• Le littoral marocain: un riche capital menacé par le développement

    1. Principaux messages
    Le littoral marocain: un riche capital menacé par le développement
    Le Maroc a le privilège de disposer de deux façades maritimes longues de 3.500 km dont plus
    de 500 sur la Méditerranée et un peu de moins de 3.000 sur l’Atlantique.
     A la variété des
    conditions géologiques correspond un patrimoine écologique extrêmement riche notamment
    propre aux zones humides, très nombreuses au Maroc. Ces richesses, associées à l’espace
    stratégique que représente le littoral, ont fait de ce dernier un espace majeur de développement
    du pays en termes d’urbanisation, de zones industrielles, d’équipements touristiques, etc. Mais
    la génération de cette richesse économique ne va pas sans coûts liés à la dégradation du
    capital naturel, notamment par:
    􀂃 la "durcification" et la "bétonisation" du front de mer;
    􀂃 l’urbanisation due à la démographie;
    􀂃 les aménagements touristiques; l’érosion des plages due à l’extraction de sable;
    􀂃 la surexploitation des stocks par la pêche; ou encore
    􀂃 l’effet conjugué des différentes formes de pollutions, qu’elles soient agricoles, industrielles ou
    domestiques.
    La dégradation, sans cesse croissante, des conditions environnementales du littoral se fait
    durement sentir, non seulement au niveau des équilibres écologiques mais, également et
    surtout, au niveau socio-économique, particulièrement sur la qualité de vie des populations
    locales.
    Un espace faiblement protégé
    La protection du littoral au Maroc est régie par une pluralité de textes fragmentaires, souvent
    très anciens, non dissuasifs, appliqués de manière non coordonnée par les institutions en
    charge. L’étude sur les coûts de la dégradation environnementale a notamment identifié les
    manques en matière de développement de plans d’occupation des sols pour la préservation
    des écosystèmes côtiers dont les zones humides. Malgré des attributions renforcées dans le
    domaine de la protection environnementale, les collectivités locales semblent donner davantage
    la priorité aux aménagements à retombée économique immédiate et ne se préoccupent
    qu’insuffisamment de la gestion environnementale souvent considérée comme entravant, ou du
    moins ralentissant, leur propre développement.

    Nécessité d’une gestion plus cohérente
    Comme il a été cité par la Cellule du Littoral du Ministère de l’Aménagement du Territoire, de
    l’Eau et de l’Environnement (MATEE), "le littoral marocain est un patrimoine national en péril".
    Pour prendre soin de sa gestion, on ne compte pas moins de 8 ministères, 3 départements ou
    directions ministérielles, et une multitude de collectivités locales au niveau des Régions, des
    Provinces et des Communes riveraines de l’Atlantique, de la Méditerranée ou du Détroit de
    Gibraltar. Il en découle une gestion "polycéphalique" liée à l’insuffisance de coordination et à la
    multiplication des relais retardant, dans la majorité des cas, les prises de décisions. Dans ces
    conditions, il devient de plus en plus difficile de répondre efficacement et en temps opportun et
    réel, aux questions qui se posent et les solutions qui s’imposent dans un monde où les
    changements vont s’accélérant. L’interdépendance des composantes de l’écosystème côtier et
    la complexité des problèmes d’ordre économique, sociaux et environnementaux qui se posent,
    nécessitent une approche globale basée sur des systèmes de gouvernance innovants, utilisant
    des connaissances utiles à la prise de décision. Tel est l’objet de la Gestion Intégrée des Zones
    Côtières (GIZC), définie comme un "processus continu, proactif et adaptable, exigeant une
    approche pluridisciplinaire, la solution des problèmes, la participation des acteurs concernés,
    l’intégration des secteurs, institutions et niveaux d’administration". La mise en oeuvre d’une
    gestion intégrée des zones côtières inclue l’identification des problèmes et de leurs impacts, et
    la production de la connaissance nécessaire et utile à la prise de décision pour le
    développement durable du littoral. Il ne s’agit pas de changer les politiques et les systèmes
    existants, mais de les adapter les uns par rapport aux autres pour une meilleure coordination
    au bénéfice de la conservation des ressources et du développement des populations locales.
    Principes directeurs et axes d’intervention
    La stratégie d’intervention proposée devrait se fonder sur les principes fondamentaux du
    développement durable et plus particulièrement: l’anticipation, l’évaluation stratégique, la
    participation, le partenariat, l’intervention préventive/curative et la conservation. Dès à présent,
    pour accompagner la mise en place de cette nouvelle stratégie de développement durable du
    littoral, il est proposé d’intervenir sur les trois axes suivants:
    1. l’inventaire et l’adaptation progressive de l’arsenal législatif et des mécanismes
    institutionnels relatifs à la mise en valeur et la protection du littoral;
    2. la production et la communication des connaissances utiles à la gestion à deux niveaux:
    vers les décideurs nationaux et locaux, mais aussi vers les acteurs économiques et le grand
    public; et
    3. la mise en place de mesures d’urgence pour lutter contre la pollution dans principaux points
    noirs du littoral et leurs impacts.
    2. Contexte et importance du problème
    2.1 De multiples sources de pollution
    Les sources de pollutions marines et côtières sont multiples et sont la conséquence du
    développement incontrôlé dans de nombreux secteurs d’activité. Les plus importantes sont par
    ordre d’importance:
    Source n° 1: Urbanisation – littoralisation
    C’est une conséquence directe d’une
    démographie galopante que connaît le pays.
    En effet, le Maroc qui comptait près de 9
    millions d’habitants en 1950, en abrite
    aujourd’hui près de 30 millions. Pendant ce
    temps, la pression sur le littoral n’a cessé
    d’augmenter: côté Atlantique, une
    littoralisation passant d’un peu moins de
    20% en 1936 à 54% de la population totale
    en 2000 (62% entre les seules villes de
    Rabat et Casablanca) et, dans une moindre mesure, côté Méditerranée. L’augmentation de
    cette population et la littoralisation ne vont pas sans une urbanisation galopante des zones
    côtières, avec un étirement des
    agglomérations le long de la côte,
    la prolifération des quartiers
    d’habitat clandestin (30% de
    l’espace urbain) et des résidences
    secondaires non déclarées. Cette
    littoralisation et bétonisation,
    croissantes et peu ou mal
    planifiées, ne cessent d’accroître la
    pression sur les milieux naturels. Le
    rejet direct des eaux usées est
    devenu un des facteurs majeurs de
    dégradation des milieux; en effet,
    Système de traitement des eaux usées par lagunage installé à Nador
    (Rapport COED, 2006)
    selon les données du MATEE, seulement 5% des eaux usées sont traités dans la totalité du
    pays. La carte ci-dessus, illustrant la densité communale de la population marocaine, corrobore
    clairement cette tendance de "litt-oralisation" de la population marocaine.

