• POLLUTIONS MARITIMES : LE CAS DU MAROC

    POLLUTIONS MARITIMES
    REGIME DES INFRACTIONS ET DES PEINES
    NOTION DE RESPONSABILITÉ

    LE CAS DU MAROC

    INTRODUCTION.
     SOURCES DE POLLUTION, ZONES ET ACTIVITÉS SINISTRÉES
    I- LE CADRE LEGAL ASSURANT LA PROTECTION DU MILIEU MARIN
    A- CADRE INTERNATIONAL
    B- CADRE LEGAL INTERNE
    II- LE REGIME DE LA RESPONSABILITE ADMINISTRATIVE
    A- LA LEGISLATION DE PROTECTION DE L’ENVIRONNEMENT
    B- LES REGLEMENTATIONS PORTANT POLICE DES PORTS
    C- LES REGLEMENTATIONS PORTANT POLICE DU DOMAINE PUBLIC MARITIME
    III- LE REGIME DE LA RESPONSABILITE PENALE
    A- LES SOURCES DU DROIT PENAL DE L’ENVIRONNEMENT
    B- L’ELEMENT MORAL DES INFRACTIONS
    C- LE DECLANCHEMENT DE L’ACTION PUBLIQUE
    D- LA DETERMINATION DE L’AUTEUR DE L’INFRACTION
    E- LES PEINES ENCOURUES
    F- LES EXCUSES LEGALES
    IV- LE REGIME DE LA RESPONSABILITE CIVILE
    A – LE DROIT COMMUN DE LA RESPONSABILITE CIVILE
    B – LA RESPONSABILITE CIVILE OBJECTIVE POUR DOMMAGE CAUSE PAR LES HYDROCARBURES ET LES SUBSTANCES
    NOCIVES OU DANGEREUSES
    _______________________________
    Ministère de la Justice – SAEI
    Pollutions maritimes – Le cas du Maroc, à jour le 1er décembre 2009
    CNRS – JURISCOPE
    3
    INTRODUCTION. SOURCES DE POLLUTION, ZONES ET
    ACTIVITÉS SINISTRÉES

    Le littoral marocain s’étend sur 2934 km de façade atlantique et 512 km de façade
    méditerranéenne. Cette zone côtière concentre l’essentiel des activités socio-économiques nationales,
    qu’il s’agisse de l’industrie, de la pêche, du tourisme, de l’activité portuaire ou de la navigation. La
    façade atlantique abrite plus de 61% de la population urbaine des grandes villes, 80 % des effectifs
    permanents des unités industrielles, 35% de la capacité touristique et 92 % du trafic maritime.
    Inutile de préciser qu’il s’agit là d’un patrimoine environnemental extrêmement riche en
    matière de flore, de faune, de sites naturels et de zones humides.
    L’activité de transport maritime de produits potentiellement polluants, tels les hydrocarbures ou
    les produits chimiques expose le Maroc à des risques de pollution marine accidentelle élevés, ce qui
    explique, entre autres la dernière initiative des autorités publiques concernant le projet d’élaboration
    d’une carte de vulnérabilité à la pollution maritime et de mise en place d’un système d’information
    géographique (SIG) relatif à ces zones.
    Le Maroc recèle d’abondantes ressources naturelles, notamment marines, qui ont subi ces
    dernières années des atteintes notoires dues notamment à la pression économique et démographique, à
    l’urbanisation rapide, et à leur exploitation inconsidérée. Le littoral marocain a été soumis d’une
    manière exceptionnelle à la croissance des agglomérations urbaines et à l’effet négatif de différentes
    activités industrielles, portuaires et touristiques, sans compter les apports des bassins versants, des
    oueds et des cours d’eau qui y jettent leurs eaux usées et les déchets engendrés par les villes et leur
    périphérie.
    Quant à la pollution de la mer, elle est essentiellement d’origine tellurique : eaux usées
    domestiques et industrielles, décharges de déchets solides et transports solides découlant de l’érosion
    ou de la mise en valeur des terres, du drainage fluvial ou agricole. Quant aux sources de pollution en
    mer, elles sont constituées par les rejets réguliers d’exploitation des navires tels les déchets et ballasts
    ainsi que les rejets accidentels ou volontaires.

    Les chiffres nationaux en la matière ne sont pas encore disponibles. Il existe cependant des
    chiffres régionaux, en particulier au niveau de la côte méditerranéenne (voyez ci-dessous).
    Les zones du littoral méditerranéen marocain sont soumises à quatre types de pollution : les
    eaux usées municipales et industrielles ; les eaux de ruissellement agricole et lessivage ; les
    hydrocarbures et les déchets chimiques déversés par les navires et l’évacuation des déchets solides

    notamment les matières plastiques. De plus, ces zones subissent également la pollution marine
    générée par le transport maritime, notamment par les pétroliers et les tankers transportant des produits
    toxiques et dangereux au niveau du détroit de Gibraltar et au large des côtes marocaines.
    Une étude publiée en 2004 par le département de l’aménagement du territoire et de
    l’environnement a révélé l’importance de la pollution industrielle. Sur 220 activités industrielles et
    6287 unités de production, 81 activités ont été jugées significativement polluantes : les industries de
    l’agroalimentaire (68% des rejets toxiques et organiques) suivi de loin par la chimie-parachimie (20%)

    et les industries du textile et cuir (10%). L’étude a révélé qu’il s’agit d’une pollution structurelle en ce
    sens qu’elle fait partie des processus de fabrication de ces industries.
    Cette pollution industrielle urbaine est concentrée en particulier sur la côte atlantique. En effet,
    le bassin côtier atlantique avec le grand Casablanca réalise 35% du total des rejets polluants, suivi par
    l’oued SEBOU (la région de Kenitra) avec 28% et le tangérois avec 11%. Il faut cependant signaler
    que les cimenteries marocaines ont réalisé un effort dans le sens du respect des normes
    environnementales, en particulier la norme ISO14000 qui est la référence mondiale en la matière.
    Cette pollution du littoral marocain résulte d’une interaction entre les usages du littoral, les
    activités et les ressources. Ainsi, les activités produisent des effets négatifs sur les ressources et à leur
    tour, les ressources dégradées limitent les activités (la pêche par exemple). Ces interactions ont été
    identifiées dans les régions méditerranéennes marocaines. C’est pourquoi le Maroc participe à un
    programme de surveillance du degré de pollution de ses côtes méditerranéennes dans le cadre du Plan
    d’Action pour la Méditerranée (PAM) en exécution de la convention de Barcelone de 1976 et de ses
    protocoles que le Maroc a ratifiés. Cette surveillance est organisée en fonction des sources potentielles
    de pollution de certaines zones côtières de référence ou les zones de baignade par exemple. C’est ainsi
    que l’analyse des eaux marines de la baie de Tanger montre la présence de quantités importantes de
    phosphore et d’azote, qui sont déversés dans les cours d’eau, ensuite dans les milieux marins, ce qui
    peut déclencher le phénomène d’eutrophisation.
    Tableau : Rejets d'eaux usées des principales villes méditerranéennes (2002)* – statistiques du
    Secrétariat d’État chargé de l’Eau
    Pollution organique Ville Volume (t/an DCO)
    rejeté (m3/j) Industrielle Domestique Total

                                               Pollution organique(t/an DCO)

                                  Industrielle               Domestique         Total                                      Pollution                                                                                                                                                      toxique
                                                                                                                                        industrielle (t/an                                                                                                                                          métaux lourds)
                                   Volume rejeté
                                     (m3/j)                                                                                 
    Tanger                       40500                   36881                20679            57560                 55
    Tétouan                     22000                   2311                  11334             13646                13
    Nador                        10500                   689                      2402                3091
    Al Hoceima            5300                        222                        846              1068
    * Il n’y a pas de statistique disponible pour la côte atlantique.
    _______________________________

