• La fin des sacs de plastique à Montréal en 2018

    8 décembre 2017 |Jeanne CorriveauLes sacs en plastique ultraminces sont appelés à disparaître à Montréal. C’est du moins le vœu de l’administration municipale.

    Les sacs en plastique ultraminces sont appelés à disparaître à Montréal. C’est du moins le vœu de l’administration municipale.
    Le règne du sac de plastique à usage unique tire à sa fin à Montréal. Dans moins d’un mois, il sera interdit aux commerçants d’en distribuer à leurs clients pour leurs emplettes. Les commerçants bénéficieront toutefois d’une période de grâce de six mois pour se conformer au règlement qui entre en vigueur le 1er janvier prochain.
     
    La nouvelle mairesse Valérie Plante avait récemment laissé planer le doute sur l’application du règlement en disant vouloir consulter toutes les études disponibles avant d’aller de l’avant avec le projet.
     
    Le responsable de l’environnement au comité exécutif, Jean-François Parenteau, a cependant dissipé toute équivoque. « C’est clair qu’on va de l’avant », a-t-il indiqué au Devoir.« Mais les commerçants vont avoir jusqu’au 5 juin pour se conformer aux nouvelles règles. Et à partir de janvier, il y aura des campagnes de sensibilisation. » Le sursis de six mois permettra aux commerçants de s’ajuster à la nouvelle réglementation et d’écouler leurs inventaires de sacs.
     
    En août 2016, Montréal avait adopté un règlement interdisant la distribution par les commerçants de sacs de plastique d’une épaisseur inférieure à 50 microns — comme les sacs couramment utilisés dans les épiceries — ainsi que les sacs oxodégradables quelle que soit leur épaisseur. Les sacs légers qui servent à envelopper des viandes, fruits ou légumes pourront continuer à être utilisés.
     
    Aux clients qui n’auraient pas de sacs réutilisables avec eux, les commerçants pourront offrir des sacs de plastique plus épais (50 microns et plus) ou des sacs de papier. « Les petits sacs minces ont un impact majeur. Ils s’envolent et se retrouvent partout, dans les arbres, dans l’eau », fait valoir Jean-François Parenteau. « Seulement 14 % de ces sacs sont recyclés. Il faut changer cette façon de faire. C’est un mouvement mondial. On n’est pas la première ville à le faire et pas la dernière. C’est pour ça qu’on ne voulait pas reculer. »
     
    La Ville est demeurée plutôt discrète au sujet de ce règlement au cours des derniers mois, mais Jean-François Parenteau attribue à la campagne électorale le délai dans le lancement de la campagne de communication.
     
    L’Association des détaillants en alimentation du Québec déplore que la Ville aille de l’avant sans avoir en main l’étude commandée par Recyc-Québec sur le cycle de vie des différents sacs d’emplettes, qu’ils soient en plastique mince, en papier, en coton ou en plastique recyclé. « Ça démontre que c’est un geste politique, parce qu’on ne se base pas sur des données », dit Pierre-Alexandre Blouin, p.-d.g. intérimaire de l’Association.
     
    Cette étude, qui devait être rendue publique il y a plusieurs mois déjà, est attendue avec beaucoup d’impatience par les associations des détaillants et par l’industrie du plastique. Selon Le Journal de Montréal, l’étude conclurait que les sacs de plastique bientôt bannis ne seraient pas plus nocifs pour l’environnement que les autres. Recyc-Québec a promis de déposer l’étude avant la fin de l’année.
     
    Les commerçants ne sont pas tous prêts pour l’entrée en vigueur du règlement, admet Pierre-Alexandre Blouin. « Il y a beaucoup de détaillants qui se préparent, mais il y en a d’autres qui ne se préparent pas, indique-t-il. Certains ont déjà mis des écriteaux dans leur commerce pour avertir leur clientèle. »
     
    M. Blouin se demande si la réglementation, qui autorise les sacs de plastique plus épais, finira par générer davantage de plastique. Certaines situations, comme les achats non prévus, pourraient aussi poser problème, dit-il.
     
    Sur le terrain
     
    Le Conseil canadien du commerce de détail (CCCD), qui représente 70 % des bannières au pays, comme Metro et les pharmacies Jean Coutu, affirme avoir envoyé régulièrement des messages à ses membres depuis juin dernier afin de leur rappeler l’entrée en vigueur prochaine du règlement.
     
    « Les entreprises ont eu un an et demi pour se préparer », reconnaît Jean-Luc Benoît, directeur des relations gouvernementales au CCCD. « À notre connaissance, il n’y a pas de détaillants qui vont arrêter d’offrir des sacs à la clientèle, en plastique plus épais, en papier, ou des sacs réutilisables. »
     
    Mais sur le terrain, c’est autre chose. Dans deux pharmacies de grandes chaînes, rue Sainte-Catherine, le personnel n’avait reçu aucune instruction au sujet de l’entrée en vigueur du règlement. « On sait que ça s’en vient, mais on ne sait pas quand. On n’a pas reçu de mémo », a-t-on indiqué à la pharmacie Jean Coutu. Au Pharmaprix voisin, une gérante admet qu’aucune indication n’a été donnée par Loblaw, propriétaire de la chaîne. Elle doute cependant que l’interdiction visant les sacs de plastique indispose la clientèle. « Ça pourrait être problématique pour les gens âgés, mais pas pour les jeunes », croit-elle.
     
    Membre de la bannière Rona, la quincaillerie Delorimier de l’avenue du Mont-Royal avait tenté d’éliminer les sacs de plastique il y a une dizaine d’années. Devant le mécontentement des clients, le commerce s’est ravisé et a opté pour des sacs oxodégradables. Le gérant Nicolas Allard reconnaît qu’il n’aura pas le choix de se conformer à la réglementation : « Comme c’est toute la ville qui va le faire, j’imagine que ce sera moins difficile [qu’il y a 10 ans]. Le client ne sera plus en désaccord avec nous, mais il sera en désaccord avec la Ville. »
     
    Le cas de Brossard
     
    À Brossard, les sacs de plastique d’une épaisseur de moins de 100 microns sont interdits depuis le 1er septembre 2016. L’opération a été un « succès », indique la Ville. « On n’a reçu aucune plainte depuis le début de l’année », soutient Nicolas Rabeau, chargé de projet en développement durable à la Ville de Brossard. « C’est très positif. On a même été étonnés de voir à quel point les citoyens et les commerçants ont embarqué dans le projet. »
     
    La Ville estime que 96 % des commerces se sont conformés au règlement. Aucune amende n’a été imposée, la Ville jugeant que la non-conformité de certains commerçants était attribuable à une erreur d’interprétation du règlement. Les sacs de papier sont autorisés, mais ils doivent être composés entièrement de matière recyclable. Or, certains commerçants proposaient des sacs avec des poignées en tissu, explique M. Rabeau.
     
    L’interdiction des sacs de plastique pourrait être plus complexe à appliquer à Montréal, reconnaît Alain Gauthier, directeur des communications de la Ville de Brossard, qui estime qu’une campagne de sensibilisation auprès des citoyens et des commerçants est essentielle.
     
    Plusieurs villes dans le monde ont banni les sacs de plastique au cours des dernières années. C’est notamment le cas des villes américaines de San Francisco, Los Angeles, Long Beach et Portland. Montréal est la première grande ville canadienne à les interdire. D’autres municipalités de la Communauté métropolitaine de Montréal lui emboîteront le pas le 22 avril.
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