    Source n° 2: Industrialisation
    La côte joue le rôle de pôle nerveux de
    l'économie nationale du fait de la concentration
    industrielle (80% des effectifs permanents des
    industries), touristique (50% de la capacité
    d'accueil) et commerciale (92% du commerce
    extérieur). Le littoral atlantique centralise, plus
    que celui méditerranéen, les principales
    activités industrielles du pays (77%), en
    particulier dans les grandes villes avec près de
    80% des investissements industriels du Maroc;
    l'axe littoral Safi – Kénitra en est l'espace
    structurant majeur. Sur la Méditerranée, les
    villes de Tanger, Tétouan et Nador
    représentent les deux principaux pôles
    industriels, avec comme activités principales,
    la sidérurgie, le textile, la confection (tableau
    ci-contre). Le redéploiement profite à la ville de
    Tanger qui occupe une position devenue
    primordiale. Tous ces grands ensembles
    urbano-industriels rejettent également
    directement dans le milieu marin, qu’il s’agisse
    de métaux lourds (textile, tanneries,
    pétrochimie), des hydrocarbures (raffinage et
    stockage du pétrole), du phosphore (Safi et
    Jorf Lasfar), ou encore de quantités d’autres
    polluants provenant d’industries situées plus en
    amont (sucreries, huileries, agro-alimentaire).

    Source n° 3: Tourisme
    L'urbanisation touristique planifiée est en
    pleine expansion dans de nombreuses régions
    de la côte marocaine, en particulier dans les
    régions de Tétouan, Al Hoceima, Rabat–
    Casablanca, Agadir, Tanger, etc. et, plus
    récemment, Essaidia, Ifni, etc., réduisant le
    nombre d'espaces maritimes vierges qui
    risquent eux-mêmes de ne pas le rester
    longtemps. Dans bon nombre de ces régions,
    l'occupation revêt des formes illicites à cause
    d'un déséquilibre flagrant entre la "faible" offre et l"excès" de la demande d'espaces côtiers. Le
    développement du tourisme balnéaire a engendré également celui des ports de plaisance qui
    sont actuellement en pleine expansion. Plus de 35 sites (8 méditerranéens et 27 atlantiques)
    Industrialisation des zones côtières (Sebou)
    Ville Unités industrielles

    Type
    d'industrie
                                  IAA ITC  IMME  ICP   Total
    Tanger                   49   188      41      62        340
    Tétouan                 56     21     21       60       158
    Nador                    55       3     24       42        124
    Al Hoceima           21       0      0       10           31
    Types d’industries mises en place sur le littoral
    méditerranéen du Maroc (MedPol, 2001):
    􀂃 IAA (Agroalimentaire)
    􀂃 TC (Textile et Cuire)
    􀂃 IMME (Mécanique et Métallurgique)
    􀂃 ICP (Chimique et Parachimique)
    sont proposés pour la mise en place de telles infrastructures. On assiste ainsi à une
    "durcification" progressive du littoral par la construction de complexes hôteliers ou de rangées
    de résidences secondaires et la multiplication des équipements et des infrastructures
    d’accompagnement comme les routes panoramiques et les ports de plaisance. Outre l’énorme
    problème des rejets domestiques incontrôlés, ces équipements touristiques réduisent les
    possibilités d’échanges entre terre et mer, déséquilibrant ainsi l’écologie du littoral.
    Source n° 4: Agriculture
    Dans de nombreuses régions littorales du
    pays, et particulièrement à proximité de
    certaines zones humides (pratiquement tous
    les estuaires et toutes les lagunes), les
    pratiques agricoles en matière d’utilisation
    d’engrais et de pesticides peuvent avoir un
    impact considérable sur la qualité des eaux du
    fait du drainage des oueds, parfois très en
    amont du bassin versant. Ces impacts sont
    très prononcés près de certains milieux
    comme le complexe lagunaire de Oualidia Sidi
    Moussa où la culture sous serre des tomates a
    considérablement affecté les eaux de la lagune. Il en est de même dans les lagunes de Moulay
    Bousselham, de Khnifiss, etc. où agriculture à proximité de ces milieux ou pastoralisme ne se
    font pas sans répercussions sur le milieu.

