• COP 24: quelle justice climatique pour les pays pauvres?


    Les décisions prises à la COP24 en Pologne le 15 décembre dernier sont trop timides pour freiner la hausse des températures. De plus, les mesures spécifiques pour aider les pays pauvres, qui sont les plus gravement touchés par cette hausse, sont nettement insuffisantes. Le Canada se doit de donner beaucoup plus que ce qu’il a annoncé jusqu’à présent.
    La COP24 a permis de se mettre d’accord sur des mesures minimales pour la mise en oeuvre des accords de Paris de 2015. Cependant, les promesses actuelles de réduction de gaz à effet de serre (GES) sont nettement insuffisantes pour contenir la hausse des températures à 2 °C. Le Groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat (GIEC) prévoit une hausse minimale de 3,2 °C à la fin du siècle, ce qui aura des conséquences catastrophiques notamment sur les pays les plus pauvres.


    Ces pays subissent les plus forts impacts négatifs alors qu’ils polluent le moins ! La production de GES par personne et par année est actuellement de 16 tonnes aux États Unis, de 15 tonnes au Canada, de 7 tonnes en Chine et dans l’Union européenne et de moins d’une tonne dans la plupart des pays africains. C’est pourquoi les pays pauvres exigent « une justice climatique » et que les pays riches contribuent beaucoup plus au financement de mesures leur permettant de s’adapter aux conséquences des changements climatiques et de réduire leurs propres émissions de GES, qui sont déjà faibles.
    À Paris en 2015, le principe d’un financement global public et privé de 100 milliards par année à partir de 2020 avait été accepté. Cependant, une récente étude d’OXFAM, « 2018 : les vrais chiffres des financements climat », montre qu’en 2016 « l’assistance nette spécifique » de type dons n’était que de 20 milliards $US sur un total estimé à 48 milliards. Les investissements privés et les prêts remboursables sont donc les éléments les plus importants, et bénéficient principalement aux pays en émergence. Les pays les plus pauvres ne reçoivent qu’environ 18 % du total de cette aide. Seulement 20 % des montants sont destinés à l’adaptation aux changements climatiques, alors que les pays pauvres demandent qu’au moins 50 % y soient consacrés.


    La COP24 a permis quelques timides avancées sur la mesure de ces financements. Les pays riches devront être plus transparents et rapporter d’une façon harmonisée leurs contributions, en distinguant clairement les dons et les prêts, en précisant la répartition entre les appuis à l’adaptation et à la réduction des émissions et en déterminant les initiatives financées par pays. Il sera aussi nécessaire de démontrer comment ces fonds s’additionnent aux aides déjà existantes et qu’ils ne sont pas un simple « recyclage » de l’aide au développement. En bref, une plus grande traçabilité est recherchée.
    Il est aussi prévu qu’un bilan soit fait tous les deux ans et que de nouvelles cibles de financement soient déterminées pour 2025. Soulignons aussi que de nouvelles contributions ont été annoncées, dont celle de 200 milliards $US sur cinq ans de la Banque mondiale.




    Il est à craindre que cette réticence à financer les pays les plus pauvres aura un « effet boomerang » sur les pays riches, dont le Canada. En effet, selon la Banque mondiale, ce sont les moyens de subsistance des populations les plus pauvres qui pâtiront le plus des changements climatiques. Ainsi, 100 millions de personnes de plus pourraient se retrouver en situation de pauvreté extrême d’ici 2030 et 150 millions de migrants climatiques pourraient ainsi frapper à la porte des pays riches d’ici 2050 !
    Le Canada et le Québec n’ont pas pris de nouveaux engagements à la COP24, ni en matière de réduction des GES ni pour l’appui aux pays pauvres. Les promesses du Canada de réduction des GES faites à Paris en 2015 sont notoirement insuffisantes, de même que les 2,64 milliards sur cinq ans annoncés pour aider les pays pauvres. Le gouvernement fédéral n’a d’ailleurs jamais clairement expliqué si ce montant s’ajoutait à l’aide au développement, qui est actuellement de 0,28 % du PIB, soit un des plus bas taux des pays de l’OCDE.


    Force est de constater que le Canada n’est présentement ni un pays généreux pour les pays pauvres ni un leader en matière climatique. Pourtant, notre pays pourrait démontrer plus de leadership, comme il l’avait fait avec succès à la fin des années 1980, lors de l’adoption du Protocole de Montréal sur la protection de la couche d’ozone


    .«Les promesses du Canada de réduction des GES faites à Paris en 2015 sont notoirement insuffisantes», estiment les auteurs. 


    https://www.ledevoir.com/opinion/libre-opinion
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