• OMS :pour la qualité de l'eau de boisson

    Cette troisième édition des Directives a fait l'objet d'une mise à jour complète de manière à prendre en compte les progrès réalisés dans l'évaluation et la gestion des risques. Elle décrit un "Cadre destiné à garantir la salubrité de l'eau de boisson" et examine les rôles et les responsabilités des différents acteurs, y compris les rôles complémentaires des responsables de la réglementation au niveau national, des fournisseurs d'eau, des communautés et des organismes de "surveillance" indépendants.
    Les éléments nouveaux introduits dans cette troisième édition des Directives comprennent des conseils plus étoffés sur la manière de garantir la salubrité de l'eau de boisson sur le plan microbien, - notamment par le biais d'un "plan de gestion de la salubrité de l'eau" complet, spécifique à chaque réseau. Les données relatives à un grand nombre de produits chimiques ont fait l'objet d'une révision en fonction des éléments scientifiques nouveaux et des informations sur les produits chimiques auparavant non prises en compte ont été intégrées à cette édition. Les Directives contiennent pour la première fois des études concernant des agents pathogènes véhiculés par l'eau.
    En reconnaissant le besoin d'outils et de démarches de types différents pour apporter un appui aux fournisseurs d'eau desservant des populations importantes et aux fournisseurs communautaires, la présente édition continue de décrire les principales caractéristiques des démarches visant ces deux types d'approvisionnement. Les parties nouvellement introduites traitent de l'application des Directives dans des circonstances particulières, telles que les situations de crise et les catastrophes, les grands bâtiments, l'eau conditionnée ou en bouteille, le cas des voyageurs, les systèmes de déssalement, la production et le traitement des aliments et la salubrité de l'eau à bord des bateaux et des avions.
    La première et la deuxième éditions des Directives de qualité pour l'eau de boisson de l'OMS ont été utilisées par les pays développés et en développement du monde entier comme base pour l'élaboration de réglementations et de normes destinées à garantir la salubrité de l'eau de boisson. Elles reconnaissent que les priorités sont de garantir la fourniture d'une eau saine sur le plan microbien et de définir des valeurs guides pour un grand nombre de dangers chimiques.
    Plans de gestion de la salubrité de l’eau Le moyen le plus efficace pour garantir en permanence la salubrité de l’approvisionnement en eau de boisson consiste à appliquer une stratégie générale d’évaluation et de gestion des risques, couvrant toutes les étapes de l’approvisionnement en eau, du captage au consommateur. Dans ces Directives, les stratégies de ce type sont appelées plans de gestion de la salubrité de l’eau (WSP). Les WSP sont mis au point pour organiser et systématiser des pratiques de gestion de l’eau de boisson élaborées et appliquées depuis longtemps et pour garantir l’applicabilité de ces pratiques à la gestion de la qualité de cette eau.
     Ils s’inspirent de nombreux principes et concepts à la base d’autres approches de gestion des risques, en particulier le principe des barrières multiples et la démarche Analyse des risques – maîtrise des points critiques (HACCP, comme dans l’industrie alimentaire). Le présent chapitre traite principalement des principes régissant les WSP et ne constitue pas un guide complet pour l’application de ces pratiques. Le lecteur trouvera d’autres informations sur la manière de mettre au point un WSP dans le document d’appui Water Safety Plans (partie 1.3). Certains volets du WSP seront souvent mis en oeuvre dans le cadre des pratiques usuelles du fournisseur d’eau de boisson ou d’une bonne pratique de référence, sans être intégrés dans un plan de gestion de la salubrité de l’eau complet. Il peut s’agir notamment de systèmes d’assurance de la qualité (ISO 9001 : 2000, par exemple). Les pratiques de bonne gestion existantes fournissent une plateforme se prêtant à l’intégration des principes régissant les WSP. 
    Néanmoins, ces pratiques peuvent ne pas s’appuyer, pour la gestion du réseau, sur une identification et une évaluation des risques adaptées à celui-ci. Les plans de gestion de la salubrité de l'eau présentent une complexité variable, qui dépend de la situation. Dans nombre de cas, ils sont relativement simples et axés sur les principaux dangers identifiés pour le réseau concerné. La mention dans le texte qui suit d’une longue série d’exemples de mesures de maîtrise des risques n’implique pas que la totalité de ces mesures conviennent dans toutes les situations. Les WSP constituent des outils puissants dont disposent les fournisseurs d’eau de boisson pour gérer de manière sûre les approvisionnements en eau.
     Ils aident également les autorités de santé publique à assurer la surveillance. Il est préférable que le WSP soit mis au point individuellement pour chaque réseau d’eau de boisson. Cependant, cette exigence n’est pas réaliste dans le cas des petits réseaux et il n’a été établi ni WSP spécifique d’une technologie, ni WSP modèle, pour ce type de réseau. Pour les réseaux desservant une faible population, c’est un organisme créé par une loi ou par une organisation tierce partie agréée qui peut se charger de développer le WSP. 
    Dans un tel contexte, des recommandations concernant le stockage, la manipulation et l’utilisation de l’eau par les ménages peuvent aussi être nécessaires. Les plans traitant de l’utilisation de l’eau par les ménages doivent être associés à des programmes d’éducation à l’hygiène de la population et à des conseils pour préserver la salubrité de l’eau. Le WSP comprend au minimum trois actions essentielles pour garantir la salubrité de l’eau de boisson, dont la responsabilité repose sur le fournisseur d’eau :
     ■ évaluation du réseau ; 
    ■ surveillance opérationnelle efficace ; et
     ■ gestion. Le plan de gestion de la salubrité de l’eau (WSP) comprend trois volets principaux (Figure 4.1), régis par des objectifs d’ordre sanitaire (voir Chapitre 3) et suivis à travers la surveillance de l’approvisionnement en eau de boisson (voir Chapitre 5). Ces trois volets sont :
     – 59 – − l’évaluation du réseau en vue de déterminer si la chaîne d’approvisionnement en eau de boisson dans son ensemble (jusqu’au point de consommation) est en mesure de délivrer une eau dont la qualité satisfait aux objectifs d’ordre sanitaire. Cette évaluation couvre aussi l’évaluation des critères de conception des nouveaux réseaux ; − la détermination des mesures de maîtrise des risques à appliquer au réseau d’eau de boisson, qui permettront collectivement de maîtriser les risques identifiés et de s’assurer que les objectifs d’ordre sanitaire sont remplis. Pour chaque mesure de maîtrise des risques définie, il convient de définir un moyen de surveillance opérationnelle approprié, garantissant que tout écart par rapport aux performances requises est détecté rapidement et en temps utile ; et
     − des plans de gestion décrivant les mesures à prendre en fonctionnement normal ou en cas d’incident et regroupant les informations concernant les plans d’évaluation (et notamment de modernisation et d’amélioration) du réseau, de surveillance et de communication, ainsi que les programmes d’appui. Pour garantir l’application de bonnes pratiques dans l’approvisionnement en eau de boisson, le WSP s’inspire des objectifs principaux suivants : minimisation de la contamination des eaux de source, réduction ou élimination de la contamination présente par des procédés de traitement et prévention de la contamination pendant le stockage, la distribution et le traitement de l’eau de boisson. Ces objectifs s’appliquent également aux approvisionnements en eau de boisson par canalisations desservant une population importante, aux petits approvisionnements communautaires et aux réseaux alimentant des ménages. Ils peuvent être atteints par les actions suivantes : 
    − étude poussée du réseau concerné et de ses capacités à fournir une eau satisfaisant aux objectifs d’ordre sanitaire ; − identification des sources potentielles de contamination et de la manière de les maîtriser ; − validation des mesures de maîtrise des risques appliquées ; − mise en place d’un système de surveillance des mesures de maîtrise des risques dans le cadre du réseau d’eau ; − prise en temps utile d’actions correctives pour garantir un approvisionnement permanent en eau ; et 
    − contrôle de la qualité de l’eau de boisson en vue de s’assurer que le WSP est correctement appliqué et permet d’obtenir les performances requises pour satisfaire aux normes et aux objectifs nationaux, régionaux et locaux pertinents en matière de qualité de l’eau. Pour que l’on puisse se fier au WSP pour maîtriser les risques et les événements dangereux en perspective desquels il a été mis en place, il faut que ce plan s’appuie sur des données techniques exactes et fiables. Le processus par lequel on obtient des preuves de l’efficacité du WSP est appelé validation. Il est possible de recueillir les informations nécessaires auprès des organismes industriels pertinents, à travers des partenariats et des activités de « benchmarking » avec des autorités de niveau supérieur (en vue d’optimiser le partage des ressources), à partir de la littérature scientifique et technique, ou par la consultation d’experts. Les hypothèses et les spécifications des fabricants relatives à chaque élément et à chaque barrière doivent être validées pour chaque réseau étudié afin de s’assurer que cet élément ou cette barrière sera efficace dans le réseau en question. La validation spécifique au réseau est une étape essentielle, dans la mesure où les variations de la composition de l’eau peuvent avoir un impact majeur sur l’efficacité de certains processus d’élimination. 

     – 60 – Figure 4.1 Présentation générale des étapes clés dans l’élaboration d’un plan de gestion de la salubrité de l’eau (WSP) Constituer l’équipe devant mettre au point le plan de gestion de la salubrité de l’eau Rassembler des informations sur le réseau et décrire celui-ci Procéder à une évaluation et à une caractérisation des risques pour déterminer et comprendre comment les dangers peuvent s’introduire dans l’approvisionnement en eau Voir partie 4.1 Evaluer le réseau proposé existant (en incluant une description du réseau et un schéma de circulation des eaux) Voir partie 4.1 Déterminer les mesures de maîtrise des risques à prendre (moyens permettant de maîtriser les risques) Voir partie 4.2 Définir un dispositif de surveillance des mesures de maîtrise des risques (limites définissant les performances acceptables et modalités de surveillance du respect de ces limites) Voir partie 4.2 Mettre en place des procédures pour vérifier que le plan de gestion de la salubrité de l’eau fonctionne efficacement et permet d’atteindre les objectifs d’ordre sanitaire Voir partie 4.2 Mettre au point des programmes d’appui (par exemple formation, pratiques en matière d’hygiène, procédures opératoires, modernisation et amélioration, recherche et développement, etc.) Voir partie 4.3 Mettre au point des procédures de gestion (et notamment des mesures correctives) pour les conditions normales et les situations d’incident Voir partie 4.3, distribution par canalisations Voir partie 4.4, communauté + ménages Mettre en place des procédures d’enregistrement des informations et de communication Voir partie 4.5 La validation comprend normalement une surveillance plus large et plus poussée que la surveillance opérationnelle de routine, afin de déterminer si les unités du réseau fonctionnent comme on l’a supposé dans l’évaluation de celui-ci. Ce processus débouche souvent sur des améliorations des performances de fonctionnement grâce à l’identification des modes opératoires les plus efficaces et les plus fiables. L’identification des paramètres de surveillance les plus adaptés aux performances des unités peut faire partie des bénéfices supplémentaires du processus de validation.
     Le contrôle de la qualité de l’eau de boisson fournit une indication des performances globales du réseau et de la qualité finale de l’eau délivrée aux consommateurs. Cette opération intègre la surveillance de la qualité de l’eau de boisson et l’évaluation de la satisfaction des consommateurs. Lorsqu’une entité définie est responsable d’un approvisionnement en eau de boisson, cette responsabilité doit couvrir l’élaboration et la mise en oeuvre d’un WSP.
     Ce plan doit normalement être – 61 – soumis pour examen et accord à l’autorité de protection de la santé publique, dans le but de s’assurer de la délivrance par le réseau d’une eau de qualité conforme aux objectifs d’ordre sanitaire. En l’absence de prestataire de services officiel, l’autorité nationale ou régionale compétente doit jouer le rôle de source d’informations et de conseils concernant l’adéquation entre la gestion de la communauté et les différents approvisionnements en eau. Ce rôle comprend la définition d’exigences pour la surveillance et la gestion opérationnelles. Les stratégies employées pour la vérification dans des cas de ce type dépendront des moyens dont disposent les autorités locales et les communautés et devront être définies dans le cadre d’une politique nationale. 
    4.1 Evaluation et conception du réseau Dans la mise au point d’un WSP, la première étape réside dans la constitution d’une équipe multidisciplinaire d’experts, ayant une connaissance approfondie du réseau d’eau de boisson concerné. Une telle équipe comprendra généralement des personnes impliquées dans chacune des étapes de l’approvisionnement en eau de boisson, telles que des ingénieurs, des gestionnaires du captage et de l’eau, des spécialistes de la qualité de l’eau, des professionnels de l’hygiène de l’environnement, de l’hygiène humaine ou de la santé publique, des membres du personnel d’exploitation et des représentants des consommateurs. Dans la plupart des pays, cette équipe inclura aussi des membres de plusieurs institutions et certains membres indépendants, tels que des organisations professionnelles ou des universités. Une gestion efficace du réseau d’eau de boisson exige une compréhension approfondie de celui-ci, de l’étendue, ainsi que de l’ampleur des dangers éventuellement présents et de la capacité des infrastructures et des processus existants à gérer les risques réels ou potentiels. 
