• La pénurie d’eau potable en Egypte

    Les pénuries ont non seulement empêché beaucoup d’Égyptiens d’étancher leur soif après leur jeûne dans une chaleur torride, mais les a également empêchés de réaliser leurs ablutions – rites de purification avant la prière – pendant le mois le plus sacré de l’islam.
    Pour certaines régions du sud du pays, les pénuries durent pendant des jours et sont susceptibles de frapper plus gravement les zones les plus pauvres, a confié un habitant à Middle East Eye.
    Les pénuries d’eau ont exacerbé un Ramadan déjà difficile en Égypte, alors que les prix des denrées alimentaires ont augmenté de 12,7 % en avril par rapport au même mois l’an dernier, selon les statistiques de la Banque centrale d’Égypte. Le prix du riz, un aliment de base en Égypte, a plus que doublé par rapport au Ramadan de l’an dernier.
    La baisse des revenus du tourisme a déclenché une crise monétaire qui a entraîné une hausse du coût de la vie, ce qui constitue un nouveau coup porté aux plus vulnérables, en particulier après la fermeture par le gouvernement d’organismes de bienfaisance liés aux Frères musulmans et aux islamistes qui les assistaient traditionnellement.
    Point d’ébullition
    Ces derniers jours, les habitants du sud pauvre de l’Égypte ont commencé une campagne qui va croissant consistant à couper les routes et autoroutes pour attirer l’attention sur leur sort, selon un article publié dans le journal pan-arabe al-Araby al-Jadid.
    Amir Mamdouh, avocat et habitant de la ville méridionale d’Assouan, a déclaré lundi à MEEque « les coupures d’eau sont devenues la normalité », mais qu’il avait remarqué une nette augmentation depuis le début du Ramadan.
    Il a également noté que la gravité des coupures dépendait de l’endroit où vous vivez. Les zones plus prospères habitées par des hommes d’affaires et les officiers de l’armée et de la police ont subi des coupures de seulement une demi-heure chaque jour, selon ses déclarations à MEE.
    « Dans les régions les plus pauvres, il n’y a pas d’eau pendant quatre ou cinq heures », a-t-il déclaré.
    « À Kôm Ombo [près d’Assouan], il n’y a parfois pas d’eau pendant plusieurs jours. »
    Eman, un autre habitant d’Assouan qui a souhaité garder l’anonymat par crainte de représailles du gouvernement, a déclaré à MEE que, souvent, les générateurs qui approvisionnent la maison en eau ne s’éteignent pas pendant les coupures, ce qui signifie que les gens sont facturés pour de l’eau qu’ils n’ont pas utilisée, accroissant la frustration.
    Samedi dernier, un groupe de personnes de huit villages dans le nord du gouvernorat d’al-Dakahlia ont manifesté devant le bureau du gouverneur, exemple rare de manifestation publique, selon le quotidien égyptien al-Masry al-Youm.
    « Nos enfants vont mourir de soif, mais le gouvernement s’en moque », a déclaré un manifestant à al-Masry al-Youm.
    Leur approvisionnement en eau, qui avait subi des pénuries au cours des huit étés précédents, aurait été coupé entièrement pendant quinze jours avant la manifestation.
    Les promesses constantes des autorités locales concernant l’amélioration des infrastructures d’approvisionnement en eau dans la région n’ont pas été suivies d’effet, affirment-ils.
    « Nous nous sommes plaints à tous les responsables, mais sans succès, et tout ce que le chef de la société de l’eau nous a dit, c’est qu’il n’avait pas de solution à nous proposer, à part les camions-citernes », a dit l’un des manifestants à al-Masry al-Youm.
    « Mais malheureusement, les camions-citernes ne viennent pas régulièrement et lorsqu’ils viennent, les gens se battent entre eux et j’ai peur qu’ils s’entretuent pour un bidon d’eau. »
    Au cours du week-end, les médias égyptiens ont rapporté que des hommes armés dans la rétive péninsule du Sinaï se sont emparés d’un camion-citerne appartenant au gouvernement dans la capitale de la province du Nord Sinaï, al-Arish.
    Dans les régions du gouvernorat sud-ouest d’al-Wady al-Gedeed, les manifestants ont ferméde force les vannes d’eau locales et ont exploité illégalement l’approvisionnement en eau potable.
    Les ministres du gouvernement ont tenu à détourner les reproches, le ministre égyptien des Ressources hydrauliques et de l’Irrigation Mohamed Abdel Ati tenant la sécheresse dans la région du bassin du Nil pour responsable des pénuries d’eau.
    Les manifestations et protestations ont fait pression sur les gouverneurs régionaux. Le gouverneur de Louxor Mohammed Badr a annoncé ce week-end qu’il avait affecté plus de 250 000 euros pour réparer et étendre les conduites d’eau potable.
    Défauts d’infrastructures
    L’Égypte a un bilan médiocre en ce qui concerne les infrastructures hydrauliques. C’est un fait connu que le haut barrage d’Assouan, qui a ouvert en 1970, est inefficace. Les canaux ouverts sont utilisés pour irriguer les cultures, par exemple, ce qui signifie que jusqu’à trois milliards de mètres cubes d’eau – soit l’équivalent d’1,2 million de piscines olympiques – sont perdus chaque année par évaporation.
    C’est pourquoi les crises liées à l’eau ne sont pas nouvelles en Égypte. Le pays est déjà tombé en dessous du seuil de pauvreté en eau de l’Organisation des Nations unies, avec la disponibilité en eau par habitant diminuant de plus de 60 % au cours des 40 dernières années, selon les statistiques officielles de l’agence égyptienne CAPMAS.
    L’ONU prévoit que l’Égypte pourrait devenir officiellement déficitaire en eau dès 2025. Bien que le manque d’eau potable soit l’étincelle à l’origine des manifestations actuelles, plus de 80 % de l’eau en Égypte est effectivement utilisé dans le secteur agricole afin de nourrir sa population en plein essor, qui devrait atteindre 116 millions d’ici 2030, selon certaines estimations.
    La crise survient en pleine controverse sur le barrage de la Renaissance en Éthiopie qui, s’il est terminé, deviendrait la plus grande centrale hydroélectrique en Afrique. L’Éthiopie insiste sur le fait que le projet ne nuira pas aux intérêts égyptiens ou soudanais, mais les autorités égyptiennes s’inquiètent toujours de voir le projet diminuer leur part d’eau du Nil.
    Fin mai, le barrage était déjà à mi-chemin de son achèvement.
    Cependant, mis à part le barrage et l’usage agricole, dans les rues du Caire, dans le gouvernorat central de Gizeh, certains habitants accusent directement le gouvernement.
    « Comment [le président égyptien] Sissi peut-il nous dire ‘’Vive l’Égypte’’ quand nous sommes sur le point de mourir de soif ? », a déclaré Mohammed el-Sayed, un habitant du coin, au site Masr al-Arabiya, se référant au slogan de la campagne de Sissi. « Ne sommes-nous pas aussi de ce pays ? »
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