• Décharge de Médiouna: Des ordures qui culminent à 42 m et pas de solution

    decharge-mediouna-030.jpgLa commune urbaine de Casablanca (CUC) vient de remporter un nouveau round dans le dossier controversé de la gestion de la décharge de Médiouna. La bataille judiciaire qui oppose l’autorité délégante à Ecomed, a connu un nouveau rebondissement.
    Le tribunal administratif de Casablanca vient de statuer sur cette affaire aux multiples péripéties. Son jugement, datant du jeudi 2 août, stipule le rejet de la demande d’Ecomed visant l’annulation de l’Appel à Manifestation d’intérêt (AMI) pour la gestion et la mise en place d’un Centre d’enfouissement et de valorisation à la décharge de Médiouna (dossier en référé n°613/7101/2018). Ce qui laisse libre court à la commune afin de chercher le prochain délégataire.
    Depuis quelques mois, la ville a décidé de prendre le taureau par les cornes et d’entamer un processus de résiliation à l’amiable du contrat de gestion déléguée d’Ecomed (qui court encore pour 16 ans). Les deux protagonistes ayant échoué à trouver un terrain d’entente, s’ensuit alors une bataille juridique qui promet de durer longtemps.
    Ecomed a demandé des indemnités correspondant à toute la période qui reste avant la fin de son mandat. La commune urbaine de Casablanca (CUC) a refusé en entamant à son tour une série de poursuites judiciaires. Entre-temps l’appel d’offres pour trouver le remplaçant d’Ecomed a été lancé en juin dernier (l’ouverture des plis est prévue en septembre prochain).
    En attendant, l’opérateur SOS NDD assure la gestion durant 4 mois renouvelables jusqu’à désignation du prochain délégataire. L’entreprise facture ses prestations à des tarifs moins chers que ceux d’Ecomed, soit 33 DH/ tonne (contre 36 DH/tonne auparavant).
    «Nous allons poursuivre le processus de présélection du nouveau délégataire», assure Mohamed Haddadi, 3e vice-président du conseil de la ville en charge de la propreté. A ce jour, une centaine d’entreprises ont déjà retiré le dossier de candidatures dont des entreprises locales (Somagec, Cavo, Palmeraie Développement…) et étrangères dont Suez, Helector Derichbourg, CNIM Plambeck Emirates, China Conch Venture, Sangalli Giancarlos, LAvajet, Norm, GM Servizi, Yavuz…
    Parmi les sociétés ayant retiré les dossiers de candidatures et qui exercent déjà au Maroc figurent Averda, Derichbourg, Mécomar, SOS NDD, Casa Technique, Ozone… Plusieurs nationalités sont représentées: Italie, Turquie, France, Corée du Nord, Japon, Chine... A partir de septembre prochain, une short list de candidats sera retenue. Ces derniers devront répondre à un cahier des charges spécifique qui leur sera délivré.
    «Le plus important aujourd’hui, c’est l’obligation de résultats sur la base d’un tarif forfaitaire et non en fonction du tonnage» insiste El Haddadi. Au bout de 3 mois, au plus tard, le nouveau délégataire prendra les commandes de la décharge (soit début 2019), est-il indiqué.
    A son arrivée, ce dernier devra exploiter un site de 35 hectares, mitoyen de l’actuelle décharge (qui doit être réhabilitée et fermée définitivement). Il devra accueillir outre le centre d’enfouissement et de valorisation (CEV), un centre de tri, des installations de traitement du lixiviat et du biogaz, les bâtiments annexes ainsi que l’usine d’élimination et de valorisation énergétique.
    Plusieurs partenaires devront mettre la main à la poche pour régler définitivement le problème de la décharge (dont le coût est estimé autour de 2,5 milliards de DH, selon des chiffres qui circulent). A commencer par la région Casa-Settat. Il y a bien évidemment une corrélation entre activité économique et production de déchets.
    La première région du Royaume, qui compte 20% de la population et contribue pour 34% au PIB national, produit aussi 35% des déchets. La couronne du Grand-Casablanca, Berrechid, Dar Bouazza et Mohammedia, produit à elle seule 60% des déchets de la région, dont une bonne partie atterrit à la décharge de Médiouna.
    Outre la région, le secrétariat d’Etat à l’environnement devra aussi contribuer en finançant la construction d’un centre de tri (à hauteur de 70 millions de DH). La commune est bien évidemment appelée aussi à contribuer au financement (probablement via les fonds du prêt de la Banque Mondiale).
    Une vraie mafia, un chiffonnier se fait 200 à 400 DH/jour
    Des ordures qui culminent à plus de 42 m de hauteur, 220.000 m3 de lixiviat à traiter, un millier de chiffonniers sur place, sans compter les 3.600 qui sillonnent le territoire de Casablanca … Située à 10 km au sud de Casablanca, la bombe à retardement écologique de Médiouna menace d’exploser à tout moment. Ses relents empoisonnent la vie des riverains à des kilomètres à la ronde, sans compter les dommages irréversibles causés à la nappe phréatique. En 2017, la décharge a reçu près de 3808 tonnes de déchets/jour, soit environ 1,4 million de tonnes/an. Elle comporte une forte activité de recyclage informelle réalisée par les chiffonniers sur place. Une activité lucrative à en croire les estimations des experts. En effet, un chiffonnier gagne à peu près 200 à 400 DH/jour. La décharge est une source de revenus pour une population riveraine de chiffonniers ou fouineurs récupérateurs. Ils pourront être intégrés sur le site, au niveau du centre de tri ou l’usine de valorisation des déchets.

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