• Actualités Environnement. Les défis écologiques du Maroc

    En décembre dernier, le Conseil de gouvernement a enfin adopté le projet de loi cadre portant sur la Charte nationale de l’environnement et du développement durable. Ce texte de loi, présenté par Fouad Douiri, ministre de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, est attendu depuis déjà plus de deux ans par les militants associatifs écologistes. “Ce projet de loi prouve bel et bien la volonté de l’Etat marocain d’avancer dans le processus du développement durable. Nous assistons depuis quelques années à la naissance d’une conscience environnementale institutionnalisée. Ce texte sera l’instrument législatif qui mettra au clair les orientations du pays. Nous l’attendions avec impatience”, affirme Brahim Abouelabbes, président de l’Association marocaine pour l’écotourisme et la protection de la nature (AMEPN), qui a participé aux débats organisés récemment à ce sujet par le Conseil économique et social. Cette loi-cadre viendra donc renforcer l’arsenal juridique traitant de l’environnement comme les lois sur l’eau, la conservation des forêts, les énergies renouvelables ou encore la gestion des déchets. “L’Etat a bien compris l’importance de la sauvegarde de l’environnement, et celle des énergies renouvelables. Il n’y a qu’à voir le nombre d’organismes étatiques qui ont été créés ces dernières années dans ces deux domaines. Mais aujourd’hui, le défi c’est de pouvoir appliquer toutes les lois mises en place, et cela avant qu’il ne soit trop tard pour le pays”, explique Hassan Chouaouta, président de l’Association marocaine des experts en déchets et en environnement (AMEDE).

    Eau. Attention, stress à l’horizon
    Cette année, le Maroc a franchi l’étape du manque pour passer à celle de la rareté en matière d’eau. D’après les derniers chiffres du Haut commissariat marocain aux eaux et forêts et à la lutte contre la désertification, la part d’eau pour chaque citoyen sera réduite de 49% d’ici 2020. Les raisons ? Les changements climatiques, la désertification, la grave détérioration des réserves de la nappe phréatique dans le sud du pays, la perte de dizaines de millions de m3 d’eau à cause du remplissage de plusieurs barrages par la boue. Il faut ajouter à cela le fait que seulement 30 milliards de m3 peuvent être considérés comme ressources nationales en eau, alors que les précipitations apportent annuellement un volume évalué à 150 milliards de m3 ! Le pays est donc officiellement menacé par une pénurie dans les années qui viennent s’il ne prend pas les bonnes décisions. Les conséquences pourraient être dramatiques, en particulier sur le secteur agricole -qui contribue à hauteur de 19% au PIB national- mais également sur la sécurité alimentaire des Marocains. Le gouvernement en est heureusement conscient, puisque Abdelilah Benkirane a récemment évoqué la question au parlement, en annonçant que d’ici 2050, le tiers des terres agricoles risque de devenir inexploitable. Pas de panique donc, l’Etat ne compte pas rester les bras croisés. Dès 2009, dans le cadre du Plan Maroc Vert, les pouvoirs publics ont adopté une politique de promotion des techniques d’irrigation. Sans parler des stratégies de recyclage de l’eau ainsi que le programme de construction de quinze grands barrages doté d’une enveloppe de 12,5 millions de dirhams.

    Pollution. On suffoque !
    Le Maroc émet actuellement 2,3 tonnes de CO² par an et par habitant, dix fois moins qu’en Europe. Mais ce chiffre a énormément augmenté ces dernières décennies. A cause du trafic routier, qui contribue en moyenne à 60% de la pollution de l’air, et en raison de l’implantation industrielle périurbaine (usines chimiques, textile, agroalimentaire, métallurgie, etc.). Actuellement, l’air de Casablanca (en particulier au niveau du quartier Aïn Sebaâ), celui de Mohammedia ou encore celui de Safi sont considérés comme les plus pollués du royaume. Cette pollution atmosphérique est responsable de l’augmentation des allergies, des infections respiratoires ou encore des crises d’asthme chez les habitants de ces villes. Selon les chiffres du ministère de l’Energie, des Mines, de l’Eau et de l’Environnement, le coût de dégradation de l’air et de ses impacts ont été évalués à 3,6 milliards de dirhams par an, ce qui représente environ 1% du PIB. Plusieurs lois ont été élaborées ces dernières années pour lutter contre cette problématique, mais sur le terrain, rien n’est vraiment fait. “Le problème, c’est que les industriels ne jouent pas le jeu. Leurs usines ne sont pas équipées pour filtrer la qualité de leurs émissions de gaz, et l’Etat n’a pas encore pris les mesures nécessaires pour les obliger à le faire”, regrette Hassan Chouaouta, à la tête de l’AMEDE. En parallèle, le Maroc a lancé plusieurs projets de développement des sources d’énergie renouvelables, qui ont pour objectif de diminuer l’émission de dioxyde de carbone de 3,7 millions de tonnes par an. Les plans solaires et éoliens lancés ces dernières années devraient également permettre au pays de diminuer sa facture énergétique.

