• L’eau minérale est-elle touchée par la pollution ?

    La semaine dernière, une enquête a révélé la présence de polluants dans des eaux en bouteille. Les explications.
    60 millions de consommateurs vient de jeter un pavé dans la mare !
    Toutes les eaux, sans exceptions, sont susceptibles de contenir des polluants. Même les eaux minérales, réputées plus sûres, plus pures et meilleures pour la santé, ne sont pas épargnées par ce fléau. Ainsi, les travaux menés conjointement par la revue 60 millions de consommateurs et la fondation Danielle Mitterrand France Libertés, font frémir les embouteilleurs. En effet, sur les quarante-sept échantillons de bouteilles d’eau de différentes marques, dix présentaient des traces de polluants.
    Et pas des marques discount ! Non, il s’agit de poids lourds de l’eau tels que Cristaline, La Salvetat, Saint-Yorre, Hépar, Mont-Roucous, Saint-Amand, Vittel, Volvic, Carrefour Discount et Cora. Le plus troublant est la nature des polluants retrouvés puisqu’il s’agit de molécules médicamenteuses et des perturbateurs endocriniens. Des particules qui ne sont pas soumises à contrôle. Pour le moment du moins.  


    Dès la prise de connaissance des résultats des analyses menées pour 60 millions de consommateurs, de nombreux scientifiques ont exprimé leur étonnement quand à la possible présence de particules médicamenteuses dans l’eau minérale, dont la source est souterraine et inaccessible pour de telles molécules. De son côté, la revue a déclaré avoir testé deux fois les échantillons et confirme le résultat : « La méthode que nous avons employée a permis d’abaisser grandement le seuil de détection. Nous avons pu traquer des molécules à des degrés extrêmement fins.

    Procéder à des contrôles à grande échelle

    Pour lever toute incertitude, il faut que les pouvoirs publics procèdent à des contrôles à grande échelle », explique Thomas Laurenceau, rédacteur en chef de la revue. Sous la pression des médias, 60 millions de consommateurs chiffre enfin ce seuil et précise que les quantités détectées sont de l’ordre du nanogramme par litre d’eau. Ces mesures sont issues d’une analyse chromatographique et d’une analyse spectrométrique.  



    Ce qui fait débat n’est pas tant la présence de polluants dans les eaux minérales, mais leur nature. Il est désormais connu que l’activité humaine, notamment agricole, introduit dans les sols des résidus de pesticides, qui peuvent se retrouver dans les cours d’eau et donc contaminer eau du robinet et eau minérale. La présence d’infimes traces de pesticide même dans certaines eaux minérales n’est pas choquante. En revanche, aucun mécanisme connu ne permet d’expliquer la présence de résidus médicamenteux dans les eaux de source.
    La chambre syndicale des eaux minérales a donc mené une contre-enquête pour vérifier les résultats annoncés par la revue. Pour cela, elle a mandaté le Laboratoire de Physico-Toxico Chimie de l’Environnement du CNRS à Bordeaux. La responsable du groupe de recherche en charge des analyses, Hélène Budzinski, s’est  vu remettre par la chambre syndicale des eaux minérales des bouteilles issues des mêmes lots que ceux testés par 60 millions de consommateurs, dans le but d’y rechercher la présence de trois molécules médicamenteuses bien particulières: le tamoxifène, le fluoxétine et la carbamazépine. Le premier est un anticancéreux et les deux autres des antidépresseurs.

    Des doutes sur la fiabilité des résultats

    La chambre s’est intéressée exclusivement à ces résidus médicamenteux-là car l’enquête de 60 millions de consommateurs révèle la présence de fluoxétine mais pas de carbamazépine. Or, la carbamazépine est très consommée en France et la présence dans des échantillons d’eau de fluoxétine est toujours associée à celle de carbamazépine. Les résultats publiés par 60 millions de consommateurs sont les premiers à détecter la présence de fluoxétine sans traces de carbamazépine. C’est d’ailleurs une des raisons qui poussent certains à s’interroger sur la fiabilité des résultats.
    Du côté du Laboratoire de Physico-Toxico Chimie de l’Environnement, les analyses se sont donc concentrés sur trois molécules  « Nous avons effectué une étape de pré-concentration suivie d’une extraction en phase solide. Nous avons établi des protocoles spécifiques pour chacune des trois molécules recherchées. La méthode employée repose sur la chromatographie et la spectrométrie de masse en tandem. » explique Hélène Budzinski. Les analyses ont été effectuées en mode NPRM, c’est-à-dire que plusieurs signaux permettent de quantifier la molécule. Après un travail en dilution isotopique, le groupe de recherche du laboratoire bordelais a réalisé une réelle analyse quantitative. 
    « Notre limite de déctection avoisine les 10 à 50 picogramme/L » précise Hélène Budzincki. Soit mille fois plus précis que les analyses effectuées par 60 millions de consommateurs. 
    Résultats ? Rien du tout, aucune trace de l’une des trois molécules recherchées. Ces résultats contredisent donc ceux de la revue, qui restent inexpliqués concernant les résidus médicamenteux.
    Par Audrey Loubens, journaliste scientifique
    www.techniques-ingenieur.fr
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