    Source n° 5: Surexploitation des ressources naturelles
    En ce qui concerne les ressources
    biologiques, qu’il s’agisse des stocks
    pélagiques, d'espèces démersales ou même
    de celles de la zone intertidale, il s’avère que
    les ressources halieutiques nationales sont
    pleinement exploitées et, pour certaines,
    dangereusement surexploitées. Le stock
    pélagique est, depuis 1996, dans une situation
    critique, justement à cause de la
    surexploitation.

    Le stock démersal méditerranéen du Maroc,
    par exemple, se trouve depuis 1984 dans un
    état de surexploitation critique bien que laproduction reste inférieure au maximum enregistré dans le passé. On pense que la situation de
    ce stock va encore s’aggraver si la pression exercée sur ce dernier n’est pas allégée, surtout
    dans les fonds traditionnels entre 35 et 75 mètres de profondeur. Le stock atlantique, plus
    important, n’est relativement pas mieux conservé que celui méditerranéen, en particulier
    certains stocks d’espèces dites nobles qui sont au bord de l’effondrement.
    Le littoral marocain souffre également d’un
    problème majeur qu’est la dégradation des
    dunes et l’érosion des plages, principalement
    à cause d’une demande sans cesse croissante
    en matériaux de construction, en particulier de
    sable pour le secteur du bâtiment. Cette
    demande, estimée à près de 13 millions de
    tonnes, et qui sera plus que le double en 2015,
    est en grande partie satisfaite par des
    prélèvements, souvent illicites et peu coûteux,
    aux niveaux des plages et des dunes littorales.
    En effet, de plus de 160 points de
    prélèvements recensés, quelques uns
    seulement semblent officiellement autorisés.
    C’est un problème d’autant plus important qu’il
    concerne 11 des 16 régions administratives du
    pays et près d’une trentaine de communes. Il
    en résulte que de nombreuses plages
    s’appauvrissent en sable (baie de Tanger,
    Moulay Bousselham, Monica, Kariat
    Arekmane) et, selon certaines études (RDH
    50, 2005), sur un échantillon de 47 plages
    analysées 7 ont complètement disparu et 19
    sont soumises à une dégradation aiguë. Dans la région d'Al Hoceima, par exemple, l'érosion
    affecte-les ¾ du bassin versant du Nekkor et la dégradation de 6.000 t/km² qui touche cette
    région compte parmi les plus fortes du pays. Les causes en sont multiples, mais les principales
    demeurent l’urbanisation, la sur-fréquentation et les prélèvements illicites de sable. C'est ainsi
    que dans la région d'Al Hoceima, par exemple, la quantité de sable prélevée est passée de
    150.000 m3 en 1990 à plus de 550.000 m3 en 2000 (ME, 1997).

    Source n° 6: Erosion
    Les prélèvements excessifs du sable
    constituent une cause majeure de l'érosion
    côtière; cependant, cette érosion ne concerne
    pas uniquement les plages et les dunes
    côtières mais également l’arrière-pays de ces
    zones, ce qui ne peut qu’avoir un impact
    négatif sur l’environnement littoral et marin. En
    effet, le bassin versant de Martil (107 km² de
    superficie) perd chaque année pas moins de
    2.500 t/km² de ses sols à cause de l’érosion hydrique, alors que le bassin de la Moulouya (49 920 km²) en perd près de 240 t/km². Dans la
    région d'Al Hoceima, l'érosion affecte les ¾ du bassin versant du Nekkor et la dégradation de
    6.000 t/km² qui touche cette région compte parmi les plus fortes du pays.
    La perte de sol entraîne automatiquement la perte des couches arables, la perte de la fertilité,
    de la productivité et, par conséquent, de sources de revenus pour les populations rurales
    locales. Les résultats sont donc des "abondons de sols", une "augmentation de la pauvreté" et,
    donc, des impacts négatifs sur l'environnement aussi bien terrestre que marin et côtier ainsi que
    sur la qualité de vie des citoyens. On estime ainsi que dans la région nord-ouest du Maroc,
    comportant les villes côtires de Tanger, Tétouan et Chefchaouen, la perte de sol est
    considérable et est comprise entre 5,3 millions de tonnes et 16,7 millions de tonnes. Toujours
    dans la même région, les pertes de la productivité sont estimées entre 7 et 22 kg/ha, pour une
    moyenne de 15 quintaux par hectares.
    Source n° 7: Changements climatiques
    La principale référence en matière de changements climatiques et leurs impacts sur
    l'environnement général reste la première communication du Maroc pour la CCCC. Selon cette
    communication, si les effets des changements climatiques se traduisent clairement dans le
    domaine continental par des sécheresses, des désertifications, des assèchements de mares et
    de sources, etc., il est difficile de parler d’impacts identifiés des changements climatiques dans
    le milieu marin. Des consultations ont été menées dans ce sens pour infirmer ou confirmer une
    éventuelle hausse du niveau de la mer à cause des changements globaux, mais il faudrait peutêtre
    plus de temps pour connaître avec précision l’ampleur de cet impact. Par contre, il a pu
    être constaté que des espèces marines qui étaient cantonnées dans les zones chaudes de
    l’Atlantique nord oriental ont fait leur apparition au sud du pays, une migration du front de la
    zone de transition ou simple manque de données sur la région.