    5
    I- LE CADRE LEGAL ASSURANT LA PROTECTION DU
    MILIEU MARIN
    _____________________________________________________________________
    A- Cadre international
    1/ Les principales conventions internationales ratifiées par le Maroc
    Le Maroc est partie à la plupart des conventions internationales globales de protection de
    l’environnement marin (cf. annexe n° 1) ainsi qu’à un certain nombre de conventions régionales
    concernant la mer Méditerranée et l’Atlantique du Nord-Est (cf. annexe n° 2).
    2/ L’impact des conventions ratifiées sur le droit interne
    Une grande partie de l’arsenal juridique national spécialisé a dû être mis en conformité
    avec les engagements internationaux du Maroc. Il en est ainsi des textes de lois liés à
    l’environnement en général, aux études d’impact, au Plan d’Urgence National (PUN) et à tout ce
    qui concerne la biodiversité, notamment marine.
    L’introduction de nouvelles lois organiques ayant trait à l’élimination des déchets, à la
    préservation de la qualité de l’air ou à l’exploitation des carrières est le meilleur témoignage de la
    transposition des règles internationales dans le droit interne marocain. En complément, des lois
    déjà existantes ont été modifiées, comme par exemple la loi régissant les pêches maritimes qui est
    amenée à connaître une évolution constante en fonction de l’évolution des écosystèmes marins.
    Des interdictions temporaires de pêche sont régulièrement instituées et publiées en vue de
    protéger une ou plusieurs espèces de la faune et de la flore marines. Des zones spéciales sont
    décrétées comme espaces interdits à certaines pratiques humaines, afin de maintenir l’équilibre
    des habitats marins et côtiers. De même, les institutions de gestion, de coordination et de conseil
    sont constamment sollicitées pour proposer les meilleures modalités de mise en pratique des
    engagements internationaux et régionaux pris par le Maroc. On pense plus particulièrement aux
    départements ministériels de l’équipement, de la pêche maritime, des eaux et forêts, de
    l’agriculture, ou encore de l’environnement, de l’aménagement de l’espace et de l’industrie.
    A l’opposé de ce dynamisme législatif et administratif, la jurisprudence marocaine en
    matière de pollution marine est quasiment inexistante. Les grands incidents de pollution, tels que
    Kharg 5, Sea Spirit ou Castor, ont été réglés en dehors des tribunaux nationaux (voyez infra).

    3/ Les raisons de la non ratification de certaines conventions
    Les raisons de la non ratification de certaines conventions internationales par le Maroc
    sont multiples.
    Il s’agit parfois de l’expression explicite de la souveraineté nationale. Ainsi, pour des
    raisons d’ordre tout à fait politique, le Maroc avait reporté la ratification de la convention des
    Nations unies sur le droit de la mer de 1982 jusqu’à une date récente, à savoir le 31 mai 2007.
    L’opposition d’un ou plusieurs départements techniques peut également empêcher
    l’adhésion à un instrument international de ce genre.
    Par ailleurs, pour éviter de pratiquer des ratifications formelles, il semble que les autorités
    préfèrent s’abstenir provisoirement de mettre en route la procédure de ratification, en attendant de
    meilleures opportunités et plus particulièrement la mise à niveau des ressources humaines,
    financières, matérielles nécessaires pour assurer le respect des nouvelles règles internationales.
    Nonobstant ces aspects, on peut affirmer que le Maroc est un « bon élève » dans cet
    exercice.

    B- Cadre légal interne
    1/ La loi-cadre de protection de l’environnement
    La loi n°11-03 du 12 mai 2003 relative à la protection et la mise en valeur de
    l’environnement est fondée sur un certain nombre de principes qui visent, en particulier, à
    protéger l’environnement contre toute forme de pollution et de dégradation, quelle qu’en soit
    l’origine et à mettre en place un régime spécifique de responsabilité garantissant la réparation des
    dommages causés à l’environnement et l’indemnisation des victimes. Ces principes
    généraux sont :
    · l’établissement d’un lien organique entre le développement et la protection, la
    mise en valeur et la bonne gestion de l’environnement ;
    · la protection et la mise en valeur de l’environnement considérées comme d’utilité
    publique et relevant d’une responsabilité collective qui réclame la participation et l’information
    de tous ainsi que la détermination des responsabilités ;
    · la mise en application effective des principes de « l’usager payeur » et du
    « pollueur payeur » ;
    · le respect des traités internationaux en matière d’environnement lors de
    l’élaboration de la législation environnementale nationale.
    Pour faciliter la mise en oeuvre de ces principes, la loi sus-citée définit un certain nombre
    de notions fondamentales, telles que l’environnement, sa protection, l’équilibre écologique, les
    aires spécialement protégées, la biodiversité, les parcs et réserves naturels, les ressources
    marines, la pollution marine, les déchets dangereux, les produits et facteurs polluants. C’est ainsi
    que la définition de la pollution marine, directement inspirée des conventions internationales
    ratifiées par le Maroc est appréhendée de manière très large comme étant « tout déversement ou
    introduction en mer, directement ou indirectement, d’un produit susceptible d’endommager les
    êtres vivants et les végétaux marins, de constituer un danger pour la santé humaine, d’entraver
    les activités marines, comme la pêche et les autres usages illicites de la mer, ou de porter atteinte
    à la nature et à la qualité de l’eau de mer ».

    2/ La protection spécifique des milieux maris et côtiers
    a. Le droit positif
    A ce jour, la législation marocaine ne compte pas de loi spécifiquement dédiée au littoral.
    Toutefois, certaines dispositions de la loi-cadre concernent la zone côtière. La section V
    du chapitre II traite des espaces et des ressources marins, y compris le littoral en prévoyant
    l’intervention future de dispositions législatives et réglementaires pour :
    - prévenir et mettre fin aux activités susceptibles d’altérer les ressources marines, et de
    porter atteinte à l’environnement marin et côtier ;
    - fixer les conditions d’exploration, d’exploitation et de mise en valeur des ressources
    marines .
    - déterminer les mesures de prévention et de lutte contre la pollution marine, y compris
    celle résultant des « accidents maritimes imprévisibles » ;
    - protéger, conserver, mettre en valeur et gérer d’une manière intégrée et durable
    l’écosystème du littoral, et prévenir toute dégradation de ses ressources (art. 35) ;
    - dégager les critères de classement d’une partie du littoral en aires spécialement
    protégées, ainsi que les conditions d’exploitation, de mise en valeur et de développement des
    ressources du littoral .

    L’intérêt normatif du Maroc pour le littoral et notamment pour la gestion intégrée des
    activités humaines sur sa bande littorale, se révèle également par la signature, le 21 janvier 2008,
    à Madrid, du Protocole Technique de la Convention de Barcelone de 1976-1995 relatif à la
    Gestion Intégrée des Zones Côtières ( GIZC).

    b. Le projet de loi sur le littoral
    Un projet de loi sur le littoral se trouve actuellement introduit dans la sphère
    gouvernementale, et arrivera bientôt dans le circuit parlementaire, pour son adoption.
    Ce projet comporte des principes et des définitions concernant en particulier la gestion
    intégrée du littoral, le cordon dunaire et les zones sensibles. Il prescrit les règles de protection du
    littoral et notamment l’interdiction de porter atteinte à l’état naturel du rivage de la mer par

    endiguement, enrochement ou remblaiement. Sont également prévus la création, par voie
    réglementaire, de périmètres de protection autour des zones riches en diversité biologique et le
    caractère obligatoire des études d’impact précédant tout projet susceptible de porter atteinte au
    littoral.
    En outre, en application de la loi-cadre, le projet institue un schéma régional de protection
    et de gestion intégrée du littoral (SRPGIL) élaboré à l’initiative de l’Agence Nationale du Littoral
    dont les conditions de création, de fonctionnement et d’exercice des prérogatives sont précisées
    dans le projet. Celui-ci prévoit en outre des règles de contrôle, de constatation des infractions,
    définit les infractions et les sanctions encourues (amende et emprisonnement).
    c. Le projet de nouveau Code maritime
    La loi du 31 mars 1919 portant Code de commerce maritime, code disciplinaire et
    pénal de la marine marchande, à ce jour unanimement considéré comme anachronique, n’a pas
    pris en considération le phénomène de la pollution marine. Un grand projet de code maritime
    comportant un livre III entièrement consacré à la lutte contre la pollution marine est actuellement
    à l’ordre du jour.