    Elle nécessite aussi une évaluation des capacités à remplir les objectifs. Lorsqu’on prévoit un nouveau réseau ou la modernisation d’un réseau existant, la première étape dans la mise au point d’un WSP consiste à collecter et à évaluer l’ensemble des informations pertinentes disponibles et à envisager les risques susceptibles d’intervenir pendant la délivrance de l’eau au consommateur. Une gestion efficace des risques suppose l’identification des dangers potentiels, de leurs sources et des événements dangereux pouvant se produire, ainsi qu’une évaluation du niveau de risque associé à chacun d’eux. Dans ce contexte : ■ un danger désigne un agent biologique, chimique, physique ou radiologique capable de nuire ; 
    ■ un événement dangereux désigne un incident ou une situation pouvant entraîner la présence d’un danger (ce qui peut se produire et comment) ; et
     ■ un risque désigne la probabilité que des dangers identifiés provoquent un préjudice parmi les populations exposées dans un délai spécifié, ainsi que l’ampleur et/ou les conséquences de ce préjudice. L’évaluation du réseau d’eau de boisson sert de base aux étapes ultérieures du WSP, dans le cadre duquel des stratégies efficaces de maîtrise des dangers sont prévues et mises en oeuvre. Le tracé d’un schéma de circulation des eaux facilite l’évaluation du réseau d’eau de boisson. Les diagrammes fournissent une description générale du réseau, y compris la caractérisation de la source d’eau, l’identification des sources potentielles de pollution du captage, les mesures de protection des ressources et des sources, les procédés de traitement et les infrastructures de stockage et de distribution. Il est essentiel que la représentation du réseau d’eau de boisson soit exacte dans le principe. 
    Si le schéma de circulation des eaux est inexact, il est possible que des dangers susceptibles d’avoir un impact important soient négligés. Pour s’assurer de son exactitude, il convient de le valider par une inspection visuelle comparant ce schéma aux caractéristiques du réseau sur le terrain. 
     – 62 – A partir des concentrations d’agents pathogènes et de produits chimiques dans les eaux de source et des données concernant l’efficacité des mesures de maîtrise des risques déjà en en place, on peut évaluer la possibilité de remplir les objectifs d’ordre sanitaire dans le cadre des infrastructures existantes. Ces données contribuent également à l’identification des mesures à prendre pour la gestion du captage, des procédés de traitement et des conditions d’exploitation du réseau de distribution, dont on peut s’attendre raisonnablement à ce qu’elles permettent d’atteindre ces objectifs si des améliorations sont nécessaires. Il est souvent plus efficace d’investir dans des procédés de prévention de la pollution au niveau du captage plutôt que dans des infrastructures de traitement de grande ampleur, visant à gérer un danger. Pour que l’évaluation soit précise, il est essentiel de prendre en compte simultanément tous les éléments du réseau d’eau de boisson (protection des ressources et des sources, traitement et distribution), ainsi que les interactions et les influences entre les éléments et l’effet global de celles-ci. 
    4.1.1 Nouveaux réseaux Lors de l’étude et du développement de sources d’approvisionnement en eau de boisson, il est prudent de procéder à une série étendue d’analyses pour s’assurer de la salubrité générale de l’eau et pour identifier les sources potentielles de contamination de ces sources. Ces contrôles doivent normalement comprendre une analyse hydrologique, une évaluation géologique et un inventaire des utilisations des terres, visant à identifier les polluants chimiques ou radiologiques potentiels. Lors de la conception de nouveaux réseaux, tous les facteurs de qualité de l’eau doivent être pris en considération pour sélectionner des technologies d’extraction et de traitement des nouvelles ressources. La turbidité et autres paramètres des eaux de surface brutes peuvent être très variables, ce dont il faut tenir compte. 
    Il convient de concevoir les installations de traitement en fonction des variations connues ou que l’on peut prévoir comme fréquentes, plutôt qu’en fonction de la qualité moyenne de l’eau, faute de quoi un colmatage rapide des filtres ou une surcharge de la cuve de sédimentation peuvent se produire. L’agressivité chimique de certaines eaux souterraines peut détériorer le cuvelage des puits et les pompes, détérioration susceptible d’entraîner des concentrations de fer atteignant des niveaux inacceptables dans l’approvisionnement, une défaillance éventuelle et des travaux de réparation coûteux. La qualité, comme la disponibilité de l’eau de boisson et donc aussi la santé publique, peuvent en pâtir. 
    4.1.2 Collecte et évaluation des données disponibles Le Tableau 4.1 présente des exemples d’aspects devant normalement être pris en compte dans le cadre de l’évaluation du réseau d’eau de boisson. Pour l’analyse du captage, il convient, dans la plupart des cas, de consulter les responsables de la santé publique et d’autres secteurs, y compris les utilisateurs des terres et des eaux de la zone de captage et toutes les personnes réglementant les activités qui s’y pratiquent. Il importe d’adopter une démarche structurée pour s’assurer de la prise en considération de tous les problèmes importants, sans exception, et de l’identification des aspects présentant les plus grands risques. L’évaluation globale du réseau d’eau de boisson doit tenir compte de toute donnée historique sur la qualité de l’eau pouvant contribuer à la compréhension des caractéristiques de l’eau de source et des performances du réseau d’eau de boisson au cours du temps et après des événements spécifiques (fortes précipitations, par exemple). Définition des priorités en matière de maîtrise des risques Une fois les dangers potentiels et leurs sources identifiés, il convient de comparer les risques associés aux différents dangers et événements dangereux afin de pouvoir définir des priorités pour la gestion des risques 
     – 63 – et les justifier par des données. Bien que de nombreux polluants soient susceptibles de détériorer la qualité de l’eau de boisson, chaque danger ne mérite pas le même degré d’attention. 

    On peut décrire le risque associé à chaque danger ou événement dangereux en déterminant la probabilité de sa survenue (certain, possible ou rare, par exemple) et en évaluant la gravité de ses conséquences (insignifiantes, majeures, catastrophiques, par exemple). L’objectif doit être de faire la distinction entre dangers importants ou moins importants et événements dangereux. A cette fin, on fait habituellement appel à une matrice semi-quantitative. Les matrices de cotation utilisent habituellement des informations techniques en provenance de directives, de la littérature scientifique et de la pratique industrielle, associées à des jugements éclairés d’experts, ces informations étant étayées par un examen par des pairs et par une démarche de type « benchmarking ». La note attribuée est spécifique à chaque réseau d’eau de boisson, chacun d’eux étant unique. Lors de la mise au point de WSP génériques pour des technologies utilisées dans de petits réseaux d’eau de boisson, la note attribuée est propre à la technologie plutôt qu’au réseau d’eau de boisson particulier. Si l’on applique une cotation semi-quantitative, les mesures de maîtrise des risques peuvent être classées en fonction de l’importance des risques. Diverses méthodes de classement des risques sont utilisables. Tableau 4.1 Exemples d’informations utiles dans l’évaluation d’un réseau d’eau de boisson Composant du réseau d’eau de boisson Information à prendre en compte dans l’évaluation de ce composant Captage
     • Géologie et hydrologie • Météorologie et schémas climatiques • Santé générale de la rivière et du captage
     • Espèces sauvages • Usages concurrents de l’eau • Nature et intensité du développement et de l’utilisation des terres • Autres activités pratiquées dans la zone de captage susceptibles de libérer des polluants dans l’eau de source • Futures activités prévues Eaux de surface
     • Description du type de réserve d’eau (rivière, réservoir, retenue) • Caractéristiques physiques (dimensions, profondeur, stratification thermique, altitude) 
    • Débit et fiabilité de la source d’eau • Temps de séjour • Constituants de l’eau (physiques, chimiques, microbiens) • Protection (enceintes, protection des accès, par exemple) • Activités récréatives et autres activités humaines 
    • Transport d’eau en vrac – 64 – Eaux souterraines • Aquifère confiné ou non confiné • Hydrogéologie de l’aquifère • Débit et direction de l’écoulement • Caractéristiques de dilution • Zone de réalimentation • Protection des têtes de puits 
    • Profondeur du cuvelage • Transport d’eau en vrac Traitement • Procédés de traitement (y compris les procédés optionnels) • Conception des équipements • Appareillage de surveillance et automatisation • Produits chimiques utilisés pour le traitement de l’eau • Efficacité des traitements • Élimination par désinfection des agents pathogènes 
    • Résidus de désinfectant /temps de contact Réservoirs de service et distribution • Conception des réservoirs • Temps de séjour • Variations saisonnières • Protection (toits, enceintes, protection des accès, par exemple) • Conception du réseau de distribution • Conditions hydrauliques (âge de l’eau, pressions, débits de l’eau) • Protection contre les retours d’eau
     • Résidus de désinfectant Le Tableau 4.2 fournit un exemple de mise en oeuvre de cette démarche. L’application de la matrice repose dans une large mesure sur un jugement d’expert quant au risque sanitaire représenté par les dangers ou les événements dangereux. 

    Le Tableau 4.3 présente un exemple de descripteurs utilisables pour évaluer la probabilité d’occurrence et la gravité des conséquences. Il est nécessaire de fixer un « point de coupure », au-dessus duquel tous les dangers exigent une attention immédiate. Il y a peu d’intérêt à consacrer des efforts importants à la prise en compte de risques très faibles. Tableau 4.2 Exemple de matrice simple de cotation pour le classement des risques Gravité des conséquences Probabilité de l’événement Insignifiante Mineure Modérée Majeure Catastrophique Presque certain Probable Moyennement probable Improbable Rare 
     – 65 – Tableau 4.3 Exemples de définitions de catégories de probabilité et de gravité utilisables dans la cotation des risques Catégories Définition Catégories de probabilité Presque certain Probable Moyennement probable Improbable Rare Une fois par jour Une fois par semaine Une fois par mois Une fois par an Tous les 5 ans Catégories de gravité Catastrophique Majeure Modérée Mineure Insignifiante Létalité potentielle pour un grand nombre de personnes Létalité potentielle pour un petit nombre de personnes Nocivité potentielle pour un grand nombre de personnes Nocivité potentielle pour un petit nombre de personnes Absence d’impact ou impact indétectable Mesures de maîtrise des risques Les mesures de maîtrise des risques sont les opérations effectuées dans le cadre de l’approvisionnement en eau de boisson, qui jouent directement sur la qualité de cette eau et qui garantissent collectivement qu’elle satisfait régulièrement aux objectifs d’ordre sanitaire. Il s’agit d’activités et de procédés mis en oeuvre pour prévenir l’apparition des dangers. Il convient de procéder à l’évaluation et à la planification des mesures de maîtrise des risques en visant la satisfaction des objectifs d’ordre sanitaire et en s’appuyant sur l’identification et l’évaluation des dangers. L’ampleur de la mesure de maîtrise des risques appliquée pour contrer un danger doit être proportionnelle à la cotation du risque associée à ce danger. L’évaluation des mesures de maîtrise des risques comprend les étapes suivantes : 
    − identification des mesures de maîtrise des risques déjà en place pour chaque danger ou événement dangereux important ; − évaluation de l’efficacité des mesures de maîtrise des risques, prises dans leur ensemble, dans le maintien de ces risques à des niveaux acceptables ;
     − en cas de nécessité d’une amélioration, évaluation des mesures de maîtrise des risques de remplacement ou supplémentaires applicables. L’identification et la mise en oeuvre des mesures de maîtrise des risques doivent reposer sur le principe des barrières multiples. La force de cette approche tient à ce qu’en cas de défaillance de l’une des barrières, les autres continuent d’apporter une protection efficace, ce qui réduit au minimum la probabilité que des polluants traversent la totalité du réseau et soient présents en quantités suffisantes pour nuire aux consommateurs. Nombre de mesures de maîtrise des risques peuvent contribuer à maintenir sous contrôle plusieurs dangers, alors que certains dangers exigent parfois plus d’une mesure de maîtrise des risques pour être efficacement endigués. Des exemples de mesures de maîtrise des risques sont présentés dans les parties suivantes. 
    Toutes les mesures de maîtrise des risques sont importantes et doivent bénéficier d’une attention constante. Elles doivent faire l’objet d’une surveillance et d’un contrôle opérationnels, les moyens de surveillance et la fréquence de collecte des données étant fonctions de la nature de la mesure à suivre et de la rapidité avec laquelle des changements peuvent survenir (voir partie 4.4.3).
     – 66 – 4.1.3 Protection des ressources et des sources Une gestion efficace du captage comporte de nombreux avantages. 
    Réduire la contamination de l’eau à la source permet de limiter l’ampleur des traitements nécessaires et éventuellement aussi de diminuer la quantité de sous-produits de traitement générée et de minimiser les coûts d’exploitation. Identification des dangers Il importe de comprendre les raisons des variations de la qualité de l’eau brute, dans la mesure où celle-ci influe sur les besoins en matière de traitement, sur l’efficacité des traitements et sur le risque sanitaire résultant, associé à l’eau finie. D’une manière générale, la qualité de l’eau brute subit l’influence de facteurs naturels, comme de facteurs liés à l’utilisation par l’homme de l’eau. Les facteurs naturels importants incluent les espèces sauvages, le climat, la topographie, la géologie et la végétation. Les facteurs liés à l’utilisation de l’eau par l’homme comprennent des sources ponctuelles (rejets d’eaux usées urbaines ou industrielles, par exemple) et des sources non ponctuelles (ruissellements urbains et agricoles, provenant notamment des utilisations en agronomie et dans l’élevage ou des usages récréatifs). 