    2.2 Situation et tendances
    La pression de la plupart de ces activités sont génératrices de pollution (déchets solides, rejets
    liquides, modification des conditions initiales), induisant de profondes modifications sur les
    écosystèmes côtiers et marins. Outre les déchets solides, souvent entassés dans des
    décharges publiques parfois situées en bordure du littoral, les rejets liquides, domestiques,
    agricoles, industriels… restent la principale source de nuisance du littoral marocain. Le
    problème est donc essentiellement une question de planification de l’utilisation des sols, de
    développement des activités et de mesures d’assainissement des eaux usées. Selon une étude
    effectuée par la Banque mondiale en 2003, "les eaux de mer atlantiques et méditerranéennes,
    qui se situent à proximité des rejets d'eaux usées des principales villes côtières du Maroc (telles
    que Rabat-salé, Mohammedia, Safi, Agadir, Tanger, Al Hoceima et la zone côtière de Tétouan)
    sont fortement polluées", ce qui semble être l'avis d'un autre rapport national (REEM, 2001) sur
    l'état de l’environnement dans le pays. "Les principales causes de la pollution des eaux sont:
    1. les rejets d'eaux usées domestiques et industrielles;
    2. les apports telluriques; et
    3. la pollution off shore dominée par les rejets des bateaux et les ports d'embarcations".
    Les rejets d’eaux usées au Maroc constituent
    une préoccupation majeure pour les autorités
    nationales. Selon des études récentes, ces
    rejets suivent, comme l’indique le graphique cicontre,
    une tendance exponentielle. La
    majeure partie est soit déversée directement
    dans le réseau hydrographique pour aboutir
    inévitablement au littoral, soit mise dans des
    fosses sceptiques en milieu rural, soit encore
    rejetée directement en mer.
    Selon le Programme National
    d’Assainissement, et pour ce qui concerne
    l’épuration des eaux usées, le Maroc compte
    un nombre très modeste d’infrastructures
    d’épuration soit environ 80 stations d’épuration
    dont moins de la moitié fonctionnent
    correctement. Cette situation montre un retard
    considérable en matière d’équipement
    d’épuration et porte un préjudice grave à la
    préservation des ressources en eau et à
    l’environnement de manière générale. Selon la
    Cellule du Littoral, "la composante épuration constitue le maillon faible de la chaîne de
    l’assainissement au Maroc".

    Deux cas, l’un en Méditerranée (Nador: zone pilote du CoED) et l’autre sur la façade atlantique
    (Casablanca: capitale économique) montrent l’ampleur et la gravité de ce problème. Pour la
    ville de Nador, celle-ci s’est dotée d’une station d’épuration des eaux usées (STEP) pour
    desservir l’équivalent de 50.000 habitants et pour traiter un débit journalier de 5.000 m3 d’eaux
    usées. Une extension de la station a été opérée en 1989-90 pour desservir une population de
    près de 100.000 habitants suivie de la création
    de 4 bassins de lagunage d’une superficie de
    17 ha. Actuellement, non seulement 3 des 4
    bassins sont sérieusement endommagés, des
    dysfonctionnements de la station sont
    enregistrés (plusieurs défaillances
    électromécaniques des pompes et turbines,
    coupures électriques fréquentes, etc.) mais
    avec l’augmentation de l’agglomération et de
    la population de Nador (plus de 140.000
    habitants dans la seule ville de Nador), surtout
    en période estivale, la capacité de traitement
    de la station est largement dépassée. Il en
    découle qu’une bonne partie des eaux usées
    de cette agglomération et de ses satellites est
    rejetée directement en mer, poussant certains
    indicateurs de la qualité des eaux côtières
    (DBO5, DCO, M.E.S et N.T.K) à des niveaux
    bien supérieurs aux normes. Selon le Bilan
    Diagnostic National, "Compte tenu du volume
    élevé d’eaux usées transitant par la station
    d’épuration et vu l’état inquiétant de son
    matériel et de ses équipements, il ressort que
    ses rejets constituent une source de pollution
    importante pour la lagune de Nador".
    Pour le grand Casablanca, quelques chiffres communiqués par la société Lydec sont plus
    qu’inquiétants: 1.964 unités industrielles déversent leurs effluents directement dans la mer via 7
    collecteurs, soit 80% de l’industrie du Grand Casablanca. On y trouve toutes sortes d’industries
    fort potentiel polluant dont la chimie et la parachimie, l’agroalimentaire, la mécanique et la
    métallurgie et enfin le textile et le cuir. Ces 7 collecteurs reçoivent des charges en matières
    polluantes industrielles (DCO) de l’ordre de 891.693 kg/j, et domestiques (DBO5) d’environ
    315.282 kg/j, sans parler des 152.997 kg/j de matières en suspension (MES).
    2.3 Estimation des coûts de la dégradation environnementale
    L’étude de la Banque mondiale sur l’estimation des coûts des dégradations environnementales
    (CoED) a démontré que le non traitement des eaux usées avait des conséquences graves non
    seulement écologiques mais également sur la santé des populations locales.
    Le coût des dommages à l'environnement est
    défini comme une perte de bien-être qui peut
    avoir des effets négatifs sur la santé, se
    traduire par un manque à gagner ou
    engendrer des pertes de services
    environnementaux. Ces coûts étaient estimés
    à près de 1.530 millions de USD en 2000; la
    partie littorale y est représentée par environ
    170 millions de USD. On pense, cependant,
    que c'est une valeur qui reste très en deçà de
    la valeur réelle dans la mesure où l'impact de
    nombreux facteurs de dégradation n'a pu être
    évalué. Il importe également de signaler
    qu'une comparaison avec sept pays de la
    région montre que le Maroc occupe, avec ces
    données, le second rang après l'Egypte en
    terme de coût de la dégradation de
    l'environnement.

