• Océans : vivre avec ou mourir sans


    Acidification des eaux, pollution, réchauffement climatique… Les océans meurent à petit feu. C’est pour inverser cette tendance que la conférence « Connecting and protecting our seas : initiatives in the Baltic and the Mediterranean » s’est tenue à Monaco vendredi 13 octobre à l’initiative de la Suède.

    Plage polluée en Croatie
    Les océans étouffent sous la pollution
    ROLF HAID / DPA
    "L'océan est la source d'une respiration sur deux", scande le court film d'introduction à la journée "Connecting and protecting our seas : initiatives in the Baltic and the Mediterranean". Acidification des eaux, pollution, réchauffement climatique… Les océans meurent à petit feu. C'est pour inverser cette tendance que s'est tenue cette conférence à Monaco vendredi 13 octobre 2017 à l'initiative de la Suède.
    Quels enjeux pour nous si la situation n'évolue pas ? Comment concilier intérêts économiques et protection de l'environnement ? Que faire à son échelle ? Des questions traitées en présence des emblématiques Princes Albert II de Monaco et Carl Philip de Suède, notoirement engagés dans la protection de l'environnement en général et des océans en particulier.

    Une conférence qui résulte d'un engagement pris auprès des Nations Unies

    L'origine de cet événement remonte aux 5-9 juin 2017, à la Ocean Conference de New York organisée par la Suède et les îles Fidji. 193 États membres des Nations Unies s'y sont engagés à protéger l'océan au travers de 1400 engagements volontaires pris par les gouvernements, les Nations Unies, les organisations publiques, privées, universitaires ou scientifiques. Parmi ces engagements, 9 proviennent du gouvernement français. Elles concernent par exemple l'extension de 22 % à 32 % des zones marines protégées, la recherche sur l'acidification des océans ou la protection des récifs coraliens.
    Cette conférence Suédo-Monégasque fait suite à un des engagements de la Suède, pays notoirement en avance dans la protection de l'environnement, afin de parler des " solutions concrètes à adopter pour la gestion des déchets plastiques et une utilisation durable et prudente des mers et de leurs ressources ". " Tout ce qu'on jette dans l'environnement se retrouve dans l'océan ", commente Karolina Skog, Ministre suédoise de l'Environnement. " Aujourd'hui la pollution reste la plus grosse menace, notamment par les métaux lourds et les éléments toxiques, mais également l'acidification et la surpêche "

    « Le futur c’est maintenant, nous sommes déjà en retard »

    Réchauffement climatique, surpêche, acidification des océans (dus à l'absorption de plus en plus de CO2, la pollution et les pluies acides), les causes sont aujourd'hui bien connues et ont des conséquences directes sur la santé humaine. Ainsi, les environnements marins modifiés permettent à certains types de bactéries de proliférer et d'infecter la faune et la flore locale, mais aussi les humains qui les consomment. " Des pathogènes émergent des océans et rendent malades les coraux, plantes, poissons, fruits de mer… Et leurs consommateurs ", alerte le Pr Patrick Rempal, Président du Centre Scientifique de Monaco.
    Pour la Ministre suédoise, le principal obstacle demeure la dilution de la responsabilité. " C'est la responsabilité d'absolument tout le monde, et donc personne ne pense que c'est la sienne ", dit-elle en écartant les bras comme pour illustrer l'ampleur de la tâche. Lisa Emelia Svensson, Directrice Océan à l'UN Environment aspire elle aussi à l'action, appelant à moins de " réunions intergouvernementales " et à plus de " rassemblements pluridisciplinaires " centrés sur les solutions. De son côté, Mattias Klum, photographe de renommée mondiale pour son engagement pour la protection de l'environnement, appelle à agir d'urgence. " J'ai vu de magnifiques forêts tropicales devenir des monocultures pour la production d'huile de palme et de superbes récifs coraliens mourir à cause de l'homme ", rapporte-t-il tristement.

    D’abord le plastique, puis le réchauffement climatique

    Un problème très important et pourtant assez simple à gérer est la pollution par le plastique ", explique la Ministre suédoise de l'Environnement. " On trouve du plastique dans toutes les eaux : mers, lacs, eau courante. C'est visible, tout le monde comprend que c'est nocif, et il peut être retiré pour la plus grande part ". Un engagement partagé par Guy Herrouin, chargé de mission Stratégie au Pôle Mer Méditerranée, qui soutient notamment un projet de nettoyage et traitement du microplastique dans les eaux avec Suez Environnement. 
    Si la filtration des résidus plastiques de l'eau est une mesure accessible, le reste du programme est beaucoup plus ardue. " La première solution, c'est de lutter contre le réchauffement climatique, qui entraine l'acidification et le réchauffement des océans ", assène le Pr Patrick Rampal. Afin d'encourager leurs clients à surveiller leur consommation de CO2, la banque finlandaise Bank of Åland a créé une carte bleue qui calcule les émissions carbone liées à chacune des transactions qu'elle enregistre, les compare à la moyenne des autres clients et propose des solutions pour équilibrer son bilan carbone. Les retours sont pour l'instant très positifs, comme le rapporte sa directrice Anna-Maria Salonius, qui se félicite que ses clients partagent fièrement leur consommation carbone sur les réseaux sociaux, mais déplore que cette initiative reste unique au monde.

    SeaBos, quand les 13 plus grosses entreprises des produits de la mer s’engagent pour l’environnement

    En réalité, il n'y a " que 13 entreprises " qui combinent " le plus gros de l'impact industriel " sur les océans, révèle Carl Folke, directeur du Stockholm Resilience Center, spécialisé dans la résilience et le développement durable. Avec ces 13 entreprises, ils ont créé le Seafood Business for Ocean Stewardship (SeaBos), un collectif conscient que " l'industrie des produits de la mer dépend de l'utilisation durable de l'océan pour la création de valeur à long terme " et s'engageant à ne plus pêcher des espèces en danger, réduire leur usage du plastique et leurs émissions de gaz et développer l'aquaculture parmi d'autres points.
    Les experts s'accordent à dire qu'il y a encore peu de temps nous parlions de la protection de l'environnement comme un secteur à part, ou ne concernant que quelques espèces que nous devions protéger, tandis qu'aujourd'hui nous réalisons que si nous ne prenons pas soin de notre planète, nous ne pourrons plus y vivre. " La planète continuera d'exister, peuplée par de nouvelles espèces, la question c'est : serons nous toujours là ? ", questionne Carl Folke.

    Que faire à son échelle ?

    Selon les experts présents à la Conférence vendredi 13 octobre, voici les principales mesures à prendre à son échelle :
    • Vérifier que l’on ne mange pas des poissons victime de surpêche ou pendant sa période de reproduction
    • Limiter son utilisation du plastique 
    • Acheter des produits locaux
    • Ne pas jeter ses déchets à la mer
    • Limiter ses émissions de carbone
    Chacun de nous peut faire la différence ", s'enthousiasme Mattias Klum. " Il suffit de se rendre compte que prendre son vélo plutôt que sa voiture c'est plus sain et plus économique en plus d'être écologique. En fait, protéger la planète, c'est aussi être en meilleure santé et mieux consommer. "
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