• Le secteur des assurances s'alarme de la hausse des risques et la dégradation rapide des océans

    Faute d'être en mesure de prévenir les conséquences désastreuses de nos activités sur nos océans, le secteur des assurances s'inquiète des coûts économiques colossaux à venir et de l'impréparation actuelle. C'était tout l'objet du tout premier sommet mondial sur les risques océaniques.
    Les océans se dégradent à un rythme jamais enregistré depuis 65 millions d'années. Ils sont plus chauds, moins oxygénés et 30 % plus acides qu'avant la révolution industrielle et sont envahis par plusieurs "continents de déchets" qui s'accumulent chaque jour un peu plus alors que la vie marine s'éteint, incapable de faire face à la pression de l'Homme. En outre, les risques liés au changement climatique menacent une population grandissante : 13 des plus grandes villes mondiales sont situées sur un littoral et plus d'un tiers de la population mondiale, soit environ 2,5 milliards de personnes vivent à moins de 100 km de la mer ; un enjeu considérable. Et pourtant, l'économie mondiale dépend de plus en plus des ressources et des services offerts par l'océan, ainsi que de son rôle dans l'atténuation du changement climatique en cours. Le produit marin brut de cette « économie bleue » est évalué à 2 500 milliards de dollars pour une valeur d'actifs sous-jacente de 24 000 milliards de dollars !

    Deux rapports ont été publiés à l'occasion du premier Sommet sur le risque océanique qui s'est tenu du 8 au 10 mai aux Bermudes et qui a réuni des scientifiques, des représentants gouvernementaux de haut niveau, ainsi que les secteurs de la finance et de la (ré)assurance. Objectif du sommet : évaluer comment les États et les entreprises pourront et devront réagir face aux risques engendrés par les changements qui affectent ou affecteront l'océan et qui, jusqu'à récemment, étaient méconnus. Autrement dit, considérer « les impacts potentiellement colossaux du changement océanique pour nos sociétés et nos modes de vie » indique Charles Cooper, directeur exécutif de réassurance chez XL Catlin.

    Le changement climatique perturbe profondément les océans

    Le premier, intitulé "Ocean connections: An introduction to rising risks from a warming, changing ocean" (Connexions océaniques : Une introduction aux risques croissants que présentent les changements et le réchauffement océaniques), a été rédigé par l'Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) pour l'entreprise internationale de (ré)assurance XL Catlin.
    Il examine les impacts liés à la hausse des températures océaniques et à d'autres facteurs de stress, parmi lesquels l'acidification de l'océan et la multiplication des zones mortes océaniques sur l'environnement marin et la vie humaine, ainsi que leurs éventuelles conséquences pour la société.
    « La modification de la chimie et de la physique de l'océan sous l'effet du changement climatique peut avoir des conséquences dévastatrices sur la vie, la santé et les moyens d'existence des êtres humains, des conséquences que nous commençons à peine à percevoir », indique Carl Gustaf Lundin, directeur du programme mondial de l'UICN pour le milieu marin et polaire. « Le secteur des assurances a la capacité de jouer un rôle majeur en aidant les entreprises, les gouvernements et les communautés à limiter les dégâts et à mieux s'adapter à ces changements. L'assurance contre la perte des écosystèmes permet d'offrir une protection plus que nécessaire aux populations qui dépendent de ces écosystèmes pour leurs moyens de subsistance, tout en favorisant une gestion durable de ceux-ci. »
    Selon le rapport de l'IUCN, le réchauffement océanique modifiera la sécurité alimentaire mondiale du fait de la diminution des rendements halieutiques et de la répartition des stocks de poissons. Les dégâts matériels et les déplacements de population devraient s'intensifier par suite de l'élévation du niveau de la mer et de la fréquence d'événements climatiques extrêmes tels que les tempêtes ou les submersions marines. La santé des espèces marines et des humains sera affectée par l'augmentation des épidémies de bactéries ou de virus, étant donné que les agents pathogènes se propagent plus facilement dans de l'eau chaude. Quant aux voyages et au tourisme, ils seront impactés par des événements fréquents de blanchissement du corail. Enfin, la fonte de la banquise dans l'Arctique, qui offre de nouvelles opportunités, ne sera pas sans conséquences géopolitiques et économiques.
    Le rapport de l'IUCN note que, même s'il n'existe pas d'analyse globale des coûts du réchauffement océanique et des autres facteurs de stress pour la société, de plus en plus d'éléments donnent à penser que ces coûts seront élevés. Ainsi, les efflorescences algales et la mortalité des poissons dans les élevages chiliens en raison d'un cycle El Niño très marqué en 2016 ont entraîné des pertes pouvant aller jusqu'à 800 millions de dollars. L'Organisation Météorologique Mondiale a confirmé que l'année 2017 a été la plus chère de l'histoire en termes de pertes liées aux catastrophes météorologiques et climatiques, avec un coût pour l'économie globale de 320 milliards de dollars.

