• Le problème de « l'eau potable »

    Le problème de « l'eau potable »

    « L'eau potable » est un concept juridique fixé par la loi qui vise à définir la notion d'une eau qui soit acceptable pour la consommation humaine. Une telle eau doit satisfaire à une cinquantaine de paramètres physico-chimique et microbiologiques, mais elle n'offre pas toutes les garanties pour la sauvegarde de la santé du consommateur.

    Au chapitre consacré au chlore dans l'eau, nous allons voir les inconvénients de la technique de désinfection chimique. L'idée suivant laquelle il faut à tout prix consommer de l'eau ne contenant pas de bactéries réputées pathogènes détermine les normes légales pour l'eau potable. Les normes bactériologiques placent la barre très haute, en imposant l'absence de la moindre bactérie dite de contamination fécale. De telles normes rendent la désinfection chimique incontournable.

    À notre connaissance, les limites de la présence des bactéries n'ont jamais été déterminées par des études épidémiologiques du niveau de tolérance d'un individu sain, mais en fonction de la possibilité technique offerte par la désinfection chimique.
    Lorsqu'on confronte les normes bactériologiques pour l'eau potable à la réalité du terrain, on découvre des incohérences. Vu la sensibilité élevée des méthodes de détection des bactéries, on constate qu'il est difficile de respecter ces normes dans une eau naturelle qui ne contient pas de désinfectant chimique. L'expérience montre qu'un échantillon d'eau tout à fait pure peut rapidement être déclaré « non potable » à cause d'une très légère contamination – par ailleurs tout à fait inoffensive – survenue lors du prélèvement pour analyse.

    C'est le drame d'un certain nombre de petites fermes laitières qui produisent depuis des générations du lait de bonne qualité. Après une analyse bactériologique de l'eau de leur puits, on retire l'agrément pour la production laitière en raison de la présence de quelques malheureux streptocoques ou staphylocoques présents dans l'eau non désinfectée utilisée à la laiterie de la ferme. Pourtant les puits ainsi incriminés abreuvent hommes et bêtes depuis des générations, sans le moindre problème sanitaire. Certaines de ces petites exploitations sont contraintes à cesser leur activité en raison du coût élevé d'une adduction d'eau de distribution.

    A moins de mettre la bouche sous le robinet d'eau de ville, dans les faits, il est très rare que nous buvions de l'eau conforme aux normes légales. Pour tester la portée réelle des normes pour l'eau potable, il suffit de prélever un échantillon d'eau de ville, en principe conforme, et le mettre dans une carafe ouverte, l'exposer pendant au moins 12 heures à la lumière du jour pour en éliminer le chlore, verser le contenu dans un verre propre, mais non désinfecté et l'envoyer dans un laboratoire d'analyse. Répéter l'expérience plusieurs fois pour découvrir qu'un certain nombre d'échantillons ainsi analysés seront déclarés « non conformes ». En fait, pour assurer la conformité microbiologique dans son verre et dans son assiette, après la vaisselle, il faudrait passer les verres, les couverts et les assiettes à l'autoclave, servir sur des nappes stériles avec des gants stériles et un masque de protection sur la bouche, comme dans les salles d'opération.

    Exiger donc dans son verre la conformité bactériologique est une position irréaliste. Ce qui est consigné dans la loi à propos de la qualité de l'eau potable ne devrait être valable en toute rigueur qu'à la sortie des installations de la société distributrice. Malheureusement, d'une manière abusive, on a tendance à étendre ces prescriptions jusqu'au contenu du verre du consommateur, même en Belgique où la garantie de conformité s'arrête au niveau du compteur d'eau. En France, en violation de la loi relative à la protection de la vie privée, l'administration a un droit de regard sur la qualité de l'eau qui se trouve dans le verre du consommateur non raccordé au réseau de distribution d'eau !
    Discourir sur le « caractère dangereux » de l'usage domestique de l'eau de pluie devient de moins en moins crédible dans un pays comme la Belgique, où plus de 750.000 personnes l'utilisent depuis des années pour l'hygiène personnelle et plus de 100.000 pour boire.

  • You might also like