    3/ Les échelles de normes
    Les articles 54 et suivants de la loi cadre préconisent l’intervention de textes ayant pour
    but de fixer les normes et standards relatifs au maintien de la qualité de l’environnement, et ce,
    notamment en fonction des données scientifiques les plus récentes, étant précisé que des
    « normes et standards plus rigoureux » pourront être édictés, par voie réglementaire, concernant
    certaines zones sensibles. Pour le contrôle et le suivi de la qualité de l’environnement, il est prévu
    la création de « réseaux régionaux d’observation » ainsi que d’un observatoire national de
    l’environnement qui a déjà vu le jour depuis lors.

    Les lois spéciales de protection de l’environnement renvoient à des échelles de normes
    propres aux domaines régis par elles. Ainsi, la loi n° 28-00 relative à la gestion des déchets et à
    leur élimination renvoie explicitement aux normes internationales et définit les déchets
    dangereux comme « toutes formes de déchets qui, par leur nature dangereuse, toxique, réactive,
    explosive, inflammable, biologique ou bactérienne, constituent un danger pour l'équilibre
    écologique tel que fixé par les normes internationales dans ce domaine ou contenu dans des
    annexes complémentaires »
    Pour l’air, la loi n° 13-03 relative à la lutte contre la pollution de l’air fait
    expressément mention des valeurs limites « qui ne doivent pas être dépassées et qui sont
    déterminées en fonction des dernières données scientifiques en la matière, de l'état du milieu
    récepteur, de la capacité d'auto-épuration de l'eau, de l'air et du sol et des exigences du

    développement économique et social national durable » (art. 1er, al. 8) et interdit expressément le
    fait « de dégager, d'émettre ou de rejeter, de permettre le dégagement, l'émission ou le rejet dans
    l'air de polluants tels que les gaz toxiques ou corrosifs, les fumées, les vapeurs, la chaleur, les
    poussières, les odeurs au-delà de la quantité ou de la concentration autorisées par les normes
    fixées par voie réglementaire » et a mis à la charge de toute personne une obligation « de
    prévenir, de réduire et de limiter les émissions de polluants dans l'air susceptibles de porter
    atteinte à la santé de l'homme, à la faune, à la flore, aux monuments et aux sites ou ayant des
    effets nocifs sur l'environnement en général et ce, conformément aux normes visées à l'alinéa
    précédent » (art. 4). Plus particulièrement, les exploitants sont invités à appliquer « les techniques
    disponibles et plus avancées afin de prévenir ou de réduire les émissions » dans le cas d’absence
    de norme réglementaire.

    La loi prévoit également la possibilité que soient créées des zones spéciales et/ou définis
    des secteurs particuliers auxquels s’appliqueraient des normes spécifiques (art. 24).
    Par ailleurs, la loi n° 10-95 sur l’eau, confère à l’administration le pouvoir de fixer « les
    normes de qualité auxquelles une eau doit satisfaire selon l'utilisation qui en sera faite » (art. 51).
    Le décret n° 2-04-523 du 24 janvier 2005 relatif aux déversements, écoulements,
    rejets, dépôts directs ou indirects dans les eaux superficielles ou souterraines entend « par
    valeur limite de rejet, la valeur limite d'un paramètre indicateur de la pollution, qui ne doit pas
    être dépassée dans le sens de la détérioration de la qualité de l'eau, pour un déversement tel que
    défini par l'article premier ci-dessus » (art. 11) et soumet tous les déversements à la conformité
    aux valeurs « limites de rejet fixées par arrêtés conjoints des autorités gouvernementales
    chargées de l'intérieur, de l'eau, de l'environnement, de l'industrie et de toute autre autorité
    gouvernementale concernée »

    Ces valeurs limites de rejet sont révisées tous les dix (10) ans, en fonction du niveau de
    protection de la qualité de l'eau recherché et/ou de l'évolution de la technologie. Le dispositif a
    été complété par deux arrêtés ministériels : l’arrêté conjoint n° 1606-06 du 25 juillet 2006 portant
    fixation des valeurs limites spécifiques de rejet des industries de la pâte à papier, du papier et du
    carton et l’arrêté conjoint n° 1180-06 du 12 juin 2006 fixant les taux des redevances applicables
    aux déversements des eaux usées.

    4/ Le plan de danger opérationnel
    Le Maroc ne dispose pas de centre de veille pour la prévention et la lutte contre la
    pollution.
    En revanche, le décret n° 2-95-717 du 22 novembre 1996, relatif à la préparation et à la
    lutte contre les pollutions marines accidentelles, a doté le Maroc d’un Plan National d’Urgence
    (PNU) entièrement dédié aux accidents en mer ayant engendré une pollution du milieu marin,
    dont l’application est régie par un arrêté du premier ministre n° 3-3-00 du 16 juillet 2003.
    _______________________________

    Celui-ci fixe les conditions de déclenchement de l'alerte, l’organisation de la mise en
    action du PNU, les mesures de préparation de la lutte contra la pollution maritime, les rôles des
    différents intervenants, la formation du personnel en prévision de la lutte contre la pollution
    marine, les procédures de gestion comptable et des stocks ainsi que la tenue des inventaires du
    matériel.
    5/ Les principes du droit de l’environnement
    A travers l’analyse du système juridique marocain, se dégagent plusieurs principes
    fondamentaux du droit de l’environnement, parmi lesquels le principe de prévention (a), celui de
    précaution (b), du pollueur-payeur (c), de réparation (d), d’information-sensibilisation (e), de
    réhabilitation (f) et celui de l’obligation des études d’impact .

    a. Le principe de prévention
    Le principe de prévention s’applique dans le domaine de la politique de l’aménagement de
    l’espace où il régit les constructions dans les zones à risques et dans le domaine de la politique
    industrielle où il favorise l’émergence des nouvelles techniques et méthodes d’exploitation
    rationnelle des ressources à même de contenir la pollution et de réduire les rejets nocifs.
    La loi-cadre n° 11-03 sur l’environnement (art. 27) invite l'administration à prendre les
    mesures nécessaires afin d'assurer la prévention et la lutte contre toute forme de pollution. Sont
    expressément visées la prévention et la lutte contre la pollution marine, y compris celle résultant
    des accidents maritimes imprévisibles et la gestion intégrée et durable de l'écosystème du littoral
    et la prévention de toute dégradation de ses ressources (art. 34 et 35).
    La loi n° 13-03 relative à la lutte contre la pollution de l'air adopte le principe en ces
    termes : « La présente loi vise la prévention et la lutte contre les émissions des polluants
    atmosphériques susceptibles de porter atteinte à la santé de l'homme, à la faune, au sol, au
    climat, au patrimoine culturel et à l'environnement en général » (art. 2).
    La loi n° 28-00 relative à la gestion des déchets et à leur élimination se donne pour
    objet la protection de la santé de l'homme, des écosystèmes et de l'environnement en général
    contre les effets nocifs des déchets, ainsi que la prévention de la nocivité des déchets et la
    réduction de leur production (art. 1er).
    Enfin, en matière de lutte contre les pollutions marines accidentelles, il a été constitué
    une structure émanant du Conseil National de l'Environnement : « la commission de la prévention
    et de la lutte contre la pollution et les nuisances » (arrêté du premier ministre n° 3-3-00 du 16
    juillet 2003 portant application du décret du 22 novembre 1996, relatif à la préparation et à la
    lutte contre les pollutions marines accidentelles).

