• Pourquoi manger de la viande contribue à la déforestation en Amérique Latine

    L'ONG Mighty Earth en association avec Rainforest Foundation Norway et Fern ont mis en lumière dans un rapport intitulé « Quand le soja s'invite à notre table », les conséquences désastreuses de la culture du soja en Amérique Latine, elle-même issue de la demande en pour nourrir le bétail notamment français.
    Ce n'est un secret pour personne, la plupart des français aiment bien manger. Et en particulier de la viande et tout ce qui découle de l'élevage animal (produits laitiers, fromages, etc.). En moyenne, un Français mange près de 89 kg de viande par an soit plus de 240 g par jour : c'est l'équivalent de plus de 6 tranches de jambon ! Cela représente, pour notre pays, l'abattage de 1,1 milliard d'animaux par an (entre 60 à 130 milliards à l'échelle mondiale).
    Seulement voilà, l'élevage de bétail demande des ressources comme de l'eau et de la nourriture. De nos jours, le principal régime alimentaire des animaux d'élevage est le soja. Ainsi, on estime que 75% de la production de soja dans le monde est destinée à l'alimentation animale.
    Or, la culture du soja se fait en Amérique Latine et principalement dans la région du Gran Chaco. Cette région s'étendant sur l'Argentine, le Brésil, le Paraguay est l'une des plus riches en biodiversité du continent Sud-américain. Malheureusement, plus la culture du soja s'étend, plus les habitants de cette région voient partir en fumée tout l'écosystème jusque-là si bien conservé.

    Une déforestation massive

    Comme le souligne le rapport, une agricultrice du Chaco en Argentine, les herbicides aspergés dans sa région ont contaminé la population, les animaux ainsi que la nourriture plantée jusque-là par les habitants. La culture du soja est une véritable hécatombe pour la faune et la flore argentine. 
    Aujourd'hui, plus d'un million de km² de terres sont consacrés à cette culture ; ce qui équivaut à presque deux fois la surface de la France. Pour arriver à cette superficie, la région du Gran Chaco est sauvagement décimée à coup d'incendies et de ratissage au bulldozer.

    Le Chaco compte également une biodiversité très riche avec des espèces caractéristiques de la région telles les tatous. Cependant, avec le défrichement sauvage de leurs terres, ces animaux sont aujourd'hui menacés.La situation est des plus alarmantes car le rythme de la déforestation du Gran Chaco est égal voire supérieur à celui qui sévit dans les forêts tropicales. En effet, on apprend dans le rapport publié sur le site de Mighty Earth que plus de 8 millions d'hectares de forêt ont été abattus en seulement une douzaine d'années.
    L'Université Humboldt de Berlin estime que dans les 10 à 25 ans à venir, si le rythme de ces déforestations ne s'atténue pas, "plus de la moitié des oiseaux et 30 % de l'ensemble des mammifères recensés aujourd'hui dans le Chaco auront disparu".

    Atteintes à la santé et violations des droits humains : la population est également fortement touchée

    Déforestation massive, atteintes à la santé et violations des droits humains, voici les tristes conséquences de cette monoculture agressive destinées à nourrir les bêtes en France qui elles-même atterriront dans nos assiettes. 
    Pour pouvoir supporter le climat difficile du territoire, le soja récolté sur les terres du Gran Chaco est génétiquement modifié. Pesticides, engrais chimiques, et autres poisons sont déversés et aspergés sur les champs et ont pour effet de polluer les cours d'eau et entraîner des maladies respiratoires, cancers ou encore malformations congénitales pour les nouveaux nés.
    Sur ces terres vivent plusieurs populations autochtones qui subsistent principalement grâce à la chasse et la cueillette. Elles sont aujourd'hui menacées et vouées à disparaître si la forêt qui les abritent est remplacée par des cultures de soja. Le rapport explique également que des tribus indigènes doivent délaisser leur habitat de gré ou de force sous la pression de vigiles armés.
    Mighty Earth, Rainforest Foundation Norway et Fern expliquent également dans ce rapport qu'en tant que grand consommateur de viande, la France représente un marché juteux pour les entreprises exploitantes de soja. En effet, plus d'une vingtaines d'entreprises agroalimentaires françaises achètent et revendent ce soja aux éleveurs sans pour autant s'inquiéter de la provenance, de la qualité ou de la manière dont ces denrées ont été récoltées. De plus, ils n'hésitent pas vendre leur viande, sous un label de qualité, respectueux de l'environnement et « élevé en France ». Élevé en France, certes, mais avc une nourriture catastrophique pour la biodiversité mondiale.

    Que faire face à cette déforestation massive ?

    Une récente loi relative au « devoir de vigilance » a été votée en mars 2017. Elle impose aux sociétés mères « d'identifier les risques et de prévenir les atteintes graves envers les droits humains et les libertés fondamentales, la santé et la sécurité des personnes ainsi que l'environnement, résultant des activités de la société et de celles des sociétés qu'elle contrôle au sens du II de l'article L. 233-16, directement ou indirectement, ainsi que des activités des sous-traitants ou fournisseurs avec lesquels est entretenue une relation commerciale établie, lorsque ces activités sont rattachées à cette relation ». France Nature Environnement, Sherpa et Mighty Earth ont donc choisi de rédiger un courrier à l'intention de 20 entreprises issues de l'industrie agroalimentaire et de la grande distribution française, pour leur rappeler leur devoir de vigilance vis-à-vis de leurs sources d'approvisionnement. Parmi ces géants, nous retrouvons Auchan, Carrefour, Casino, Super U, Bigard, mais aussi Lactalis et Sodexo.
    De notre coté, en tant que consommateur, nous avons le pouvoir de limiter les effets ravageurs de la culture du soja en choisissant notamment une viande issue de l'agriculture biologique. Dans ce cadre, l'éleveur s'engage à respecter un cahier des charges concernant l'alimentation, le suivi vétérinaire et l'entretien des bêtes et de l'exploitation. Ainsi, l'alimentation du bétail provient généralement soit de fourrages provenant de l'exploitation elle-même mais surtout, et en priorité de l'utilisation de pâturages.
    Il y a également possibilité de supprimer la viande de notre régime alimentaire en devenant tout simplement végétarien. En effet, si la demande baisse, l'offre devra en faire de même. De plus, il a été prouvé que la viande n'est pas indispensable pour la santé puisque les protéines sont, à la base, présentes dans les végétaux (protéines végétales).

    www.notre-planete.info
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