    Les rejets d’eaux usées urbaines peuvent par exemple constituer une source majeure d’agents pathogènes, les ruissellements provenant des agglomérations ou des élevages sont susceptibles de contribuer de manière substantielle à la charge microbienne, les contacts corporels dus aux usages récréatifs peuvent être une source de contamination fécale et les ruissellements en provenance des cultures peuvent accroître la difficulté des traitements. Que l’eau provienne de sources d’eau de surface ou souterraine, il importe de comprendre les caractéristiques du captage ou de l’aquifère local, comme de définir et de pouvoir gérer les scénarios susceptibles d’entraîner une pollution de l’eau. Il semble que les possibilités de réduction des activités potentiellement polluantes dans la zone de captage soient limitées par la concurrence entre les besoins en eau et les pressions en faveur d’un développement accru dans cette zone. Néanmoins, l’introduction de bonnes pratiques en matière d’endiguement des dangers est souvent possible sans restriction substantielle des activités et la collaboration entre les parties intéressées peut être un outil puissant pour réduire la pollution sans compromettre un développement bénéfique. La protection des ressources et celle des sources constituent les premières barrières permettant de préserver la qualité de l’eau de boisson.
     Lorsque la gestion du captage n’est pas du ressort du fournisseur d’eau de boisson, la planification et la mise en oeuvre des mesures de maîtrise des risques exigent une coordination avec d’autres organismes, qui peuvent être les autorités chargées de la planification, les autorités d’administration du captage, les responsables de la réglementation concernant l’environnement et les ressources en eau, les autorités routières, les services d’urgence et les autres entités agricoles, industrielles ou commerciales, dont les activités ont une influence sur la qualité de l’eau. Il peut être impossible au départ d’appliquer tous les aspects de la protection des ressources et des sources. La priorité doit néanmoins être accordée à la gestion du captage. Cette coordination contribuera à renforcer, chez les entités concernées qui évaluent les risques de pollution et développent des plans d’amélioration des pratiques de gestion pour réduire ces risques, le sentiment d’être parties prenantes et collectivement responsables dans la gestion des ressources en eau de boisson. 
    Les eaux souterraines provenant des aquifères profonds et confinés sont habituellement saines sur le plan microbien et chimiquement stables en l’absence de contamination directe. Par contre, les aquifères peu profonds ou non confinés peuvent être contaminés par des rejets ou des suintements dus aux pratiques agricoles (agents pathogènes, nitrates ou pesticides, par exemple), aux installations d’assainissement ou aux réseaux d’égout présents sur le site (agents pathogènes et nitrates) et aux déchets industriels. Les dangers et les événements dangereux pouvant avoir un impact sur les captages et devant être pris en considération lors de l’évaluation des dangers incluent : 
     – 67 – − les variations rapides de la qualité de l’eau brute ; − les rejets provenant des égouts et des réseaux septiques ; − les rejets industriels ; − l’utilisation de produits chimiques dans la zone de captage (utilisation d’engrais ou de pesticides, par exemple) ; − les déversements importants (en relation notamment avec les transports par voie routière ou autre), tant accidentels que délibérés ; − les accès humains (activités récréatives, par exemple) ;
     − les espèces sauvages et les animaux d’élevage ; − l’utilisation des terres (élevage animal, agriculture, exploitation forestière, zone industrielle, décharge ou extraction minière) et les modifications de cette utilisation ; − l’inadéquation des zones tampons et de la végétation, l’érosion des sols et le manque d’efficacité des pièges à sédiments ;
     − les écoulements et les rejets d’eau de ruissellement ; − les décharges ou les sites d’extraction minière actifs ou fermés/les sites contaminés/les déchets dangereux ; − la géologie (produits chimiques d’origine naturelle) ; 
    − l’absence de confinement et la faible profondeur d’un aquifère (recueillant notamment des eaux souterraines sous l’influence directe des eaux de surface) ;
     − la protection insuffisante des têtes de puits, l’absence de cuvelage ou le tubage inadéquat des puits, ainsi que l’application de pratiques non hygiéniques ; et 
    − les variations climatiques et saisonnières (fortes précipitations, sécheresses, etc.) et les catastrophes naturelles. Les autres dangers et situations dangereuses susceptibles d’affecter les réservoirs de stockage et les prises d’eau qui doivent être pris en compte dans l’évaluation des dangers comprennent : − les accès humains/l’absence de zones d’exclusion ;
     − le court-circuit de réservoir ; − l’épuisement du stock d’eau d’un réservoir ; − le manque de soutirage sélectif ; − le manque de sources d’eau de remplacement ; 
     – 68 – − la localisation inappropriée de la prise d’eau ; − les proliférations de cyanobactéries ; − la stratification ; et − la défaillance des équipements d’alarme et de surveillance. Mesures de maîtrise des risques Une protection efficace des ressources et des sources suppose notamment les actions suivantes : − développer et mettre en oeuvre un plan de gestion du captage, comprenant des mesures de protection des eaux de surface et des eaux souterraines ; 
    − s’assurer que les réglementations relatives à la planification couvrent la protection des ressources en eau (planification de l’utilisation des terres et gestion du bassin hydrographique) contre les activités potentiellement polluantes, et de l’application de ces réglementations ; et
     − favoriser la prise de conscience par la communauté de l’impact des activités humaines sur la qualité de l’eau. Comme exemples de mesures de maîtrise des risques permettant de protéger efficacement l’eau de source et les captages, on peut mentionner :
     − la spécification et la limitation des usages de l’eau ; − l’enregistrement des produits chimiques utilisés dans les zones de captage ; 
    − des exigences spécifiques en matière de protection (confinement, par exemple) imposées à l’industrie chimique ou aux stations-service ; 
    − le mélangeage des réservoirs ou leur déstratification en vue de réduire le développement des cyanobactéries ou la présence d’hypolimnion anoxique, et la solubilisation du manganèse et du fer d’origine sédimentaire ;
     − l’ajustement du pH du réservoir d’eau ; 
    − le contrôle des activités humaines exercées à l’intérieur de la zone de captage ; − le contrôle des eaux usées ; 
    − l’application de procédures planifiées d’utilisation des terres et de réglementations en matière de planification et d’environnement pour régir les éventuels développements sources de pollution ; − des inspections régulières des zones de captage ;
     − le détournement des flux de ruissellement locaux ; − la protection des voies d’eau ; 
     – 69 – − l’interception des ruissellements et des écoulements ; et − des mesures de sécurité visant à garantir l’inviolabilité de la zone. De même, les mesures de maîtrise des risques destinées à protéger efficacement les réseaux d’extraction et de stockage de l’eau comprennent : − l’utilisation des capacités de stockage de l’eau disponibles pendant et après les fortes précipitations ;
     − une localisation et une protection appropriées de la prise d’eau ; − un choix convenable de la profondeur de l’orifice d’évacuation des réservoirs ; − une construction appropriée des puits, y compris le tubage, l’étanchéité et la sécurité de la tête de puits ; − une localisation appropriée des puits ; − des réseaux de stockage de l’eau conçus pour maximiser les temps de séjour ;
     − des équipements de stockage et des réservoirs comportant des dispositifs appropriés pour la collecte et l’évacuation des eaux de ruissellement ; 
    − la protection des accès contre la pénétration d’animaux ; et − des mesures de sécurité visant à prévenir les accès non autorisés et à garantir l’inviolabilité de la zone. Lorsqu’on dispose de plusieurs sources d’eau, il peut exister une certaine flexibilité dans le choix de l’eau destinée à être traitée et délivrée. Il est éventuellement possible d’éviter de prélever de l’eau dans des rivières ou dans des cours d’eau lorsque la qualité de l’eau est mauvaise (après de fortes précipitations, par exemple), afin de réduire les risques et de prévenir les problèmes susceptibles d’intervenir au niveau du traitement de l’eau en aval. La rétention d’eau dans les réservoirs permet de réduire le nombre de micro-organismes fécaux par décantation et inactivation, et notamment par désinfection solaire (désinfection par les ultraviolets, UV), mais introduit aussi un risque de contamination. 
    La plupart des micro-organismes pathogènes d’origine fécale (agents pathogènes entériques) ne survivent pas indéfiniment dans l’environnement. Sur quelques semaines, une destruction substantielle des bactéries entériques se produit. Les virus et les protozoaires entériques survivent souvent sur des périodes plus longues (de plusieurs semaines à des mois), mais sont fréquemment éliminés sous l’effet de la décantation ou d’un antagonisme avec des microbes indigènes. 

    La rétention permet aussi aux matières en suspension de décanter, ce qui accroît l’efficacité de la désinfection ultérieure et limite la formation de sous-produits de désinfection. Les mesures de maîtrise des risques s’appliquant aux sources souterraines doivent porter notamment sur la protection contre la contamination de l’aquifère et de la zone locale entourant la tête de forage et sur le maintien de l’intégrité du puits (étanchéité des surfaces, intégrité du cuvelage, etc.). D’autres informations concernant l’emploi d’indicateurs dans la caractérisation des captages sont disponibles au Chapitre 4 du document d’appui Assessing Microbial Safety of Drinking Water (partie 1.3). – 70 – 4.1.4 Traitement Outre la protection de l’eau de source, les barrières s’opposant ensuite à la contamination de l’eau de boisson sont celles constituées par les procédés de traitement de l’eau, y compris la désinfection et l’élimination physique des polluants. Identification des dangers Il est possible que le traitement conduise à l’introduction de dangers ou que des circonstances dangereuses permettent à des polluants de pénétrer dans l’eau au stade du traitement, à des concentrations susceptibles d’avoir un impact sanitaire. Certains constituants de l’eau de boisson peuvent parvenir dans l’eau via le procédé de traitement, notamment les adjuvants chimiques utilisés dans ce procédé ou les produits entrant en contact avec l’eau de boisson. 
    De fortes augmentations sporadiques de la turbidité de l’eau de source peuvent rendre les procédés de traitement inopérants et permettre ainsi la pénétration d’agents pathogènes entériques dans l’eau traitée et dans le réseau de distribution. De même, une filtration sous-optimale après un lavage par retour d’eau des filtres peut entraîner la pénétration d’agents pathogènes dans le réseau de distribution. Comme exemples de dangers et d’événements dangereux susceptibles d’avoir une incidence sur les performances du traitement de l’eau de boisson, on peut mentionner :
     − des variations de débit sortant des limites de calcul ; − l’inadéquation ou l’insuffisance des procédés de traitement, notamment la désinfection ; − un appui inadéquat (infrastructures, ressources humaines) ; − une défaillance de la commande de procédé, un dysfonctionnement ou une fiabilité médiocre des équipements ; − l’emploi dans le traitement de l’eau de produits chimiques et de matériaux non autorisés ou contaminés ; − des erreurs de dosage des produits chimiques ;
     − un mélangeage insuffisant ; − les défaillances des dispositifs d’alarme et de surveillance ; − les pannes de secteur ; − la pollution accidentelle ou délibérée ; − les catastrophes naturelles ; − la formation de sous-produits de désinfection ; et − les interconnexions avec des canalisations contenant de l’eau usée ou contaminée, les courts-circuits internes. – 71 – Mesures de maîtrise des risques Les mesures de maîtrise des risques peuvent comprendre un prétraitement, des opérations de coagulation/floculation/sédimentation, une filtration et une désinfection. Le prétraitement s’effectue notamment par des procédés tels que le filtrage grossier, le microtamisage, le stockage hors circuit et la filtration sur berge. Ces options de prétraitement peuvent être compatibles avec divers procédés de traitement, allant, par degré de complexité croissant, de la simple désinfection aux procédés sur membranes. 
    Le prétraitement peut réduire et/ou stabiliser la charge de matières microbiennes, naturelles et organiques, ainsi que la charge particulaire. Les opérations de coagulation, floculation, sédimentation (ou flottation) et filtration éliminent les particules, y compris les micro-organismes (bactéries, virus et protozoaires). Il importe d’optimiser et de réguler les procédés de manière à obtenir des performances stables et fiables. La coagulation chimique est l’étape qui conditionne le plus l’efficacité des processus de coagulation/floculation/clarification.
     Elle influe aussi directement sur l’efficacité d’élimination des unités de filtration des milieux granulaires et indirectement sur l’efficacité du processus de désinfection. Bien qu’il soit peu probable que le processus de coagulation lui-même introduise un nouveau risque microbien dans l’eau finie, une défaillance ou une efficacité insuffisante du processus de coagulation peuvent entraîner une augmentation de la charge microbienne pénétrant dans l’eau de boisson distribuée. Pour traiter l’eau de boisson, on fait appel à divers procédés de filtration, dont la filtration granulaire, la filtration lente sur sable et la filtration sur précouche ou sur membrane (microfiltration, ultrafiltration, nanofiltration et osmose inverse).
     Une filtration convenablement conçue et effectuée peut jouer un rôle de barrière permanente et efficace contre les agents pathogènes microbiens et, dans certains cas, constituer la seule barrière fournie par le traitement (élimination des oocystes de Cryptosporidium par filtration directe lorsque le chlore est le seul désinfectant utilisé, par exemple). Dans la plupart des systèmes de traitement, il est essentiel, pour parvenir à réduire le risque microbien au niveau requis, d’appliquer un degré de désinfection approprié. Compte tenu du degré d’inactivation microbienne nécessaire pour éliminer les agents pathogènes les plus résistants, l’application du concept Ct (produit de la concentration de désinfectant par le temps de contact), pour un pH et une température donnés, permet de garantir que les autres germes plus sensibles sont également sous contrôle. Si l’on recourt à une désinfection, il convient d’envisager des mesures visant à réduire au minimum la formation de sous-produits de désinfection. 