    b. Le principe de précaution
    Ce principe n'est pas repris d'une manière explicite dans la législation marocaine, les
    textes mentionnant beaucoup plus la prévention que la précaution stricto sensu. On peut
    cependant relever dans la loi relative aux déchets que l’autorisation d’ouverture, de fermeture ou
    de modification des installations de traitement, d’incinération ou d’élimination des déchets
    dangereux, industriels, médicaux et pharmaceutiques, doit comporter « les précautions devant
    être prises pour garantir les conditions de sécurité et de protection de l’environnement » (art. 55
    renvoyant à l’article 52 et au dahir du 25 aout 1914 relatif aux établissements insalubres,
    incommodes, ou dangereux et ses textes d’application).

    c. Le principe pollueur-payeur
    La loi du 12 mai 2003 sur la mise en valeur de l’environnement édicte les principes de
    « l’usager-payeur » et du « pollueur-payeur » en ce qui concerne la réalisation et la gestion des
    projets économiques et sociaux et la prestation de services.
    En ce qui concerne la loi sur les déchets, le principe pollueur-payeur est retenu en
    filigrane (art. 58). En effet, le texte exige le dépôt d’une garantie financière pour la mise en
    activité des installations de traitement, de valorisation, d’incinération, de stockage, d’élimination
    ou de mise en décharge, qui ne pourra couvrir les indemnités « dues par l’exploitant aux tiers qui
    pourraient subir un préjudice par le fait de pollution ou d’accident causé par l’installation ».

    d. Le principe de réparation
    Principalement, deux lois édictent le principe de réparation des dommages dus à la
    pollution : la loi n° 11-03 relative à la protection et à la mise en valeur de l'environnement et la
    loi n° 13-03 relative à la lutte contre la pollution de l'air.
    Ainsi, l’article 1er de la loi sur l’environnement énumère, parmi ses objectifs, le fait de
    « mettre en place un régime spécifique de responsabilité garantissant la réparation des
    dommages causés à l'environnement et l'indemnisation des victimes ».
    Plus encore, l’article 63 désigne comme responsable, « même en cas d'absence de preuve
    d’une faute, toute personne physique ou morale stockant, transportant ou utilisant des
    hydrocarbures ou des substances nocives et dangereuses, ou tout exploitant d'une installation
    classée, telle que définie par les textes pris en application de la présente loi, ayant causé un
    dommage corporel ou matériel directement ou indirectement lié à l'exercice des activités
    susmentionnées ».

    Aux termes de la loi sur la pollution de l’air, l’administration qui constate le non respect
    de la loi peut mettre en demeure le propriétaire de l’installation de « se conformer aux conditions
    et aux normes, de prendre toutes les mesures et d'effectuer tous travaux et réparations

    nécessaires dans un délai déterminé », et dans le cas de non exécution des travaux ou des
    réparations, elle « peut suspendre totalement ou partiellement l'activité de l'installation ou
    procéder d'office à l'exécution desdits travaux aux frais du contrevenant ».
    En cas de non exécution des travaux et réparation dans les délais impartis « le jugement
    fixe un deuxième délai durant lequel les travaux et réparations nécessaires sont exécutés » (art.
    15 et 19).
    e. Le principe de l’information et de la sensibilisation
    Les lois relatives à la mise en valeur de l’environnement, aux études d’impact sur
    l’environnement, à la gestion des déchets et à l’eau affirment la nécessité de l’information et de la
    sensibilisation.
    Ainsi, l’article 2 de la loi-cadre n° 11-03 sur l’environnement dispose que : « La
    protection et la mise en valeur de l'environnement constituent une utilité publique et une
    responsabilité collective nécessitant la participation, l'information et la détermination des
    responsabilités ».

    La loi n° 12-03 sur les études d’impact impose à l'administration de prendre toutes les
    mesures nécessaires pour que les informations et les conclusions issues de l'étude d'impact sur
    l'environnement soient accessibles au public durant la période de l'enquête publique, à l'exception
    des seules informations et données jugées confidentielles.

    La loi n° 28-00 sur les déchets se donne pour principal objectif la prévention et la
    protection de la santé de l'homme, de la faune, de la flore, des eaux, de l'air, du sol, des
    écosystèmes, des sites et paysages et de l'environnement en général contre les effets nocifs des
    déchets (art. 5). A cet effet, elle vise l'information du public sur les effets nocifs des déchets, sur
    la santé publique et l'environnement ainsi que sur les mesures de prévention ou de compensation
    de leurs effets préjudiciables et met à la charge de l’administration l’obligation d’élaborer « les
    mesures à prendre en matière d'information, de sensibilisation et de conseil » et de publier
    certains documents tels les plans directeurs de gestion des déchets dangereux (art. 9 et 12).
    La loi n° 10-95 sur l’eau exige que le « plan national de l’eau » comporte les mesures
    d'accompagnement nécessaires à sa mise en oeuvre, mesures d'ordre économique, financier,
    réglementaire, organisationnel, mais aussi de sensibilisation et d'éducation des populations
    (art. 19, al. 3). A cet effet, la commission préfectorale ou provinciale de l'eau est tenue
    d’entreprendre toute action susceptible de favoriser la sensibilisation du public à la protection et à
    la préservation des ressources en eau.

    f. Le principe de réhabilitation
    Quatre textes principaux évoquent le principe de remise en l'état initial de certains lieux
    qu’ils définissent : la loi cadre sur l'environnement, la loi sur l'eau, la loi sur les études d’impact
    et la loi sur les déchets.
    Ainsi, la deuxième section de la loi cadre sur l’environnement est entièrement consacrée à
    la remise en l'état de l'environnement et confère compétence à l'administration pour imposer à
    tout auteur d'une infraction ayant eu pour conséquence une dégradation de l'environnement, de
    remettre en l'état l'environnement lorsque cette remise en l'état est possible.
    La loi sur les déchets précise qu' "en cas de fermeture d'une décharge contrôlée,
    l'exploitant ou le propriétaire est tenu de remettre le site dans son état initial ou dans un état
    écologiquement acceptable" .
    La loi sur les études d'impact prévoit elle aussi la remise en état initial des lieux après
    l'arrêt des travaux de construction, d'aménagement et d'exploitation (art. 17).
    A son tour, la loi sur l'eau prévoit que l’administration doit exiger du concessionnaire
    déchu la remise des lieux dans l'état initial et, le cas échéant, la faire effectuer d'office aux frais
    dudit concessionnaire .

    g. Le principe des études d’impact environnemental
    Aux termes de la loi-cadre sur l’environnement, l'obligation de mener une étude
    d’impact environnemental existe dès lors qu’un projet risque, en raison de sa dimension ou de
    son incidence sur le milieu naturel "de porter atteinte à l'environnement" et incombe au maître
    d'ouvrage ou au demandeur de l'autorisation administrative. L'identification des projets
    susceptibles de faire naître cette obligation devrait être facilitée par la définition attendue de ces
    projets par voie législative et réglementaire (art. 49 et 50).
    L’étude d’impact est d’ores et déjà une condition légale de toute demande de permis de
    construire pour les installations classées (art. 10, loi cadre sur l’environnement) ainsi que pour
    l’ouverture d’une carrière (art. 38, loi n° 08-01 sur l’exploitation des carrières).