    La dégradation de l’environnement liée à la
    pollution de l’eau au Maroc a des retombées
    économiques très importantes, estimées selon
    certaines études récentes (CoED Maroc,
    2006) à plus de 4,3 milliards de dirhams par
    an. Les rejets d’eaux usées dans le milieu
    naturel sans épuration entraînent également
    de grands risques pour les populations vivant
    à proximité des lieux de ces rejets.
    Ces risques se traduisent par l’augmentation
    des maladies communicables telles que les
    maladies hydriques dont notamment le
    choléra, la fièvre typhoïde, l’hépatite virale
    épidémique, les maladies dermiques, etc. Par
    ailleurs, il y a aussi la perte des paysages,
    d’un habitat ou d’une espèce, les nuisances
    olfactives, la réduction de l’affluence des
    touristes, le chômage, la perte d’une source de revenu, etc. Toutes sont autant d’atteintes au
    bien-être des populations et, par conséquent,
    représentent un coût économique et social.
    En ce qui concerne les dégâts causés à
    l’environnement côtier, il est également difficile
    de se prononcer sur l’ensemble du littoral
    national étant donné la diversité des milieux,
    des ressources et des particularités de chaque
    région. Cependant, en utilisant certaines
    études de cas, il est possible de se faire une
    idée de l’importance de ces dégâts sur le plan
    économique.

    Le site pilote considéré dans cet essai est
    celui de la région de Nador et, plus particulièrement, sa lagune considérée comme la plus
    grande lagune du Maroc et l’une des plus grandes à l’échelle de la Méditerranée.
    Le coût global des dégâts dans ce site serait de 131 à 163 millions Dh/an, ce qui correspond de
    3,8 à 4,7% du PIB de la zone choisie et, suite à ces pollutions, les besoins financiers pour des
    opérations de prévention, restauration et protection s’élèveraient à près de 94 millions de
    Dirhams par an. Bien qu’il ne s’agisse que d’estimations préliminaires, il importe de signaler que
    ce sont des chiffres qui ne concernent qu’une seule et petite région du Maroc, qui n’est ni la
    plus dégradée ni la plus polluée, ni la plus polluante parmi les nombreuses autres régions du
    pays. En réalité, les coûts devraient donc être beaucoup plus importants.
    Une autre étude menée en 2003 par la Banque mondiale, cite qu’en ce qui concerne le littoral
    marocain, "les impacts qui ont pu être estimés dans le cadre de la présente étude s'élèvent à un
    peu moins de 2 milliards de Dh par an, soit 0,5% du PIB national", mais il est important de noter
    que plusieurs dommages, parmi les plus importants, liés à la dégradation du littoral n'ont pu être
    estimés.
    􀂃 Urbanisation
    􀂃 Population urbaine: 45% en 1985 sera de 75% en 2025
    􀂃 Population urbaine Atlantique: 19,4% en 1936 à 54% en 2000
    􀂃 Superficie du littoral urbanisée sera x 6 entre 1985 et 2025
    􀂃 Densité passera de 81 à 162 hab/km² entre 1985 et 2025
    􀂃 Littoralisation: consommation de l’espace littoral par l’urbanisation passera de 0,22%
    en 1985 à 1,25 en 2025
    􀂃 Industrialisation: près de 80% concentrée sur la côte atlantique
    􀂃 Activités anthropiques: commerciales, industrielles et touristiques
    􀂃 Surexploitation des ressources côtières et halieutiques (céphalopodes, coquillages,
    etc.)
    􀂃 Changement des structures de la biodiversité marine nationale et du potentiel
    halieutique (remplacement de certaines biocénoses par d’autres (Cytoseires par moules)
    􀂃 Conflits permanents dans les régions littorales
    􀂃 Entre activités concurrentes (industrialisation /aquaculture, littoralisation/écotourisme)
    􀂃 Entre activités anthropiques et environnement (rejets domestiques
    􀂃 Changements des structures de la biodiversité