    Le procédé de désinfection le plus couramment employé est la chloration. On fait également appel à l’ozonation, à l’irradiation UV ou encore au traitement par la chloramine ou le dioxyde de chlore. Ces méthodes sont d’une grande efficacité dans la destruction des bactéries et d’une efficacité raisonnable dans l’inactivation des virus (selon le type) et de nombreux protozoaires, dont Giardia et Cryptosporidium. Pour obtenir une élimination ou une inactivation efficientes des kystes et des oocystes de protozoaires, la solution la plus pratique est une filtration, combinée à une opération de coagulation/floculation (destinée à réduire la quantité de particules et la turbidité), que l’on fait suivre d’une désinfection (par un désinfectant ou plusieurs). Comme exemples de mesures de maîtrise des risques relevant du traitement, on peut mentionner : − la coagulation/floculation et la sédimentation ; − l’emploi de produits chimiques et de matériaux autorisés pour le traitement de l’eau ; − le contrôle des produits chimiques utilisés dans le traitement de l’eau ; 
     – 72 – − la mise en place de commandes de procédés ; − l’installation de systèmes de secours ; 
    − l’optimisation des procédés de traitement de l’eau, et notamment − du dosage des produits chimiques − du lavage à contre-courant des filtres − du débit d’écoulement ; 
    − l’utilisation de l’eau en stock pendant les périodes où la qualité de l’eau brute est médiocre ; et − des mesures de sécurité visant à prévenir les accès non autorisés et à garantir l’inviolabilité de la zone. Le stockage de l’eau après désinfection et avant fourniture aux consommateurs peut permettre une désinfection plus poussée grâce à l’augmentation du temps de contact avec le désinfectant. Cette opération peut être particulièrement importante en présence de micro-organismes plus résistants, tels que Giardia, et de certains virus. Le lecteur trouvera des informations supplémentaires dans le document d’appui Water Treatment and Pathogen Control (partie 1.3). 4.1.5 Réseaux de distribution canalisés Il convient d’optimiser le traitement de l’eau pour prévenir la croissance microbienne, la corrosion des matériaux constituant les canalisations et la formation de dépôts par des mesures telles que : − l’élimination de manière continue et fiable des particules et la production d’une eau présentant une faible turbidité ; − la précipitation et l’élimination du fer et du manganèse dissous (et sous forme particulaire) ; − la réduction au minimum de l’entraînement d’agents coagulants résiduels (sous forme dissoute, colloïdale ou particulaire), susceptibles de précipiter dans les réservoirs et le réseau de canalisations ;
     − la réduction, aussi poussée que possible, de la quantité de matières organiques dissoutes, et notamment du carbone organique facilement biodégradable qui fournit des nutriments aux micro-organismes ; et − le maintien du potentiel de corrosion dans des limites évitant une détérioration des matériaux de structure et la consommation de désinfectants. Le maintien d’une bonne qualité de l’eau dans le réseau de distribution dépend de la conception et de l’exploitation de ce réseau et des procédures de maintenance et d’enquête appliquées pour empêcher la contamination et pour prévenir l’accumulation de dépôts internes et les éliminer. 
    Le document d’appui Safe Piped Water (partie 1.3) apporte d’autres informations à ce sujet. Identification des dangers – 73 – La protection du réseau de distribution est un aspect clé dans la fourniture d’une eau de boisson saine. La nature du réseau de distribution, qui peut comprendre un grand nombre de kilomètres de conduite, de cuves de stockage, d’interconnexions avec des utilisateurs industriels et être exposé au risque d’infraction et de vandalisme, fait qu’il existe des possibilités de contamination microbienne et chimique. Une contamination du réseau de distribution peut intervenir dans les situations suivantes : − pénétration d’eau contaminée dans le matériau situé sous la surface, notamment à proximité des égouts situés autour du réseau de distribution, du fait d’une pression interne insuffisante dans la conduite ou d’une « vague de pression » au sein du réseau (infiltration/pénétration) ; − apport d’eau contaminée dans le réseau de distribution ou dans un réservoir de stockage résultant d’un retour d’eau, imputable à une baisse de pression dans la conduite ou à l’existence d’un lien physique entre l’eau contaminée et le réseau de stockage ou de distribution ; 
    − existence de réservoirs de stockage ou d’aqueducs ouverts ou non protégés, susceptibles de recevoir des ruissellements provenant de la surface des terres, d’attirer des animaux ou des oiseaux aquatiques représentant des sources de contamination fécale, ou d’être exposés au risque de vandalisme ou d’effraction ; 
    − réparation ou remplacement de conduites existantes ou installation de nouvelles conduites provoquant l’éclatement d’une tuyauterie, susceptible de provoquer l’introduction dans le réseau de sol ou de débris contaminés ;
     − erreurs humaines entraînant l’interconnexion involontaire de conduites d’eaux usées ou de ruissellement avec le réseau de distribution, ou encore réalisation de connexions de ce type de manière illégale ou sans autorisation ; − lixiviation de produits chimiques ou de métaux lourds à partir d’éléments tels que conduites, soudures/composés de type mastic, robinets et produits chimiques utilisés dans le nettoyage et la désinfection des réseaux de distribution ; et − diffusion d’huile ou de pétrole à travers des tuyauteries en matière plastique. Dans chacun de ces cas, si l’eau contaminée contient des agents pathogènes ou des produits chimiques dangereux, les consommateurs seront probablement exposés à ces substances. 
    Même si l’on emploie des résidus de désinfectant pour limiter l’apparition d’une pollution microbienne, ceux-ci peuvent être en quantités insuffisantes pour venir à bout de la contamination ou être inefficaces contre certains ou la totalité des types d’agents pathogènes introduits. Ces agents peuvent alors être présents à des concentrations susceptibles de déclencher des infections ou des maladies. Lorsque l’approvisionnement en eau est intermittent, la baisse de pression de l’eau qui en résulte peut permettre la pénétration d’eau contaminée dans le réseau à travers des brèches, des fissures, des joints ou des piqûres. Les interruptions de l’approvisionnement ne sont pas souhaitables, mais cependant très fréquentes dans nombre de pays. Elles s’accompagnent souvent d’une contamination. La maîtrise de la qualité de l’eau en cas d’approvisionnement intermittent représente un défi important dans la mesure où une telle situation se traduit par un accroissement considérable des risques d’infiltration et de retour d’eau.

     Ces risques peuvent augmenter de manière saisonnière, car l’humidification du sol majore la probabilité de développement d’un gradient de pression entre le sol et la conduite. Si des polluants pénètrent de manière intermittente dans les conduites, le chargement du réseau lors du rétablissement de l’approvisionnement peut être à l’origine d’une augmentation du risque pour les consommateurs, dans la mesure où l’on peut s’attendre à l’écoulement d’une – 74 – « poche » d’eau contaminée à travers le réseau. Lorsqu’on recourt au stockage domestique pour répondre aux interruptions de l’approvisionnement, l’utilisation locale de désinfectants peut s’avérer nécessaire pour empêcher la prolifération microbienne. L’eau de boisson entrant dans le réseau de distribution est susceptible de contenir des amibes libres et des souches environnementales de diverses espèces bactériennes et fongiques hétérotrophiques. Lorsque les conditions sont favorables, les amibes et les hétérotrophes, y compris des souches de Citrobacter, Enterobacter et Klebsiella, peuvent coloniser les réseaux de distribution et former des biofilms. Pour la plupart des micro-organismes présents dans les biofilms (excepté notamment le cas de Legionella, qui peut coloniser les réseaux d’eau des bâtiments), il n’existe pas de preuve d’une relation entre la présence de ces micro-organismes et des effets sanitaires véhiculés par l’eau de boisson préjudiciables pour la population générale, à l’exception éventuellement des personnes gravement immunodéprimées (se reporter au document d’appui Heterotrophic Plate Counts and Drinking-water Safety, partie 1.3).
     Les températures de l’eau et les concentrations de nutriments ne sont généralement pas suffisamment élevées dans le réseau de distribution pour favoriser le développement d’E. Coli (ou de bactéries entériques pathogènes) dans les biofilms. Ainsi, la présence d’E. Coli doit être considérée comme la preuve d’une contamination fécale récente. Les catastrophes naturelles, y compris les inondations, les sécheresses et les séismes, peuvent avoir des effets graves sur les réseaux de distribution d’eau par canalisations. Mesures de maîtrise des risques L’eau pénétrant dans le réseau de distribution doit être saine sur le plan microbien et, dans l’idéal, également stable sur le plan biologique. 
    Le réseau de distribution lui-même fournit une barrière sûre contre la contamination dans la mesure où l’eau est transportée jusqu’à l’utilisateur. Le fait de maintenir la présence d’un résidu de désinfectant dans ce réseau peut apporter une certaine protection contre la contamination et limiter les problèmes de développement bactérien. La chloration s’est avérée efficace pour lutter contre la présence de Naegleria fowleri dans l’eau et dans les sédiments fixés sur les longues tuyauteries et peut réduire la recroissance de Legionella à l’intérieur des bâtiments. Le résidu de désinfectant fournit une protection partielle contre la contamination microbienne, mais il peut aussi masquer une pollution, notamment par des organismes résistants, lorsqu’on utilise un indicateur bactérien classique, tel qu’E. coli, comme détecteur de contamination. Lorsqu’on maintient un résidu de désinfectant dans un réseau de distribution, des mesures doivent être envisagées pour minimiser la génération de sous-produits de désinfection. Les réseaux de distribution d’eau doivent être protégés dans leur totalité par une enceinte et les réservoirs et cuves de stockage doivent être dotés de toits solidement fixés et d’un drain externe, de manière à prévenir toute contamination. 
    La prévention des courts-circuits et de la stagnation d’eau, tant au niveau du stockage que de la distribution, contribue à prévenir la croissance microbienne. Un certain nombre de stratégies sont applicables pour préserver la qualité de l’eau circulant dans le réseau de distribution, notamment l’utilisation de dispositifs anti-retour, le maintien d’une pression positive dans l’ensemble du réseau et la mise en oeuvre de procédures de maintenance efficaces. Il importe également de mettre en place des mesures de sécurité appropriées pour prévenir les accès non autorisés ou les effractions dans les infrastructures du réseau d’eau de boisson. Les mesures de maîtrise des risques peuvent comprendre l’utilisation d’un désinfectant chimique secondaire plus stable (chloramines, par exemple, à la place du chlore libre), la mise en oeuvre d’un programme de remplacement des conduites, le lavage et la réfection du chemisage et le maintien sous une pression positive du réseau. Le fait de réduire le temps de séjour de l’eau dans le réseau en évitant la – 75 – stagnation de celle-ci dans les cuves de stockage, les boucles et les tronçons morts contribuera aussi à la préservation de la qualité de l’eau de boisson. Parmi les autres exemples de mesures de maîtrise des risques dans les réseaux de distribution, on citera également :

     − l’entretien du réseau de distribution ; − l’existence de systèmes de secours (alimentation électrique) ; − le maintien d’une concentration suffisante de désinfectant résiduel ; − la mise en place de dispositifs destinés à prévenir les interconnexions et les retours d’eau ; − l’installation d’une enceinte enfermant totalement le réseau de distribution et les stockages ; − l’application de procédures de réparation appropriées, y compris la désinfection ultérieure des conduites d’eau ; − le maintien d’une pression adéquate dans le réseau ; et − le maintien d’une sécurité satisfaisante contre les actes de sabotage, de soutirage illégal et d’effraction. Le document d’appui Safe Piped Water (partie 1.3) apporte des informations supplémentaires à ce sujet.
     4.1.6 Réseaux communautaires ou domestiques non canalisés Identification des dangers Dans l’idéal, l’identification des dangers devrait s’effectuer au cas par cas. En pratique cependant, pour les réseaux communautaires ou domestiques non canalisés, cette opération s’appuie habituellement sur des hypothèses générales quant aux conditions dangereuses à considérer selon la technologie ou le type de réseau, qui peuvent être définies à un niveau national ou régional. Comme exemples de dangers et de situations dangereuses pouvant être associés à diverses sources d’eau dont la distribution n’emprunte pas un réseau canalisé, on peut mentionner les cas suivants : • Puits cylindrique équipé d’une pompe manuelle − pénétration directe d’eau de surface contaminée à l’intérieur du puits − pénétration de polluants en raison d’un défaut de construction ou d’une détérioration du revêtement − entraînement par lixiviation de polluants microbiens dans l’aquifère •
     Source simple protégée − contamination directe par l’intermédiaire de la zone de « terrassement » − recharge rapide provoquée par de l’eau de surface contaminée
     – 76 – • Puits simple creusé − pénétration de polluants en raison d’un défaut de construction ou d’une détérioration du revêtement − contamination introduite par les seaux de puisage • Collecte des eaux de pluie − déjections d’oiseaux ou d’autres animaux présents sur le toit ou dans les gouttières − possibilité de pénétration dans la cuve de stockage des premières eaux de lavage. D’autres informations à ce sujet figurent dans le document d’appui Water Safety Plans (partie 1.3) et dans le volume 3 des Directives de qualité pour l’eau de boisson. Mesures de maîtrise des risques Les mesures de maîtrise des risques devraient idéalement dépendre des caractéristiques de l’eau de source et du captage associé. En pratique, il est possible d’appliquer des démarches standard en fonction de chacune de ces caractéristiques plutôt que de procéder à une évaluation spécifique pour chaque réseau. Comme exemples de mesures de maîtrise des risques s’appliquant à diverses sources dont la distribution s’effectue autrement que par un réseau canalisé, on peut mentionner les dispositions suivantes : 
    • Puits équipé d’une pompe manuelle − réaliser un finissage correct de la tête de puits − prévoir des distances convenables vis-à-vis d’autres sources de polluants telles que des latrines ou des élevages, définies idéalement d’après le temps de parcours entre le puits et ces sources de pollution • Simple source protégée − appliquer des mesures efficaces de protection des sources − mettre en place des distances de protection définies d’après le temps de parcours • Simple puits ordinaire − réaliser correctement les travaux de construction et utiliser un joint au mortier pour le revêtement − installer et entretenir une pompe manuelle, ou autre moyen sans risque sanitaire pour extraire l’eau • Collecte des eaux de pluie − nettoyage des toits et des gouttières − dispositif de détournement des premières eaux de lavage. – 77 – Dans la plupart des cas, il est possible de maîtriser la contamination des eaux souterraines par une série de mesures simples.
