• l'eau au Moyen-Orient

    Au Moyen-Orient, de nombreux ouvrages ont été réalisés sur les deux grands fleuves que sont le Tigre et l'Euphrate, que ce soit en Turquie, en Syrie ou en Irak. Une guerre de l'eau a lieu entre les États pour le contrôle de cette ressource.

    Le Tigre et l'Euphrate


    Le Tigre et l'Euphrate prennent tous deux naissance en Turquie orientale (au Kurdistan). L'Euphrate, long de 2.700 km, traverse en outre la Syrie et l'Irak. Le Tigre (1.899 km) est frontalier avec la Syrie et coule ensuite en Irak. En Basse Mésopotamie, les eaux mêlées des deux fleuves constituent, sur 170 km environ, le Chott-el-Arab qui débouche dans le golfe Persique.
    Le régime des deux fleuves est très comparable, de type pluvio-naval, marqué par les pluies méditerranéennes d'hiver de l'Anatolie orientale et la fonte des neiges au printemps. Les écoulements du Tigre et de l'Euphrate présentent trois grandes caractéristiques :
    • Une très forte irrégularité à la fois inter-annuelle (rapport 1 à 4) et aussi saisonnière (plus de la moitié des écoulements s'effectue en 3 mois (mars, avril, mai). L'ampleur et la brutalité des crues sont spectaculaires notamment dans la plaine alluviale de Mésopotamie.
    • Une diminution notable des débits d'amont vers l'aval. Ainsi, le débit moyen « naturel » de l'Euphrate à la frontière turco-syrienne est de 830 m3/s, 775 à la frontière irakienne et 458 à Nassiriya. Le débit moyen du Tigre, de 1.410 m3/s en aval de Bagdad, tombe à 218 m3/s à Amara et 78 à Qalat Saleh, en Basse Mésopotamie.
    • Les deux pays arabes d'aval, la Syrie et l'Irak, se trouvent placés dans une inconfortable position de dépendance à l'égard de la Turquie. L'Euphrate, le Tigre et ses affluents coulent bien en Irak mais ils sont alimentés par des précipitations extérieures : 70 % de l'alimentation est turque, 7 % iranienne et 23 % seulement irakienne.
    • Les barrages en Irak

      Les aménagements irakiens sont de très loin les plus anciens. Ils se sont échelonnés dès 1927 tout au long du XXe siècle avec trois types d'ouvrages :
      • Des barrages de dérivation de crues en premier lieu (Kut, Muqdadiya) entre les deux guerres.
      • Puis, à partir de 1950, des barrages protègent contre les inondations et orientent les eaux de crue vers des dépressions naturelles où elles sont stockées (barrage de Ramadi et dépressions d'Habaniya et Abu Didis, barrage de Samara et dépression du Tharthar).
      • Plus récemment, il y eut la construction de barrages de retenue sur les affluents du Tigre ou en Jéziré irakienne.
      Enfin, deux réalisations complètent la maîtrise des eaux : le canal Tharthar-Euphrate (1976) permet le déversement des eaux excédentaires du Tigre vers l'Euphrate ; et, en 1992, le pays a achevé un immense canal de drainage, le « troisième fleuve », long de 512 km, qui passe en siphon sur l'Euphrate et rejette dans le golfe les eaux salées. Ce canal doit permettre de gagner de nouvellesterres par la désalinisation et l'assèchement des marais.

      Les aménagements syriens

      La construction du barrage Tabqa, sur l'Euphrate, s'est terminée en 1976. La retenue de 12 km3devrait permettre la mise sous irrigation de 640.000 nouveaux hectares mais on est encore loin du compte (sans doute pas plus de 100 à 150.000 hectares).
    • La Turquie et le projet d'Anatolie du Sud-Est, ou GAP

      Le programme régional de Développement de l'Anatolie du Sud-Est (ou GAP pour Güneydoğu Anadolu Projesi, en turc), lancé en 1972, vise à un développement intégré d'une vaste zone de 75.000 km2 incluant six départements d'Anatolie orientale peuplés de 6 millions d'habitants. La phase de réalisation est déjà largement entamée.
      Cette gigantesque opération hydraulique se décompose en treize sous-projets : 7 sur l'Euphrate et 6 pour le Tigre. Une dizaine de centrales hydroélectriques produiront 27 milliards de kW/h. C'est dire à quel point ce projet de barrage est un atout crucial pour la Turquie, qui lui permettrait de contrôler la distribution de l'eau dans cette région.
    • Le barrage Atatürk

      Le barrage Atatürk est la pièce essentielle du GAP, (48 milliards de m3, soit deux fois le débit moyen annuel du fleuve). Il est entré en service en 1992. Sur une superficie cultivée de 3.000.000 hectares, 1.700.000 seront irrigués et consommeront 22 milliards de md'eau/an. Actuellement, 120.000 hectares sont effectivement irrigués et 200.000 prêts à l'être.
      Quand tous les projets viendront à terme, entre 17 et 34 % du débit sera absorbé. Si tout se passe comme prévu, le débit de l'Euphrate en Syrie devrait être réduit de 11 milliards de m3 et celui du Tigre de 6. En outre, les risques de pollution sont prévisibles. Les eaux usées du GAP vont se déverser dans la zone où se forme la source du Khabour, l'affluent syrien de l'Euphrate.
    • Le partage des eaux

      L'arrangement de 1987 pour le partage des eaux est consenti par la Turquie avec la Syrie. Un autre accord bilatéral syro-irakien d'avril 1990 prévoit ensuite une répartition proportionnelle des eaux de l'Euphrate entre les deux pays riverains arabes : 42 % des 500 m3/s revient à la Syrie (soit 6.6 km3) et 58 % à l'Irak (9 km3).
      Ce double protocole n'est pas un « vrai traité », mais il demeure la base de référence dans toutes les discussions. Il faut enfin remarquer qu'il est très incomplet puisque rien n'a été prévu pour la répartition des eaux du Tigre entre l'Irak et la Turquie.
  • You might also like