    Nous aborderons ci-dessous la question de la responsabilité administrative pour des faits
    de pollution des mers dans une acception large, en y intégrant l’étude des mesures et des
    procédures préparatoires de la décision portant sanction et de sa mise en oeuvre.
    La lutte préventive contre la pollution marine est organisée notamment à travers
    l’application des textes relatifs à la protection et à la mise en valeur de l’environnement (A), à
    travers la police des ports (B), ainsi que par l’application de la législation relative au domaine
    public maritime .

    A- La législation de protection de l’environnement
    La loi-cadre sur l’environnement prévoit que les procès verbaux constatant des
    infractions peuvent être adressés au tribunal certes, mais également « au gouverneur de la
    préfecture ou de la province concernée, sous réserve d'autres dispositions législatives et
    réglementaires prévoyant des délais déterminés pour la prise des mesures administratives
    préalables à l'engagement d'une action afin de mettre en demeure le contrevenant et le contraindre
    à effectuer les réparations nécessaires et à éliminer les effets portant atteinte à l'environnement »

    La loi sur les études d’impact dispose qu’en cas d’inobservation de ses dispositions, un
    procès verbal pourra être dressé par l’agent commissionné pour constater l’infraction, à la suite
    de quoi, l’autorité gouvernementale compétente (concernée par le projet) met en demeure le
    contrevenant à se conformer à la législation. En cas de refus d’obtempérer, l’arrêt des travaux
    d’aménagement, de construction ou d’exploitation du projet est ordonné et mis en oeuvre par le
    gouverneur de la province et de la préfecture, en concertation avec le président du conseil
    communal, et ce, en attendant la décision de justice (art.16, al. 1er).
    En cas d’urgence, trois sanctions cumulatives ou alternatives, selon les hypothèses, sont
    applicables : la suspension immédiate des travaux, la destruction des constructions et des
    installations et l’interdiction des activités (art. 16, al. 2).
    La loi relative à la protection de l’air prévoit tout d’abord qu’en cas de pollution de l’air
    par une activité ou une installation générant un danger pour l’homme et un dommage à
    l’environnement, imprévisibles au moment de l’octroi de l’autorisation de fonctionnement,
    l'administration adresse à la personne responsable de la source de pollution les instructions

    nécessaires pour prendre les mesures complémentaires ou introduire les modifications nécessaires
    afin de limiter les émissions de polluants et d'éviter les dangers et dommages susvisés. En cas de
    persistance des dangers et dommages malgré la prise de ces mesures, l’arrêt de l’activité peut être
    ordonné. Par ailleurs, l’autorité compétente peut réquisitionner les moyens nécessaires pour
    exécuter les mesures d'urgence afin de circonscrire les dangers éventuels de la pollution
    atmosphérique et mettre en demeure le contrevenant d’avoir à se conformer aux normes,
    d’effectuer les travaux et réparations nécessaires, sous peine de suspension de l’activité et de
    l’exécution d’office de ces derniers, est également prévue .

    Aux termes de la loi relative à la gestion des déchets et à leur élimination, en cas de
    danger imminent pour la santé de l’homme et de l’environnement, l’administration peut exiger
    des exploitants la prise des mesures nécessaires pour y remédier et en cas d’inertie de leur part,
    procéder à l’exécution d’office ou ordonner la suspension totale ou partielle de l’activité
    incriminée.
    L’administration peut également ordonner la suspension de l'activité de toute décharge
    contrôlée ou installation de traitement, de stockage, de valorisation ou d'élimination des déchets
    en cas d’infraction aux dispositions de la loi, dès lors que le contrevenant a été mis en demeure et
    qu’il n’a pas exécuté, dans les délais, les instructions qui lui ont été adressées (art. 65 et 66).
    La loi sur les carrières prévoit des sanctions administratives pouvant aller de la mise en
    demeure à la fermeture du site assortie de la possibilité de réclamer au contrevenant le paiement
    des indemnités pour les dommages résultant de l'exploitation illicite, en passant par la suspension
    de l’activité d’exploitation.
    Ces dispositions trouvent application dans l’hypothèse des dégradations du littoral par
    extraction sauvage et inconsidérée du sable marin à travers des carrières qui longent la côte
    atlantique et méditerranéenne marocaine.

    La loi n° 1-73-255 sur la pêche maritime organise elle aussi l’inspection des bateaux de
    pêche par les préposés de l’administration et punit le défaut de licence de pêche d’une amende
    administrative d’un montant égal à trois fois le montant de la taxe afférente à la licence (art. 36).
    B- Les règlementations portant police des ports
    Le Dahir n°1-59-043 du 28 Avril 1961 relatif à la police des ports maritimes de
    commerce (B.O.n°2533 du 12 Mai 1961) prévoit l’obligation pour tout capitaine de navire
    mouillant sur rade ou entrant dans le port, de préciser dans une déclaration écrite remise au
    bureau des officiers de port, outre les indications classiques relatives à l’identité du navire, la
    nature de son chargement, sa provenance et sa destination. De plus, une déclaration spéciale est
    faite pour les marchandises dangereuses infectes ou putrescibles. Cette déclaration est notifiée au
    service du port avant toute demande d’accostage (art. 3).

    La manutention et le transport des matières dangereuses (explosibles, inflammables,
    comburantes, toxiques, corrosives) sont soumis à des conditions d’emballage, de garde, de
    manutention de chargement et de déchargement, et de transport (art. 15). Des mesures de sécurité
    particulière contre l’incendie peuvent être imposées à bord des navires pendant leur séjour dans
    les ports ..
    En matière de police du plan d’eau, le stationnement d’une façon permanente dans un port
    exige une autorisation préalable, tandis que les navires circulant sur les plans d’eau sont soumis à
    un contrôle des autorités compétentes. En cas de difficulté de contrôle, l’autorisation
    d’introduction et d’utilisation du navire pourra être retirée au propriétaire.
    Les infractions sont sanctionnées par une amende de 40 à 720 dirhams (soit environ 4 à 65
    euros1) à laquelle s’ajoute éventuellement 0,08 à 0,16 dirham par tonneau de jauge brute des
    navires en cas de non obéissance du capitaine aux injonctions des officiers du port lors de l’entrée
    et de la sortie des navires.

    La réparation des dommages causés aux ouvrages du port par suite de la commission
    d’une faute (intentionnelle, de négligence ou d’imprudence) ou du mauvais état du navire est
    retenue contre le capitaine ainsi qu’une amende de 50 à 500 dirhams (soit 4,5 à 45 euros).
    L’amende transactionnelle est possible, étant précisé que le paiement peut être mis à la charge
    des propriétaires des navires en vertu du principe général de responsabilité de ces derniers pour le
    paiement des amendes, des dommages et intérêts, des frais et des réparation prononcés contre les
    capitaines (art. 29-33). Le non paiement de l’amende à la charge du capitaine, de l’armateur ou
    du propriétaire d’un navire, ainsi que l’exécution des travaux de réparation sont sanctionnés par
    la rétention provisoire du navire dans le port.
    La constatation des infractions relève de la compétence des officiers de police judiciaire
    et d’autres fonctionnaires dont les ingénieurs commissionnés à cet effet.
    C’est ainsi que l’arrêté du ministre des travaux publics n° 90-59 du 28 Avril 1961 sur
    la police des ports maritimes de commerce (B.O n° 2533 du 12 Mai 1961), autorise
    l’administration du port à imposer, dans les enceintes portuaires et à bord des navires pendant
    leur séjour dans les ports, toute mesure de sécurité jugée utile par elle, à réaliser des inspections à
    bord et à imposer sur le navire, aux frais du capitaine, de l’armateur ou du consignataire, la
    présence d’un gardien spécial chargé d’assurer l’exécution des mesures de sécurité.
    En matière de protection des eaux du port, l’arrêté interdit le rejet dans les eaux des ports,
    des décombres, des ordures, des matières insalubres quelconques, et notamment les résidus de
    chauffe des navires et les déchets inutilisables tels le combustible liquide (art. 11).
    1 Conversion par application du taux publié par la Banque de France pour décembre 2009 (1dirham = 0,09 euros).

