• La purification de l’eau par le soleil

    La purification de l’eau par le soleil

    La purification naturelle de l’eau opérée par les rayons UV émanant du soleil peut être mise à profit, notamment dans les pays du Sud, pour purifier l’eau de boisson et éviter les contaminations bactériennes.
    L’exposition de l’eau au soleil a pour effet de neutraliser les organismes qui causent diarrhées et autres problèmes sanitaires. Cet effet est atteint principalement grâce au rayonnement ultraviolet : la radiation UV-A interfère avec le métabolisme des bactéries et en détruit la structure. Les pathogènes sont éliminés par oxydation. Par ailleurs, la radiation infrarouge a pour effet de chauffer l’eau, ce qui accélère significativement le processus de désinfection lorsqu’une température suffisante (autour de 50°C) est atteinte.
    La méthode SODIS
    Au vu des enjeux sanitaires dans les pays du Sud, il est vite apparu urgent d’exploiter un moyen aussi simple et économique de purifier l’eau. La contamination bactériologique de l’eau est souvent un problème dans ces mêmes pays, soit que les gens s’approvisionnent dans des eaux courantes directement contaminées, soit que le mauvais état des réseaux mette l’eau de boisson en contact avec celle des égouts.
    Plusieurs procédés ont été mis au point, dont le plus répandu est la méthode SODIS (SOlar water DISinfection), conçue par des ingénieurs suisses et propagée, entre autres, par l’Organisation mondiale de la santé et la coopération suisse. Des projets de développement basés sur cette méthode ainsi que des recherches sur ses applications et son efficacité sont en cours dans plus de 30 pays du Sud.
    La méthode SODIS repose sur l’utilisation de bouteilles en PET (polyéthylène téréphalate) : il suffit de laver les bouteilles, de les remplir d’eau à purifier, et de les exposer au soleil pendant plusieurs heures (6 heures suffisent dans les pays du Sud lorsque le temps n’est pas trop nuageux).
    Les résultats atteints par la méthode SODIS peuvent être obtenus par des voies plus habituelles, comme de faire bouillir l’eau, mais elle a pour avantage son plus faible coût (notamment dans un contexte de hausse des prix de l’énergie), son caractère totalement décentralisé et plus écologique. Son principal défaut est que cette technique opère par nécessité à petite échelle. La méthode ne peut pas être appliquée quand l’eau est trop trouble (les particules en suspens protégeant les bactérie de la radiation UV) ou, évidemment, quand le temps ne le permet pas. Un autre caractère limitant est l’accessibilité des bouteilles : dans la plupart des projets de coopération, elles sont fournies par les ONG, mais dans certaines zones l’approvisionnement en bouteilles en PET peut se révéler plus difficile que celui en désinfectants à base de chlore. En outre, SODIS n’agit pas sur la pollution chimique de l’eau. Enfin, l’eau ainsi assainie doit être immédiatement consommée ; sinon, il y a risque de réensemencement microbien. (Une étude réalisée par des chercheurs boliviens en 2008-2009 a d’ailleurs conclu que l’utilisation de la méthode SODIS dans des zones d’habitat de la région de Cochabamba n’a en fait entraîné aucune amélioration sanitaire tangible. Selon ses auteurs, la bonne utilisation de la méthode est cruciale si l’on veut qu’elle soit efficace. Or la "vie réelle" n’a rien à voir avec des essais en laboratoire : de multiples facteurs peuvent intervenir pour empêcher la bonne purification de l’eau. Le Centre de référence SODIS assure pour sa part que l’efficacité du projet a été prouvée par de nombreuses études.)
    À titre d’exemple de projet reposant sur la méthode SODIS, on peut citer les actions menées par l’ONG kenyanne KWAHO (Kenyan Water for Health Organisation) (voir le texte Financer l’eau et l’assainissement. La réponse des femmes de Kwaho (Kenya)) dans le bidonville de Kibera, à la périphérie de Nairobi. KWAHO y recrute des promoteurs qui s’occupent de purifier l’eau dans des bouteilles de 2 litres et de les revendre aux résidents à un prix raisonnable. Les bouteilles sont collectées dans les restaurants et les grands hôtels de la capitale. Cette action s’est traduite par une réduction de 41 % des cas de diarrhées signalés dans les unités médicales de Kibera.
    Une autre application au Cambodge
    Une autre application de la désinfection solaire a été mise au point par une ONG française appelée « 1001 Fontaines pour demain » et mise en œuvre au Cambodge. Il s’agit d’une méthode plus ambitieuse, puisqu’elle peut traiter jusqu’à 600 litres par heure. La technique demeure toutefois suffisamment légère pour pouvoir être exploitée de manière décentralisée : une famille est identifiée dans chaque village qui prend en charge, contre rémunération (théoriquement moindre que le coût supporté auparavant par les villageois pour leur eau), la purification de l’eau. L’ONG fournit les équipements nécessaires et prend en charge les pertes éventuelles de la première année d’opération des revendeurs.
    L’installation repose sur un placard métallique où sont installées quatre filtres successifs et une lampe à UV, alimentés en électricité par un panneau solaire. L’eau est pompée dans les rivières fait l’objet d’une étape de décantation et de floculation, puis est passée successivement au crible des quatre filtres et de l’action des ultraviolets. Aucune substance chimique n’est introduite dans l’eau ; par opposition à une solution comme la chloration, l’eau peut donc se trouver à nouveau souillée après son traitement par de nouvelles bactéries.
    On a assisté ces dernières années à la multiplication de dispositifs de ce type, à savoir la fourniture à des communautés, par des micro-entreprises locales, d’eau obtenue par purification (que celui-ci utilise les UV ou une autre technique souple). Ces initiatives sont parfois présentées comme la solution miracle en termes d’accès à l’eau. Le moins que l’on puisse dire est que leur généralisation comportera des défis importants pour les pouvoirs publics et autres en termes de contrôle de la qualité de l’eau ainsi vendue.
    Notons pour finir que le traitement par rayons ultra-violets n’est pas cantonné au registre des technologies légères destinées aux pays du Sud. Certaines usines ultra-modernes de traitement de l’eau fonctionnent également sur la base du traitement par les UV ; l’une d’elle est en cours de construction à San Francisco.
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