• Boire l’eau de la mer et des égouts à Malte

    Confrontés au problème existentiel du manque d'eau, les Maltais devront-ils un jour consommer l'eau issue du recyclage des égouts? La technologie existe; les usines sont déjà en place. Dame Nature n'aura peut-être bientôt plus le monopole du recyclage de l'eau.
    Un texte de Jean-François Bélanger, envoyé spécial à Malte
    Avec ses 316 kilomètres carrés, Malte est, de loin, l’État le plus petit de l’Union européenne. Un pays moins grand que l’île de Montréal.
    Mais c’est aussi l’un des pays les plus densément peuplés d’Europe. Et la hausse vertigineuse de sa population, passée d’un peu plus de 300 000 résidents dans les années 1970 à 440 000 de nos jours, est un défi majeur alors que l’archipel est confronté à un problème existentiel : le manque d’eau.
    L’eau couvre plus de 70 % de la surface de la Terre, et pourtant, il s'agit d'une ressource en péril. Toute la semaine, nous explorons différents angles liés à ce sujet dans notre série « L'eau, cette ressource menacée ».

    L’agriculture contre la nature

    La difficulté n’est pas nouvelle. Pays sans lac ni rivière, Malte a de tout temps été confrontée à la rareté de cette ressource.
    Ses habitants ont donc dû déployer des trésors d’ingéniosité pour s'approvisionner en eau potable.
    En témoignent les vestiges encore visibles de l’aqueduc Wignacourt, construit au début du 17e siècle par les Chevaliers de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem pour alimenter en eau la capitale, La Valette.
    Les vallées verdoyantes de l’île de Gozo et les champs luxuriants sont une image trompeuse.
    Dans cette région où le ciel n'est pas généreux, il ne pleut que 60 jours par an. Malte, qui reçoit en moyenne deux fois moins de précipitations que Montréal, vient de vivre trois années de sécheresse historique.
    L’agriculture n’est donc possible que grâce à l’irrigation intensive. À chaque champ son puits de forage, son éolienne et sa citerne d’eau. Les autorités avancent le chiffre de 8500 puits répertoriés, mais le chiffre réel est sans doute bien plus élevé.

    Épuiser la nappe phréatique

    Un pompage intensif a eu un effet ravageur sur les nappes phréatiques, seule source naturelle d’eau potable.
    Pour s’en rendre compte, il faut descendre à 100 mètres sous terre, dans les tunnels de la station de pompage de Ta’Kandja. Les ingénieurs de la Water Services Corporation y suivent avec attention le niveau de l’eau et l’ont vu baisser de façon continue au cours des dernières décennies.
    Mais c’est surtout la qualité de l’eau qui préoccupe Sigmund Galea, le responsable du site.
    L’eau cristalline qui recouvre le sol des huit kilomètres de galeries creusées dans le calcaire est de moins en moins douce.
    « Plus on extrait d’eau douce ici, plus on voit l’eau salée de la mer remonter dans la nappe phréatique, explique M. Galea. Donc, l’eau ici est de plus en plus salée. »
    L’ingénieur note aussi la présence de plus en plus importante de nitrates dans l’eau, conséquence directe de l’utilisation d’engrais chimique par les agriculteurs.
    Les tunnels de la station de pompage de Ta’Kandja
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