• Un accès à l'eau pour tous

    Un accès à l'eau pour tous       23/11/2017

    Emmanuel POILANE, directeur de France Libertés

    Emmanuel POILANE, directeur de la Fondation France Libertés, a vécu la plus grande partie de sa carrière sur le terrain, en Afrique et à Madagascar. Pendant 17 ans, il s’est confronté au quotidien de la rareté de l’eau, bien indispensable à la vie et à l’agriculture.

    A l’échelle mondiale, l’eau devient-elle vraiment un bien rare ?

    Oui, 3 chiffres en témoignent : 1,2 milliard de personnes n’y ont pas accès, 8 millions de personnes meurent chaque année du manque d’eau potable, alors que 9 pays disposent de 60 % des réserves mondiales.


    Quelle est la première urgence pour faire bouger ces lignes ?

    Faire reconnaître le « droit d’accès à l’eau » comme un droit humain fondamental, au niveau international, et dans chaque pays. Et ce n’est pas simple parce que cela recouvre deux exigences. D’abord garantir à chaque être humain de satisfaire ses besoins vitaux en eau, mais aussi de disposer d’équipements qui lui assurent hygiène et santé.


    Et où en est-on par rapport à ce droit fondamental ?

    À l’international, l’accès à l’eau pour tous a été reconnu comme un Droit de l’Homme à L’ONU en juillet 2010. C’était à l’initiative de la Bolivie et de l’Equateur, et même s’il y a eu 44 abstentions, aucun pays membre n’a voté contre ! À l’échelle européenne, on peut signaler une pétition citoyenne - 1,8 millions de signatures tout de même ! - qui a demandé à la Commission européenne de légiférer sur le sujet. Objectif : rappeler que l’eau n’est pas une marchandise, mais un bien public, et promouvoir sa distribution et l’assainissement comme services publics essentiels.


    Et en France ?

    Une proposition de loi vient d’être déposée en septembre, à l’initiative d’une plateforme d’associations humanitaires, caritatives et environnementales. Elle vise à faire du droit à l’eau un droit citoyen fondamental. Car même en France, les chiffres sont alarmants : 300 000 personnes n’ont pas accès à l’eau courante, et 2 millions ont de grandes difficultés à payer leurs factures d’eau.


    Ce projet de loi propose-il des mesures concrètes ?

    Oui. Par exemple, créer un fond préventif avec la CAF pour aider ceux qui consacrent plus de 3 % de leur revenu à payer leur consommation d’eau. Ou encore, réintroduire dans les grandes villes les fontaines à eau, qui ont disparu avec la marchandisation de l’eau, et notamment avec l’explosion de la vente d’eau en bouteilles, et réinstaller des toilettes publiques gratuites.


    Mais ce marché en croissance prouve qu’il y a beaucoup d’argent en jeu ?

    C’est évident. Pour un foyer français, l’achat d’eau en bouteilles représente un budget moyen de 500 euros par an. Et ce qui est effarant sur ce marché, c’est la disparité des prix : 1 à 6 000, si on compare le prix du m3 d’eau potable au robinet et celui d’une bouteille de 25 cl à Roissy - Charles De Gaulle ! La bouteille d’eau est devenue un produit de luxe. D’ailleurs le projet de loi qui vient d’être déposé prévoit une contribution des distributeurs d’eau en bouteilles pour créer un fonds de solidarité de l’eau en France.


    C’est un progrès alors ?

    Disons que c’est un premier pas. Car l’accès à l’eau - comme droit humain fondamental - ne peut être garanti que par une gestion publique, démocratique et transparente, inscrite dans la loi.
    Propos recueillis par Gaëtan DELMAR
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