• La «guerre» de l'eau entre Le Caire et Addis Abeba

    INFOGRAPHIE -L'Éthiopie a engagé cette semaine la construction d'un barrage qui ambitionne d'être le plus grand d'Afrique. L'Égypte, qui ne doit sa survie qu'au grand fleuve, s'inquiète de l'impact de ce projet sur ses ressources en eau.
    La «guerre» de l'eau entre Le Caire et Addis Abeba vient de rebondir. L'Éthiopie a commencé mardi à détourner le cours du Nil Bleu pour construire un barrage. Le gouvernement éthiopien, qui ambitionne de devenir le premier producteur d'électricité en Afrique, voit grand. «Renaissance» - c'est son nom - sera le plus important du continent avec une capacité de 5250 mégawatts. Il devrait entrer en fonction dans cinq ans. Si tout va bien. Car ce projet pharaonique ne fait pas l'unanimité dans la région. L'Égypte, notamment, redoute qu'une redistribution des eaux du Nil ne la transforme à terme en désert.
    Mais, comme l'a remarqué un ministre éthiopien, «l'eau du Nil appartient à tout le monde». Ce n'a pas été toujours le cas. L'exploitation du Nil fait depuis très longtemps l'objet de crispations entre d'un côté, l'Égypte et le Soudan, et de l'autre, les huit autres pays riverains. En 1929, un traité édicté par la Grande-Bretagne, alors puissance tutélaire, avait attribué la part du lion aux deux pays situés en aval du fleuve: 55,5 milliards de mètres cubes pour l'Égypte et 18,5 % pour le Soudan, soit 87 % des eaux disponibles. Il a fallu attendre que les pays en amont du Nil sortent d'une longue période de guerres et d'instabilité pour que le statu quo hérité de l'époque coloniale soit remis en question.

    90% des ressources en eau

    Devenue une puissance régionale, l'Éthiopie revendique depuis plusieurs années un partage de l'or bleu plus équitable pour assurer son développement. Car, comble du paradoxe, ce pays, château d'eau de l'Afrique, affronte régulièrement la sécheresse et les famines qui en résultent. Sur les 3,7 millions d'hectares de terres agricoles, 3% seulement sont irriguées. Depuis quelques années, elle multiplie donc les projets de barrages sur le cours du Nil Bleu qui prend sa source au lac Tana, sur les plateaux d'Éthiopie, avant de confluer au bout de 1600 km avec le Nil blanc à Khartoum, au Soudan. Moins long que le Nil blanc, l'affluent éthiopien n'en est pas moins beaucoup plus fécond puisqu'il fournit 80% de l'eau qui abreuve les pays en aval. L'Égypte, disait Hérodote, est «un don du Nil». Elle ne doit en effet sa survie qu'au grand fleuve qui représente 90% de ses ressources en eau.
    infographie barrage nil bleu
    On mesure ainsi l'inquiétude des Égyptiens qui en ont fait une affaire de sécurité nationale. En 1875, l'Égypte et l'Éthiopie s'étaient affrontées en partie à cause d'une controverse relative au Nil et en 1978, le président Anouar el-Sadate avait menacé son homologue éthiopien, le général Mengistu, de représailles s'il se mettait en tête de retenir une partie des eaux du fleuve. Depuis, les tensions n'ont pas cessé. En 2010, le gouvernement égyptien avait une nouvelle fois durci le ton, prévenant que «les droits historiques (de l'Égypte) restent une ligne rouge». La guerre de l'eau n'aura sans doute pas lieu, mais, au vu des enjeux économiques et politiques, le partage des précieuses eaux du Nil risque de donner du fil à retordre aux diplomates. Le ministre égyptien de l'irriguation ne s'est pas privé de le marteler de nouveau cette semaine: «Les plaintes des agriculteurs sur le manque d'eau nous confortent dans l'idée que nous ne pouvons pas renoncer à la moindre goutte d'eau du Nil.»
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