• l'eau en bouteille ou l'eau du robinet pour notre santé ?


    eau-bouteille-verre





    Doit-on préférer l'eau en bouteille ou l'eau du robinet pour notre santé ? Si cette question est tranchée d'un point vue environnemental, une enquête montre que, sur tous les continents, l'eau du robinet est polluée par des micro-plastiques.
    Doit-on consommer de l'eau du robinet ou de l'eau en bouteille ? La réponse n'est pas si évidente. Ecologiquement, la mise en bouteille, son transport et la gestion des déchets est polluant et énergivore mais qu'en est-il de la qualité de l'eau que nous buvons ?
    En France, consommer de l'eau du robinet, dans un pays qui se targue d'avoir les meilleurs contrôles qualité au monde pourrait nous conforter dans ce choix.

    L'eau du robinet contient des nitrates et pesticides

    Cependant, les cours d'eau sont très pollués en France, principalement à cause des nitrates et des pesticides. C'est pourquoi, l'eau du robinet peut présenter des valeurs significatives de pesticides, et de nitrates.
    En 2015, 61,8 % de la population française disposait d'une eau de distribution avec une concentration maximale en nitrates[1] inférieure à 25 mg/L (Ministère de la Santé, 2016). Autrement dit, 38 % des Français pouvaient boire une eau du robinet avec des valeurs en nitrates comprises entre 25 et 50 mg/l, là où la plupart des eaux en bouteille (eaux minérales naturelles et eaux de source) restent en dessous de 5 mg/l et ne contiennent pas de pesticides...

    Quid de l'aluminium dans l'eau du robinet ?

    Autre sujet d'inquiétude : l'aluminium, un métal présent naturellement sur Terre que l'on retrouve partout : dans les organismes vivants, le sol, l'eau... Sa concentration dans l'eau du robinet, non renseignée dans les analyses, a fait l'objet de suspicions quant à son lien avec la maladie d'Alzheimer qui touche maintenant 900 000 personnes en France. En fait, dans l'état actuel des études sur la question : "il ne peut être envisagé d'association causale entre l'exposition à l'aluminium via l'eau du robinet et maladie d'Alzheimer", a réaffirmé l'ARS en 2014.

    L'eau du robinet altérée par l'état des canalisations


    Comment vérifier la qualité de son eau du robinet ?
    En 2016, l'association Que Choisir publiait une enquête alarmante sur la qualité réelle de l'eau du robinet en ajoutant un critère important : l'état des canalisations qui délivrent l'eau courante et la présence de composants toxiques comme le plomb, le cuivre, le nickel et le chlorure de vinyle. Si l'initiative est louable, elle manque cruellement de points de contrôle comme le souligne Que Choisir : "pour la recherche du plomb, du cuivre, du nickel, du chlorure de vinyle et de l'épichlorhydrine, le prélèvement de l'eau se fait fréquemment au robinet des consommateurs. Par conséquent, leur présence dans une analyse ne signifie en aucun cas que cette pollution affecte l'ensemble du réseau ou de la ville, car elle peut ne concerner par exemple que certains branchements du réseau, certains immeubles ou logements." Ce qui signifie que la qualité de l'eau du robinet dépend principalement de l'état des canalisations en aval, dans notre logement.
    Finalement, en vérifiant régulièrement, grâce au site web dédié du Ministère de la Santé, que l'eau délivrée à son domicile présente de faibles teneurs en nitrates et pesticides, l'eau du robinet peut tout à fait être consommée sereinement. D'autant plus que la très grande majorité des contaminants que nous ingérons, proviennent de notre alimentation, qui elle doit être surveillée avec sérieux, en privilégiant principalement les produits d'origine biologique.
    65 fois plus chère que l'eau du robinet, à l'origine de 150 000 tonnes de déchets plastiques par an en France, l'eau embouteillée ne serait pas franchement justifiée. Et pourtant, d'autres composants chimiques polluent l'eau : les substances médicamenteuses, partiellement supprimées lors du traitement et plus inquiétant encore, des plastiques et des hydrocarbures... "Aujourd'hui, cet effet « mélange de molécules » mobilise des programmes de recherches spécifiques se déroulant dans le monde entier." précise le Centre d'Informations sur l'Eau (CIEAU).

