• Santé publique : Les méfaits cachés de l’eau minérale

    La prolifération des eaux minérale et gazeuse au Maroc constitue un succès économique pour les entreprises qui détiennent les concessions des sources puisqu’elles vendent leurs produits à des prix 200 fois plus chers que l’eau de robinet.
    Mais contrairement à ce que dit depuis longtemps une publicité et un marketing tapageurs, l’eau embouteillée ne possède pas toutes les vertus qu’on lui attribue, bien au contraire son contenu peut engendrer des risques pour la santé du consommateur.
    Ce n’est pas une révélation, mais c’est une vérité connue depuis longtemps dans les pays développés grâce à la veille des associations de défense des consommateurs, les contrôles systématiques des pouvoirs publics et les enquêtes menées par les scientifiques.
    Personne chez nous ne sait, par exemple, que la consommation quotidienne d’une eau minérale peut provoquer des effets toxiques dans le corps. Un surdosage en fluor, manganèse, potassium, magnésium ou calcium, peut provoquer une intoxication, une hypertension, des contractions cardiaques, des problèmes neuromusculaires ou autres calculs rénaux.
    Dans un pays comme le nôtre où le consommateur est peu averti et qu’en plus il ne se donne même la peine de lire les étiquettes, il est clair que le surdosage est monnaie courante. Ne parlons pas des gens qui ne savent pas lire et ils sont majoritaires dans notre pays pour ne pas dire que l’eau embouteillée constitue un risque pour la santé publique.
    Personne ne communique sur ce sujet pour des raisons économiques évidentes que ce soit les pouvoirs publics et encore davantage les entreprises. Pourtant le marché des eaux embouteillées dans notre pays compte plusieurs marques locales et étrangères dont des multinationales difficilement contrôlables.
    Les acteurs locaux constituent une corporation très réduite avec Sotherma (Sidi Harazem, Ain Saiss et Ain Ifrane) Oulmès (Sidi Ali, Ain Atlas, Oulmès et Bahia) et Al Karama (Ain Soltane). Trois sociétés qui font semblant de se livrer à une rude concurrence alors qu’elles pratiquent des prix très proches les uns des autres avec des produits qui ne sont pas de la même catégorie (eau de source, eau minérale, eau plate, eau gazeuse et eau aromatisée).
    Autant dire que l’on joue à un monopole privé à trois têtes où chacun trouve son compte sur un marché de plus en plus élargi par une publicité agressive et des vertus supposées de l’eau embouteillée : lutte contre le vieillissement et l’obésité, jeunesse, qualité de vie et distinction sociale. Or des études aux Etats Unis et en Europe ont démontré que l’eau minérale n’est pas aussi saine que l’on prétend.
    Ces spécialistes ont même relevé que 40% de l’eau embouteillée dans le monde, n’a rien de minérale mais qu’en fait, c’est de l’eau de robinet à laquelle on rajoute des minéraux. C’est dire que l’eau embouteillée n’est pas plus saine que l’eau du robinet dont les conditions de traitement sont très strictes dans les pays industrialisés. C’est ce qui fait dire à un scientifique : « Si on appliquait la réglementation de l'eau potable aux eaux minérales, de nombreuses eaux ne seraient pas conformes et seraient donc qualifiées « non potables ». Ainsi, plusieurs des critères communs à l'eau du robinet et l'eau minérale ne sont pas respectés par plusieurs eaux minérales. » En effet une autre enquête menée en France a démontré que les eaux minérales embouteillées affichaient soit un déficit, soit un surdosage en minéraux par rapport aux teneurs indiqués sur l’étiquette.
    Dans d’autres études, on a constaté que des bouteilles d’eau étaient contaminées soit par l’arsenic, soit par une bactérie dénommée NLV qui peut causer de la gastro-entérite. Cela devient inquiétant quand on sait que la qualité de contrôle chez nous, si jamais il se fait, reste aléatoire pour les différentes raisons que tout le monde connait. C’est pour cela qu’il faut rendre hommage à la diététicienne Khadija Bouasria, qui dans un entretien accordé à notre confrère « L’économiste » en 2011, a mis le doigt sur la plaie de l’eau minérale : Les eaux minérales ne sont pas destinées à une consommation quotidienne. Il faut donc varier la consommation pour éviter tout surdosage en minéraux.
    A titre d'exemple, une eau très riche en calcium peut entraîner une hypercalcémie favorisant l'apparition de calculs rénaux ou biliaires. » Et pour boucler la boucle, Bouasria a relevé le danger des eaux aromatisées dont le niveau très élevé de sucre peut aggraver les ennuis de santé des diabétiques.
    Quand on sait que rares sont les personnes qui lisent les étiquettes, il faut convenir que ceux qui souffrent de cette maladie chronique encourent un danger certain.
    Face au silence imposé par le gain et le profit, il est certain que beaucoup de consommateurs malades ou pas, ont eu à subir les conséquences d’un surdosage de minéraux ou de sucre. Il faut arrêter le massacre par une campagne de communication qui indique que l’eau minérale peut devenir médicamenteuse dont les dépassements peuvent présenter un risque pour la santé publique.
  • You might also like