• traitement des eaux usées

    Une usine de traitement des eaux usées
    Une usine de traitement des eaux usées
    ©UNESCO
    Traiter les eaux usées réduit la pollution et prévient les maladies. C'est aussi devenu un impératif pour répondre à une demande croissante en eau dans le monde, affirme mercredi un rapport de l'ONU. "Les eaux usées représentent une ressource précieuse dans un monde où l'eau douce disponible est limitée et la demande en hausse", estime Guy Rider, président de l'ONU-Eau, à l'occasion de la journée mondiale de l'eau le 22 mars 2017. D'ici 2030, la demande pour les ressources en eau pourrait croître de 50%, essentiellement dans les villes.

    "Nous devons tous recycler davantage les eaux usées pour satisfaire les besoins d'une population en augmentation et préserver les écosystèmes", ajoute-t-il dans un communiqué publié conjointement par ONU-Eau et l'Unesco, qui a coordonné le rapport Les eaux usées, une ressource inexploitée. Et pour cause : "80 % des eaux usées sont probablement libérées dans l'environnement sans traitement approprié" estime le rapport.
    "En Europe, 71 % des eaux usées municipales et industrielles générées sont traitées, tandis que seuls 20 % sont traitées dans les pays d'Amérique latine" chiffre-t-il. Dans les pays africains, le manque de ressources financières pour développer des infrastructures de traitement des
    eaux usées constitue une contrainte majeure pour la gestion des eaux usées, tandis que 32 sur les 48 pays d'Afrique subsaharienne ne disposaient d'aucune donnée sur la production et le traitement des eaux usées, précise le texte.

    En 2012, 842.000 décès liés à une eau contaminée

    Si le document rappelle les enjeux sanitaires et environnementaux (en 2012, 842.000 décès ont été liés à une eau contaminée et à des installations sanitaires inadaptées), il invite à élargir la question du traitement de l'eau à celle de la préservation de cette ressource indispensable. "Concrètement, le traitement des eaux usées génère de nouvelles ressources en eau", résume Richard Connor, le rédacteur en chef du rapport.
    "Or, l'intérêt des décideurs s'est jusqu'ici porté avant tout sur l'approvisionnement en eau plutôt que sur sa gestion après son utilisation", déplore l'Unesco, pour qui "les deux aspects sont indissociables". Aux États-Unis, l'eau de certains fleuves est utilisée jusqu'à vingt fois avant d'atteindre la mer.

    Un enfant pakistanais avec des bidons d'eau potable le 21 mars 2017 à Islamabad-AFP/FAROOQ NAEEM
    Un enfant pakistanais avec des bidons d'eau potable le 21 mars 2017 à Islamabad-AFP/FAROOQ NAEEM
    A plus grande échelle, rendre l'eau de nouveau potable est possible : en Namibie, la capitale Windhoek, traite 35% de ses eaux usées pour réalimenter les réserves d'eau potable et les habitants de Singapour et de San Diego (Californie) boivent de l'eau recyclée. Mais l'objectif principal et plus facilement atteignable est que l'eau traitée soit utilisable en agriculture, qui représente environ 70% de la demande mondiale de cette ressource. Les besoins de ce secteur sont ainsi satisfaits en puisant moins dans les nappes phréatiques.

    80% des eaux usées non traitées

    Dans cette voie, la Jordanie a été un précurseur dès la fin des années 70 (90% des eaux traitées sont destinées à l'agriculture), avant que d'autres pays arabes s'y mettent, et Israël est en pointe avec près de 50% des terres cultivées arrosées avec de l'eau recyclée. Avec 10% des terres irriguées dans le monde de cette manière, la marge de progression est énorme. Toutefois, pour que cette solution soit bien acceptée, il faut informer en amont la population et donner des garanties sur la qualité.
    En Egypte dans les années 90, un projet de réutilisation de l'eau pour l'irrigation et l'aquaculture a échoué. Idem dans certains endroits en Tunisie. Au-delà de leur ré-utilisation, le rapport met en avant le gisement de matières premières (phosphore et azote) et de biogaz que représentent les eaux usées, et le revenu potentiel qui peut en être tiré.
    La ville d'Osaka produit ainsi chaque année 6.500 tonnes de carburant solide à partir de 43.000 tonnes de boues d'épuration. Et le Japon vise 30% d'énergie à partir des eaux usées d'ici à 2020.
    En Suisse, les phosphates vendus doivent comporter 1% de produit récupéré par traitement des eaux. Pour les villes des pays en développement, là où "la crise est la plus grave", Richard Connor insiste sur l'intérêt de technologies peu coûteuses: zones humides artificielles, étangs de stabilisation, fosses septiques avec séparation des solides et des liquides, etc.
    "L'option la plus viable, ce n'est pas forcément les systèmes centralisés d'assainissement exigeant un important investissement et ayant des frais de gestion élevés", affirme-t-il.Quel que soit le système, le chantier est gigantesque: 80% des eaux usées dans le monde sont rejetées sans traitement - plus de 90% dans certains pays - ce qui aboutit à répandre dans la nature bactéries, nitrates, solvants chimiques et médicaments.
    Quelques chiffres marquants sur l'eau :

    - 2,6 milliards de personnes ont eu accès à des sources améliorées d’eau potable depuis 1990, mais 663 millions de personnes en sont encore privées

    - Au moins 1,8 milliard de personnes dans le monde utilisent une source d’eau potable qui est contaminée par des matières fécales

    - Entre 1990 et 2015, la proportion de la population mondiale utilisant une source d’eau potable améliorée a augmenté de 76% à 91%

    - Cependant, la pénurie d’eau affecte plus de 40% de la population mondiale et devrait augmenter. Plus de 1,7 milliard de personnes vivent actuellement dans des bassins fluviaux où l’utilisation de l’eau est supérieure à la quantité disponible

    - 2,4 milliards de personnes manquent d’installations sanitaires de base, tels que des toilettes ou de latrines

    - Plus de 80% des eaux usées résultant des activités humaines sont déversées dans les rivières ou la mer sans aucune dépollution

    - Chaque jour, 1 000 enfants meurent de maladies faciles à prévenir en améliorant les conditions d’assainissement et d’hygiène

    - L’hydroélectricité est la source d’énergie renouvelable la plus importante et la plus utilisée. Depuis 2011, elle représentait 16% de la production totale d’électricité dans le monde

    - Environ 70% de toute l’eau prélevée dans les rivières, lacs et aquifères est utilisée pour l’irrigation

    - Les inondations représentent 70% des décès liés à des catastrophes causées par des aléas naturels.
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