• L’accès à l’eau potable en Afrique subsaharienne

    Quels résultats ?

    Aujourd’hui, 300 millions d'Africains n'ont pas accès à l'eau potable. Malgré cette médiocre situation, le Programme commun OMS/UNICEF de surveillance de l'eau et de l'assainissement se félicite, dans un communiqué de presse du 6 mars 2012, que « La communauté internationale a atteint, bien avant l’échéance de 2015, la cible des Objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) qui consistait à réduire de moitié le pourcentage de la population n’ayant pas accès à un approvisionnement en eau potable ». Ce constat ne s’applique d’ailleurs pas encore à l’Afrique, où seule l'Afrique du Sud et peut-être le Sénégal seraient en mesure, au dire des spécialistes, d’atteindre ces objectifs.
    Le communiqué déplore le « retard persistant dans le domaine de l’assainissement », quand seuls 61 % des habitants de l’Afrique subsaharienne ont accès à des sources d’eau améliorée. Il rappelle la lourde charge imposée aux femmes et aux jeunes filles par la corvée du transport de l’eau, lorsque l’approvisionnement est difficile.

    Quel potentiel hydraulique et comment l’utiliser ?

    Les ressources africaines annuelles en eau de surface ne permettent d'irriguer qu’environ 5 % des terres arables, mais le volume moyen d’eaux souterraines1 estimé correspond à plus de 100 fois la ressource annuelle en eau renouvelable (pluie) et 20 fois la réserve en eau douce des lacs africains. Le paradoxe est que les réserves (ou aquifères) les plus vastes se situent dans les régions les plus sèches, notamment au Soudan et au Tchad. Encore faut-il éviter de puiser exagérément dans des nappes fossiles non renouvelables, si importantes soient-elles. Les scientifiques appellent donc à la prudence et distinguent deux types de situations :
    • Dans de nombreuses régions, il y a suffisamment d’eau souterraine pour alimenter en eau potable la population grâce à des pompes manuelles ayant un débit variant entre 0,1 et 0,3 litre par seconde.
    • En revanche, « les puits à haut rendement (d’un débit supérieur à 5 litres/seconde) à exploitation commerciale ne devraient pas être développés sans une connaissance minutieuse de l’état des eaux souterraines locales ».

    Un coût économique et social très élevé

    Les Africains recourent à de multiples solutions, qui sont souvent de dangereux expédients, pour satisfaire leurs besoins en eau : puisage dans les fleuves, les lacs, les marigots, voire les flaques d’eau putride, approvisionnement par camions-citernes, bornes-fontaines, achat aux porteurs d’eau, et même piratage des conduites d’adduction d’eau. La fourniture en eau tarifée se développe en Afrique, mais elle concerne la minorité des citadins capables de payer un branchement et un abonnement. L’exclusion de centaines de millions de personnes de l’accès à une eau potable et assainie coûte très cher à tous les niveaux, qu’il s’agisse des investissements et de l’entretien des installations, des milliers de vies humaines sacrifiées, ou du surprix à payer par les plus pauvres pour accéder à une eau de qualité acceptable.
    • Pour s’en tenir au seul Nigeria, une étude récente2 évalue à 3 milliards de dollars américains, correspondant à 20 dollars par personne et par an ou 1,3 % du produit national brut (GDP), les pertes imputables au mauvais assainissement. L’essentiel des dégâts est dû aux maladies diarrhéiques, l’une des causes principales de la mortalité infantile en Afrique. Ajoutons que le Nigeria est gravement affecté par la destruction de l’environnement dans le delta du fleuve Niger, causée par des pétroliers sans scrupules.
    • Les investissements n’ont pas de rentabilité immédiate, à quoi s’ajoutent des charges élevées pour la maintenance des installations. L’Afrique du Sud qui dispose de quelques moyens se contente d’exploiter ses voisins, comme le Lesotho. C’est ainsi que le barrage de Polihali, en construction, alimentera en eau les villes de Johannesburg et de Pretoria, alors que 20 % seulement des habitants du Lesotho ont un accès direct à l’eau courante.
    • Ce sont les plus pauvres qui paient leur eau le plus cher et doivent recourir aux solutions coûteuses de l’informel. On citera le cas de ce Camerounais qui exerce le métier profitable (bien qu’illégal !) de vendeur ambulant d'eau potable3 à Yaoundé. Ses bénéfices, estimés à quelque 137 euros mensuels, sont supérieurs à ceux du vendeur d'eau en bouteille ou en sachet.
    La question de l’eau reste l’une des plus difficiles à résoudre en Afrique subsaharienne. Malgré les progrès accomplis, le manque d’équipements a des conséquences économiques et sociales gravissimes, qui devraient pousser chacun des pays de la région à enfin définir une politique de l’eau, à faire figurer au rang des priorités.■
    Jean Roch
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