• Crise mondiale de l’eau : trop de paroles, trop peu d’actes

    « En ce qui concerne l’eau et l’assainissement, le monde souffre d’un excédent de conférences et d’un manque d’action crédible ». Ce constat sans équivoque porte la signature de Kevin Watkins, rédacteur en chef du Rapport mondial sur le développement humain, publié chaque année par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD). Et dont la thématique 2006 porte sur la crise mondiale de l’eau.
    Faut-il rappeler les chiffres qui disent la cruauté de la pénurie d’eau ? Plus d’un milliard d’êtres humains de par le monde sont régulièrement privés d’eau salubre et plus de deux milliards et demi n’ont pas d’accès à un système d’assainissement même rudimentaire. Et la réalité est sans doute encore plus sombre que ne la laissent apparaître les statistiques.
    Conséquence la plus visible et la plus dramatique : quelque cinq mille enfants meurent chaque jour suite à des diarrhées ou autres maladies directement provoquées par la consommation d’eaux sales ou par manque d’hygiène. La crise mondiale de l’eau fait davantage de victimes que n’importe quelle guerre.
    Le Rapport mondial sur le développement humain, dont c’est la 17e parution à chaque fois consacrée à une problématique particulière, invite à regarder « au-delà de la pénurie » et à s’interroger sur les véritables causes de la crise de l’eau. D’emblée il réfute l’argument de logique arithmétique selon lequel le manque d’eau serait le corollaire inévitable de l’augmentation de population : « La disponibilité en eau constitue certes un problème pour certains pays, mais la pénurie au centre de la crise mondiale de l’eau trouve ses origines dans le pouvoir, la pauvreté et les inégalités, non dans la disponibilité physique ».
    Si donc la pénurie absolue est l’exception, et si la plupart des pays disposent de suffisamment d’eau pour répondre aux besoins de toutes sortes (domestiques, industriels, agricoles et environnementaux), c’est que « le problème réside dans la gestion » des ressources hydrauliques
    Selon le rapport du PNUD, une réponse efficace aux défis de l’accès à l’eau et à l’assainissement passera sine qua non par un certain nombre d’actions décisives, à savoir :
    - traduire dans les faits la reconnaissance du droit à l’eau comme un droit humain fondamental : les gouvernements sont invités à ne pas se contenter de vagues principes généraux inscrits dans les constitutions, mais de promulguer des lois qui garantissent « un approvisionnement suffisant, physiquement accessible et à un coût abordable, d’une eau salubre et de qualité acceptable pour les usages personnels et domestiques de chacun » (selon la définition onusienne aujourd’hui communément acceptée) et qui obligent les pouvoirs politiques et les prestataires de services de distribution à rendre des comptes à tous les citoyens, y compris aux plus pauvres.
    - développer des stratégies nationales en matière d’eau et d’assainissement : les gouvernements devraient avoir pour objectif de consacrer au moins 1 % du produit intérieur brut à l’eau et à l’assainissement (actuellement, les dépenses publiques dans ce domaine sont en moyenne inférieures à 0,5 % du PIB, alors que les pourcentages consacrés aux budgets militaires sont nettement supérieurs) et adopter des stratégies nationales claires pour vaincre les inégalités dans l’accès à l’eau (pauvres, femmes, ruraux, etc.)
    - accroître l’aide internationale : non seulement la part de l’aide accordée à l’eau et à l’assainissement a baissé par rapport à l’ensemble de l’aide au développement, mais, en termes réels, les niveaux d’aide dans ce secteur sont aujourd’hui inférieurs à ceux de 1997 ; si la communauté internationale veut atteindre les objectifs qu’elle s’est donnés de réduire de moitié en  2015 le nombre de personnes qui n’ont pas accès à l’eau potable et à l’assainissement, elle doit absolument doubler ses crédits de coopération (aujourd’hui un peu plus de 4 milliards de dollars par an)
    - construire un partenariat mondial : le maintien du statu quo ne pouvant pas être considéré comme une option, il est nécessaire – en prenant exemple sur le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme - de créer un cadre d’action au niveau mondial capable, entre autres, de dynamiser l’action politique, de renforcer les capacités techniques, de mobiliser des ressources, de coordonner les pratiques des différents partenaires.

  • You might also like