• Crise de l’eau au Sénégal: que l’Afrique tout entière retienne la leçon

    Le Sénégal vient de connaître et ce durant deux semaines, une crise de l’eau sans précédent. Cette situation malencontreuse a causé beaucoup de torts à la population. S’il faut saluer la promptitude avec laquelle le président Macky Sall a résolu cette crise dès son retour au pays après un bref séjour à l’extérieur, il faut cependant reconnaître le mérite de la société civile sénégalaise. Une société civile très forte qui, dès le début de la crise, a battu le pavé pour réclamer son droit à l’eau. L’eau source de vie. Cette crise de l’eau que vient de connaître le Sénégal pose de manière générale la mauvaise gouvernance dans les Etats africains car ailleurs, (Europe ou USA) si un tel problème se posait, au lieu de deux semaines pour le résoudre, ce serait plutôt une question d’heures. Quant à la mauvaise gouvernance, il est clair que nos sociétés d’Etat sont à l’image de nos Etats eux-mêmes. Rien, ou presque n’est pris au sérieux ; peu de rigueur, peu de conscience professionnelle ; le laxisme, le copinage, les dessous de tables autour des marchés sont la règle. Tout ceci entraîne ce que nous constatons. Les pannes successives, la faillite de nos sociétés d’Etat. Tant que nous serons dans la culture de l’impunité, nous ne pourrons jamais éviter ce genre de crise. Nos gouvernants doivent être habités par l’esprit d’anticipation. Hier, c’était le Sénégal demain à qui le tour ? Tous les Etats doivent comprendre qu’ils ne sont pas à l’abri de la situation qu’a connue le Sénégal. Ils sont interpellés par le cas sénégalais. Il faut que « hic et nunc », ils prennent des dispositions adéquates afin d’éviter ce genre de désagrément. C’est en effet là que la bonne gouvernance et surtout l’esprit d’anticipation ont tout leur sens. Il arrive quelquefois que nos gouvernants se lancent dans une politique de privatisation des sociétés d’Etat. Cette solution, si elle est à saluer, comporte parfois des risques. La privatisation n’est pas en effet la panacée absolue.
    La solution passe donc par la qualité de la gouvernance. Face à la quasi-inexistence de structures de défenses des consommateurs, l’Etat a la responsabilité régalienne de prendre toutes dispositions utiles capables d’éviter à la population des drames du genre de celui du Sénégal. Que ce soit l’eau ou l’électricité, les gouvernements africains doivent définitivement comprendre que le destin économique et social du citoyen en dépend. A l’heure où le mot émergence est dans toutes les bouches des dirigeants, il est à peine nécessaire de dire que sans une maîtrise totale de ces deux sésames, point d’émergence. L’émergence ne se décrète pas, elle est la conséquence d’une gouvernance vertueuse et continue.

    Les pays africains veulent généralement d’une chose et de son contraire. On proclame sa volonté de progrès et dans le même temps, on ferme les yeux, impunité et laxisme obligent, sur des pratiques graves qui ont pour noms corruption, concussion et prévarication. Conséquence : on trouve presque partout en Afrique, des barrages des ponts, des routes, des immeubles qui n’existent que sur le papier, alors que les financements avaient été bel et bien bouclés et l’argent débloqué. Les pays africains sont les lieux où prolifèrent beaucoup d’éléphants blancs. Ce sont là des crimes économiques qui restent bien souvent impunis. Et dans le même temps, on ne se gêne pas de déclamer un mot à la mode : émergence. Cette ambiance générale d’impunité, tant qu’elle durera, intensifiera les importations de matériels d’équipement déjà obsolètes mais repeints aux couleurs du neuf que nous réceptionnons souvent à grand renfort de publicité. Il en est de même pour tous ces ouvrages construits à coûts de millions ou de milliards de nos francs, qui s’écroulent ou se dégradent irréversiblement avant même la date officielle de leurs réceptions. Pauvre Afrique ! Le cas du Sénégal doit nous inspirer tant et nous amener à prendre des résolutions fermes sur le devenir de notre continent.
    Ben Issa TRAORE

  • You might also like