    80% de l'eau du robinet contient du plastique

    Depuis 1950, année où le plastique fait son apparition dans notre vie quotidienne, nous avons produit et consommé à l'échelle mondiale 8,4 milliards de tonnes de plastique (plus de 1 million de fois le poids de la tour Eiffel). Une nouvelle étude publiée en 2017 dans Science Advance montre que 6,3 milliards de tonnes de ces déchets sont des plastiques très peu biodégradables, qui s'accumulent dans les milieux et sont transportés vers l'océan par les cours d'eau.

    Aujourd'hui, on trouve des morceaux de plastique, mais aussi des fibres textiles partout : dans l'air, le sol et dans le milieu aquatique comme en témoignent les très médiatisés "continents de déchets" présents dans les gyres océaniques. Résultat : toute la chaine alimentaire est contaminée, du minuscule zooplancton aux thons en passant par les oiseaux et l'Homme...
    C'est donc en toute logique que l'on retrouve des microplastiques dans notre eau du robinet ! C'est l'objet d'une enquête intitulée "Invisibles" menée par le média Orb et un chercheur de l'école de santé publique de l'Université du Minnesota (Etats-Unis) sur les 5 continents du globe.
    Le constat est édifiant : à l'échelle mondiale, 83 % des eaux du robinet sont polluées par des microplastiques et donc quasiment toute notre alimentation puisque l'eau entre dans la préparation de nombreux plats...
    Zone géographique% d'eau du robinet contaminée
    Etats-Unis              94 %
    Beyrouth (Liban)              94 %
    New Delhi (Inde)              82 %
    Kampala (Ouganda)                 81 %
    Jakarta (Indonésie)              76 %
    Quito (Equateur)             75 %
    Europe             72 %
    Contamination de l'eau du robinet dans le monde
    Crédit : Orb
    Notons qu'en avril 2017, une équipe de chercheurs malaisiens de l'université Putra Malaysia a analysé différents sels vendus dans le commerce à travers le monde et là aussi, presque tous contenaient des microplastiques : 40 % de polypropylène (PP) et 33,3 % de Polyéthylène (PE).
    D'où proviennent ces microplastiques ?
    On a longtemps considéré qu'ils provenaient principalement de la dégradation des macro-déchets de plastique abandonnés dans la nature (sacs, bouteilles, emballages divers...) mais ils sont également constitués de fibres issues de l'abrasion quotidienne des vêtements, de leur lavage en machine, des tapis, de l'usure des pneus, des peintures, des microbilles utilisées en cosmétique... Une étude menée à Paris en 2015 avait montré que 3 à 10 tonnes de microplastiques se déposent chaque année sur le sol de la capitale française, précise l'enquête d'Orb.

    Doit-on s'inquiéter de la présence de microplastiques dans l'eau du robinet ?

    Oui, car les micro-plastiques contiennent ou favorisent l'adsorption de composés chimiques persistants et toxiques, qui vont ensuite s'accumuler dans nos tissus et favoriser l'apparition de cancers et maladies, indique l'étude.  Or, les premières études concernant les effets sur la santé des micro-plastiques ne font que commencer et l'on ne sait pas encore si les législateurs iront jusqu'à établir une valeur limite de concentration en micro-plastiques dans notre eau. Ne parlons même pas des études sur notre exposition aux nanoplastiques, qui appartiennent encore au futur.

    Doit-on préférer l'eau en bouteille ? Il n'y a pas encore d'études sur la présence de micro-plastiques dans les eaux minérales et eaux de source mais ce n'est qu'une question de temps avant que les réserves d'eau souterraines soient, elles aussi, polluées.
    En outre, n'oublions pas de contribuer au recyclage des déchets plastique : une seule bouteille en plastique de 1l jetée dans la nature peut se morceler en micro-plastiques qui, alignés, forme une ligne de 1,6 km de long !

    Et malheureusement, ces micro-plastiques, invisibles à l’œil nu, ne se dégradent pas et ne peuvent être récupérés ni détruits... Ils perdureront pendant des siècles sous forme microscopique voire nanoscopique, affectant tous les milieux et tout le vivant de notre planète avec des conséquences que l'on ne mesure pas encore.
  • You might also like