• En Égypte, on ne plaisante pas avec le Nil. La chanteuse Sherine Abdel Wahab a été condamnée le mois dernier à six mois de prison après avoir répondu à l’un de ses fans qui lui demandait de chanter « Avez-vous bu l’eau du Nil ? » : « Tu attraperais la bilharziose – une maladie due à des parasites –, bois plutôt de l’Évian », avait-elle rétorqué. Au-delà de la sévérité du jugement, l’affaire est révélatrice : l’identité de l’Égypte est intrinsèquement liée au Nil.
    Le plus long fleuve du monde assure 97 % des besoins en eau du pays. Un équilibre aujourd’hui menacé par le « grand barrage de la Renaissance éthiopienne » (GBRE), construit dans l’État de Benishangul-Gumuz en Éthiopie, sur le Nil Bleu, le bras oriental du fleuve. Bâti à près de 70 %, le GBRE est considéré par L’Égypte comme une menace existentielle.

    Un projet qui pourrait être achevé dès 2018

    Long de 1 800 mètres et haut de 175 mètres, le barrage sera le plus grand d’Afrique, avec une capacité de stockage de 74 milliards de mètres cubes. Il pourrait être achevé dès 2018 selon les projections les plus optimistes. Son remplissage aurait même déjà commencé, mais les informations fournies par l’Éthiopie restent très opaques.
    Le Caire ne cache pas son inquiétude : 85 % de son eau provient de l’Éthiopie et le débit actuel du Nil pourrait diminuer d’un quart dès que le barrage Renaissance sera opérationnel. Les pays riverains du Nil Bleu (l’Éthiopie, les deux Soudans et l’Égypte) sont aujourd’hui confrontés à une crise qui risque de s’intensifier dans les années qui viennent.

    « Deux millions de familles au chômage »

    L’Égypte craint les pénuries d’eau menaçant sa sécurité alimentaire et son développement économique. Hani Raslan, analyste au Centre d’études politiques et stratégiques Al-Ahram, dresse un tableau apocalyptique des conséquences du barrage sur l’Égypte : « Pour chaque milliard de mètres cubes en moins, on considère qu’un million de feddan (mesure agraire égyptienne qui correspond à 4 200 m2, NDLR) ne seront plus cultivés, acculant deux millions de familles au chômage, soit 10 millions de personnes qui gagneront les grandes villes surpeuplées. Cela créera aussi une grande instabilité politique. » Selon l’analyste, la pénurie d’eau sera lourde de conséquences sur la production d’électricité, le tourisme sur le Nil, le transport et les importations de denrées alimentaires.
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