    2.4 Faiblesses, menaces et tendances lourdes
    Selon le Programme National d’Assainissement Liquide et d’Epuration des Eaux Usées (2005),
    les nombreux diagnostics effectués sur le secteur de l’assainissement liquide en milieu urbain
    (dont celui côtier) s’accordent sur les immenses faiblesses enregistrées par ce secteur en
    termes d’équipement dont principalement :
    􀂃 l’insuffisance de la couverture urbaine en réseau d’assainissement;
    􀂃 le faible taux d’épuration des eaux usées;
    􀂃 l’état de dégradation et d’insuffisance hydraulique des réseaux d’assainissement existants;
    􀂃 la gestion peu performante des services d’assainissement;
    􀂃 un cadre juridique insuffisant et/ou inadapté à caractère plus déclaratif que normatif lié à la
    non application ou à l’ancienneté des textes;
    􀂃 l’absence de schéma directeur d’aménagement du littoral national;
    􀂃 la coordination insuffisante entre les différents acteurs intervenant dans les espaces
    maritimes; et
    􀂃 des efforts de préservation des écosystèmes littoraux et marins insuffisants au regard de la
    pression anthropique, en particulier en ce qui concerne les critères de sélection et la création
    d’aires protégées.
    Ces faiblesses seraient à l’origine des nombreuses menaces qui pèsent sur la côte marocaine
    et ses composantes dont principalement:
    􀂃 les rejets de substances dangereuses et d’hydrocarbures;
    􀂃 le développement des risques sanitaires selon la nature et la concentration du polluant dans
    l’eau de mer, le sable ou les produits consommés;
    􀂃 les changements radicaux et souvent irréversibles du fonctionnement des écosystèmes
    marins et côtiers avec prolifération anormale d’espèces indicatrices de pollution et de
    déséquilibres;
    􀂃 la disparition des habitats et communautés les plus sensibles à la pollution;
    􀂃 l’appauvrissement notoire de la richesse spécifique et halieutique des zones côtières; et
    􀂃 la réduction des potentialités socio-économiques de la zone côtière et, donc, de sa
    contribution au développement local, régional et national.
    2.5 Opportunités de changement
    Parmi les principales opportunités sur lesquelles les mesures de changement pourraient
    s’appuyer, figurent, entre autres:
    􀂃 l’initiative nationale du développement humain correspondant à un grand chantier mené par
    le pays pour son développement socio-économique et humain;
    􀂃 un cadre national constitué d’une Stratégie nationale pour l’environnement et le
    développement durable (1995), un Plan d’action national pour l’environnement (1998) et un
    Plan d’action prioritaire, un Programme national d'assainissement liquide et d'épuration des
    eaux usées;
    􀂃 la promulgation des lois relatives à la protection et à la mise en valeur de l’environnement,
    aux études d’impacts sur l’environnement, à la pollution atmosphérique et à la gestion des
    déchets;
    􀂃 la ratification de certaines conventions et accords internationaux pouvant permettre de générer
    le soutien nécessaire à la résolution des problèmes de pollution de portée nationale; et
    􀂃 l’implication du secteur privé avec ses potentialités financières et humaines.
    Sur ces bases, le MATEE, propose la mise en place et en oeuvre d’une politique volontariste de
    protection et de mise en valeur du littoral s’appuyant sur un instrument de planification
    spécifique au littoral, le Schéma National de Mise en Valeur du Littoral et ses déclinaisons
    régionales et locales, qui constitueraient le cadre de référence pour la mise en cohérence des
    différentes actions de développement et de protection du littoral.
    3. Revue des options politiques
    3.1 Cadres existants et germes de changement
    Le Maroc est un pays maritime par excellence, la longueur de ses côtes, l’importance de son
    espace maritime et des potentialités touristiques et halieutiques de son littoral font de ce dernier
    un atout stratégique majeur dans le développement socio-économique et humain du pays. Ce
    développement ne pourra se faire sans l’adaptation de nouveaux systèmes de gouvernance
    tels que proposés dans l’approche de gestion intégrée des zones côtières (GIZC). Le Maroc
    dispose, en effet, d'une Stratégie nationale de géveloppement durable et d'expériences locales
    qui devraient faciliter de tels changements.

    Parmi les germes de changement identifiés, il importe de citer :
    􀂃 les politiques de libéralisation, de décentralisation et de déconcentration menées par le
    Maroc, incitant le pays à tenir compte des normes internationales en matière
    d’environnement et de qualité des produits commercialisés;
    􀂃 la privatisation et l’encouragement de l’investissement privé aussi bien dans les domaines
    industriel, éco-touristique ou environnemental;
    􀂃 le début de déconcentration de l’axe El Jadida-Kénitra en faveur de la côte atlantique Sud
    (Dakhla-Agadir) et du littoral méditerranéen (Tanger-Oujda) réduisant ainsi la pression sur
    certaines zones très polluées, en vue d’une éventuelle réhabilitation (dépollution) de ces
    dernières;
    􀂃 le développement de programmes/activités dont les prestations requièrent un certain niveau
    de qualité exigé à l’échelle internationale tels que le tourisme, la construction de villes
    satellites, etc.;
    􀂃 la prise de conscience nécessaire pour la préservation du littoral par la création de la Cellule
    Littorale, l’élaboration de nombreuses stratégies nationales dont celle sur la sensibilisation et
    l’éducation environnementales, etc.
    L'objectif de tous ces "grands chantiers" et ces projets vise un "développement humain durable"
    et consiste à faire du facteur humain le principal centre d'intérêt des initiatives du
    développement, les ressources naturelles dont celles maritimes, représentant un levier de ce
    développement humain. Parmi ces initiatives, on peut citer:
    􀂃 Celles à caractère horizontal et intégrateur
    􀂃 la Charte nationale de l’aménagement du territoire;
    􀂃 le Plan d’action national pour l’environnement;
    􀂃 la Stratégie et plan d'action nationaux pour la conservation et l'utilisation durable de la
    biodiversité;
    􀂃 la loi sur les études d’impacts sur l’environnement;
    􀂃 le Décret 2-04-553 relatif aux déversements, écoulements, rejets, dépôts directs ou
    indirects dans les eaux superficielles et souterraines.
    􀂃 Celles à caractère sectoriel spécifique
    􀂃 Projet de loi formant le code des pêches maritimes;
    􀂃 Projet de loi sur le littoral;
    􀂃 Rapport national sur les zones humides;
    􀂃 Plan national du Maroc pour la mise
    􀂃 Réseau de surveillance de la salubrité du littoral;
    􀂃 Réseau de surveillance des plages;
    􀂃 Décret N° 2-95 717 relatif à la préparation et à la lutte contre les pollutions marines
    accidentelles.
    􀂃 Des instruments de mise en oeuvre dont
    􀂃 Initiative nationale de développement humain;
    􀂃 Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement;
    􀂃 Fonds national de protection de l’environnement;
    􀂃 Fonds de développement rural;
    􀂃 FODEP;
    􀂃 Coopération technique et financière, bilatérale et multilatérale, etc.

