• Égypte : la crise sanitaire venue du Nil

    Une odeur aigre rappelant celle d’œufs pourris agresse les sens à l’approche de l’entrée d’Assouan, ville du sud de l’Égypte autrement idyllique. Les eaux usées d’usines voisines déversées dans le Nil depuis un égout à ciel ouvert sont l’un des nombreux signes évidents que la seule source d’eau douce de l’Égypte est en train de devenir un dépôt toxique.
    Dans le village d’Abu al-Reesh, province d’Assouan, les agriculteurs ont un mode de vie largement traditionnel et dépendent du Nil pour subvenir à leurs besoins. Taj Ismail, un agriculteur local, continue de puiser son eau de boisson avec un seau. Cette eau, affirme-t-il, a parfois une odeur étrange.



    Ismail conserve un dossier épais répertoriant ses problèmes de santé. Il prend un cocktail de médicaments pour un large éventail de maladies affectant ses reins, son foie et son estomac. Ismail, 50 ans, n’a pas d’antécédents connus de maladies dans sa famille.
    « Mon père et mon grand-père ont travaillé jusqu’à un âge avancé, a-t-il affirmé. Mon père est mort à 75 ans suite à un accident électrique. »
    Le voisin d’Ismail, Sayed Mahmoud Arou, agriculteur de 42 ans qui cultive des laitues, pense aussi qu’il y a un problème avec l’eau. Il se plaint de douleurs sur les côtés et n’a pas assez d’argent pour se soigner.

    Sayed Mahmoud Arou, agriculteur à Assouan, se plaint de douleurs sur les côtés et n’a pas assez d’argent pour traiter ses problèmes médicaux, qu’il attribue à l’eau polluée (MEE/Andrew Bossone)

    « Nous savons quand l’eau est propre et quand elle est sale, a-t-il soutenu. Elle est seulement devenue sale depuis l’arrivée de l’usine Coca-Cola. »

    En dépit de la connexion faite par beaucoup d’habitants entre l’usine de boissons et l’état de l’eau locale, une représentante de Coca-Cola Egypt a indiqué à Middle East Eye que son usine a stoppé sa production en 2009 et qu’elle est désormais utilisée comme entrepôt. Celle-ci ne rejette plus de déchets industriels, a-t-elle affirmé.
    « Quant aux eaux usées, elles sont acheminées en interne vers le centre public de traitement des eaux usées sous la supervision continue des organismes de santé et de protection de l’environnement », a écrit Ghada Makady, de Coca-Cola, dans un e-mail.

    « En résumé, la canalisation [qui déverse des eaux usées dans le Nil] n’est pas à nous. »
    Le fleuve « se nettoie »

    En 2000, le South Centre for Rights, une ONG locale, a déposé une plainte au sujet de la pollution de la rivière et de la mauvaise qualité de l’eau potable. L’affaire a été résolue en décembre 2014.
    Le ministère du Logement adopte désormais des procédures pour améliorer la situation, affirme Abdul Rahim Awadallah, du South Centre for Rights. L’ONG a également produit des campagnes portant sur la pollution à la télévision locale et dans les journaux, et a interviewé des employés d’usines et d’hôtels affirmant que leurs employeurs déversent des déchets dans l’eau pendant la nuit, lorsque les autorités ne sont pas dans les parages.
    « Nous ne résoudrons pas [ce problème de pollution] tant que nous ne corrigeons pas l’ensemble du système égyptien », a indiqué Awadallah.

    Le problème de la pollution de l’eau touche l’ensemble d’Assouan. Des ordures non ramassées flottent dans les canaux. Les hôpitaux sont reliés aux mêmes canalisations d’eaux usées que les habitations. Les camions privés qui collectent les déchets liquides des foyers non reliés au système de traitement des eaux usées de la ville déversent leurs effluents sur les terres agricoles en face du fleuve. À un endroit, les déchets d’un camion ont brûlé au milieu des câbles électriques alimentant des lampadaires.

    De l’autre côté de la rue se trouvait une station de traitement de l’eau, où des restes de déchets étaient visibles. Elle traite environ 600 000 litres par jour d’eau potable puisée directement dans le Nil. Selon un employé de la station qui a préféré rester anonyme, le ministère de la Santé teste l’eau du fleuve et l’eau traitée environ une fois par semaine. Le ministère garantit toujours que l’eau est propre. Même si les tests étaient erronés, l’employé pense que le Nil serait capable de traiter lui-même la pollution.
    « Le Nil se nettoie tous les 50 mètres », a-t-il indiqué vaguement, sans expliquer pourquoi il pensait que cela était le cas.

    https://www.middleeasteye.net/reportages/gypte-la-crise-sanitaire-venue-du-nil-
  • You might also like