     En l’absence de fractures ou de fissures susceptibles de permettre un transport rapide des polluants jusqu’à la source, les eaux souterraines présentes dans des aquifères confinés ou profonds sont généralement exemptes de micro-organismes pathogènes. Les forages doivent être cuvelés jusqu’à une profondeur raisonnable et les têtes de puits doivent être scellées, de manière à prévenir la pénétration d’eau de surface ou d’eau souterraine issue d’une faible profondeur. Les réseaux d’eau de pluie, et notamment ceux comprenant le stockage dans des cuves souterraines, peuvent constituer des approvisionnements en eau relativement sûrs. Les principales sources de contamination sont les oiseaux, les petits mammifères et les débris en provenance des toits. L’impact de ces sources de contamination peut être minimisé par des mesures simples : nettoyage régulier des gouttières, taille des branches qui dépassent au-dessus des dispositifs de collecte (ces branches pouvant être sources de débris et faciliter aux oiseaux et aux petits mammifères l’accès aux zones de captage des toits) et installation de crépines pour recueillir les feuilles dans les conduites d’admission des cuves.
     Il est recommandé de mettre en place des déflecteurs permettant d’empêcher les premières eaux de lavage, correspondant à la quantité d’eau tombée au début de la pluie et nécessaire au lavage du toit (20-25 litres), de pénétrer dans les cuves. Si l’on ne dispose pas de tels déflecteurs, il est possible d’utiliser une tuyauterie descendante que l’on peut mettre en place et retirer manuellement pour obtenir le même résultat. D’une manière générale, les eaux de surface doivent au moins être désinfectées et habituellement aussi être filtrées pour garantir leur salubrité sur le plan microbien. La première barrière consiste à minimiser à la source la contamination due à des déchets humains, à la présence de bétail ou à d’autres dangers. Il est d’autant moins nécessaire de s’appuyer sur le traitement ou la désinfection que la source d’eau est bien protégée. La protection de l’eau pendant le stockage et la fourniture aux consommateurs doit être assurée par la mise en place d’une enceinte autour des réseaux de distribution et de stockage. Cette directive s’applique à la fois aux réseaux canalisés fermés (partie 4.1.5) et à l’eau fournie par des vendeurs d’eau (partie 6.5). 
    Il est possible de protéger l’eau entreposée dans les habitations de la contamination en utilisant des récipients de stockage fermés ou d’autres types de récipient sûrs, dont la conception prévient l’introduction des mains, de louches ou d’autres sources externes de contamination. Pour lutter contre les dangers chimiques, on se fiera principalement à la sélection initiale des sources et on s’assurera de la qualité et des performances des produits chimiques servant au traitement, des matériaux et des dispositifs disponibles, y compris les réseaux de stockage de l’eau. Le document d’appui Water Safety Plans (partie 1.3) propose des modèles de plan de gestion de la salubrité de l’eau pour les types suivants d’approvisionnement en eau :
     − eaux souterraines provenant de forages protégés/puits équipés d’une pompe mécanique ; − traitement classique de l’eau ; − filtration comportant plusieurs étages ; − stockage et distribution par des réseaux canalisés gérés par le fournisseur ; − stockage et distribution par des réseaux canalisés gérés par la communauté ; − vendeurs d’eau ; – 78 – − eau véhiculée par des moyens de transport (avions, navires et trains) ; − puits à cuvelage dont l’eau est puisée manuellement ; − sources dont l’eau est recueillie manuellement ; − puits ordinaires protégés ; et − captages d’eau de pluie. Il existe aussi des recommandations concernant la manière de garantir la salubrité de l’eau pendant la collecte, le transport et le stockage domestiques de l’eau (voir le document d’appui Managing Water in the Home, partie 1.3). Ces recommandations, complétées par des programmes d’éducation à l’hygiène, participeront à la promotion de la santé en vue de réduire la charge de maladies véhiculées par l’eau.
     4.1.7 Validation La validation consiste à obtenir des éléments prouvant les performances des mesures de maîtrise des risques. Dans le cadre de ce processus, il convient de s’assurer que les données étayant le plan de gestion de la salubrité de l’eau (WSP) sont correctes, permettant ainsi de réaliser les objectifs d’ordre sanitaire. La validation des procédés de traitement est une opération destinée à prouver que ces procédés sont aptes à être exploités selon des conditions fixées. Elle peut s’effectuer au cours des études menées au stade pilote et/ou lors de la mise en service initiale d’un système de traitement de l’eau nouveau ou modifié. Elle offre aussi un outil utile pour optimiser les procédés de traitement. Dans une première étape du processus de validation, on considère les données déjà existantes. 
    Il s’agit notamment de données provenant de la littérature scientifique, des associations professionnelles, des entités administratives chargées de réglementer ou de légiférer et des organismes professionnels, ainsi que de données historiques et d’informations apportées par les fournisseurs. Ces données serviront de base pour définir les besoins en matière d’essais. La validation n’intervient pas dans la gestion quotidienne des approvisionnements en eau. Dans cette opération, il est donc possible d’utiliser des paramètres microbiens ne convenant pas à la surveillance opérationnelle et de tolérer un délai plus long pour le retour des résultats et des coûts supplémentaires pour le dosage des agents pathogènes.
     – 79 – La validation est un processus d’enquête destiné à déterminer l’efficacité d’une mesure de maîtrise des risques. C’est habituellement une opération de grande ampleur lors de la construction initiale ou de la réhabilitation d’un réseau. Elle fournit des informations sur l’amélioration ou le maintien de la qualité qui peuvent être obtenues de manière fiable, informations à prendre en compte de préférence à des valeurs hypothétiques dans l’évaluation du réseau et dans la définition de critères opérationnels permettant de garantir que cette mesure contribue à la maîtrise effective des dangers.

    4.1.8 Modernisation et amélioration L’évaluation du réseau d’eau de boisson peut révéler que les pratiques et les technologies appliquées ne permettent pas de garantir la salubrité de l’eau délivrée. Dans certains cas, il peut suffire d’examiner, de documenter et de formaliser ces pratiques et de traiter tous les domaines à améliorer. Dans d’autres, des modifications de grande ampleur des infrastructures peuvent s’imposer. Il convient de se baser sur l’évaluation du réseau pour élaborer un plan visant à répondre aux besoins identifiés pour une application intégrale du WSP. L’amélioration du réseau d’eau de boisson peut porter sur une large gamme d’aspects, tels que : − travaux d’équipement ; − formation ; − amélioration des procédures d’exploitation ; 
    − programmes de consultation des communautés ; − recherche et développement ; − mise au point des procès-verbaux d’incident ; et − communication et notification. Les plans de modernisation et d’amélioration peuvent comprendre des programmes à court terme (sur un an, par exemple) ou à long terme. Les améliorations à court terme peuvent porter par exemple sur la consultation des communautés et sur le développement de programmes de sensibilisation de ces communautés. Les projets de travaux d’équipement à long terme peuvent concerner des capacités de stockage de l’eau ou l’amélioration des opérations de coagulation et de filtration. La mise en oeuvre des plans d’amélioration peut avoir des conséquences budgétaires importantes et donc nécessiter une analyse détaillée et une définition soigneuse des priorités en fonction des résultats de l’évaluation des risques. Il convient de suivre la mise en oeuvre de ces plans pour avoir confirmation de la réalisation et de l’efficacité des améliorations. Les mesures de maîtrise des risques imposent souvent des dépenses considérables et les décisions relatives à l’amélioration de la qualité de l’eau ne peuvent être prises en faisant abstraction des autres aspects de l’approvisionnement en eau de boisson, dont le financement dépend des mêmes ressources limitées. Il faut donc définir des priorités et il est parfois nécessaire d’échelonner les améliorations sur une certaine durée.
     – 80 – 4.2 Surveillance opérationnelle et maintien de mesures de contrôle La surveillance opérationnelle évalue les résultats des mesures de maîtrise des risques à une fréquence appropriée. Cette fréquence est très variable : elle va du contrôle en ligne du chlore résiduel à la vérification trimestrielle de l’intégrité du muret entourant un puits. Pour le fournisseur d’eau de boisson, les objectifs de la surveillance opérationnelle sont de surveiller chacune des mesures de maîtrise des risques selon une fréquence permettant de gérer efficacement le réseau et de garantir la réalisation des objectifs d’ordre sanitaire. 
    4.2.1 Définition des mesures de maîtrise des risques à appliquer au réseau Le nombre et la nature des mesures de maîtrise des risques sont spécifiques du réseau concerné et dépendent du nombre et de la nature des dangers et de l’ampleur des risques correspondants. Ces mesures doivent être définies en fonction de la probabilité et des conséquences d’une perte de contrôle. Leur mise en oeuvre exige que certains critères opérationnels soient remplis, dont l’existence de : − paramètres de surveillance opérationnelle mesurables, pour lesquels il est possible de fixer des limites définissant l’efficacité sur le plan opérationnel d’une activité ;
     − paramètres de surveillance opérationnelle pouvant être suivis avec une fréquence suffisante pour révéler à temps les défaillances ; et − procédures pour guider les mesures correctives à appliquer en réponse à une déviation par rapport aux limites. 4.2.2 Choix des paramètres de surveillance opérationnelle Les paramètres choisis pour la surveillance opérationnelle doivent permettre d’évaluer l’efficacité de chacune des mesures de maîtrise des risques, fournir une indication en temps utile de leurs résultats, être facilement mesurables et offrir la possibilité d’une réponse adéquate. Comme exemples de paramètres de surveillance opérationnelle, on peut mentionner des variables mesurables comme les résidus de chlore, le pH et la turbidité, ou des facteurs observables, tels que l’intégrité des grilles de protection contre les animaux indésirables. Les agents pathogènes et les bactéries indicatrices sont assez peu utilisés pour la surveillance opérationnelle, car le temps pris pour traiter et analyser les échantillons d’eau ne permet pas de procéder à des ajustements au niveau de l’exploitation avant la fourniture de l’eau au consommateur. La surveillance opérationnelle peut faire appel à divers paramètres : 
    • Dans le cas des sources d’eau : turbidité, pouvoir absorbant à l’égard des UV, croissance algale, débit et temps de séjour, couleur, conductivité et événements météorologiques locaux notamment (voir les documents d’appui Protecting Surface Waters et Protecting Groundwaters for Health, partie 1.3). • S’agissant du traitement : concentration de désinfectant et temps de contact, intensité du rayonnement UV, pH, pouvoir absorbant à l’égard de la lumière, intégrité des membranes, turbidité et couleur (voir document d’appui Water Treatment and Pathogen Control, partie 1.3). 
     – 81 – • Dans le cas des réseaux de distribution canalisés, les paramètres de surveillance opérationnelle peuvent être notamment les suivants : − La surveillance du chlore résiduel fournit une indication rapide des problèmes qui conditionnent la mesure des paramètres microbiens. La disparition soudaine d’un résidu stable jusqu’alors peut être le signe de la pénétration d’un polluant. Il est aussi possible que les difficultés pour maintenir les teneurs résiduelles en certains points du réseau ou la disparition progressive de ces teneurs traduisent une forte demande en oxydant de la part de l’eau ou du réseau de tuyauteries, résultant du développement de bactéries. − La mesure du potentiel d’oxydoréduction (ou potentiel redox) peut aussi être utilisée pour surveiller l’efficacité de la désinfection pendant le fonctionnement du réseau. Il est possible de définir un niveau minimum de ce potentiel garantissant une désinfection efficace. Cette valeur doit être déterminée au cas par cas, dans la mesure où l’usage de valeurs universellement applicables ne peut être recommandé. Il est hautement souhaitable de procéder à d’autres recherches et évaluations concernant l’utilisation du potentiel redox comme technique de surveillance opérationnelle. 
    − On utilise aussi couramment, comme paramètre de surveillance opérationnelle, la présence ou l’absence de bactéries indicateurs fécaux. Néanmoins, il existe des agents pathogènes plus résistants à la désinfection par le chlore que l’indicateur le plus fréquemment employé, E. coli, ou des coliformes thermotolérants. Par conséquent, la présence de bactéries indicateurs fécaux plus résistantes (entérocoques intestinaux, par exemple), de spores de Clostridium perfringens ou de coliphages peut constituer un paramètre de surveillance opérationnelle plus approprié dans certaines circonstances. − La présence d’une bactérie hétérotrophique dans un approvisionnement peut constituer un indicateur utile de modifications telles que l’augmentation du potentiel de développement microbien, l’activité accrue du biofilm, le prolongement des temps de séjour ou de la stagnation de l’eau ou une atteinte à l’intégrité du réseau. Le nombre de bactéries hétérotrophiques présentes dans un approvisionnement peut refléter la présence de larges surfaces de contact dans le système de traitement, telles que des filtres en ligne par exemple, et constituer un indicateur direct de l’état du réseau de distribution (voir le document d’appui Heterotrophic Plate Counts and Drinkingwater Safety, partie 1.3). 
