• L'élevage en montagne est-il vraiment bénéfique pour l'environnement ?

    brebis-Alpes-Sud




    Les brebis en alpage font une belle carte postale. Mais bucolique ne rime pas toujours avec écologique. Loin des clichés, l'élevage « extensif » exploite parfois la montagne... très intensivement.

    La potentille blanc de neige est une petite fleur gracile qui n'a l'air de rien. Mais c'est une plante de l'extrême. Elle vit dans la toundra lapone. Et dans les Alpes. Avec une myriade d'autres plantes herbacées, elle forme ce qu'on appelle la pelouse alpine. Cette végétation naturelle existe là où le froid empêche les arbres et les buissons de pousser. Dans le massif alpin, c'est à une altitude comprise entre 2 000 et 3 000 mètres. Plus haut, les fleurs cèdent la place au minéral.

    La pelouse alpine fait partie de ce qu'on appelle en agronomie les alpages, c'est-à-dire les pelouses de montagne utilisées par le pastoralisme. Rappelons que le pastoralisme est un mode de production de viande, de lait ou autres « produits animaux » basé sur l'élevage d'un « bétail » envoyé paître dans la nature, pendant une partie au moins de l'année. Dans les Alpes françaises, le pastoralisme exploite environ 700 000 hectares d'alpages. Les camions y conduisent chaque année un million d'animaux, principalement des moutons et moins de vaches : c'est la transhumance.

    Des fragiles pelouses naturelles

    A l'étage de la forêt, les déboisements ont permis de générer des prairies, maintenues par le pâturage. Composées par définition de plantes supportant les troupeaux domestiques, ces prairies sont parfois riches d'une certaine biodiversité. Mais plus haut, les pelouses alpines n'ont pas besoin d'être pâturées ou fauchées pour exister. Spontanées, plurimillénaires et adaptées aux conditions extrêmes de la haute montagne, elles tolèrent même très mal les milliers de moutons des pratiques contemporaines. Consommation, piétinement et déjections peuvent dévaster une flore très fragile. Parfois jusqu'à l'érosion des sols. Adieu potentille blanc de neige et autres merveilles.

    La fausse bonne idée écologique

    Les chiffres sont édifiants, jusque dans le cœur des parcs nationaux : les pelouses alpines du Mercantour ou des Écrins sont mises à disposition de plusieurs centaines de milliers de brebis chaque été. Ceci représente une biomasse animale 5 à 10 fois supérieure à celle de tous les chamois, bouquetins, cerfs, chevreuils et autres grands herbivores recensés. Une cascade d'effets s'ajoute aux dégâts sur la flore. Les biocides antiparasitaires donnés aux troupeaux se retrouvent dans la nature. Les brebis transmettent des maladies aux herbivores sauvages. Des loups sont abattus à la demande des éleveurs. Enfin, conséquence passée sous silence, l'eau du robinet des villages en contrebas est polluée par les excréments du bétail.

    En consommant beaucoup d'herbe naturelle, le pastoralisme utilise moins de cultures coûteuses en eau, en engrais et en pesticides que d'autres modes d'élevage. La plupart des éleveurs transhumants complètent toutefois l'alimentation de leurs agneaux de boucherie par des ressources culturales. Sans surprise donc, l'élevage pastoral reste moins rentable énergétiquement qu'une production de protéines végétales.

    On doit néanmoins reconnaître une vertu à ce mode d'élevage : les conditions de vie des brebis en alpage sont parmi les meilleures données à des animaux de production. De l'herbe à perte de vue. Mais dans le modèle actuel de consommation carnée ou laitière, ce traitement de faveur ne peut être réservé qu'à une infime partie des animaux. Car les alpages sont beaucoup trop petits pour tous les accueillir. C'est pourquoi l'élevage pastoral n'est viable qu'en tant que petit annexe de l'élevage industriel.
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