Globalement, l'Afrique est très en dessous des moyennes mondiales pour la grande majorité des indicateurs liés à l'eau et l'assainissement : faibles ressources renouvelables, faible proportion de la population ayant un accès à l'eau ou à l'assainissement, peu de terres cultivées irriguées et un potentiel hydroélectrique sous exploité. Cependant, le développement économique que connait le continent africain depuis 10 ans obligera les acteurs du secteur de l'eau à trouver des solutions.
Le niveau de développement des infrastructures en eau est en effet un facteur économique important et représente un enjeu crucial pour le développement humain, la santé publique, la sécurité alimentaire et la production industrielle. Gestion des ressources d'eau en Afrique : un avenir incertain après l'Océanie, l'Afrique est le second continent le plus sec. Comptant 16 % de la population mondiale, il ne possède que 9 % des ressources renouvelables en eau. L'eau y est inégalement répartie, les six pays les plus riches en eau, situés en Afrique Centrale et de l'Ouest, détenant 54 % des ressources intérieures totales du continent et les vingt pays les plus pauvres en détenant seulement 7 %.
Dans un continent où certains pays consomment déjà la totalité de leurs ressources en eau renouvelable, alors que d'autres en utilisent moins d'un pour cent, la dépendance entre États est forte et le partage de l'eau semble critique. Plus de 40 % de la population africaine vit dans les zones arides, semi-arides et sous humides. Due à la diminution progressive de ces ressources et de l'augmentation de la consommation, la proportion de la population africaine risquant d'être soumise à une carence en eau augmentera de 38 % en 2013 à 74 % en 2040, affectant 28 pays. Actuellement, les trois quarts des pays arabes vivent déjà en dessous du seuil de carence en eau, alors qu'ils sont les plus consommateurs les plus importants.
Les efforts sur la gestion des ressources en eaux doivent ainsi se concentrer sur la préservation des ressources et sur les conditions de leur partage. Cependant, le manque de capacité des instances africaines dans la gestion de l'eau au niveau national, ainsi que leur manque de coordination dans la gestion des bassins hydriques internationaux est un frein économique, ainsi qu'un facteur d'accroissement des inégalités d'accès à l'eau. La mise en oeuvre des moyens pour surmonter ces problématiques nécessitera une volonté politique et des moyens de financement importants : mutualisation régionale des ressources, changement de modèle économique (de l'agriculture vers l'industrie par exemple), ou encore, l'utilisation de nouvelles méthodes à forte intensité capitalistique (dessalement de l'eau de mer).
Au centre de cette problématique se trouvent les réservoirs de stockage de l'eau (barrages ou réservoirs naturels). Les volumes de stockage d'eau par habitant sont très faibles en Afrique. Les petits projets de barrage, facile à financer et mettre en oeuvre sont pour l'instant le meilleur moyen de palier aux problématiques locales de certains pays d'Afrique. Les grands projets de barrages, tels que le Grand Inga en RDC, auraient un plus fort impact sur la préservation des ressources, mais sont très difficiles à mettre en oeuvre due au manque de fonds nécessaires, à l'instabilité politique et aux problèmes environnementaux. Cependant, ce sont les grands projets qui seront la solution à la demande globale du continent.
Il faudra donc une grande implication politique, se concrétisant dans un premier temps par le renforcement des instances régionales de gestion de l'eau, qui devront définir les modalités de partage des ressources. Dans un second temps, il faudra améliorer l'attractivité de ces projets pour le secteur privé en démultipliant leurs usages (électricité, irrigation, alimentation en eau, lutte contre les inondations et sécheresses, etc.), ce qui apparaît comme la meilleure solution pour assurer leur financement à moyen terme. Étant donné les enjeux stratégiques des projets de grands barrages, il faut s'attendre à des batailles géopolitiques majeures autour de leurs financements, notamment des entreprises sud-africaines et chinoises.
L'alimentation d'eau en Afrique : une situation d'urgence et des défis à long terme
Avec seulement 65 % des Africains ayant accès à une source d'eau potable améliorée (eau courante, fontaine publique, etc.), et une très faible proportion à l'eau courante, l'Afrique se situe encore très en dessous des moyennes mondiales, en particulier l'Afrique Subsaharienne. Principalement dus à des manques de financement et des faiblesses opérationnelles, le rythme de renouvellement et d'expansion des infrastructures peinent à faire face aux croissances démographique et urbaine les plus fortes du monde sur les 20 dernières années, ce qui explique que le nombre de personnes n'ayant pas accès à une source d'eau améliorée continue d'augmenter.
Un marché de l'eau informel s'est donc développé pour pallier aux faiblesses du réseau public, principalement dans les zones périurbaines des grandes agglomérations, qui peuvent regrouper entre 30 et 80 % de la population et qui sont caractérisées par une grande insécurité foncière. Le marché informel, qui représente jusqu'à 95 % en Tanzanie, fournit de l'eau dont la disponibilité, la qualité et le prix sont très variables, ce qui augmente la précarisation des populations africaines. Les risques de santé publique inhérents à ces constats invitent à appliquer des solutions d'approvisionnement en eau partagées, à faible coût et à mise en oeuvre rapide, telles que les fontaines publiques.
Ceci permettra de répondre aux urgences actuelles et de préparer l'avenir, c'est-à-dire la connexion individuelle généralisée. Dans certains pays, la légalisation du secteur informel pourrait être une étape intermédiaire à l'expansion des infrastructures d'eau. D'autre part, les populations africaines sont de plus en plus utilisatrices des Technologies de l'Information et de la Communication (TIC) à travers leur téléphone et internet. Cet aspect doit être exploité par les régies d'eau afin de faciliter la communication avec leurs usagers, optimiser leur efficacité opérationnelle, ou encore améliorer la planification et la prise de décision. Les évolutions rapides des paysages urbains africains exigent également des systèmes d'information plus spécifiques pour pouvoir anticiper et adapter la demande en eau de la population.
Ces outils représentent généralement une faible partie du coût d'un projet d'investissement dans des infrastructures d'eau, et constituent souvent une avancée cruciale pour une bonne maîtrise des ressources, une gestion du réseau améliorée, et une meilleure adaptation des services aux usagers. Les financements et les performances des régies d'eau africaines sont pour le moment insuffisants pour relever les défis du secteur de l'eau. Le niveau des pertes en eau dans les réseaux de distribution (50 % en moyenne), le prix de l'eau trop bas, associé à un taux de recouvrement des redevances très faible, ne permettent pas l'indépendance budgétaire des régies d'eau, ni la maintenance ou la construction d'infrastructure à la hauteur des enjeux.
Malgré des difficultés dans leur mise en oeuvre, les projets de PPP menés en Afrique ont permis de montrer qu'une gestion privée pouvait améliorer considérablement les niveaux de performance opérationnelle des sociétés d'eau, et ainsi fournir le financement adéquat pour étendre les réseaux d'eau. Ces PPP ont été principalement des contrats de gestion, ainsi l'investissement du secteur privé dans le secteur de l'eau est encore très faible et ne serait probablement pas bénéfique à la grande majorité des populations.
L'idéal d'un rattrapage infra-structurel en 30 ou 40 ans par les pays en développement, fondé sur un investissement massif du privé puis son remboursement par un recouvrement total des coûts et rémunérations, est devenu une utopie. Ainsi, l'apport financier initial du secteur public reste vital, autant des Gouvernements que des bailleurs de fonds internationaux.
Jean-Michel Huet et Kévin Huard