    − La mesure de la pression et la turbidité sont aussi des paramètres de surveillance opérationnelle utiles pour les réseaux de distribution canalisés. On dispose de recommandations pour gérer l’exploitation et la maintenance d’un réseau de distribution (voir document d’appui Safe Piped Water, partie 1.3), qui prévoient notamment la mise au point d’un programme de surveillance de la qualité de l’eau et d’autres paramètres tels que la pression. Le Tableau 4.4 renferme des exemples de paramètres de surveillance opérationnelle. 
     – 82 – Tableau 4.4 Exemples de paramètres de surveillance opérationnelle utilisables pour suivre les mesures de maîtrise des risques Paramètre opérationnel Eau brute Coagulation Sédimentation Filtration Désinfection Réseau de distribution pH 3 3 3 3 Turbidité (ou comptage des particules) 3 3 3 3 3 3 Oxygène dissous 3 Fleuve/rivière 3 Précipitations 3 Couleur 3 Conductivité (matières solides dissoutes totales ou TDS) 3 Carbone organique 3 3 Algues, toxines algales et métabolites Dosage chimique 3 3 Débit 3 3 3 3 Charge nette 3 Valeur du courant d’écoulement 3 Perte de charge 3 Cta 3 Résidu de désinfectant 3 3 Potentiel d’oxydoréduction (redox) 3 Sous-produits de désinfection 3 3 Pression hydraulique 3 a Ct = Concentration de désinfectant x temps de contact. 
    4.2.3 Etablissement de limites opérationnelles et critiques Les mesures de maîtrise des risques imposent la fixation de limites définissant un fonctionnement acceptable, appelées limites opérationnelles, qui s’appliquent aux paramètres de surveillance opérationnelle. Il convient de définir des limites opérationnelles pour les paramètres concernés par chaque mesure de maîtrise des risques. Si la surveillance indique un dépassement des limites opérationnelles, des mesures correctives prédéterminées (voir partie 4.4) doivent être mises en oeuvre. La détection de la déviation et l’application de la ou de(s) mesure(s) corrective(s) doivent être possibles dans un délai suffisamment court pour que les performances et la salubrité de l’eau puissent être maintenues. Pour certaines mesures de maîtrise des risques, il peut être nécessaire de définir une deuxième série de « limites critiques », en dehors desquelles il serait impossible d’avoir confiance dans la salubrité de l’eau. Les écarts par rapport à ces limites critiques exigent habituellement une intervention urgente, dont la notification immédiate à l’autorité sanitaire. Les limites opérationnelles et critiques peuvent être des limites supérieures, des limites inférieures ou encore être constituées d’une série, ou « enveloppe », de mesures de performances. 
    4.2.4 Réseaux communautaires et domestiques non canalisés En général, il ne faut pas utiliser l’eau de surface ou l’eau soutirée à faible profondeur comme source d’eau de boisson sans protection ou traitement sanitaires. 

     – 83 – La surveillance des sources d’eau (y compris les cuves d’eau de pluie) par des exploitants appartenant à la communauté ou par des ménages imposera généralement une inspection sanitaire périodique. Les formulaires d’inspection sanitaire employés doivent être compréhensibles et faciles à utiliser et se présenter, par exemple, sous forme illustrée. Il est préférable que les facteurs de risque pris en compte se rapportent aux activités qui sont sous le contrôle de l’exploitant et susceptibles d’influer sur la qualité de l’eau. Les liens entre les résultats de la surveillance opérationnelle et les mesures à prendre doivent être clairs et une formation à ce sujet sera nécessaire. Les exploitants doivent également procéder à des évaluations physiques régulières de l’eau, notamment après des précipitations abondantes, pour surveiller l’éventuelle apparition d’une quelconque variation notable de la qualité de l’eau (changements de couleur, d’odeur ou de turbidité, par exemple). Il est rare que l’eau provenant de sources communautaires (telles que des forages, des puits ou des sources) ou que la collecte d’eau de pluie réalisée par les ménages soient traitées. Si toutefois un traitement est appliqué, une surveillance opérationnelle est recommandée. Collecte, transport et stockage de l’eau à domicile Le ménage est responsable de la préservation de la qualité de l’eau pendant la collecte et le transport manuel de cette eau. Ces opérations exigent l’application de bonnes pratiques d’hygiène, dont l’acquisition doit être facilitée par une éducation dans ce domaine. Les programmes d’éducation à l’hygiène doivent apporter aux ménages et aux communautés des compétences leur permettant de surveiller et de prendre en charge l’hygiène de l’eau qu’ils utilisent. Le traitement de l’eau à domicile a fait les preuves de son efficacité dans l’obtention de progrès en santé publique. 
    La surveillance des procédés de traitement dépend spécifiquement de la technologie employée. Lors de l’introduction d’un traitement de l’eau à domicile, il est essentiel de fournir des informations (et si nécessaire une formation) aux utilisateurs pour s’assurer qu’ils ont intégré les exigences de base concernant la surveillance opérationnelle. 4.3 Vérification Outre la surveillance opérationnelle des performances des différents composants du réseau d’eau de boisson, il faut procéder à une vérification finale pour s’assurer que le fonctionnement du réseau dans son ensemble ne présente pas de risque. Cette vérification peut être opérée par le fournisseur, par une autorité indépendante ou par l’un et l’autre, selon le régime administratif auquel le réseau est soumis dans le pays concerné. 

    Elle comprend habituellement la recherche d’organismes indicateurs de contamination fécale et de produits chimiques dangereux. La vérification fournit un contrôle final de la sécurité de la chaîne d’approvisionnement en eau de boisson dans sa globalité. Elle peut être effectuée par l’organisme de surveillance et/ou faire partie du contrôle de la qualité assuré par le fournisseur. Sous l’aspect microbien, la vérification consiste habituellement à rechercher des bactéries indicateurs de contamination fécale dans l’eau traitée et dans l’eau délivrée. S’agissant de la sécurité chimique, la recherche des produits chimiques préoccupants peut s’effectuer en fin de traitement, au niveau de la distribution ou au point de consommation (en fonction des variations de concentration susceptibles d’intervenir dans le cadre de la distribution). Les sous-produits de désinfection les plus courants et dont la concentration est souvent la plus forte dans l’eau de boisson sont les trihalométhanes (THM) et les acides haloacétiques (HAA). Dans nombre de – 84 – cas, ces composés peuvent aussi permettre de mesurer indirectement la concentration d’une grande variété de sous-produits de désinfection chlorés apparentés. Les fréquences de prélèvement doivent être fixées en fonction de l’arbitrage entre les bénéfices et les coûts associés à l’obtention d’informations supplémentaires. Elles dépendent habituellement de la population desservie ou du volume d’eau fourni, car elles doivent correspondre à l’augmentation du risque humain. La fréquence de détermination des différentes caractéristiques sera fonction de leur variabilité. Les prélèvements et les analyses devront être plus fréquents pour les agents microbiens que pour les composants chimiques.
     En effet, même des épisodes brefs de contamination microbienne peuvent déclencher directement des maladies chez les consommateurs, tandis qu’en l’absence d’événement spécifique (surdosage chimique dans une installation de traitement, par exemple), les épisodes de contamination chimique susceptibles d’entraîner un problème de santé aigu sont rares. Les fréquences d’échantillonnage de l’eau quittant le traitement dépendent de la qualité de l’eau de source et du type de traitement. 
    4.3.1 Vérification de la qualité microbienne La vérification de la qualité microbienne de l’eau des approvisionnements doit être conçue de manière à maximiser la probabilité de détecter une contamination. L’échantillonnage doit donc tenir compte des variations potentielles de la qualité de l’eau dans la distribution. Il faudra donc normalement prendre en considération les endroits et les moments associés à une probabilité de contamination accrue.
     La contamination fécale ne se répartit pas uniformément au sein d’un réseau de distribution canalisé. Dans les réseaux distribuant une eau de bonne qualité, ce phénomène réduit considérablement la probabilité de détecter des bactéries indicateurs fécaux dans le relativement petit nombre d’échantillons recueillis. Il est possible d’accroître la probabilité de détecter une contamination dans les réseaux où la recherche d’indicateurs fécaux bactériens donne principalement des résultats négatifs en recourant plus fréquemment à des tests du type présence/absence (P/A). De tels tests peuvent s’avérer plus simples, plus rapides et moins onéreux que les méthodes quantitatives. Les études comparant ces deux types de méthodes montrent que les tests présence/absence permettent d’atteindre une détection maximale des indicateurs fécaux bactériens. Néanmoins, les tests P/A ne conviennent que pour les réseaux où la majorité des analyses recherchant la présence d’indicateurs donne des résultats négatifs. Plus la fréquence d’analyse de l’eau pour détecter une éventuelle contamination fécale est grande, plus la détection d’une contamination est probable. Il est plus utile de procéder à des examens fréquents utilisant une méthode simple qu’à des examens moins fréquents recourant à un test complexe ou à une série de tests. La nature et la probabilité de la contamination peuvent varier en fonction des saisons, des précipitations et d’autres conditions locales. L’échantillonnage devrait normalement être aléatoire, mais les prélèvements devront être plus nombreux en période d’épidémie, d’inondation ou de crise, ou encore en cas d’interruption de l’approvisionnement ou de travaux de réparation. 
    4.3.2 Vérification de la qualité chimique Les aspects à considérer dans la mise au point de la vérification chimique incluent la disponibilité de moyens d’analyse appropriés, le coût des analyses, l’éventuelle dégradation des échantillons, la stabilité du polluant, la présence probable du polluant dans divers approvisionnements, le point le plus approprié pour la surveillance et la fréquence de prélèvement. Pour un produit chimique donné, le lieu et la fréquence du prélèvement seront déterminés en fonction de ses principales sources (voir Chapitre 8) et de la variabilité de sa présence. Les substances dont la – 85 – concentration ne varie pas notablement au cours du temps exigent un échantillonnage moins fréquent que celles dont la concentration fluctue de manière importante. Dans nombre de cas, un prélèvement d’eau de source une fois par an, ou même moins fréquemment, notamment pour des eaux souterraines stables, peut suffire lorsque les concentrations des substances d’origine naturelle sources de préoccupations varient très lentement au cours du temps. Les eaux de surface ont tendance à présenter des caractéristiques plus variables et nécessitent un grand nombre de prélèvements, selon le polluant présent et son importance. 

    Les points des prélèvements dépendront des caractéristiques en termes de qualité de l’eau examinée. Un prélèvement au niveau de l’installation de traitement ou en amont du réseau de distribution peut suffire pour les constituants dont la concentration ne fluctue pas pendant la distribution. Cependant, pour ceux dont la concentration est susceptible de varier au cours de la distribution, il convient d’effectuer les prélèvements en fonction du comportement et/ou de la source de la substance en cause. Les prélèvements doivent notamment être réalisés en des points proches des extrémités du réseau de distribution et des piquages desservant directement les habitations et les bâtiments abritant un grand nombre d’occupants. Le plomb, par exemple, doit être dosé au niveau des piquages alimentant les consommateurs, car les sources de plomb sont habituellement les branchements ou les installations de plomberie des bâtiments. Le document d’appui Chemical Safety of Drinking-water (partie 1.3) renferme des informations supplémentaires à ce sujet. 4.3.3 Sources d’eau L’analyse des sources d’eau est particulièrement importante en l’absence de traitement de l’eau. Elle est également utile après une défaillance du procédé de traitement ou dans le cadre de l’investigation d’une flambée de maladies véhiculées par l’eau. La fréquence des analyses dépendra de la raison motivant les prélèvements. Les analyses peuvent s’effectuer : − sur une base régulière (la fréquence des analyses de contrôle dépendra de plusieurs facteurs, dont la taille de la communauté desservie, la fiabilité de la qualité de l’eau/le degré de traitement et la présence de facteurs de risque locaux) ; − sur une base occasionnelle (par exemple de manière aléatoire ou lors des visites des approvisionnements en eau de boisson gérés par des communautés) ; et − plus fréquemment après une dégradation de la qualité de l’eau de source résultant d’incidents prévisibles, de situations de crise ou d’événements non prévus, considérés comme susceptibles d’augmenter le risque de percée de contamination (après une inondation ou des déversements en amont). Avant la mise en service d’un nouvel approvisionnement en eau de boisson, il convient de procéder à une longue série d’analyses, portant notamment sur des paramètres identifiés comme potentiellement présents d’après l’examen des données provenant de fournisseurs similaires ou d’une évaluation des risques concernant la source. 
    4.3.4 Réseaux de distribution canalisés Le choix des points de prélèvement dépend de l’approvisionnement en eau concerné. La nature du risque en matière de santé publique posé par les agents pathogènes et par une éventuelle contamination de l’ensemble des réseaux de distribution implique que la collecte des échantillons en vue d’une analyse microbienne (et d’une mesure des paramètres associés, tels que le chlore résiduel) s’effectue généralement fréquemment et à – 86 – partir de points de prélèvement dispersés. Il est nécessaire de choisir avec soin les points et la fréquence de prélèvement pour les constituants chimiques provenant des matériaux constituant les canalisations et les éléments de plomberie, et dont la présence n’est pas maîtrisée par une régulation directe, et pour ceux dont la distribution évolue, tels que les THM. 
    Les nombres minimaux de prélèvements recommandés pour le contrôle de la qualité microbienne de l’eau de boisson sont indiqués dans le Tableau 4.5. La mise en oeuvre d’un échantillonnage aléatoire stratifié dans les réseaux de distribution s’est révélée efficace.
