• Le manque d'eau sème la zizanie en Espagne

    La Murcie, surnommée le potager de l'Europe, meurt de soif. L'eau des fleuves des autres régions n'arrive plus, à cause des sécheresses à répétition. La pénurie tourne au conflit...
    « Sans eau, il nous reste le désert et le chômage », soupire Antonio Morte Molina, 50 ans. Le ton de cet agriculteur d'Abarán, petite ville située à 40 km de Murcie, trahit son inquiétude : « On optimise nos productions avec des ressources très limitées, on fait des miracles. Mais après quatre ans de sécheresse, on est à l'agonie... »
    Début mars, Antiono Morte Molina est venu à Madrid, avec des milliers d'autres agriculteurs de Murcie, d'Almería et d'Alicante, pour réclamer au gouvernement une solution au déficit hydrique qui touche le « Levant espagnol », zone d'agriculture intensive du sud-est du pays.

    Le Tage s'assèche

    Appelé « le potager de l'Europe », cette zone aride est dépendante des transferts d'eau pour irriguer ses champs. Grâce à un canal, le Tage fournit par exemple son eau au fleuve Segura, le plus important de la région de Murcie. L'immense infrastructure de dérivation, longue de 300 km, symbolise la politique de l'eau menée en Espagne depuis quarante ans. Or les transferts du Tage vers le Segura sont suspendus depuis mai 2017, à cause de réserves d'eau trop basses.
    La région de Murcie en Espagne | Service infographie
    « On est une Mercedes sans essence », se plaint Molina qui cultive, entre autres, nectarines et pêches plates. L'agriculteur prédit des tensions sociales si l'eau n'arrive plus dans la région. La Murcie produit 30 % des exportations espagnoles de fruits et légumes.

    « Un pacte national »

    En amont du Tage, comme dans la petite ville de Sacedón, en Castille-La-Manche, on plaide l'impuissance. La secteur souffre aussi des sécheresses à répétition et des prélèvements d'eau dans le Tage destinés à la Murcie. Le fleuve s'assèche, des habitants s'en vont, certains commerces ferment. « Le Tage n'en peut plus », résume l'adjointe au développement de la région, la socialiste Agustina García Élez.
    Sur le terrain politique, la gestion de l'eau est source de conflits au sein même des partis. Chacun défend son territoire. Mais tous sont conscients que les luttes territoriales ne peuvent plus durer. Des discussions ont été engagées pour repenser la distribution des ressources hydriques du pays.
    Pour Joaquín Melgarejo Moreno, directeur de l'Institut de l'eau à l'université d'Alicante, «l'Espagne a un problème structurel de déficit dans certaines zones. Le souci n'est pas uniquement économique ou environnemental, il est institutionnel, sur la configuration du pays. C'est une barrière que le personnel politique doit dépasser pour arriver à un pacte national de l'eau ».
  • You might also like