    C- Les réglementations portant police du domaine public maritime
    Ce texte pose le principe de l’interdiction des dépôts dans le domaine public maritime ou
    d’y pratiquer des excavations ou d’en extraire des matériaux, sauf autorisation préalable délivrée
    dans les conditions du Dahir du 13 Novembre 1918 relatif à l’occupation temporaire du
    domaine public.

    L’article 2 bis (ajouté par le Dahir n°1-97-04 du 25 Janvier 1997), prévoit une sanction de
    500 dirhams (soit 45 euros) par mètre cube ou fraction de mètre cube prononcée par
    l’administration compétente en cas d’infraction, notamment en cas d’extraction de sable ou de
    matériaux quelconques du domaine public maritime. Ces sanctions peuvent être assorties de
    l’obligation de remettre les lieux en état (art. 3).
    Les infractions sont constatées en particulier par les fonctionnaires habilités, et
    notamment les ingénieurs des ponts et chaussées.
    _______________________________

    Si le droit pénal de l’environnement marocain est en formation, en revanche, la relation
    entre le droit marocain et l’environnement est relativement ancienne. Dès 1920, le législateur, à
    travers des Dahirs (lois), décrets, arrêtés, a visé la protection de la nature et la lutte contre les
    différentes nuisances y compris par l’introduction de sanctions pénales. Mais l’éparpillement des
    textes et leur anachronisme, les nouveaux engagements internationaux du Maroc ainsi que les
    impératifs modernes de la santé, de la salubrité et de la sécurité publiques ont amené le législateur
    à poser les fondements d’un nouvel ordre juridique environnemental constitué par les nouvelles
    lois de protection de l’environnement analysées ci-dessus. Ce sont ces lois qui contiennent à ce
    jour la plupart des dispositions de droit pénal marocain de l’environnement (A), complétées par
    seulement quatre incriminations qui se trouvent dans le code pénal (B).

    A- Les sources du droit pénal de l’environnement
    1/ Le Code pénal
    Les articles 609 (trois alinéas) et 218-3 du Code pénal incriminent des faits ayant trait à la
    protection de l’environnement.
    L’alinéa 20 de l’article 609 punit ceux qui, sans intention de nuire, déposent des
    substances nuisibles ou vénéneuses dans tout liquide servant à la boisson de l’homme ou des
    animaux. L’alinéa 32 vise « ceux qui jettent ou déposent sur la voie publique des immondices (…)
    ou autres matières de nature à nuire par leur chute, ou à produire des exhalaisons insalubres et
    incommodes », tandis que l’alinéa 46 sanctionne, « ceux qui placent ou abandonnent dans les
    cours d’eau ou dans les sources des matériaux ou autres objets pouvant les encombrer ».
    L’article 218-3 du Code pénal incrimine ainsi « l’infraction écologique consécutive à un
    acte de terrorisme » : « constituent des actes de terrorisme, lorsqu’ils sont intentionnellement en
    relation avec une entreprise individuelle ou collective ayant pour but l’atteinte grave à l’ordre
    public par l’intimidation, la terreur et la violence,(…) le fait d’introduire ou de mettre dans
    l’atmosphère, sur le sol, dans le sous-sol ou dans les eaux, y compris celles de la mer territoriale,
    une substance qui met en péril la santé de l’homme ou des animaux ou le milieu naturel… ».
    A ce jour, les juridictions marocaines n’ont pas eu à juger ce type d’infraction.

    2/ Les actes normatifs de protection des différents milieux naturels
    Sous réserve des dispositions pénales citées ci-dessus, le droit pénal marocain de
    l’environnement demeure extérieur au code pénal. Le législateur marocain n’a pas cru utile et
    opérationnel de créer un délit général unique de pollution des milieux naturels, freiné en cela,
    sans doute, par l’exigence de prévisibilité de la loi pénale. Sinon, c’est tout un pan des activités
    industrielles et commerciales qui risquait d’être pénalisées.
    Par conséquent, le droit pénal marocain de l’environnement apparaît aujourd’hui constitué
    d’un ensemble de dispositions spéciales incriminant différents faits sanctionnés en tant que délits
    ou en tant que contraventions. Ces dispositions se trouvent dans les lois spéciales relatives à
    plusieurs éléments naturels – eau, air, mer, faune, flore – ou dans des lois spéciales traitant
    d’aspects ayant un impact particulièrement important sur l’environnement (tels que le traitement
    des déchets par exemple).

    La liste des actes susceptibles d’être punis pénalement comporte une gamme variée
    d’actions ou d’omissions.
    La loi sur la pollution de l’air prohibe l’exercice d’une activité ou la conduite d’une
    exploitation qui constitue un danger pour l'homme et porte préjudice au voisinage, à la sûreté et à
    l'environnement, ainsi que toute « pollution grave menaçant la santé de l’homme et de
    l’environnement en général ». Elle sanctionne le défaut d’informer l’administration, la fourniture
    de fausses informations ou l’émission de fausses déclarations relatifs à de tels faits de pollution,
    ainsi que le fait de faire obstacle au contrôle ou à l’exercice des fonctions des personnes
    habilitées et de ne pas exécuter les réparations portant sur des engins polluant ordonnées par
    l’administration, plus largement de refuser de se conformer aux instructions de cette dernière,
    d’entraver ou d’empêcher l'exécution des mesures d'urgence ordonnées par elle (art. 15-18).

    La loi sur les déchets (art. 70-79) incrimine une série de faits :
    - déposer, jeter ou enfuir des déchets dangereux ;
    - modifier, transférer ou fermer une décharge contrôlée ou une installation de traitement, de
    valorisation, de stockage ou d’élimination des déchets ;
    - importer ou exporter des déchets dangereux sans se conformer à la procédure
    d’autorisation préalable ;
    - mélanger les déchets, les remettre à une personne non autorisée ou les incinérer en plein
    air ;
    - refuser de fournir les informations demandées par l’administration ;
    - ne pas étiqueter les emballages et conteneurs de déchets, ne pas tenir leur inventaire ou
    entraver les fonctions des agents de contrôle.
    Sont incriminés aux termes de la loi n° 1-73-255 sur la pêche maritime :
    - des faits constitutifs de délits plus graves comme « jeter intentionnellement dans les eaux
    de la mer toute substance ou appât toxique susceptible soit d’infecter, d’enivrer ou

    d’empoisonner les poissons, mollusques, oursins ou crustacés, soit d’infecter ou de
    polluer les eaux », « répandre ou laisser répandre intentionnellement dans la mer les
    eaux ayant servi aux besoins de leur industrie si elles sont de nature à provoquer les
    destructions d’espèces marines » (art. 18 et 19 pour la définition de l’élément matériel et
    art. 35 pour la peine) ou encore, pour un navire étranger le fait de pêcher ou de tenter de
    pêcher dans le zone de pêche exclusive (art. 37) ;
    - des faits constitutifs de délits jugés moins graves comme le fait de pêcher des poissons ou
    crustacés autres que ceux spécifiés sur la licence de pêche ou en contrevenant à d’autres
    exigences de la réglementation de la pêche (art. 33 et 34) et
    - ainsi que quelques autres faits constitutifs de contraventions.

