• faut - il interdire la privatisation de l'eau ???

    Cela semble une évidence de considérer l’eau comme un bien commun*. Pourtant, elle est souvent traitée comme un bien économique*. Pourquoi et comment l’eau, ressource naturelle, peut-elle devenir une ressource ayant une valeur marchande ? La question est complexe mais deux facteurs font que la gestion de l’eau est un enjeu controversé : • l’accès à l’eau a pratiquement toujours un coût • la demande en eau augmente Depuis toujours, la gestion de l’eau est une préoccupation sociale et un enjeu de pouvoir, principalement parce qu’elle est mal répartie et que chacun n’y a pas accès comme bon lui semble. Même si, en 2010, l’Assemblée générale de l’ONU a établi que l’accès à l’eau potable constitue un droit fondamental, la garantie de ce droit nécessite une définition précise des droits, obligations et responsabilités de chacune des parties prenantes. Que le fournisseur d’eau soit public ou privé, il s’agit de garantir le droit de tous les usagers, riches ou pauvres, à disposer d’un accès à l’eau. Pour répondre aux besoins en eau individuels et ceux des secteurs économiques (agriculture, industrie), de nombreux défis sociaux, environnementaux et économiques doivent être relevés.

    L’eau est-elle rare ?
    Il y a toujours autant d’eau dans le cycle hydrologique. Cependant, la croissance démographique, l’augmentation des standards de vie, la modification des comportements alimentaires, etc. font que les prélèvements d’eau sont aujourd’hui plus importants. Alors que la population mondiale a triplé au cours du 20ème siècle, l’utilisation de l’eau a été multipliée par six. Pourtant, compte tenu de l’évolution du niveau de vie, les ressources en eau exploitables permettent théoriquement de faire vivre 10 milliards d’habitants, ce qui correspond à la population mondiale en 2100. Face à une demande croissante, la question du renouvellement de cette ressource se pose pourtant. Rappelons, que l’eau douce ne se renouvelle que grâce aux précipitations. Mais peut-on dire qu’il y a ou qu’il y aura pénurie ? • Non, car aujourd’hui, il est techniquement possible d’accéder à l’eau douce, de la transférer, de la stocker, de limiter son utilisation dans des processus industriels ou agricoles. • Oui, parce que les Etats n’ont pas tous la même la capacité (financière) pour mobiliser cette ressource et la gérer.


    Une question de qualité de l’eau

    En réalité, ce n’est pas le manque d’eau qui est véritablement un problème mais sa qualité. Souvent l’eau doit être traitée dès son captage et après utilisation. En effet, l’eau ne parvient plus à éliminer elle-même sa pollution par autoépuration naturelle (filtration par le sol, absorption par les plantes,…) comme cela se passait jusqu’au 19ème siècle. Or, l’absence de traitement et de recyclage des eaux usées et d’évacuation des eaux de pluie, les pollutions liées à l’agriculture intensive (nitrates, phosphates, pesticides,…) et industrielles (polychlorobiphényles ou PCB,…) altèrent la qualité de l’eau menaçant ainsi la santé de nombreux êtres humains. Le problème se pose de manière particulièrement aiguë dans les zones urbaines où vit aujourd’hui la moitié de la population mondiale. L’assainissement est une étape essentielle de la gestion de l’eau. Ce terme se réfère au processus de dépollution des eaux usées d’origine privée ou industrielle. En Europe, nous avons des stations d’épuration qui traitent les eaux usées avant qu’elles ne soient reversées dans le milieu naturel ou réutilisées. Un tiers environ de notre facture d’eau est consacré à l’assainissement. Mais qu’en est-il ailleurs ? Sans traitement, les eaux usées et les excréments rejetés dans les rivières et dans le sol engendrent des risques importants de contamination pour l’homme et pour l’environnement.


    Droit humain ou besoin ?
    Répondre à cette question a des conséquences concrètes. Pour certains, le droit à l’eau est un droit humain universel (un droit fondamental puisqu’un être humain ne peut pas vivre sans eau). La résolution de l’ONU de juillet 2010 et celle du Conseil des droits de l’homme de septembre 2010 reconnaissent ce droit et définissent les obligations des Etats relatives à l’accès à l’eau et à son assainissement, mais son application reste encore largement théorique. D’autres acteurs, comme le Conseil mondial de l’eau, des multinationales, la Banque mondiale ou encore certains gouvernements, préfèrent parler de « besoin » ou « besoin fondamental », notion qui n’a pas d’implication légale. Dans cette optique, qui met l’eau au même rang qu’un autre bien de consommation, il n’y a pas de problème à ce que la distribution de l’eau relève aussi du privé, ceci d’autant plus que le secteur privé est parfois plus efficace que le secteur public.


    Comment répondre au besoin en eau ?
    Les biens (et services) sont les moyens qui permettent de satisfaire les besoins, dont le besoin en eau. Il existe de nombreuses façons de les classer dont celle reposant sur le principe de rivalité et le principe d’exclusion. Bien public : un bien est public s’il répond aux deux caractéristiques suivantes : • la non-rivalité : la consommation de l’eau par une personne ne diminue en rien la quantité disponible pour les autres. Ex. Si je prends une douche cela ne signifie pas que mon voisin n’aura pas d’eau pendant ce temps-là. • la non-exclusion : il n’est pas possible d’interdire la consommation de l’eau à celui qui ne la payerait pas. Ex. tout le monde peut boire de l’eau d’une fontaine publique. Bien privé : inversement, un bien est privé s’il possède les deux caractéristiques contraires : rivalité et exclusion possible. Ex. l’appropriation d’une source d’eau minérale à titre privé se fait en concurrence avec les autres. Dès lors, les autres sont privés de la propriété et du pouvoir de décision et d’usage de cette source. En croisant, les principes de rivalité et d’exclusion, il est possible de déterminer deux autres types de bien : Bien de péage : l’eau est bien exclusif mais sans rivalité. Ex. si je décide de raccorder ma maison au réseau d’eau public, je paye et je peux en bénéficier tant que je veux ; si je ne paye pas, l’eau sera coupée. Bien commun : la ressource en eau est commune ; il y a rivalité mais sans exclusion possible. Ex. Si chacun creuse son puits dans une région aride, la nappe phréatique va se tarir. Il y a rivalité mais on ne peut pas a priori empêcher l’autre de creuser son puits. Pour gérer ce bien commun, il s’agit d’instituer une communauté et mettre en son sein des règles de partage équitable. Ex. La gestion des bisses en Valais.
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