• Pourquoi ne faut-il pas gaspiller l'eau ?


    La question peut paraître triviale, d'autant que près de 90% des Français sont déjà convaincus qu'il est important d'économiser l'eau …..

    ................................ mais savent-ils pourquoi ?

    Selon un rapport publié par le Centre d'Information sur l'Eau, 89% des Français déclarent être attentifs à leur consommation d'eau. Mais le fonctionnement de l'eau potable (acheminement, traitement, recyclage, prix…) demeure flou pour la plupart des citoyens.  Un Français sur deux admet d'ailleurs vouloir obtenir plus d'informations sur le sujet.

    Des ressources naturelles limitées


    Nous avons beau vivre sur «la planète bleue» composée à 72% d'eau, nos ressources en eau douce sont loin d'êtres illimitées. Seul 2,8% de toute l'eau disponible sur Terre est de l'eau douce et 2,1% provient des glaces et des neiges permanentes, ce qui la rend inexploitable.

    A peine 0,7% de toute l'eau terrestre est donc disponible pour l'être humain (cliquer ici pour agrandir l'image ci-dessus). Elle est en grande partie fournie par les nappes phréatiques, les cours d'eau et les réservoirs naturels ou artificiels (lacs, barrages…). Sa rareté peut varier entre les différentes régions du globe : certains pays comme le Brésil ou l'Inde en sont riches, d'autres comme le Cambodge ou le Tchad n'ont pas cette chance.

    Un épuisement lent mais bien réel

    Si les ressources restent les mêmes, les populations augmentent... et avec elles, les besoins en eau. Marillys Macé, directrice du Centre d'Information de l'Eau, explique ainsi qu'« en Europe, notre génération consomme 8 fois plus d'eau que celle de nos grands-parents ». Or, même nos ressources en eau évoluent. Une part de notre patrimoine hydraulique est perdue à cause de la mauvaise gestion, du gaspillage ou encore de la pollution de l'eau.

    En matière de gaspillage pur et simple, les fuites sont un phénomène généralisé : en moyenne, pour 5L d'eau prélevée, 1L est perdu en milieu urbain contre 2L en milieu rural. Les moyens logistiques mis en place pour limiter ce gaspillage sont à l'heure actuelle trop peu développés. En France, on estime les pertes d'eau liées aux fuites à 20%. Mais les moyens financiers ne permettent de remplacer que 0,6% des canalisations chaque année.

    L'agriculture et l'élevage prennent eux-aussi part au gaspillage. L'irrigation agricole, par exemple, est très gourmande en eau mais 15 à 30% de l'eau utilisée disparaît avec l'évaporation. Selon Marillys Macé « on mange plus d'eau que l'on en boit… Par exemple, pour produire le steak de votre assiette, il aura fallu 3 960L d'eau très exactement. »

    Mais le premier danger pour nos ressources en eau vient du changement climatique. Avec la hausse des températures et une évaporation plus intense, le débit des cours d'eau devrait diminuer de 20 à 30% d'ici 2060 et certaines nappes souterraines seront amenées à disparaître, comme aux Etats-Unis où leur niveau ne cesse de baisser.

    Des mesures encore balbutiantes

    Certains moyens logistiques pourraient permettre de limiter ce gaspillage comme un dispositif de détection en temps réel des fuites pour les canalisations, ou une refonte des techniques d'irrigation pour économiser l'eau. Mais elles ont un coût que les collectivités organisatrices et les agriculteurs ne sont pour l'instant pas décidés à payer.

    Deux mesures innovantes se distinguent cependant des autres. Par exemple, 3 usines de dessalement sont actuellement en fonction en France et font leurs preuves. Elles sont toutefois plutôt coûteuses, tant en énergie que sur le plan économique puisque l'eau produite revient plus chère que l'eau potable classique. Sans compter leur impact environnemental, car ces usines fonctionnent à l'énergie fossile et sont donc polluantes d'une part, et pourraient à terme accentuer la création d'eau saumâtre dans les nappes phréatiques littorales d'autre part.

    La seconde alternative consiste tout simplement à traiter efficacement les eaux usées pour pouvoir les rendre à nouveau potable. Si cette pratique est actuellement interdite en France, certains pays s'y sont déjà mis, comme à Singapour et en Australie notamment. L'idée peut sembler peu ragoutante, mais elle fonctionne et l'eau potable ainsi créée présente les mêmes qualités sanitaires que l'eau du robinet. Ceci dit, ce procédé resterait coûteux, et selon Marillys Macé « les consommateurs, déjà méfiants vis-à-vis de l'eau du robinet, ne sont pas encore prêts pour une telle mesure ». Et de préciser : «Mais la NASA l'a déjà fait. Comment croyez-vous qu'elle puisse alimenter en eau les capsules spatiales pendant plusieurs semaines ? Elle n'a pas le choix.»

    Agir au quotidien

    En attendant de ne plus avoir le choix, il est toujours possible d'agir à son niveau, sans pour autant s'amuser à chronométrer sa douche. Ce petit goutte-à-goutte du lavabo ou des toilettes est votre premier ennemi puisque 120 L d'eau par jour est perdu à cause de ces petites fuites. Surveiller et remplacer les joints régulièrement peut donc changer la donne.

    Préférer des produits qui durent dans le temps permet également de limiter le nombre d'achats, et donc l'utilisation d'eau dans leur fabrication. Dans cette logique, privilégier le papier recyclé au papier classique est aussi un geste économique puisqu'il faut moins d'eau pour fabriquer la pâte à papier du papier recyclé. En somme, il s'agit d'acheter moins pour jeter moins et de favoriser une économie circulaire pour réduire le gaspillage d'eau.

    Gare enfin à l'évaporation, en particulier l'été, en couvrant les piscines extérieures et en arrosant une fois le soir tombé. Et tant pis pour les batailles d'eau !

    La production d'eau potable

    Eau douce ne signifie pas eau potable. A l'état naturel, il n'existe quasiment aucune eau potable, à cause des impuretés avec lesquelles elle peut être en contact. Elle doit d'abord être filtrée avec un lit de sable par exemple, pour devenir potable. Ce système équivaut à celui du tamis, il se contente de retenir les impuretés et aucun produit chimique n'est ajouté.

    En fonction du chemin que l'eau doit parcourir dans les canalisations, en moyenne quelques kilomètres, il est généralement nécessaire d'ajouter une micro-dose de chlore (l'équivalent d'une goutte pour une baignoire) pour éviter qu'elle ne se dégrade dans les tuyaux et continue de répondre aux exigences sanitaires. La différence entre l'eau du robinet et l'eau minérale se situe à ce moment du processus : l'eau minérale est seulement filtrée, la loi interdisant d'autres traitements.

    L'eau est ensuite envoyée dans les canalisations, et les infrastructures françaises sont à cet égard assez impressionnantes avec quelques 900 000 km de canalisations. Enfin, l'eau sale est récupérée, acheminée jusqu'aux fameuses stations d'épuration, avant d'être rejetée dans la nature. Les choses étant bien faites, le cycle de l'eau (écoulement, évaporation, condensation) permettra d'achever l'épuration de l'eau qui redeviendra de l'eau douce ordinaire.

    http://www.leparisien.fr
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