     4.3.5 Vérification des approvisionnements gérés par des communautés Pour évaluer correctement les performances d’un réseau d’eau de boisson communautaire, il faut prendre en compte un certain nombre de facteurs. Certains pays, qui ont développé des stratégies nationales pour la surveillance et le contrôle de la qualité des réseaux d’eau de boisson, ont adopté des indicateurs de service quantitatifs (qualité, quantité, accessibilité, couverture, disponibilité et continuité, par exemple), destinés à être appliqués à un niveau communautaire, régional ou national. La pratique usuelle consisterait à inclure parmi ces mesures celles des paramètres critiques pour la qualité microbienne (normalement E. coli, chlore, turbidité et pH) et pour l’inspection sanitaire à effectuer. Les méthodes utilisées pour ces tests doivent être standardisées et approuvées. Il est recommandé de valider les kits de tests sur site sous l’angle des performances par rapport à des méthodes de référence ou standard et agréées pour la réalisation d’analyses de contrôle. Pris dans leur ensemble, les indicateurs de service fournissent une base pour la définition d’objectifs à l’intention des approvisionnements en eau de boisson communautaires.
     Ils servent de guide quantitatif pour juger de l’adéquation des approvisionnements et fournissent aux consommateurs une mesure objective de la qualité du service global et ainsi du degré de protection apporté en matière de santé publique. Tableau 4.5 Nombres d’échantillons minimaux recommandés pour le dosage des indicateurs fécaux dans les réseaux de distribution a Population Nombre total d’échantillons par an Sources ponctuelles Échantillonnage échelonné de l’ensemble des sources sur des cycles de 3 à 5 ans (au maximum) Approvisionnements canalisés <5000 12 5000-100 000 12 pour 5000 habitants >100 000-500 000 12 pour 10 000 habitants + 120 prélèvements supplémentaires >500 000 12 pour 100 000 habitants + 180 prélèvements supplémentaires a Dans le cadre de la surveillance opérationnelle et de la surveillance effectuée en vue de la vérification, il convient d’analyser plus fréquemment des paramètres tels que la concentration de chlore, la turbidité et le pH. Les analyses et les inspections sanitaires périodiques des approvisionnements en eau de boisson communautaires doivent habituellement être effectuées par l’organisme de surveillance et doivent évaluer les dangers microbiologiques et les produits chimiques connus comme problématiques (voir aussi le Chapitre 5). Il est peu probable que la communauté ait la capacité de réaliser un échantillonnage fréquent et l’une des solutions peut donc consister en un programme de visites échelonné visant à s’assurer que chaque approvisionnement est visité une fois tous les 3 à 5 ans. L’objectif principal est de fournir des informations utilisables pour la planification stratégique et l’élaboration de politiques plutôt que d’évaluer la conformité des différents approvisionnements en eau de boisson. Il est recommandé de procéder à l’analyse complète de la qualité chimique de la totalité des sources au moins une fois avant la mise en service de l’approvisionnement et de préférence tous les 3 à 5 ans par la suite. – 87 – Des conseils à propos de la conception des programmes d’échantillonnage et de la fréquence de prélèvement sont fournis dans les normes ISO (Tableau 4.6). 4.3.6 Assurance et contrôle de la qualité Il convient de mettre en oeuvre des procédures d’assurance et de contrôle analytique de la qualité appropriées pour l’ensemble des activités liées à la production de données concernant la qualité de l’eau de boisson. De telles procédures permettront de garantir que ces données conviennent à l’usage qui en sera fait – en d’autres termes, que les résultats obtenus sont suffisamment corrects.
     L’adéquation des données à leur usage sera définie dans le programme de surveillance de la qualité de l’eau, qui comprendra une déclaration concernant l’exactitude et la précision des données. En raison de la grande diversité des substances, des méthodes, des équipements et des exigences en matière d’exactitude pouvant intervenir dans la surveillance de l’eau de boisson, de nombreux aspects particuliers et pratiques du contrôle de la qualité analytique de l’eau sont concernés. Ils ne sont pas abordés dans cette publication. La conception et la mise en oeuvre d’un programme d’assurance de la qualité à l’intention des laboratoires d’analyse sont exposées en détail dans Water Quality Monitoring (Bartram & Ballance, 1996). Le chapitre concerné s’inspire de la norme ISO 17025:2000 Prescriptions générales concernant la compétence des laboratoires d’étalonnage et d’essai, qui fournit un cadre pour la gestion de la qualité dans les laboratoires d’analyse. Tableau 4.6 Normes de l’Organisation internationale de Normalisation (ISO) relatives à la qualité de l’eau et fournissant des recommandations concernant l’échantillonnage Norme Iso N° Titre (qualité de l’eau) 5667-1:1980 Échantillonnage 
    – Partie 1 : Guide général pour l’établissement des programmes d’échantillonnage 5667-2:1991 Échantillonnage – Partie 2 : Guide général sur les techniques d’échantillonnage 5667-3:1994 Échantillonnage – Partie 3 : Guide général pour la conservation et la manipulation des échantillons (en révision) 5667-4:1987 Échantillonnage – Partie 4 : Guide pour l’échantillonnage des lacs naturels et des lacs artificiels 5667- 5:1991 Échantillonnage – Partie 5 : Guide pour l’échantillonnage de l’eau potable et de l’eau utilisée dans l’industrie alimentaire et des boissons 5667-6:1990 Échantillonnage – Partie 6 : Guide pour l’échantillonnage des rivières et des cours d’eau 5667-13:1997 Échantillonnage – Partie 13 : Guide pour l’échantillonnage des boues provenant d’installations de traitement de l’eau et des eaux usées 5667-14:1998 Échantillonnage
     – Partie 14 : 
    Lignes directrices pour le contrôle de la qualité dans l’échantillonnage et la manutention des eaux environnementales 5667-16:1998 Échantillonnage – Partie 16 : Lignes directrices pour les essais biologiques des échantillons 5668-17:2000 Échantillonnage – Partie 17 : Lignes directrices pour l’échantillonnage des sédiments en suspension 13530:1997 Qualité de l’eau : guide de contrôle analytique pour l’analyse de l’eau 
    – 4.4 Méthodes de gestion des réseaux de distribution canalisés Une gestion efficace implique la définition de mesures à prendre pour répondre aux variations intervenant en conditions de fonctionnement normales et à des situations d’« incident » spécifiques, pouvant donner lieu à une perte de contrôle du réseau, ainsi que de procédures à suivre dans les situations imprévues ou de crise. La consignation de ces procédures de gestion doit s’effectuer en parallèle avec l’évaluation du réseau, l’application des plans de surveillance et des programmes de soutien et la communication nécessaire pour garantir un fonctionnement sans risque du réseau. Une grande part du plan de gestion portera sur la description des mesures à prendre pour répondre à une variation « normale » des paramètres de surveillance opérationnelle afin de maintenir un fonctionnement optimal lorsque ces paramètres atteignent les limites de fonctionnement. Toute déviation importante dans le cadre de la surveillance opérationnelle (ou au cours de la vérification) correspondant au dépassement d’une limite critique est appelée « incident ». Un incident désigne toute situation dans laquelle il existe une raison de suspecter que l’eau distribuée et destinée à la boisson puisse être, ou puisse devenir, insalubre (c’est-à-dire qu’on a perdu confiance dans la salubrité de l’eau). Un plan de gestion de salubrité de l’eau doit définir des procédures de gestion permettant de répondre aux incidents prévisibles, ainsi qu’aux incidents imprévisibles et aux situations de crise. Parmi les événements déclencheurs sources d’incidents, on peut mentionner : 
    − le non-respect des critères de surveillance opérationnelle ; − les performances insatisfaisantes d’une station d’épuration dont les effluents sont déchargés dans l’eau de source ; − le déversement de substances dangereuses dans l’eau de source ; − la défaillance de l’alimentation électrique d’une mesure de contrôle essentielle ; − de très fortes précipitations dans la zone de captage ; − la détection d’une valeur inhabituellement élevée de la turbidité (eau de source ou traitée) ; − un goût, une odeur ou un aspect inhabituels de l’eau ; − la détection de paramètres indicateurs microbiens, y compris des densités anormalement élevées d’indicateurs fécaux (dans l’eau de source ou l’eau traitée) ou d’agents pathogènes (eau de source) ; et − la déviation de certains indicateurs de santé publique ou une flambée de maladies pour lesquelles on suspecte l’eau de jouer le rôle de vecteur. Les plans de riposte en cas d’incident sont susceptibles de prévoir plusieurs niveaux d’alerte, pouvant aller des signaux d’avertissement précoces et mineurs, ne requérant pas plus qu’une investigation supplémentaire, à la situation de crise. Les situations de crise sont susceptibles de requérir, outre les ressources du fournisseur d’eau de boisson, celles d’autres organismes, notamment des autorités sanitaires publiques. Les plans de riposte en cas d’incident prévoient habituellement : 
    − l’indication précise des responsabilités et des cordonnées des personnes clés (impliquant souvent plusieurs individus et organismes) ; − la liste des indicateurs mesurables et des conditions ou valeurs limites qui déclencheraient un incident, ainsi qu’une échelle des niveaux d’alerte ; − la description claire des mesures nécessaires pour répondre aux alertes ; − le lieu de mise en oeuvre et la nature des modes opératoires normalisés et les équipements nécessaires ; − l’emplacement des équipements de secours ; 
    − les informations logistiques et techniques pertinentes ; et − les listes de contrôle et les guides de référence rapides. L’application de ce plan peut s’imposer dans un délai très court, ce qui nécessite des équipes de secours, des systèmes de communication efficaces, ainsi qu’une formation et une documentation actualisées. Le personnel doit être entraîné à l’application des mesures de riposte afin de pouvoir gérer efficacement les incidents et/ou les situations de crise. Les plans de riposte en cas d’incident ou de crise doivent périodiquement faire l’objet de révisions et d’exercices. Il est ainsi possible de parfaire le degré de préparation et de renforcer l’efficacité de ces plans avant qu’une situation de crise intervienne. Après tout incident ou toute situation de crise, il faut procéder à une enquête impliquant tout le personnel concerné. Cette enquête doit s’efforcer de répondre aux questions suivantes : • Quelle a été la cause du problème ?
     • Comment le problème a-t-il été identifié ou reconnu au premier abord ? • Quelles sont les mesures à prendre les plus importantes ? • Quels problèmes de communication a-t-on rencontrés et comment y a-t-on répondu ?
     • Quelles ont été les conséquences immédiates et à long terme ? • Comment le plan de riposte en cas de crise a-t-il fonctionné ? Il convient également d’établir une documentation et une notification de l’incident ou de la situation de crise. 
    L’organisme doit tirer de cet incident ou de cette situation le plus d’enseignements possible, afin d’améliorer le degré de préparation et de planification des incidents futurs. L’étude de cet incident ou de cette situation peut faire apparaître la nécessité de modifier certains aspects des protocoles existants. L’élaboration de procédures claires, la définition des responsabilités et la mise en place d’équipements pour l’échantillonnage et le stockage de l’eau en cas d’incident seront éventuellement utiles à un suivi épidémiologique ou à d’autres types d’investigation. L’échantillonnage et le stockage de l’eau à un stade précoce après la suspicion de survenue d’un incident doivent faire partie du plan de riposte.
     4.4.1 Incidents prévisibles (« déviations ») Nombre d’incidents (dépassement d’une limite critique, par exemple) sont prévisibles et les plans de gestion peuvent donc spécifier des mesures à prendre en réponse. Ces mesures peuvent comprendre, par exemple, un changement temporaire de source d’eau (si cela est possible), une augmentation de la dose coagulante, la mise en oeuvre d’une désinfection de secours ou un accroissement des concentrations de désinfectants dans les réseaux de distribution.
     4.4.2 Evénements imprévus Certains scénarios conduisant à considérer l’eau comme potentiellement insalubre peuvent ne pas avoir été spécifiquement identifiés dans les plans de riposte en cas d’incident. Il peut en être ainsi parce que les événements en cause n’ont pas été prévus ou parce qu’ils ont été jugés trop improbables pour justifier l’élaboration détaillée de mesures correctives. Pour prendre en compte ce type d’événement, il convient de mettre au point un plan général de riposte en cas d’incident. 
    Ce plan devra fournir des conseils généraux pour identifier et traiter des incidents, en complément de recommandations spécifiques sur les réponses à apporter à un grand nombre de types d’incident. Le plan général de riposte en cas d’incident, définissant les responsabilités du personnel et des critères de classement des incidents par catégories, prévoira un protocole d’évaluation et de notification des incidents. Exemples de critères de classement par catégories : 
    − instant où l’incident se produit ; − population touchée ; et − nature du danger mis en cause. Le succès des ripostes générales en cas d’incident dépend de l’expérience, de la capacité de jugement et des compétences du personnel exploitant et gérant le réseau d’eau de boisson. Néanmoins, il est possible d’intégrer au plan général de riposte en cas d’incident des interventions courantes communes au dispositif de réponse à de nombreux incidents. Dans le cas des réseaux canalisés par exemple, des modes opératoires normalisés pour la vidange en situation de crise peuvent être mis au point et testés en vue de leur application dans le cas où un réseau canalisé doit être vidangé de l’eau contaminée qu’il contient. De même, on peut élaborer, tester et intégrer aux plans des modes opératoires normalisés pour permuter ou court-circuiter rapidement des réservoirs. La mise au point de telles « trousses à outils » d’éléments d’appui limite la probabilité d’erreur et accélère les ripostes lors des incidents.
