questions environnementales qui montre sa maturité et augure d'un impact fort de la COP22, COP de l'action après l'accord de Paris”.
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