    4. Recommandations pour une politique GIZC
    Il est évident qu’une revalorisation du domaine marin et côtier, sa gestion intégrée et son
    intégration parmi les éléments-clés du développement durable, suggèrent de nouvelles
    approches de gestion ou, du moins, une reconsidération de celles en vigueur.
    Les potentialités du domaine maritime restent insuffisamment connues et il importe de mieux
    les connaître pour mieux les apprécier, mieux les conserver et, par conséquent, mieux les
    valoriser. Le Marocain, malgré les considérables atouts offerts par un Maroc maritime, demeure
    le "dos tourné à la mer" et des programmes de sensibilisation seraient de nature à lui faire
    connaître ses potentialités et apprécier leurs valeurs. Ces potentialités sont également
    insuffisamment protégées et il y a lieu d’adopter les mesures législatives nécessaires pour
    préserver ce patrimoine. Comme déjà susmentionné, ce patrimoine est géré sans coordination
    entre de nombreuses institutions. Il importe donc de mettre en place un dispositif légal et
    institutionnel qui permette la mise en oeuvre d’une politique axée sur la gestion intégrée des
    zones côtières (GIZC).

    La GIZC suggère de nombreuses mesures dont les plus importantes ont plus ou moins été
    appuyées par l’Initiative nationale du développement humain (INDH) dont :
    􀂃 L’élaboration d’une stratégie de développement intégré du littoral et de ses
    ressources visant la promotion de l’intégration multisectorielle, via des programmes-projets,
    garantissant le développement durable du littoral (optimiser l’urbanisation et réduire ses
    impacts, optimiser les choix en matière de transport public, d’infrastructures, de recherche,
    d’activités industrielles propres et de tourisme environnemental, etc.). C'est une stratégie qui
    permettrait de canaliser les activités humaines vers une meilleure conservation du littoral,
    une optimisation des moyens et une meilleure harmonie entre la nécessité de protéger le
    littoral et son arrière pays, d'une part, et le besoin du développement, d'autre part.
    􀂃 La valorisation des ressources biologiques et paysagères du littoral/milieu marin par:
    􀂃 la restructuration du secteur des pêches pour des prises plus organisées, plus ciblées et
    respectueuses des habitats et des cycles de développement des espèces;
    􀂃 la promotion de la consommation nationale en produits de la mer (pour permettre d’éviter
    le gaspillage des prises, la création d’emplois, la valorisation des produits de la mer, etc.
    et, par conséquent, mieux faire contribuer les produits de la mer dans le développement
    économique et humain du Maroc ;
    􀂃 l’amélioration du niveau de transformation des produits à forte valeur ajoutée;
    􀂃 le développement et la valorisation d’une aquaculture propre et de l'écotourisme dans les
    zones humides, deux composantes pour lesquelles le Maroc dispose de grandes
    potentialités et qu’il importe de mettre à contribution pour une meilleure valorisation de la
    zone côtière.

    Cet axe vise le développement et la valorisation des produits de la mer sous leurs diverses
    formes (ressources biologiques, paysages touristiques, écosystèmes avec services
    écologiques, etc.) pour éviter les déperditions de ces ressources et optimiser son utilisation
    dans le développement socio-économique et humain durable.
    Il vise aussi la recherche et la capitalisation des potentialités marines et littorales pour des fins de
    création d'emplois, d'amélioration des conditions de vie des populations riveraines et nationales.
    L’aquaculture, quand elle est gérée de façon environnementale, est l’une des activités
    valorisantes des espèces et des espaces littoraux. Elle souffre au Maroc d’énormes
    problèmes, en particulier la pollution des enceintes et parcs aquacoles. Le plus grand
    centre aquacole du pays, en l’occurrence la société MAROST, a déposé son bilan entre
    autres à cause de l’acuité de la pollution dont souffre la lagune de Nador. Il est évident, en
    effet, qu’un centre aquacole mis en place dans une enceinte lagunaire, qui souffre déjà
    d’une insuffisance de brassage de ses eaux, où sont construits au moins 17 hectares de
    bassins de lagunage et où sont déversés les rejets de plus de 200.000 habitants, ne puisse
    survivre à de telles contraintes environnementales.

    􀂃 La préservation de l’environnement marin et de la qualité de ses côtes par:
    􀂃 la surveillance de la qualité des eaux des plages et la garantie du fonctionnement d’unités
    d’épuration, surtout que le tourisme balnéaire est l’un des atouts stratégiques du
    développement du secteur du tourisme au Maroc;
    􀂃 la conservation de fenêtres naturelles sur la côte avec leur biodiversité originelle et leur
    richesse paysagère afin d’éviter l’artificialisation et la privatisation de la totalité de la côte
    et du domaine public littoral, ce qui permettrait en cas de besoin des potentialités de
    restauration et de réhabilitation à partir de ces fenêtres;
    􀂃 la conservation des zones humides côtières dont l’importance écologique et économique
    n’est plus à prouver;
    􀂃 l’élaboration et la mise en oeuvre de plans d’action de dépollution des zones sensibles
    (Casablanca - Safi, Nador, etc.);
    􀂃 le renforcement des dispositifs d’information, de communication et d’éducation
    environnementales afin que le citoyen marocain s’intéresse plus à ce patrimoine et
    connaisse mieux sa valeur.

    L'anticipation, l'intervention préventive et la participation sont certains des principes de la GIZC
    visés dans cet axe. La surveillance, les fenêtres écologiques, l'information, la communication,
    etc. permettent de suivre pas à pas aussi bien la qualité du littoral/milieu marin, les activités
    menées pour son utilisation durable, que la pertinence des actions et des initiatives menées
    pour sa conservation et sa valorisation. Elles permettent également de conscientiser les
    populations riveraines, les investisseurs, les décideurs pour une meilleure participation dans la
    création d'un environnement viable pour un développement durable.


