• Le Problème de l’Eau au Maroc – Marrakech et autres Péchés

    Données sur l’eau au Maroc

    D’après la Banque Mondiale, le Maroc a un des indices d’approvisionnement d’eau et de services sanitaires les plus bas du Moyen Orient et de l’Afrique du nord: 56% d’approvisionnement d’eau et 35% d’assainissement.Ces chiffres se traduisent par le fait que presque deux tiers de la population rurale du Maroc n’a pas d’accès à d’instruments sanitaires aussi élémentaires que des latrines avec citerne. La Banque Mondiale souligne aussi deux données relevantes: l’accès à l’eau potable es de 80% mais l’accès à l’assainissement n’est que de 62%.
    Les municipalités sont les institutions responsables de garantir les services d’assainissement, mais elles manquent de la capacité financière et technique nécessaires. En conséquence, il existe une tendance à négliger et l’hygiène et l’assainissement dans les zones rurales.
    Le Maroc, de la même façon que ses voisins maghrébins l’Algérie et la Tunisie, souffre une situation de stress hydrique. Ceci est dû partiellement aux politiques économiques qui ont sous-estimé et discriminé le problème de l’eau ou qui ont attribué à l’eau une importance limitée à sa valeur dans le commerce extérieur. La priorité donnée à l’agriculture d’exportation ou les privilèges du secteur touristique au sujet de l’eau  sont des exemples de cette attitude économique envers l’eau au Maroc.
    Le cas de Marrakech est particulièrement graphique: les deux millions de touristes qui visitent la ville chaque année consomment cinq fois plus d’eau que toute la population locale, qui s’élève à plus d’un million d’habitants. A la suite de cette gestion inégale, l’accès à l’eau est devenu plus difficile pour la population rurale et les nappes phréatiques souffrent d’une exploitation excessive.

    Privatisation de l’eau au Maroc

    Il existe au Maroc depuis le milieu des années 90 une tendance généralisée vers la dérégulation, la privatisation et l’ouverture au grand capital étranger à la gestion de services traditionnellement publics. Les secteurs fondamentaux de l’éducation et de la santé ont vu augmenter la présence de capital privé, de la même manière que la gestion de l’eau a été mise graduellement dans les mains de sociétés privées.

    Le cas du village de Ben S’mim

    Un exemple descriptif de cette tendance vers la dénationalisation est le cas du village de Ben S’mim, au Moyen Atlas. Les habitants de Ben S’mim se sont manifestés à plusieurs reprises contre la privatisation de leur source d’eau, qu’ils considèrent une spoliation d’un bien communal. Une corporation privée essaye d’acquérir la source et de mettre l’eau en bouteilles pour son ultérieure commercialisation.
    De même, la population de Ben S’mim a lancé un communiqué dans lequel elle exige l’interruption du projet, l’annulation du procès contre 12 villageois accusés de se manifester contre ce projet et l’adoption d’une vraie politique de développement de la région qui leur permette de sortir de la marginalisation et de la pauvreté absolue dans lesquelles ils sont plongés.