     4.4.3 Situations de crise Les fournisseurs d’eau doivent élaborer des plans à mettre en oeuvre en situation de crise. Ces plans doivent prendre en compte les catastrophes naturelles (séismes, inondations, dommages causés aux équipements électriques par la foudre), les accidents (déversements dans le bassin hydrologique, par exemple), les dommages affectant l’installation de traitement ou le réseau de distribution et les interventions humaines (grèves, sabotages, par exemple), susceptibles de se produire. Les plans de riposte en situation de crise doivent clairement spécifier les responsabilités en matière de coordination des mesures à prendre, définir un plan de communication pour alerter et informer les utilisateurs de l’eau ainsi que des plans prévoyant la mise en place et la distribution d’approvisionnements de secours en eau de boisson. – 91 – Ces plans doivent être mis au point en consultation avec les autorités de réglementation concernées et autres organismes clés et ne doivent pas être en contradiction avec les dispositions de riposte aux situations de crise nationales et locales. Ils doivent notamment traiter des principaux aspects suivants :

     − mesures de riposte, y compris le renforcement de la surveillance ; − responsabilités et autorités internes et externes à l’organisme ; − plans pour la mise en place d’approvisionnements en eau de boisson de secours ; − protocoles et stratégies de communication, y compris les procédures de notification (internes, ainsi qu’avec les organismes chargés de la réglementation, les médias et le public) ; et 

    − mécanismes visant à renforcer la surveillance sanitaire de la population. Les plans de riposte en situation de crise et en cas d’événement imprévu impliquant des microbes ou des produits chimiques doivent aussi comprendre des éléments de base permettant de formuler des recommandations quant à la nécessité de faire bouillir l’eau ou d’éviter son utilisation. Ces recommandations doivent viser l’intérêt public et le service de conseil est habituellement géré par les autorités de santé publique. La décision de fermer un approvisionnement en eau de boisson est liée à l’obligation de fournir un approvisionnement sain de remplacement et se justifie rarement en raison des effets préjudiciables, en particulier pour la santé, d’une restriction de l’accès à l’eau. Les présentes Directives exposent les mesures spécifiques à prendre en cas d’écart par rapport à une directive ou en situation de crise dans les parties 7.6 (dangers microbiologiques) et 8.6 (dangers chimiques). Les exercices de crise jouent un rôle important dans le maintien d’une bonne préparation aux situations de crise. Pour un approvisionnement en eau donné, ils aident à déterminer les mesures susceptibles d’être prises dans différentes circonstances. Les mesures à arrêter en situation de crise sont évoquées également dans les parties 6.2, 7.6 et 8.6. 4.4.4 Préparation d’un plan de surveillance Il convient de mettre au point des programmes pour la surveillance opérationnelle et la surveillance en vue de la vérification et de les intégrer à un plan de gestion de la salubrité de l’eau, définissant en détail les stratégies et les procédures à suivre pour surveiller les divers aspects des réseaux d’eau de boisson. Ces plans de surveillance doivent être soigneusement documentés et contenir les informations suivantes :
     − paramètres à surveiller ; 
    − points et fréquence d’échantillonnage ou d’évaluation ; − méthodes et matériel d’échantillonnage ou d’évaluation ; − calendriers d’échantillonnage ou d’évaluation ; − méthodes utilisées pour l’assurance de la qualité et la validation des résultats ; − besoins en matière de vérification et d’interprétation des résultats ; − responsabilités et qualifications requises pour le personnel ; − besoins en matière de documentation et de gestion des dossiers, et notamment modalités d’enregistrement et de conservation des résultats ; et 
     − besoins en matière de notification et de communication des résultats. 4.4.5 Programmes d’appui Nombre de mesures sont importantes pour garantir la salubrité de l’eau de boisson, mais n’influent pas directement sur la qualité de celle-ci et ne constituent donc pas des mesures de maîtrise des risques. Elles entrent dans le cadre des « programmes d’appui » et doivent aussi figurer dans le plan de gestion de la salubrité de l’eau. Les mesures importantes pour garantir la salubrité de l’eau de boisson, mais qui n’ont pas d’influence directe sur la qualité de celle-ci, relèvent de ce qu’on appelle les programmes d’appui. Ces programmes d’appui peuvent prévoir : − le contrôle des accès aux installations de traitement, aux captages et aux réservoirs, ainsi que la mise en oeuvre de mesures de sécurité appropriées, visant à prévenir l’introduction de dangers par des personnes pénétrant dans l’eau de source ; − la mise au point de protocoles de vérification concernant l’utilisation de produits chimiques et de matériaux dans l’approvisionnement en eau de boisson – par exemple pour s’assurer que les fournisseurs sollicités participent à des programmes d’assurance de la qualité ;
     − l’utilisation d’équipements conçus pour faire face aux ruptures de canalisations (ces équipements doivent, par exemple, être destinés uniquement aux travaux sur réseau d’eau potable et non aux travaux concernant les égouts) ; et − des programmes de formation et d’éducation à l’intention du personnel participant aux activités susceptibles d’influer sur la salubrité de l’eau de boisson. Cette formation doit être dispensée dans le cadre des programmes de préparation et être fréquemment mise à jour. Les programmes d’appui seront presque exclusivement constitués de dispositions que les fournisseurs et les vendeurs d’eau de boisson appliquent ordinairement déjà en fonctionnement normal. Dans la plupart des cas, la mise en oeuvre de ces programmes suppose : 
    − la confrontation des pratiques existantes en matière d’exploitation et de gestion ; − un examen initial, suivi de réexamens périodiques et de mises à jour de ces pratiques, en vue de leur amélioration continue ; − la promotion de bonnes pratiques visant à encourager leur application ; et 
    − une audit des pratiques visant à vérifier qu’elles sont effectivement appliquées, prévoyant la prise de mesures correctives dans les cas de non-conformité. Les codes de bonnes pratiques d’exploitation, de gestion et d’hygiène du travail sont des éléments essentiels des programmes d’appui. Ils sont souvent pris en compte dans les modes opératoires normalisés. Ils couvrent les points suivants, sans que cette liste soit limitative :
     − pratiques d’hygiène du travail ; – 93 – − attention portée à l’hygiène personnelle ; − formation et compétences du personnel intervenant dans l’approvisionnement en eau de boisson ; − outils de gestion des actions du personnel, telles que la participation à un système d’assurance de la qualité ; − assurance de l’engagement des acteurs, à tous les niveaux, dans la fourniture de l’eau de boisson ; − éducation des communautés dont les activités peuvent influer sur la qualité de l’eau ; − étalonnage du matériel de surveillance ; et
     − tenue des registres. La comparaison, à travers l’examen par des pairs, le « benchmarking » et l’échange de personnel ou de documents, d’une série de programmes d’appui avec ceux dont bénéficient d’autres fournisseurs peut stimuler la production d’idées pour améliorer les pratiques. Les programmes d’appui peuvent être de grande ampleur, être modifiés et impliquer plusieurs organismes et individus. Nombre d’entre eux font intervenir des mesures de protection des ressources en eau et couvrent habituellement des aspects relatifs à la maîtrise de l’utilisation des terres. Certaines mesures de protection des ressources en eau sont de nature technique, telles que les procédés de traitement des effluents et les pratiques de gestion des eaux de ruissellement, qui peuvent être utilisées comme mesures de maîtrise des risques. 4.5 Gestion des approvisionnements communautaires et domestiques Dans le monde entier, les approvisionnements communautaires en eau de boisson sont plus fréquemment contaminés que les approvisionnements en eau de boisson desservant une population plus importante, ont davantage tendance à fonctionner de manière discontinue (ou de manière intermittente) et subissent plus souvent des pannes ou des défaillances. Pour s’assurer de la salubrité de l’eau, les approvisionnements de faible ampleur doivent concentrer leurs efforts sur : 
    − l’information du public ; − l’évaluation de l’approvisionnement en eau dans le but de juger sa capacité à remplir les objectifs d’ordre sanitaire identifiés (voir partie 4.1) ; 
    − le suivi des mesures de maîtrise des risques définies et la formation des exploitants en vue de s’assurer de la possibilité de maîtriser l’ensemble des dangers potentiels et de les maintenir à un niveau tolérable (voir partie 4.2) ; − la surveillance opérationnelle du réseau d’eau de boisson (voir partie 4.2) ;
     − la mise en oeuvre systématique de procédures de gestion de la qualité de l’eau (voir partie 4.4.1), y compris la documentation et la communication (voir partie 4.6) ;
     – 94 – − la mise en place de protocoles de riposte appropriés en cas d’incident (qui couvrent habituellement les mesures prises au niveau de l’approvisionnement concerné, ces mesures étant appuyées par la formation des exploitants et les dispositions imposées par les autorités locales ou nationales) (voir parties 4.4.2 et 4.4.3) ; et 
    − la mise au point de programmes visant à perfectionner et à améliorer l’approvisionnement en eau existant (habituellement définis à un niveau national ou régional plutôt qu’à celui des approvisionnements pris séparément) (voir partie 4.1.8). Dans le cas des sources ponctuelles desservant des communautés ou des ménages, l’accent doit être mis sur le choix de l’eau de source présentant la meilleure qualité possible et sur la préservation de cette qualité par la mise en place de barrières multiples (généralement dans le cadre de la protection de la source) et de programmes d’entretien. Quelle que soit la source d’eau (eau souterraine, eau de surface ou réservoirs de collecte de l’eau de pluie), les communautés et les ménages doivent s’assurer par eux-mêmes que l’eau est saine à boire. En général, les eaux de surface ou issues d’une faible profondeur sous l’influence directe des eaux des surface (qui incluent les eaux de faible profondeur empruntant des voies d’écoulement préférentielles) doivent être traitées. Les paramètres recommandés pour une surveillance minimale des approvisionnements communautaires sont ceux qui permettent de déterminer au mieux l’état en termes d’hygiène de l’eau et ainsi le risque de maladie véhiculée par l’eau. Les paramètres essentiels pour évaluer la qualité de l’eau sont 
    coli – les coliformes thermorésistants (fécaux) étant acceptés comme paramètres de remplacement – et le chlore résiduel (au cas où l’on pratique une chloration). Ces mesures peuvent être complétées, si nécessaire, par l’ajustement du pH (en cas de chloration) et par la mesure de la turbidité. Ils peuvent être mesurés sur le site au moyen d’appareils d’analyse relativement simples. Le fait de réaliser les analyses sur le site est essentiel à la détermination de la turbidité et du chlore résiduel, qui évoluent rapidement au cours du transport et du stockage, et importe également pour d’autres paramètres ne pouvant être mesurés dans un laboratoire ou pour lesquels des problèmes de transport rendraient impraticables les méthodes de prélèvement et d’analyse classiques. Il convient aussi de mesurer les autres paramètres en rapport avec la santé importants au niveau local. L’approche générale à appliquer dans la lutte contre la contamination chimique est exposée dans ses grandes lignes au Chapitre 8. 4.6 Documentation et communication Les documents étayant le plan de gestion de la salubrité de l’eau (WSP) doivent comprendre : − la description et l’évaluation du réseau d’eau de boisson (voir partie 4.1), y compris les programmes de modernisation et d’amélioration de la fourniture d’eau existante (voir partie 4.1.8) ; − le plan du réseau de surveillance opérationnelle et de vérification du réseau d’eau de boisson (voir partie 4.2) ; 
    − les procédures de gestion de la salubrité de l’eau en fonctionnement normal, en cas d’incident (spécifique et imprévu) et en situation de crise (voir parties 4.4.1, 4.4.2 et 4.4.3), y compris les plans de communication ; et – 95 – − la description des programmes d’appui (voir partie 4.4.6). Il est essentiel d’archiver des données pour évaluer l’adéquation du WSP et pour prouver la conformité du réseau d’eau de boisson à ce plan. On conserve généralement cinq types d’informations :
     − les éléments permettant d’étayer la mise au point du WSP, y compris la validation de ce plan ; − les enregistrements et les résultats de la surveillance opérationnelle et de la vérification ; − les résultats des enquêtes déclenchées par des incidents ;
     − la documentation des méthodes et des procédures utilisées ; et 
    − la consignation des programmes de formation suivis par les employés. Le suivi des données archivées au titre de la surveillance opérationnelle et de la vérification permet à un exploitant ou à un gestionnaire de détecter si un procédé se rapproche de ses limites de fonctionnement ou de ses limites critiques.
     L’analyse de ces données peut jouer un rôle important dans l’identification des tendances et dans la réalisation des ajustements opérationnels. Il est recommandé d’examiner périodiquement les données archivées au titre du WSP de manière à relever les tendances et à pouvoir arrêter et mettre en oeuvre des mesures appropriées. Ces données archivées sont également essentielles lorsque la surveillance est mise en place dans la perspective d’un audit. Les stratégies de communication doivent comprendre : − des procédures d’avertissement rapide en cas d’incident notable au sein du réseau de distribution d’eau de boisson, couvrant notamment la notification à l’autorité de santé publique ;
     − des informations sommaires à mettre à la disposition des consommateurs, par l’intermédiaire de rapports annuels ou de l’Internet par exemple ; et 
    − des mécanismes à mettre en place pour recevoir et traiter activement et en temps utile les griefs de la communauté. Le droit des consommateurs à disposer d’informations relatives à la salubrité de l’eau qui leur est distribuée à usage domestique est fondamental. Dans de nombreuses communautés cependant, le droit d’accès à l’information ne suffit pas à lui seul à garantir que les membres de cette communauté sont conscients de la qualité de l’eau qui leur est fournie. La probabilité de consommer une eau insalubre y est en outre relativement élevée. Les organismes responsables de la surveillance doivent donc développer des stratégies pour diffuser et expliquer l’importance des informations d’ordre sanitaire. 

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