    B- L’élément moral des infractions
    En principe, les crimes et les délits ne sont punissables que lorsqu’ils ont été commis
    intentionnellement (art. 133, C. pén.). Les délits commis par imprudence sont exceptionnellement
    punissables dans les cas spécialement prévus par la loi.
    En revanche, les contraventions sont punissables même lorsqu’elles ont été commises par
    négligence2, exception faite des cas où la loi exige expressément l’intention de nuire.
    Le plus souvent, en matière environnementale, l’acte répréhensible (contravention ou
    délit) découle simplement de l’exercice normal, habituel des activités économiques dans le cadre
    d’une gestion la plus rentable possible. L’auteur en est néanmoins responsable, car il ne pouvait
    ignorer le fait que son activité est soumise à des règles de protection de l’environnement
    pénalement sanctionnées.



    C- Le déclenchement de l’action publique
    La sanction pénale des infractions environnementales nécessite la mise en oeuvre de
    l’action publique. C’est en principe au Ministère public d’agir, mais d’autres acteurs publics sont
    également autorisés à le faire, tels les ingénieurs ou les agents de la chasse.
    Comme nous avons pu le voir lors de l’analyse de l’action des agents administratifs, les
    procès-verbaux dressés par eux peuvent ou doivent être envoyés à la juridiction compétente pour
    juger les faits, tout au moins lorsque l’auteur des faits n’a pas répondu aux injonctions faites par
    l’administration.

    La victime peut également saisir le tribunal correctionnel en se constituant partie civile.
    Néanmoins, le Code de procédure pénale marocain exige que la victime ait souffert
    personnellement du dommage causé par l’infraction afin de pouvoir se constituer partie civile3.

    D- La détermination de l’auteur de l’infraction
    Les poursuites peuvent aussi bien concerner les particuliers que les personnes agissant
    dans l’exercice de leur profession et notamment les dirigeants de personnes morales. Les
    tribunaux marocains retiennent facilement la responsabilité du dirigeant ou du responsable de fait
    de la personne morale, alors même que l’infraction a été commise par un préposé, qui est
    considéré comme placé sous sa garde et son autorité. Les tribunaux considèrent le dirigeant
    comme ayant commis une faute personnelle par manque de mesures de précaution tendant à
    éviter l’infraction. L’exonération de responsabilité ne sera possible que si le dirigeant démontre
    que le préposé disposait de tous les pouvoirs nécessaires pour agir dans le respect de la loi.

    E- Les peines encourues
    1/ Les peines principales
    Les infractions environnementales, généralement des délits et des contraventions, sont
    sanctionnées par les peines traditionnelles de l’emprisonnement et de l’amende4. Il faut réserver
    le cas de l’article 218-3 du Code pénal relatif au terrorisme, qui incrimine des faits qualifiés de
    crime et punis en tant que tels5. La sanction est de 10 à 20 ans de réclusion, sauf lorsque
    l’infraction a causé des infirmités diverses, précisées par cet article, ou la mort d’êtres humains.
    Les sanctions sont alors respectivement la réclusion à perpétuité et la peine de mort.
    3 Voyez ci-dessous (« Le régime de la responsabilité civile) qu’il s’agit d’une condition dont la preuve est difficile.
    4 Les peines délictuelles sont l’emprisonnement et l’amende de plus de 1 200 dirhams (soit 108 euros). Les peines
    contraventionnelles sont la détention de moins d’un mois et l’amende de 30 à 1 200 dirhams (art. 17 et 18, C. pén.).
    5 Par les peines criminelles qui sont la peine de mort et la réclusion à perpétuité (art. 16, C. pén.).

    Les infractions les plus graves prévues par la loi n°28-00 relative à la gestion des
    déchets qui concernent notamment les déchets dangereux (enfouissement non autorisé, importexport
    sans le respect des règles légales) entraînent l’application de peines d’amende pouvant
    aller jusqu’à 2 000 000 de dirhams (soit 180 000 euros) et d’une peine d’emprisonnement jusqu’à
    deux années. Les infractions moins graves telles que l’incinération des déchets en plein air d’une
    part ou le refus de fournir des informations à l’administration ou l’entrave à l’action de ses agents
    d’autre part sont punies respectivement de peines de 20 000 dirhams (soit 1 800 euros) d’amende
    et/ou une année d’emprisonnement ou seulement 5 000 dirhams (soit 450 euros) d’amende.
    La sévérité est également de mise en matière de pollution de l’air : de 2 000 à 200 000
    dirhams (soit 180 à 18 000 euros) pour les infractions prévues par la loi n° 13-03 relative à la
    lutte contre la pollution de l’air. Lorsqu’une interdiction de faire fonctionner une installation,
    prononcée par la justice, n’est pas respectée, la même amende est appliquée, en plus d’un
    emprisonnement d’un mois à un an. En cas de récidive, le maximum de la peine est porté au
    double et la fermeture définitive de l’installation peut être prononcée (art. 19 et 20 de la loi).
    Les peines encourues pour la commission des délits les plus graves prévus par la loi sur
    la pêche sont l’amende pouvant aller jusqu’à 10 000 ou 40 000 dirhams (soit 900 ou 3 600 euros)
    et l’emprisonnement d’une durée d’un an. Les délits moins graves entraînent l’application d’une
    amende de 6 000 dirhams (soit 540 euros) maximum et/ou une peine d’emprisonnement jusqu’à
    six mois.
    Les trois infractions prévues par le Code pénal marocain sont sanctionnées en tant que
    contraventions de deuxième classe, par une amende de 10 à 120 dirhams (soit 0,9 à 0,18 euros).
    Les contraventions régies par la loi n° 1-73-255 sur la pêche maritime font encourir aux auteurs
    une amende allant de 120 à 1 200 dirhams (soit 10,8 à 108 euros).
    En pratique, plusieurs cas de pollution massive ayant touché les espaces marins
    marocains, de 1989 à 2000 n’ont pas donné lieu à la saisine de la justice ni dès lors à l’application
    de peines pénales.
    Le supertanker iranien KHARG 5 qui, suite à une explosion à bord, a déversé quelques
    70 000 tonnes d’hydrocarbures sur une longueur de presque 500 km de côtes, a été sommé de
    s’éloigner du littoral marocain qu’il a quitté à l’aide de remorqueurs. Aucune condamnation n’a
    été prononcée ni à l’encontre du capitaine ni à l’encontre d’un quelconque membre de l’équipage.
    La question de la réparation des dommages induits par l’accident a fait l’objet d’un arbitrage.
    Deux autres accidents de grande envergure, celui du « Sea Spirit » en août 1990 et celui du
    « Castor » en décembre 2000 ont donné lieu à une transaction directe entre les autorités
    marocaines et les auteurs impliqués, mais pas à des sanctions pénales.

    2/ Les peines complémentaires
    Le droit marocain prévoit également des peines complémentaires plus adaptées aux
    infractions environnementales. Il s’agit d’interdictions professionnelles, de mesures de
    confiscation, des fermetures temporaires ou définitives d’établissements ou d’installations. Par
    ailleurs, la remise en état des lieux dégradés peut être prononcée sous astreinte.
    3/ Les peines applicables aux personnes morales
    Pour ce qui est de la responsabilité des personnes morales, elles ne peuvent être
    condamnées qu’aux peines pécuniaires et aux peines accessoires qui sont la confiscation partielle
    des biens, la dissolution de la personne morale et la publication de la décision de condamnation
    (art. 36 et 127, C. pén.).

    F- Les excuses légales
    Bien que le Code pénal marocain (art. 143-145) prévoit la possibilité que des « excuses
    légales », expressément définies par le législateur pour des infractions particulières, puissent
    assurer aux délinquants l’impunité ou une modération de la peine, tout en laissant subsister
    l’infraction et la responsabilité, à ce jour, le droit pénal de l’environnement n’en fait pas
    l’application.