    Le cas Lydec à Casablanca

    Un deuxième exemple de cette tendance vers la privatisation de la gestion de l’eau et de l’assainissement au Maroc est le cas de deux grandes corporations françaises qui ont été chargées de la distribution de l’eau et de l’électricité et des services d’assainissement de trois des principaux centres urbains du Maroc: Casablanca, Rabat-Salé et Tétouan-Tanger.
    Le cas de l’entreprise française Lydec, chargée de la gestion de l’eau et de l’assainissement à Casablanca, est un cas particulièrement illustratif des problèmes que présente la gestion privée de ces services. L’entreprise a manqué plusieurs des engagements contractuels qu’elle avait souscrits avec la collectivité urbaine, elle a échoué dans sa gestion, elle a dépensé une quantité d’argent bien supérieure è celles qui avait été accordée et elle a même réalisées des actions frauduleuses.
    Tout d’abord, seuls 1250 branchements annuels furent effectués entre 1997 et 2007, alors qu’à l’origine le chiffre accordé sur le contrat était de 10.000 branchements.
    Ensuite, l’opinion publique critique durement le fait que le coût du branchement, qui s’élève à presque €800, est absolument exorbitant pour des gens dont les revenus moyens sont de €1600 par an. En outre, dans les zones suburbaines, où l’eau et l’assainissement sont le plus nécessaires, les revenus sont encore plus bas. Cette donnée contraste avec les chiffres d’affaires combinés des compagnies privées chargées de la gestion privée des trois centres urbains: leurs bénéfices ont atteint les 8 billions de dirhams, à peu près 704 millions d’euros, ce qui correspond à entre 2 et 2.5% du PIB du Maroc.
    De même, l’investissement auquel Lydec s’était engagé contractuellement est resté déficient: des 3.815 billions de dirhams accordés, l’entreprise n’a  déboursés que 2.074 billions de dirhams, soit 54% du total convenu.
    Finalement, en ce qui concerne les actions délictueuses, Lydec a distribué des bénéfices avant l’année 2009, qui était la date stipulée dans le contrat. En fait, entre 2003 et 2006, Lydec avait déjà distribués 560 millions de dirhams. De plus, Lydec a enfreinte la loi en transférant de manière non justifiée 678 millions de dirhams, soit 85% du capital prétendument apporté par Lydec, à actionnaires et fournisseurs à l’étranger.

    Conclusions et solutions

    Plusieurs associations et institutions, parmi lesquelles se trouve l’Association pour le Contrat Mondial de l’Eau du Maroc (ACME-Maroc), considèrent ces cas comme des exemples d’une approche erronée de la part des administrations marocaines. La ACME critique ce que à leur avis est une politique économique abusive et inefficace qui transforme les citoyens en des consommateurs. En considérant que l’état est incapable de gérer l’eau et que seulement le marché peur administrer les nouvelles méthodes nécessaires pour une distribution efficiente de cette ressource, les responsables politiques ne font qu’aggraver, de fait, les problèmes déjà critiques du manque d’eau et de services d’assainissement.
    Ces organisations exigent que l’accès à l’eau soit considéré comme un droit humain fondamental et que sa distribution soit organisée comme un service social et non comme une affaire réglé par les lois arbitraires de l’offre et la demande. De même, elles s’opposent aux décisions du Forum Mondial de l’Eau, dictées par les grands holdings privés de l’eau du monde, et exigent du gouvernement marocain une attitude critique envers ces intérêts économiques.
    Elles proposent également que la promotion d’activités liées à la production et à la distribution de l’eau soit basée sur une association publique-publique, entre des pays du sud et du nord et entre différents pays du sud. Finalement, ces organisations exigent l’institution de mécanismes vraisemblables pour inclure la société civile dans le suivi et le contrôle des activités des organismes publics, de sorte que les principes de la démocratie participative soient appliqués.
    L’ACME suggère plusieurs solutions, tels que la réduction à court terme du gaspillage et la réorientation des secteurs de production vers des utilisations plus économes et moins polluantes de l’eau, et dans l’agriculture et dans les secteurs touristique et industriel, en particulier dans l’industrie pétrochimique.
    En dernier ressort, certaines associations proposent comme solution déterminante le retour à la gestion de l’eau aux mains des municipalités, en suivant l’exemple de plusieurs pays du nord, de sorte que le droit à l’accès universel à l’eau et à l’assainissement public soir garanti.

    Si la problématique de l’eau au Maroc vous intéresse, je vous conseille de visiter le pays pour pouvoir connaître les problèmes et explorer les solutions de première main. Vous pouvez loger dans un des nombreux hôtels de Marrakech, ou dans les traditionnelles riads de Marrakech, qui se trouvent au cœur de la médina. Une fois que vous serez au Maroc, vous pourrez contacter l’AMC-Maroc ou même collaborer dans certains des projets de cette organisation.
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