    Le secteur des assurances doit se préparer aux impacts considérables du changement océanique

    Le deuxième, intitulé « Ocean Risk and the Insurance Industry » (Le risque océanique et le secteur des assurances), a été réalisé par le Dr. Falk Niehörster, Directeur des innovations pour la gestion des risques climatiques, en s'appuyant sur le rapport de l'UICN, cité en premier.
    Il évalue la façon dont le secteur mondial des assurances, initialement établi en réponse à la nécessité de se prémunir contre les pertes du secteur du transport maritime, doit désormais se préparer aux impacts considérables du changement océanique. Ces impacts incluent les inondations côtières causées par l'élévation du niveau de la mer, l'intensification des tempêtes, mais aussi des menaces pour le bien-être humain qui découlent de plusieurs facteurs comme la perte de ressources alimentaires marines ou une augmentation des virus transportés par voie océanique.
    De telles conséquences dépassent largement la faible résilience de nos sociétés devenues dépendantes des technologies pour fonctionner. C'est pourquoi, le rapport défend avec force l'idée selon laquelle le secteur des assurances a besoin de nouveaux systèmes de modélisation pour présenter les multiples risques interconnectés que l'on associe à ces changements et qui demeurent relativement méconnus. De plus, les gouvernements doivent travailler pour évaluer avec précision la valeur de leurs économies côtières, afin de s'assurer qu'elles sont adéquatement couvertes en cas de perturbations ou de dégâts.
    Le rapport formule également des propositions sur la façon dont le secteur des assurances peut contribuer au développement de meilleures stratégies d'atténuation et ainsi à la prévention des scénarios les plus catastrophiques. Le Fonds de résilience des récifs récemment inauguré au Mexique offre un bon exemple de cette approche : il encourage l'adoption de mesures de protection des récifs dans les zones touristiques qui se sont développées grâce au récif méso-américain.
    Dr. Falk Niehörster, auteur du rapport, indique : « C'est un coup de semonce adressé au secteur des assurances pour qu'il se concentre sur les risques générés par le changement océanique. Il montre clairement qu'il est urgent de se mettre au travail pour mieux préparer le secteur. Celui-ci pourra ensuite contribuer à renforcer la résilience des économies et des sociétés les plus menacées par ces impacts. »
    D'autres domaines doivent eux aussi mieux se préparer au risque océanique. Ce sont notamment les régions touristiques, les parcs éoliensoffshore, les pêcheries (pêche et aquaculture), ou encore les grands ports et les entreprises de transport maritime.
    Charles Cooper conclut : « Nous espérons que ce rapport et le sommet coparrainé par XL Catlin inciteront les esprits à se concentrer sur les impacts colossaux que peuvent induire les changements intervenant dans l'océan. Le risque océanique fait partie des plus grands défis que nous avons à relever, mais il s'accompagne également de nouvelles possibilités. Si nous adoptons la bonne approche, nous pouvons amener un changement positif et protéger ainsi le capital naturel et humain des générations futures. ».
    www.notre-planete.info
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