• La pollution plastique en mer : le septième continent

    Les plus grandes décharges de déchets au monde sont loin de nos yeux, à des milliers de kilomètres du territoire français. On les nomme le septième continent, car ces zones polluées sont vastes comme un continent. On estime que chaque minute 80 à 120 tonnes de déchets finissent en mer ; une grande partie de ces déchets sont des matières plastiques. Alors que les débris les plus denses s’accumulent sur les fonds marins, ceux qui flottent sont entrainés par les courants, convergent et s’accumulent dans les gyres sub-tropicaux, de grands courants circulaires. Quels sont les effets de cette pollution plastique sur l’environnement et sur l’homme ?

    1. D’où vient la pollution plastique?

    Depuis son développement commercial dans les années 1950, le plastique a connu un véritable succès. Sa production mondiale suit une croissance exponentielle. Elle a atteint 288 millions de tonnes en 2012, soit une augmentation de 620 % par rapport à 1975. Le succès du plastique vient de ses qualités remarquables : facilité de mise en forme, faible coût, imputrescibilité, résistance mécanique … C’est le matériau idéal pour l’emballage qui est d’ailleurs son principal secteur d’utilisation (40 à 50 %, selon PlasticsEurope ).
    On estime que 80 % des déchets en mer proviennent des terres émergées. Cette pollution provient surtout des déchets ménagers, qui sont mal collectés, mal recyclés ou abandonnés dans la nature ou sur les bords des routes. Ces déchets vont être portés par les vents, poussés par les pluies pour emprunter le chemin des égouts, des rivières et des fleuves, puis finir dans les océans. La négligence est la principale cause de cette pollution, à laquelle il faut y ajouter les catastrophes naturelles, comme les crues et les tsunami.
    On estime que la mauvaise gestion des déchets ménagers ou municipaux était responsable en 2010 de 5 à 13 millions de tonnes de pollution plastique dans les océans [2]. Plus préoccupant encore, ce chiffre pourrait être multiplié par 10 en 2025, soit 50 à 130 millions de tonnes de plastique qui pourraient être annuellement déversées dans les océans. Cette augmentation serait principalement due à l’augmentation de la consommation en plastique des pays émergents qui n’ont pas encore mis en place des infrastructures de collecte et de recyclage.

    2. Comment s’accumule-t-elle dans les gyres ?

    La pollution en surface du milieu marin, très emblématique, a beaucoup attiré l’attention de la communauté scientifique et du grand public. Mais en fait aucun écosystème n’est épargné. Même les endroits les plus reculés sont concernés : les baies, les estuaires, les lacs, les déserts et les plaines abyssales sont aussi contaminés par le plastique. Quant à la pollution des rivières et des fleuves, elle doit être étudiée de manière plus approfondie, d’autant plus que ce sont les principaux véhicules des plastiques vers la mer.
    Bien que les premiers signes de cette pollution plastique en mer datent des années 1970, ce n’est que dans les années 90 qu’un navigateur américain et expert dans ce domaine, C. Moore , a alarmé la communauté scientifique à propos de l’accumulation de plastique dans certaines zones. Les débris de plastique ne se dégradent que très lentement et persistent dans le milieu marin. Sous l’effet des courants circulaires qui animent les cinq grands bassins océaniques, ils s’accumulent dans les « gyres sub-tropicaux ». Ces vastes mouvements tourbillonnaires de sens anticyclonique (c’est à dire contraire au sens de rotation terrestre) s’accompagnent d’un lent flux convergent en surface, ce qui y concentre les particules flottantes.

    Il y a ainsi 5 zones d’accumulation océanique des plastiques qui se situent respectivement dans le Pacifique Nord, le Pacifique Sud, l’Atlantique Nord, l’Atlantique Sud et l’Océan Indien. Ces 5 zones d’accumulation apparaissent en orange ou rouge sur la carte de la figure 1, de même que la Mer Méditerranée et la Mer Noire qui présentent aussi de fortes concentrations en débris de plastique.
    On parle couramment de continent de plastique mais ce ne sont pas des terres émergées sur lesquelles nous pourrions marcher. L’appellation de 7e continent vient du fait que les zones d’accumulation de pollution plastique sont vastes comme des continents. La plus grande zone est située dans le Pacifique Nord et fait près de 6 fois la taille de la France soit 3,4 millions de kilomètres carrés.


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