    Néanmoins, il est permis de penser que, par l’effet de l’adoption de certaines conventions
    internationales, le droit marocain de l’environnement sera amené à l’avenir à adopter l’institution
    des excuses, en particulier lorsqu’il s’agit d’actes commis pour le salut des passagers et/ou de
    l’équipage du navire.

    En matière de responsabilité civile pour dommages causés à l’environnement, le jeune
    droit marocain de l’environnement apporte d’une part, une réponse de principe fondée sur un
    système classique de responsabilité civile qui reste, dans ce domaine, assez insatisfaisante (A) à
    laquelle s’ajoutent des dispositions d’application spéciale définissant une responsabilité objective
    pour dommage causé par les hydrocarbures et les substances réputées nocives ou dangereuses
    (B).
    A – Le droit commun de la responsabilité civile
    Les récentes lois sur l’environnement considèrent l’équilibre du milieu naturel et de
    l’environnement comme étant un objectif fondamental de la nation et entrouvrent ainsi la
    possibilité de reconnaissance d’un principe général de responsabilité pour atteinte à
    l’environnement. En revanche, l’application de ce principe repose encore à ce jour sur un droit
    antérieur de la responsabilité civile qui est des plus classiques et qui induit, dans le domaine qui
    nous intéresse, des difficultés facilement repérables.
    Ses sources se trouvent pour l’essentiel dans le Dahir relatif aux obligations et aux
    contrats, dans le Code maritime et dans la loi n° 1-73-255 sur la pêche.
    La responsabilité du pollueur ne peut être retenue qu’en raison de la réunion des trois
    conditions classiques (art. 77 et 78, Dahir sur les obligations et les contrats) de la responsabilité
    civile qui sont : le préjudice (1), la faute (2) et la relation de causalité qui doit les unir (3).

    La détermination de la personne responsable doit également attirer notre attention (4).
    1/ Le préjudice
    Les difficultés de preuve du préjudice ont des sources diverses. Tout d’abord, les atteintes
    à l’environnement sont diverses, cela va des dommages affectant les individus aux dommages
    purement écologiques. Ensuite, les atteintes à l’environnement peuvent aller des dégradations
    insidieuses à des préjudices de grande ampleur pour lesquels seul l’Etat peut demander
    réparation. Par ailleurs, les répercussions des facteurs de pollution dans le temps perturbent
    l’appréhension du préjudice.
    Enfin, en vertu de la théorie classique de la responsabilité, le préjudice invoqué doit être
    certain, né et actuel. Or, les aléas scientifiques propres à l’étude des réactions des écosystèmes
    et des seuils de tolérance des milieux naturels à la pollution rendent la preuve des dommages très
    incertaine.
    L’exigence que le dommage soit aussi personnel et direct rend difficile l’obtention
    d’une réparation du préjudice écologique au sens étroit du terme, tout au moins en vertu des
    règles classiques.
    Néanmoins, comme nous avons pu le voir ci-dessus,6 la loi n° 11-03 relative à la
    protection de l’environnement compte parmi ses objectifs celui de la mise en place d’un régime
    spécifique de responsabilité garantissant la réparation des dommages causés à l’environnement et
    l’indemnisation des victimes. Bien que la législation d’application ne soit pas encore intervenue,
    l’article 69 de la loi-cadre confère compétence à l’administration ainsi qu’au juge pour ordonner
    la remise en état de l’environnement par l’auteur d’une infraction ou de faits qui ne sont pas
    constitutifs d’infraction et causé « une dégradation de l’environnement », un préjudice « dû à
    l’émission ou au rejet d’une matière, d’un son, d’une vibration, d’un rayonnement, d’une chaleur
    ou d’une odeur » ayant porté atteinte à la santé du demandeur ou ayant causé un dommage à ses
    biens.

    2/ La faute
    La difficulté d’administrer la preuve de la faute rend le recours à la responsabilité
    classique peu opérationnelle et révèle l’inadaptation du droit classique de la responsabilité civile
    à la prévention et à la réparation des atteintes à l’environnement.

    3/ La relation de causalité
    Enfin, l’intervention de plusieurs facteurs ou causalités ayant conduit à l’apparition du
    dommage de pollution rend difficile la preuve de la causalité et introduit un paramètre
    d’incertitude dans l’appréhension du véritable responsable de la pollution.
    Par ailleurs, des difficultés de preuve supplémentaires sont constatées lorsque la pollution
    est diffuse et étalée dans le temps. Certes, le droit marocain prévoit la possibilité de recourir aux
    présomptions lorsque celles-ci sont graves, précises et concordantes.
    4/ La détermination du débiteur de la réparation
    Le code maritime rend responsable le propriétaire du navire de la mort ou des lésions
    corporelles causées par les faits ou fautes du capitaine, de l'équipage, du pilote ou de toute autre
    personne au service du navire et également pour tous les « actes accomplis et les contrats conclus
    par le capitaine dans l'exercice de ses pouvoirs légaux ».
    L'armateur non propriétaire du navire est solidairement responsable avec le propriétaire.
    Par ailleurs, « tout capitaine, maître ou patron chargé de la conduite d'un navire ou autre
    bâtiment, est responsable de ses fautes, même légères, dans l'exercice de ses fonctions ». « Le
    capitaine est présumé responsable de tous les événements à l'égard des tiers ». « Le capitaine est
    responsable de tous les dommages et pertes survenus aux marchandises chargées sur le pont du
    navire, à moins que le chargeur, par une mention spéciale approuvée et signée par lui sur le
    connaissement, ait expressément autorisé ce mode de chargement ».
    En cas de force majeure, toutes ces responsabilités cessent (art. 148).
    Enfin, la loi n° 1-73-255 relative à la pêche rend responsables « les armateurs, affréteurs
    ou consignataires des bateaux de pêche à raison des faits des patrons et des équipages de ces
    bateaux, ceux qui exploitent des établissements de pêcheries et des dépôts de mollusques, oursins
    et crustacées, à raison des faits de leurs agents et employés ».

    B – La responsabilité civile objective pour dommage causé par les
    hydrocarbures et les substances nocives ou dangereuses
    L’article 63 de la loi-cadre sur l’environnement pose le principe de la responsabilité
    objective de « toute personne physique ou morale stockant, transportant ou utilisant des
    hydrocarbures ou des substances nocives ou dangereuses, ou (de) tout exploitant d’une
    installation classée (…) ayant causé un dommage corporel ou matériel directement ou
    indirectement lié à l’exercice des activités sus mentionnées ».
    La faute n’y joue plus aucun rôle, si ce n’est le fait que lorsque sa faute est prouvée, le
    responsable perd le bénéfice de la limitation de sa responsabilité, bénéfice que la loi lui reconnaît
    par ailleurs sous certaines conditions. Ainsi, les personnes à qui incombe la réparation de tels
    préjudices peuvent demander à limiter leur responsabilité à un montant global par incident. Elles
    doivent à ce titre déposer auprès du tribunal où l’action en réparation du préjudice est engagée
    soit une somme d’argent, soit une garantie bancaire.
    Comme nous l’avons vu à l’occasion de l’analyse de la responsabilité pénale encourue
    pour les grands accidents de pollution maritime enregistrés le long des côtes marocaines de 1989
    à 2000, la question de la responsabilité civile des auteurs de ces accidents a été traitée par le biais
    de l’arbitrage ou de la transaction.
    Afin de mettre en pratique les engagements internationaux du Maroc, le projet de code
    maritime retient lui aussi le régime de la responsabilité civile objective à la charge de certains
    responsables d’actes de pollution, tels que le propriétaire et l’exploitant d’un navire transportant
    des hydrocarbures en vrac, ou l’exploitant d’installation nucléaire.



  • You might also like