    Biodiversité. Menaces omniprésentes
    La situation géographique du Maroc, son climat, son relief et ses milieux naturels font de lui le deuxième pays le plus riche en diversité biologique en Méditerranée, après la Turquie. Malheureusement, cette biodiversité est sérieusement menacée. Actuellement, la faune marocaine comporte 24 534 espèces, dont 610 sont menacées de disparition. La flore quant à elle comporte 6995 espèces, dont 1670 sont en danger. Les raisons ? La surexploitation des ressources (la surpêche, la surexploitation des algues et des coraux, le surpâturage...), liée à des facteurs socio-économiques. Le patrimoine forestier est également fragilisé puisque 31 000 hectares sont perdus annuellement à cause de la désertification, du défrichement, des incendies ou encore de la coupe illicite de bois. Des forêts dont l’âge se situe entre 100 et 800 ans. “Nos écosystèmes naturels sont confrontés à une double problématique : la fragilité de leur biodiversité, liée dans sa croissance et dans son développement aux conditions climatiques, ainsi qu’à la vulnérabilité sociale des populations qui y vivent”, analyse Brahim Abouelabbes, fondateur de l’AMEPN. Un défi que l’Etat essaie de relever depuis plusieurs années, avec notamment une campagne de reboisement lancée dès 1999. D’après l’Observatoire nationale de l’environnement du Maroc (ONEM), en dix ans, cette campagne a permis le reboisement de 502 358 hectares, majoritairement dans la région du nord-ouest et du Haut-Atlas. Sauf qu’en période de restriction budgétaire, la sauvegarde des forêts ne semble plus être une priorité pour le gouvernement. “Imposer des restrictions budgétaires à la sauvegarde de nos forêts et de notre patrimoine naturel est une erreur monumentale. C’est justement en période de crise économique qu’il faut doter ce secteur des moyens suffisants, en  renforçant le contrôle contre les mafias du bois”, poursuit le militant écologiste.

    Déchets. En attendant le recyclage
    La production de déchets au Maroc est estimée à 5 millions de tonnes par an. La production de déchets solides ménagers s’élève à près de 18 000 tonnes par jour, soit en moyenne 0,75 kg par habitant, quotidiennement. L’industrie génère de son côté plus de 1,5 million de tonnes annuellement, dont 256 000 sont dangereux. Quant aux déchets médicaux, ils représentent 6000 tonnes par an. On recense 300 décharges sauvages et 10 décharges seulement sont contrôlées. Les défis que doit relever le Maroc dans ce domaine ? Améliorer la gestion de la collecte de déchets, lutter contre la présence de décharges en zones urbaines, et celle des décharges sauvages dans chaque quartier. Sans oublier l’éradication des sachets en plastique, dont la biodégradation prend 400 ans. Les conséquences de la mauvaise gestion des déchets ? La pollution de l’atmosphère, du littoral et du milieu marin, mais également la contamination des sols par les produits dangereux (pesticides, métaux lourds…) Un chantier qui est donc primordial, mais loin d’être évident. “Malheureusement, les décharges que nous avons ne sont pas contrôlées, et les communes ne jouent pas leur rôle. La majorité d’entre elles ne font aucun suivi de la gestion de leurs déchets, et cela donne des résultats catastrophiques”, analyse Hassan Chouaouta, de l’AMEDE. Quant au système de recyclage des ordures, il est quasi inexistant au Maroc, livré à l’informel : il est effectué par environ 15 000 récupérateurs. Mais à grande échelle, le traitement n’existe pas. Malheureusement, les déchets dans nos décharges sont systématiquement enfouis sous terre. Et le plus gros problème dans ce domaine reste sans aucun doute le manque de civisme des citoyens. “Ils ne sont pas suffisamment sensibilisés à la question des déchets. La majorité ne se sent pas du tout concernée par le problème, et ne voit pas d’inconvénient à jeter ses ordures dans l’espace public. Et c’est là où le bât blesse”, conclut le militant associatif.
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