• Alimentation: le virage 100% bio est possible, selon une étude

    La culture biologique a besoin de grandes surfaces en raison d’une productivité plus faible.Photo: Mohammed Abed Agence France-Presse
    La culture biologique a besoin de grandes surfaces en raison d’une productivité plus faible.

    Prisonnière d’un modèle agricole dommageable pour la planète, l’humanité pourrait se tourner vers l’agriculture biologique pour subvenir aux besoins de la population mondiale croissante. C’est du moins la conclusion ambitieuse d’une étude publiée dans la revue scientifique Nature Communications (en anglais). La réussite d’un tel virage suppose toutefois une réduction marquée de la consommation de produits d’origine animale et du gaspillage alimentaire.

    Au cours des dernières décennies, l’intensification de l’agriculture a permis d’accroître de façon « importante » la disponibilité de la nourriture. Ces gains ont cependant eu des « impacts environnementaux négatifs considérables », rappelle l’étude menée par des chercheurs européens de l’Institut de recherche de l’agriculture biologique (FiBL) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) : augmentation des émissions de gaz à effet de serre, dégradation des sols et de l’eau, reculs marqués de la biodiversité, etc.

    Ce modèle apparaît d’ailleurs de plus en plus insoutenable à long terme, particulièrement dans un contexte où la FAO estime qu’il faudra augmenter de 50 % la production agricole mondiale d’ici 2050 pour répondre à la demande des neuf milliards d’humains qui vivront alors sur Terre.

    Comment nourrir une telle population tout en protégeant l’environnement et la santé humaine ? L’étude qui vient de paraître dans Nature Communications constate qu’il serait possible d’effectuer un virage vers un modèle d’agriculture 100 % biologique, et donc « durable », tout en répondant à ces immenses besoins alimentaires. Le tout, sans augmenter la surface de terres cultivées.

    Cette façon de faire, qui rejette la plupart des produits chimiques utilisés à grande échelle dans l’agriculture industrielle, aurait d’ailleurs des impacts positifs sur la santé, ne serait-ce qu’en réduisant le recours aux pesticides. L’étude évoque également une baisse des besoins en énergies fossiles et une réduction globale des émissions de gaz à effet de serre du secteur agricole (par rapport au statu quo), qui représentent actuellement 10 à 12 % du total mondial.

    Moins de viande

    Cette analyse souligne néanmoins qu’« une conversion à un modèle de production 100 % biologique sans mesures complémentaires conduirait à une croissance majeure de la demande en terres agricoles ». Les auteurs évaluent la demande supplémentaire entre 16 et 33 %, en raison de rendements plus faibles. Une telle situation obligerait à accroître la déforestation de 8 à 15 % à l’échelle de la planète.

    Le constat est donc clair : pour permettre d’obtenir de véritables gains environnementaux, le modèle biologique doit être mis en place « dans un système alimentaire bien conçu » et axé sur une « réduction » marquée de la consommation de produits d’origine animale. Les auteurs estiment que la part des protéines d’origine animale devrait au minimum passer, en moyenne, de 38 à 11 %.

    Il faut dire que l’élevage accapare de plus en plus de terres agricoles dans le monde, essentiellement en raison de la hausse de la consommation de viande. À l’heure actuelle, ce sont plus de 70 % de ces terres qui sont consacrées aux besoins des animaux, dont une bonne partie pour produire la nourriture nécessaire pour les alimenter. Des terres qui pourraient être utilisées pour répondre directement aux besoins des humains.

    L’étude sur le virage biologique insiste en outre sur l’importance d’une réduction « significative » du gaspillage alimentaire, idéalement de l’ordre de 50 %. Il s’agit d’ailleurs d’un objectif extrêmement ambitieux, compte tenu du fait que la FAO évalue que le tiers des denrées alimentaires produites chaque année dans le monde le sont en pure perte. Plus de 1,3 milliard de tonnes de nourriture sont ainsi tout simplement perdues.

    Dans ce contexte, « les avantages de la diminution du gaspillage alimentaire sont évidents, puisqu’une telle réduction permettrait directement de produire moins », selon les auteurs de l’étude.

    Ambitieux

    Est-ce qu’un virage vers une agriculture 100 % biologique est réaliste ? « C’est très ambitieux, puisqu’il y aurait beaucoup de chemin à faire pour y parvenir, admet Annie Bérubé, directrice des relations gouvernementales chez Équiterre. Mais il est très intéressant de constater, dans cette étude, qu’il faut non seulement réfléchir à la façon dont on produit nos aliments, mais aussi à nos habitudes alimentaires. »

    Selon elle, un tel changement de culture agricole supposerait cependant l’implantation de « politiques publiques conçues pour faciliter le développement de l’agriculture biologique, mais aussi la conversion de l’agriculture traditionnelle vers l’agriculture biologique ».

    Or, à l’heure actuelle, au Canada, ce modèle bénéficie d’un appui trop faible des décideurs. Même si les cultures biologiques représentent 4 % des terres agricoles, Mme Bérubé rappelle que la part du soutien financier public atteint à peine 0,2 % des aides au secteur agricole. Équiterre plaide aussi, dans l’immédiat, pour une réforme de la réglementation « désuète » sur les pesticides.

    Par ailleurs, un virage moins ambitieux qu’une conversion totale au « bio » serait déjà bénéfique, selon le FiBL. « Même si on reconvertissait seulement 60 % de l’agriculture au bio et qu’on diminuait les quantités d’aliments fourragers concentrés et le gaspillage alimentaire de moitié, cela aboutirait déjà à un système alimentaire significativement moins polluant pour l’environnement et n’utilisant pratiquement pas plus de terres agricoles. »
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