• problème de l'eau en Espagne

    L'Espagne consomme beaucoup trop d'eau. Pour répondre aux besoins, le gouvernement privilégie les solutions techniques, comme le transvasement de l'Èbre. Mais de nombreuses voix dénoncent ce projet et le gaspillage de la ressource. La principale mesure envisagée dans ce plan est de dévier une partie du débit de l'Èbre— un milliard de mètres cubes par an — vers des zones de sécheresse conjoncturelle ou structurelle, toutes situées sur la côte méditerranéenne.

    La région de l'Aragon se sent spoliée. Ce que les gens n'admettent plus, c'est le principe qui a présidé à la politique espagnole de l'eau depuis un siècle et que l'on peut résumer ainsi : prenons l'eau là où elle est et reversons-la là où elle manque.

    Des fleuves clés : l'Èbre et le Tage

    Les hydrologues affirment que depuis 25 ans, le bassin de l'Èbre a cessé d'être excédentaire. Mais cela est bien peu par rapport à leur argument principal : le transvasement de l'Èbre est tout simplement inutile.
    Pour le professeur d'histoire économique Enric Tello, la solution serait « de réorganiser l'offre » d'eau : pourquoi continuerait-on de subventionner l'irrigation de cultures qui sont déjà subventionnées et, qui plus est, sont souvent excédentaires. Cette « hydroschizophrénie » viendrait des écarts énormes entre les prix de l'eau d'irrigation (un peseta le m3 !) et de l'eau utilisée en ville ou par l'industrie. Alors, pourquoi ne pas rapprocher ces prix ? Les agriculteurs paient l'eau en fonction de la superficie à irriguer, ce qui signifie que les pertes ne sont pas pénalisées.
    La réponse pourrait tenir à un détail ! c'est du siège de la fédération patronale des travaux publics et non de son ministère... que le ministre de l'Environnement a présenté le projet ! Mais l'administration admet qu'il faut geler la superficie irriguée — près de 3,5 millions d'hectares — mais défend le transvasement de l'Èbre et parle de mettre en chantier la construction de plus de 70 nouvelles retenues d'eau sur huit ans. Tout cela entre en contradiction avec une directive de l'Union européenne, qui considère chaque bassin hydrographique comme une unité de gestion spécifique, ce qui exclut les transvasements d'un bassin vers un autre.
    L'Espagne, avec ses 1.070 grands barrages, est le pays au monde qui, proportionnellement à sa superficie, compte la plus importante surface recouverte par de l'eau des barrages. Or, beaucoup d'entre eux sont inutiles. La meilleure preuve en est que pendant des mois, ils ne contiennent que 5 à 10 % de leur capacité théorique.

    Transvasement du Tage vers le Segura et irrigation des cultures

    Dans les années 60, l'Espagne a entrepris un premier grand transvasement, celui du Tage vers le Segura (à l'est). Sur le papier, il s'agissait de faire passer 600 millions de md'eau d'un bassin à l'autre. Mais en 1999, la Castille (arrosée par le Tage) n'acceptait plus de céder que 40 millions m3, soit moins de 10 % du volume prévu initialement. Que s'était-il passé entre-temps ?
    D'une part, dans les régions riveraines du Tage la culture du maïs (encore lui !) avait proliféré : pour irriguer les 150.000 ha de maïs, il faut non seulement surexploiter les eaux souterraines mais pomper davantage d'eau du Tage. D'autre part, dans la région de Murcie, qui bénéficie du transvasement le biologiste José Luis Benito constate que le transvasement du Tage a rendu structurelle et permanente une sécheresse qui n'était jusque-là qu'épisodique.
    Cette situation conduit E. Tello à réclamer, au nom du développement durable, un changement de politique agricole. Si l'eau d'irrigation n'était pas 100 fois moins chère que l'eau à usage industriel, les cultures inadaptées au climat seraient abandonnées.
    Économiser et réutiliser l'eau reviendrait moins cher : l'aménagement de Barcelone pour les Jeux olympiques de 1992 a nécessité la fermeture de vieilles industries très gourmandes en eau, la ville a vu augmenter le niveau de sa nappe phréatique, à tel point qu'il a fallu pomper pour éviter que le métro et les parkings souterrains ne soient inondés ! L'industrie, rentabilité oblige, a compris mais pas les pouvoirs publics : un autre grand problème doit être résolu : celui des conduites obsolètes. À Saragosse, le réseau de distribution fuit tellement que la consommation d'eau ne varie pas entre le jour et la nuit ! Autre exemple : le canal impérial de Jucar est construit en terre, d'où d'énormes pertes par filtration.
    Le transvasement de l'Èbre est un remède technique inefficace pour des problèmes culturels, sociaux, politiques et économiques. Les défenseurs de l'environnement craignent la disparition du delta de l'Èbre, la deuxième réserve écologique du pays. De plus, depuis la fin du XIXsiècle, l'apport de sédiments de l'Èbre a diminué de 95 %. Du coup, l'Etat doit investir 100 millions de dollars pour rajouter du sable sur les plages...

    Caractéristiques de l'Èbre

    Le bassin de l'Èbre, de forme triangulaire, naît tout près de l'Atlantique (les monts cantabriques) pour s'élargir du côté de la Méditerranée après avoir passé les chaînes catalanes dans de superbes gorges. Son fameux delta couvre 320 km². Il représente une des zones humides les plus importantes d'Europe. Cependant, une riziculture intensive occupe près de 60 % de sa surface.
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