    􀂃 La mise en place d’instruments juridiques et institutionnels spécifiques pour
    l’utilisation de l’espace et des ressources du littoral / milieu marin en:
    􀂃 promulguant une loi spécifique du littoral définissant les droits de propriété, les conditions
    d'exploitation du rivage, les modes de gestion et d'intervention et en activant les textes en
    projet;
    􀂃 créant une institution nationale chargée du développement et de la gestion des zones
    côtières et de leurs ressources;
    􀂃 améliorant le cadre d'investissement sur le littoral et l’espace marin pour encourager le
    secteur privé à s’impliquer davantage dans l’utilisation rationnelle et durable de ce
    patrimoine;
    􀂃 renforçant les capacités en matière de plans d’urgence et d’intervention au niveau des
    ports et des points chauds;
    􀂃 veillant à l’harmonisation des législations nationales avec les engagements internationaux
    du Maroc (conventions et accords internationaux).
    La mise en place d'un cadre juridique adapté aux besoins nationaux et aux engagements
    internationaux, ainsi que d'un cadre institutionnel efficient, constituerait un pas important de
    franchi pour la conservation du littoral/milieu marin, l'utilisation durable et la valorisation de ses
    diverses ressources, l'épuration des conditions de son exploitation et de son développement et
    la facilitation des exigences de la coopération et du partenariat.
    Toutes ces "portes ouvertes" conduiraient indubitablement, au moins dans les zones côtières
    rurales, à plus d'investissement, plus d'emplois, moins d'exode, plus de stabilité sociale et, par
    conséquent, un meilleur développement local.
    􀂃 Le développement de cadres de coopération/partenariat spécifiques
    Dans le domaine marin, certainement plus que dans d'autres secteurs socio-économiques
    stratégiques (en particulier l'agriculture et les forêts), le Maroc souffre encore d'énormes
    besoins en matière de renforcements des capacités. Ces besoins, exprimés en termes
    d'expérience, de compétence, d'expertise, de technologie, de technicité et, certainement aussi,
    de moyens financiers, ne peuvent être comblés que dans des cadres de coopération et de
    partenariat avec des organismes internationaux ou avec des pays tiers dans des cadres
    bilatéraux et multilatéraux. C'est d'ailleurs la principale approche adoptée actuellement par
    divers acteurs nationaux (administration, associations…) pour la réalisation de projets
    environnementaux.
    Il est certain, qu'avec les moyens souvent drainés via la coopération bilatérale ou multilatérale,
    surtout en terme de développement local utilisant des ressources naturelles comme supports,
    bien des actions au profit des populations pourraient être réalisées.
    Avec la mise en oeuvre de ces mesures, de nombreuses contraintes au développement du
    littoral et de ses ressources seraient éliminées, ce qui permettrait un environnement plus sain,
    une ambiance d’investissement plus propice, un plus grand engagement du secteur privé dans
    les investissements, des créations d’emplois et un développement économique, social et
    humain plus important et harmonieux.
    De par les traités internationaux qu’il a signés, le Maroc a le devoir d’honorer ses engagements,
    ce qui lui confère aussi le droit de bénéficier de la reconnaissance et des avantages liés à ces
    engagements en termes de financements et de renforcement de ses compétences.
    Ces mesures et ces suggestions sont largement inspirées de la Stratégie et du plan d’action
    nationaux pour la conservation et l’utilisation durable de la biodiversité, qui sont également
    reprises dans la vision nationale globale de l’INDH (Initiative nationale du développement
    humain) qui constitue le projet/chantier national majeur visant notamment l’intégration de la
    composante environnementale, y compris celle du littoral, dans le processus du développement
    économique, social et humain durable du pays. Cette initiative est basée sur un bilan établi par
    de nombreux experts nationaux et internationaux sur les projets et réalisations depuis l'année
    1955 et une projection à l’horizon 2025 (RDH 50).

    5. Conclusion
    Fortement urbanisé et industrialisé, le littoral marocain constitue l’ultime bassin récepteur des
    rejets des diverses activités menées sur terre, sans parler des risques non négligeables de
    pollution accidentelle en provenance des bateaux transportant des produits nocifs tels les
    hydrocarbures et des rejets illicites en mer. Toutes ces pollutions causent des dégradations
    dont le coût environnemental et humain ne cesse de s’accroître car les réponses n’ont pas été
    à la hauteur des problèmes. Certes, l’insuffisance des moyens matériels et financiers doit être
    évoquée, mais il convient avant tout de considérer l’insuffisante adaptation des textes législatifs
    et la faible coordination des institutions en charge de la gestion du littoral ou de ses activités. Le
    fantastique capital naturel que représente le littoral mérite que l’on se penche résolument sur la
    mise en cohérence de l’arsenal juridique et des mécanismes institutionnels de mise en oeuvre
    des politiques en s’appuyant sur les meilleures connaissances disponibles sur le plan national
    et régional méditerranéen. Des changements aussi ambitieux ne peuvent cependant pas
    s’opérer en un jour, mais selon un processus de gestion adaptative, continue et itérative, qui est
    au coeur de la politique de gestion intégrée des zones côtières (GIZC). C’est à cette condition
    qu’il sera possible de faire de la zone côtière un levier durable du développement économique
    et social au profit des régions côtières et de la nation toute entière.
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