• Ukraine : des femmes agissent contre la pauvreté et la privatisation

    Eau potable : la principale priorité des femmes

    En 1998, les femmes ukrainiennes identifiaient l’eau potable comme leur problème le plus urgent. Selon la définition de l’UNECE, l’Ukraine est un pays aux ressources en eau limitées, avec moins de 1 500 mètres cubes de débit disponible par habitant. Les années sèches, ce chiffre tombe à 670 mètres cubes par Ukrainien. En outre, les ressources en eau sont inégalement réparties sur le territoire, ce qui rend la question de l’alimentation en eau encore un peu plus compliquée. Les ressources en eau de l’Ukraine ont subi une pression et une dégradation anthropiques importantes. Environ 75% de la population est alimentée par des eaux de surface, qui ne conviennent pas à la consommation. En Ukraine, 70% de la population est desservie par les fournisseurs d’eau centralisés, mais plus de 814 000 personnes, réparties sur 13 oblasts (régions), de même que la Crimée, n’ont toujours pas d’accès permanent ou régulier à l’eau, et sont obligés d’avoir recours à une eau importée de mauvaise qualité.
    La dégradation de services d’eau et d’assainissement déjà dans une situation critique dans certaines régions, un traitement de l’eau et des eaux usées de plus en plus inefficace et le manque criant de financements sont les problèmes les plus pressants auxquels doit faire face le secteur de l’eau. Actuellement, 25% des équipements de distribution et des conduites d’eau sont obsolètes ; 22% des systèmes d’approvisionnement sont dans un état critique, dont 35% complètement usés et inadaptés ; la moitié des unités de pompage ont épuisé leurs ressources, et 40% d’entre elles requièrent un remplacement immédiat ; 26% des systèmes d’assainissement et 7% des usines de pompage sont délabrés ; en outre, 46% des usines de pompage doivent être intégralement remplacées. Tout ceci explique que 45% de la population consomme une eau non conforme aux normes nationales. En cas d’accident grave dans les réseaux de distribution, l’approvisionnement en eau des consommateurs peut être interrompu pendant plusieurs jours. Ce problème de l’eau potable affecte directement la santé et le bien-être des Ukrainiens. Dans certaines régions, les maladies d’origine hydrique comme l’hépatite A, les infections à rotavirus, et le syndrome du « bébé bleu » gagnent du terrain.
    D’un autre point de vue, le coût de l’approvisionnement en eau et des services d’assainissement augmentent rapidement, sans aucune amélioration de la qualité du service. Pendant l’ère soviétique, la population ukrainienne payait entre 2 et 4 % seuement du prix réel de l’alimentation en eau, le reste étant payé par le gouvernement soviétique. L’augmentation régulière des tarifs des services d’approvisionnement et d’assainissement ont entraîné d’importantes manifestations de consommateurs, une montée des tensions sociales et une réduction du taux de collecte des factures d’eau. Les consommateurs d’eau paient des tarifs sur la base d’une estimation de l’approvisionnement moyen en eau deux à trois fois plus élevé qu’ailleurs en Europe. En raison de l’absence de compteurs d’eau, les consommateurs n’ont aucune idée de ce qu’ils utilisent véritablement et ne prennent aucune mesure pour limiter leur consommation. La mauvaise qualité et les hausses des prix suscitent la colère des consommateurs et requièrent des mesures urgentes aux niveaux national et local, qu’il sera nécessaire d’accompagner de mécanismes de protection des droits des consommateurs, lesquels n’existent pour le moment que sur le papier.
    La protection des droits des consommateurs est devenue la pierre angulaire du travail de MAMA-86 dans les zones rurales et urbaines. MAMA-86 a effectué des tests de qualité de l’eau de manière indépendante, lancé plusieurs initiatives d’épuration de l’eau, sondé 1600 personnes à propos de leurs problèmes d’eau potable, et mis en place des centres citoyens de l’eau, où est fournie grâce à des filtres une eau potable abordable pour les groupes vulnérables. MAMA-86 a montré que les ONG peuvent jouer un rôle non négligeable, par leur action de conseil et de soutien juridiques, en matière de protection du consommateur. La campagne « Eau potable en Ukraine » a été initiée dans le but de trouver des solutions concrètes aux problèmes locaux d’accès à l’eau potable. Dans le cadre de cette campagne, le réseau MAMA-86 met en œuvre des projets pilotes pour trouver des solutions alternatives pratiques à petite échelle et de faible coût pour l’approvisionnement en eau potable. L’échange de connaissances et d’expériences de solutions concrètes aux problèmes écologiques (en particulier les projets pilotes concernant l’eau) sont très importants pour galvaniser l’activité publique. MAMA-86 développe et diffuse largement de tels projets pilotes.

    MAMA-86 : travail communautaire pour l’eau potable

    Les militants locaux de MAMA-86 lancent une grande variété d’initiatives locales afin d’améliorer l’accès à l’eau potable, y compris des recherches sur la pollution des sources d’eau potable, le nettoyage de puits et de réservoirs afin d’améliorer la qualité de l’eau et donc la santé humaine, et l’installation de systèmes d’épuration et d’assainissement dans les maternelles, écoles, hôpitaux et sanatoriums. Une autre partie importante de leurs activités est le travail de sensibilisation aux maladies d’origine hydriques, aux technologies permettant d’économiser l’eau et aux droits des consommateurs.
    Le gaspillage est l’un des principaux problèmes auquel se trouve confronté le secteur de l’eau en Ukraine. Les systèmes d’approvisionnement et les équipements obsolètes, conjugués à une utilisation irrationnelle et non régulée de la part des consommateurs, rendent la situation très sérieuse. En Ukraine, les gens n’ont en général pas de compteur d’eau et n’ont aucune idée du volume d’eau qu’ils consomment. La mise en place de stratégies d’économies d’eau est une priorité importante pour le secteur. Il existe bien un programme gouvernemental d’installation de compteurs d’eau, mais sa mise en œuvre est extrêmement lente en raison du manque d’argent. Depuis 2001, MAMA-86 mène des projets pilotes expérimentaux dans trois villes : Kiev, Odessa et Kharkiv, qui visent à changer l’attitude du public vis-à-vis de l’utilisation de l’eau, avec pour objectif principal de réduire le niveau de consommation. À Odessa, la consommation domestique a baissé de 14% en 2002 grâce aux 74 000 compteurs d’eau installés suite aux activités menées par MAMA-86 dans la ville. Celles-ci incluaient un projet pilote sur les compteurs d’eau, une campagne d’information à travers toute la ville, et un changement de législation locale (dont le projet avait été préparée par MAMA-86) pour simplifier les démarches et réduire les coûts d’installation des compteurs.
    En juin 2003, un plan économique pour la reconstruction du réseau d’alimentation en eau de Soledar (unité administrative d’Artemivsk), basé sur les sources locale, fut élaboré grâce à une collaboration entre Tebodin, le service public d’eau de Soledar, et MAMA-86. MAMA-86 Artemivsk prit en charge la première étape du projet et une grande campagne d’information visant à impliquer les investisseurs et à trouver les fonds nécessaires pour lancer une seconde étape plus coûteuse. Pour cette première étape, la principale tâche était de mettre en place le contrôle technique du projet. MAMA-86 Artemivsk travailla en collaboration avec le service public d’eau de Soledar pour préparer la documentation technique d’appui liée au plan économique. L’une des conséquences de ce projet fut l’introduction de nouvelles formes de collaboration entre organisations publiques, entreprises et administrations locales pour la réalisation de projets municipaux.

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