• Eau potable et cancer

    L’eau: qualité, quantité et bon usage

    De l'eau et rien d'autre?




    L'eau n'est pas un aliment, mais elle est essentielle à la vie. C’est grâce à l’eau, notamment, que le corps peut utiliser l’énergie présente dans les aliments.
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    Eau potable et cancer: le Dr David Servan-Schreiber recommande la prudence

    3 juillet 2009 — Les personnes atteintes d’un cancer vivant en milieu rural ou semi-rural pourraient avoir intérêt à éviter l’eau du robinet durant certaines périodes de l’année, selon un comité scientifique français auquel s’est joint le Dr David Servan-Schreiber.
    Parrainé par le World Wildlife Fund (WWF), le comité croit que dans les villes, l’eau potable des réseaux d’aqueduc est généralement de bonne qualité.
    Eau potable et cancer: le Dr David Servan-Schreiber recommande la prudenceMais dans les régions agricoles françaises, la qualité de l’eau varie, selon la période de l’année. « Lors de l’épandage d’engrais ou de pesticides, jusqu’à cinq millions de Français sont exposés à des concentrations en nitrates ou en pesticides, dans l’eau, dépassant les normes réglementaires », a confié David Servan-Schreiber à PasseportSanté.net.
    Ces données proviennent des ministères français de la Santé et de l’Environnement. Mais au Québec, où les habitations en milieu rural sont généralement alimentées en eau potable par un puits artésien, la situation pourrait être semblable, estime le Dr Servan-Schreiber.
    Pesticides, engrais et cancer
    Selon le résumé des connaissances1 rédigé par le comité scientifique, l’exposition à ces substances peut être liée à certains cancers.
    Plus précisément, les pesticides pourraient être associés au cancer de la prostate, au lymphome non hodgkinien ou à la leucémie. Certains pesticides ayant des actions sur le plan hormonal pourraient aussi être néfastes pour les personnes atteintes de cancers sensibles aux hormones (cancer du sein, cancer des ovaires, de l’utérus, cancer de la prostate ou cancer du cerveau).
    En ce qui a trait aux nitrates contenus dans les engrais et les fertilisants, leur présence en excès dans l’eau potable pourrait provoquer des cancers de la vessie, de la prostate et de l’estomac. Par ailleurs, les données issues des tests de qualité de l’eau en France indiquent qu’il y a parfois présence de médicaments dans les rivières et des nappes phréatiques.
    Aucune étude n’a encore établi dans quelle mesure des traces de médicaments dans l’eau peuvent poser un risque pour la santé, mais « aucune étude ne nous dit que ça ne pose pas de risque », indique le Dr Servan-Schreiber, qui en appelle au principe de précaution.
    Aussi recommande-t-il aux résidants des régions rurales qui luttent contre un cancer de faire analyser leur eau et, au besoin, de se procurer un filtre au charbon ou encore de boire de l’eau en bouteille, lors des périodes où la concentration de polluants est plus élevée.
    Par ailleurs, David Servan-Schreiber suggère de passer à l’action auprès des élus locaux afin de leur demander que des prélèvements soient plus fréquemment effectués pour vérifier la qualité des eaux.
    Les recommandations remises en question
    En France, l’Académie nationale de médecine considère que les recommandations de la WWF sur l’eau potable « constituent à la fois un déni de la science, un mépris de la médecine et une atteinte au respect des patients »2. Selon les trois médecins s’exprimant au nom de l’Académie, « aucune étude ne montre que l’eau du robinet présente un risque pour les malades du cancer ». Ils ajoutent que les normes en matière d’eau potable « prévoient une marge de sécurité importante » pour la santé.
    Qualité de l’eau variable au Québec
    Au Québec, dans les municipalités où l’eau potable est distribuée par un réseau d’aqueduc, les normes de surveillance et de contrôle réduisent les risques de contamination presque à néant.
    Mais en milieu rural, les populations seraient plus vulnérables, parce que les contrôles se font plus rares, selon Michel Charbonneau, toxicologue à l’INRS-IAF à Laval3.
    « Lorsque la source d’eau est ponctuelle, comme l’est un puits artésien, on dépend du réservoir d’approvisionnement situé aux alentours, dont l’eau de ruissellement et la nappe phréatique, indique-t-il. Si l’habitation est située au pied d’un bassin versant où toute l’eau de la vallée se déverse, le risque de contamination est plus grand. »
    Ceci est d’ailleurs valable pour le risque de contamination chimique et biologique « Une carcasse d’animal qui se trouve dans le bassin infectera tout autant la source d’eau et pourra entraîner des problèmes de santé », avertit-il.
    C’est pour cette raison que Michel Charbonneau recommande d’être vigilant et de faire régulièrement analyser l’eau des puits.
    Précaution pour tous
    Michel Charbonneau n’est toutefois pas convaincu que des traces de pesticides ou d’engrais dans l’eau fassent courir un risque réel pour la santé, que l’on soit atteint ou non d’un cancer.
    « Si la pollution de l’eau par les nitrates et les pesticides pose un risque pour les personnes malades, ce risque est aussi valable pour tout le monde », soutient celui qui agit aussi comme témoin expert dans la cause des terrains contaminés au TCE dans la municipalité de Shannon4, près de la base militaire de Valcartier, au Québec.
    Mais du même souffle, il estime que le principe de précaution a ses limites.
    « Il existera toujours un risque et c’est un danger de croire qu’on peut être protégé de tout. Si on soupçonne un problème, il faut instaurer plus de surveillance pour pouvoir poser des actions à la mesure du risque », conclut Michel Charbonneau.
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