• Le monde entre «dans une période critique», prévient Davos

    Une femme marche dans les rues inondées d’Immokalee, en Floride. Cette petite ville a été durement frappée par l’ouragan «Irma», en septembre dernier.

    Photo: Spencer Platt Getty Images Agence France-PresseUne femme marche dans les rues inondées d’Immokalee, en Floride. Cette petite ville a été durement frappée par l’ouragan «Irma», en septembre dernier.

    18 janvier 2018 |Alexandre Shields



    L’humanité entre « dans une période critique où les risques sont intensifiés », avertit le Forum économique mondial dans son rapport 2018 sur les risques planétaires. Un document qui insiste sur la multiplication des crises environnementales, des affrontements politiques et économiques, mais aussi des risques de guerre impliquant de grandes puissances.

    Les menaces croissantes pour l'environnement dominent toutefois le Global Risks Report sur la perception des risques dans le monde pour la deuxième année consécutive, selon ce qui se dégage de l’enquête menée auprès de 1000 experts du milieu des affaires, des universitaires et divers autres acteurs majeurs de la scène internationale.

    Le Forum économique mondial a d’ailleurs souligné mardi que ce nouveau rapport « met en évidence de nombreux domaines où nous poussons les systèmes jusqu’à leur limite, que ce soit en provoquant un taux trop élevé d’extinction des espèces, une réduction trop importante de la biodiversité, ou en nous dirigeant vers la possibilité de nouvelles guerres ».

    Les risques environnementaux, conjugués à une vulnérabilité croissante à d’autres risques, menacent maintenant sérieusement les fondements de la plupart de nos biens communs
    Alison Martin, analyste au Zurich Insurance Group

    Pas moins de 59 % des experts interpellés dans le cadre de cette enquête annuelle ont fait part d’une « intensification des risques », et seulement 7 % d’une « baisse des risques ». Ce pessimisme pour 2018 s’explique en partie par la détérioration du paysage géopolitique international : 93 % des sondés affirment qu’ils s’attendent à une aggravation des affrontements politiques ou économiques entre grandes puissances, et près de 80 % « s’attendent à une augmentation des risques de guerre impliquant les grandes puissances ».
     
    L’enquête, menée dans le contexte de la première année de la présidence de Donald Trump, met aussi en garde contre des « chocs futurs » qui présentent des risques internationaux, dont l’émergence de « nouvelles vagues de populisme » qui « menacent l’ordre social dans une ou plusieurs démocraties matures ». Le rapport établit de même des risques de « guerres commerciales en cascade » auxquelles les institutions multilatérales, « trop faibles », ne pourraient répondre.

    Risques environnementaux

    Au-delà de ces risques éminemment politiques, l’environnement demeure, et de loin, la principale préoccupation, comme c’était déjà le cas en 2017. Invités à hiérarchiser les 30 premiers risques mondiaux en matière de probabilité et d’impact, les experts ont même placé les cinq risques environnementaux dans le peloton de tête des deux classements.

    Or, ces risques ont tous un potentiel d’impacts dévastateurs pour la vie humaine sur Terre : les conditions météorologiques extrêmes, la perte de biodiversité et l’effondrement de l’écosystème, les catastrophes naturelles majeures, les catastrophes écologiques causées par l’homme et l’échec de l’atténuation du changement climatique et de l’adaptation.

    « Les phénomènes météorologiques extrêmes ont encore une fois été classés au premier rang des risques globaux en matière de probabilité et d’impact. Les risques environnementaux, conjugués à une vulnérabilité croissante à d’autres risques, menacent maintenant sérieusement les fondements de la plupart de nos biens communs », a prévenu mardi Alison Martin, du bureau de l’analyse de risques du Zurich Insurance Group, une multinationale de l’assurance active dans plus de 170 pays et territoires.

    Photo: David McNew Archives Getty Images/AFP

    « Malheureusement, la réaction des gouvernements et des organisations face au changement climatique est bien trop tardive », a-t-elle ajouté, faisant écho à un risque clairement établi dans le rapport publié à quelques jours du Forum économique mondial de Davos. Dans une analyse publiée mardi, Alison Martin souligne que la communauté internationale est toujours très loin de respecter l’objectif de l’Accord de Paris, soit de limiter le réchauffement global à 2 °C d’ici la fin du siècle.

    Occasions à saisir

    D’un autre côté, les risques économiques occupent une place moins importante cette année, ce qui conduit certains experts à s’inquiéter que l’amélioration des taux de croissance du PIB mondial n’engendre une certaine complaisance au sujet des risques structurels des systèmes économiques et financiers mondiaux.

    Dans ce contexte, « la reprise économique, qui se généralise chaque jour, nous offre une occasion que nous ne pouvons pas gaspiller pour faire face aux fractures qui ont sous nos yeux affaibli les institutions, les sociétés et l’environnement dans le monde », estime Klaus Schwab, fondateur et président exécutif du Forum économique mondial.

    « Nous devons prendre au sérieux le risque d’un effondrement global des systèmes. Ensemble, nous disposons des ressources et des nouvelles connaissances scientifiques et technologiques pour empêcher cela. Le défi consiste surtout à trouver la volonté et l’élan de travailler ensemble pour un avenir commun », a-t-il fait valoir, mardi, dans une déclaration écrite.
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