• L’eau du robinet est-elle différente de l’eau en bouteille?


    La perception de l’eau et la compréhension des enjeux qui s’y rattachent sont paradoxales dans notre société. D’un côté, l’eau est un bien commun à l’ensemble des habitants de notre planète. Nous en dépendons tous pour notre vie et notre survie, et nous l’utilisons et la côtoyions tous les jours dans notre vie quotidienne. L’eau est d’ailleurs un sujet de conversation usuel –on parle de la pluie et du beau temps lorsque l’on a rien à dire– sur lequel nous avons tous des opinions très tranchées –l’eau est trop chère, l’eau n’a pas bon goût, l’eau est polluée, le changement climatique est la cause des inondations, etc.

    D’un autre côté, la méconnaissance des citoyens sur les enjeux réels de l’eau, comme sur les systèmes techniques ou organisationnels qui sont utilisés, est souvent déconcertante. Cette méconnaissance, souvent associée à des idées reçues, induit des comportements inadaptés, inefficaces, voire contre-productifs: imaginer que l’eau va bientôt manquer conduit, par exemple, à considérer que fermer le robinet lorsque l’on se lave les dents et un geste citoyen essentiel.
    En réalité, l’eau ainsi rejetée est restituée au milieu naturel après épuration et n’est donc pas vraiment perdue. L’eau n’est pas, comme le pétrole, une ressource limitée. Elle est en permanence recyclée et remise en circulation par la nature. La vraie question est donc celle de la qualité de nos réserves.

    Jeter un seul mégot de cigarette dans la nature conduit ainsi à polluer plusieurs mètres cubes d’eau, alors que le robinet qui coule lorsque l’on se lave les dents «gâche» moins d’un mètre cube en toute une année! Faire la chasse aux idées reçues dans ce domaine constitue donc un enjeu éducatif important si l’on veut mieux gérer ce bien précieux.
    L’eau potable est-elle fabriquée en recyclant des eaux usées?
    On parle du «petit cycle de l’eau» pour désigner les circuits de l’eau en ville –alimentation, distribution, récupération, évacuation. Il est donc finalement assez logique de penser que l’eau urbaine tourne en circuit fermé et que la qualité des milieux aquatiques naturels n’a que peu de lien avec celle de l’eau du robinet.
    En réalité, l’eau distribuée dans les réseaux publics urbains est prélevée dans une ressource protégée, généralement située à l’amont de la ville. Après usage, elle est le plus souvent récupérée par le système d’assainissement et finalement restituée au milieu naturel, à l’aval de la ville. Il s’agit donc plus d’une parenthèse urbaine, une étape du grand cycle naturel de l’eau, que d’un véritable «petit cycle de l’eau».
    Buvons nous l'eau des toilettes ?
    Les eaux usées ne sont donc pas directement recyclées pour produire de l’eau potable et l’usine de traitement, dont la fonction est de traiter l’eau brute pour la rendre potable, ne doit pas être confondue avec l’usine d’épuration, dont le rôle est de nettoyer les eaux usées avant leur restitution au milieu naturel.
    Entre deux villes consécutives situées sur une même rivière, l’eau retrouve une fonction naturelle: support de vie pour les espèces aquatiques et support d’usages variés. Toute pollution rejetée dans le réseau et qui échappe à l’usine d’épuration se retrouve donc… dans la rivière. De la même façon, tout polluant déversé dans l’environnement risque de se retrouver dans la réserve que nous utilisons pour fabriquer l’eau que nous consommons à notre robinet. L’eau des villes est donc la même que l’eau des champs!
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