• Le stress hydrique

    1.  c’est quoi ?

    Le stress hydrique désigne les périodes durant lesquelles la demande est supérieure à la quantité d’eau potable disponible. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) parle de stress hydrique dès lors que la disponibilité en eau, par an et par habitant, est inférieure à 1 700 m3. Selon les Nations Unies, environ 3 milliards de personnes devraient être confrontées à un stress hydrique d’ici 2025


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    2. L’Afrique est-elle touchée par la pénurie d’eau potable ?

    Afrique est concernée, comme d’autres continents. Les États-Unis par exemple sont en état de stress hydrique chronique, et le sud de l’Australie souffre gravement de pénurie d’eau. Par ailleurs, l’ONU indique que la demande d’eau douce devrait croître de 40 % d’ici 2050 et qu’au moins une personne sur quatre vivra dans un pays où le manque d’eau douce sera chronique ou récurrent.
    L’explosion démographique en cours en Afrique, qui doublera sa population d’ici là, va faire exploser les besoins. L’Afrique et l’Asie, continents qui devraient abriter 80 % de la population mondiale à l’horizon 2030, sont les régions qui vont probablement connaître le plus de stress hydrique du fait de ces tensions graves sur l’eau, en particulier en Afrique du Nord et en Afrique australe.
    Une étude publiée par la revue Nature, en janvier 2018, indique que presque un tiers des villes dans le monde pourrait manquer de l’eau dans les 7 ans à venir, à cause du changement climatique, créant des conflits d’usage avec l’agriculture. La ville du Cap, en Afrique du Sud, a ainsi connu trois longues années de sècheresse à partir de 2015. Elle a dû instaurer des mesures drastiques de réduction de la consommation, et a failli se retrouver en situation de pénurie totale. Heureusement qu’en février 2018, la pluie s’est remise à tomber…

    3. Le réchauffement climatique aggrave-t-il la situation ?

    Le lien, entre réchauffement climatique et le grand cycle de l’eau (évaporation, saturation, condensation et précipitations), est unanimement reconnu par les scientifiques, y compris dans le dernier rapport des experts du Giec (Groupe Intergouvernemental des Experts du Climat). Localement, les conséquences dépendent de nombreux facteurs et ne sont pas toujours évidentes à prévoir. Globalement cependant, on sait que le réchauffement modifie le cycle hydrologique. Résultat : l’évaporation est plus massive, l’air absorbe plus d’humidité et les précipitations deviennent plus nombreuses et plus intenses, provoquant ici des inondations et ailleurs des sècheresses. Les études indiquent que les régions d’Afrique particulièrement touchées seront l’Afrique du Nord, l’Afrique de l’Ouest et l’Afrique australe. De multiples politiques d’adaptation devront donc être mises en œuvre.

    4. Au fait, l’eau potable c’est quoi ?

    Une eau est dite potable lorsqu’elle peut être consommée sans le moindre risque pour la santé. Pour être potable, l’eau doit garantir un certain nombre de propriétés : être inodore, incolore et sans saveur. Elle ne doit contenir ni bactéries ni virus, et ne pas dépasser la quantité de substances chimiques autorisées (métaux lourds, nitrates, hydrocarbures, pesticides). Sachant que les experts et scientifiques s’accordent à reconnaître que ces substances chimiques, même consommées à de très faibles quantités, finissent par avoir des conséquences sur la santé, à terme. Ainsi, en tant qu’autorité internationale chargée de la santé publique et de la qualité de l’eau, l’OMS dirige les efforts mondiaux de prévention de la transmission des maladies d’origine hydrique. À cette fin, elle produit des normes internationales sur la qualité de l’eau et sur la santé humaine, sous la forme de directives qui servent de base à l’élaboration de règles et de normes partout dans le monde.

    5. Quelles sont les conséquences de la pénurie d’eau ?

    Le manque d’eau potable a des conséquences sur tous les secteurs d’activités et sur toutes les catégories sociales. Selon l’OMS (Organisation mondiale de la santé), en 2016, près d’un milliard de personnes dans le monde n’avaient pas accès à une source d’approvisionnement en eau potable et un individu sur trois n’avait pas accès à des installations sanitaires (toilettes ou latrines), de même qu’un tiers des hôpitaux et des cliniques. Conséquences de cette réalité, les maladies diarrhéiques (choléra), provoquées par la consommation d’une eau non potable et de mauvaises conditions d’hygiène, ont causé plus d’un million de décès dans le monde en 2018. Ces maladies représentent la troisième cause de mortalité dans les pays en développement et la septième dans le monde.
    Parmi les causes de la pénurie d’eau, il y a également la difficulté à accéder à une source naturelle, du fait des distances généralement trop longues à parcourir. En outre, le coût financier pour obtenir une source d’eau fiable peut s’avérer dissuasif. Conséquence : ce sont généralement les femmes et les enfants qui, en Afrique, s’attèlent à fournir de l’eau à la famille. Ils perdent donc l’essentiel de leur temps à chercher de l’eau au lieu d’aller à l’école ou au travail. La lutte pour l’approvisionnement en eau induit des tensions sociales (avec des risques de conflits) et économiques (avec des impacts sur l’agriculture et le développement), parfois accompagnées de violences.

    6. Pourquoi le Maroc, comme d’autres pays, mise-t-il désormais sur les eaux « non conventionnelles » ?

    Les ressources en eau non conventionnelles sont les eaux usées traitées, les eaux saumâtres dessalées, les eaux de recharge artificielle des nappes souterraines et la récupération des eaux de pluie. L’exploitation de ces ressources entre généralement dans la stratégie nationale des États pour la mobilisation des ressources en eaux face à la pénurie ou à la rareté de l’eau.
    Ainsi le Maroc a-t-il adopté, depuis les années 1960, le dessalement d’eau de mer pour la consommation des ménages en eau potable.
    Le Royaume chérifien a même annoncé, lors du 8eForum mondial de l’eau, à Brasila, au Brésil, en mars 2018, un recours plus important aux ressources hydriques non conventionnelles. Charafat Afilal, la secrétaire d’État marocaine responsable de l’Eau, a dévoilé les nouveaux objectifs du pays en la matière : « Le Maroc est un pays impacté par les changements climatiques et il ne peut se limiter uniquement aux précipitations. Il faut s’ouvrir sur les autres ressources qui ne sont pas affectées par ces changements comme le dessalement de l’eau de mer ou encore la réutilisation des eaux usées épurées. »
    De même, pour l’Émirat d’Ajman, Veolia a conçu et développé la réutilisation à 100 % des eaux usées. Le réseau d’assainissement collecte 100 millions de litres d’effluents issus chaque jour des foyers, des entreprises et de l’industrie. Une fois traitée, l’eau est réutilisée pour irriguer les complexes touristiques, les parcours de golf et les fontaines, ou encore les installations industrielles. Un exemple abouti d’économie circulaire.
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    Pour l’Émirat d’Ajman, Veolia a conçu et développé la réutilisation à 100 % des eaux usées.

    7. ReUse : comment réutiliser les eaux usées traitées ?

    Le Maroc, toujours lui, vise la réutilisation (ReUse en anglais) de quelque 325 millions de m3d’eaux usées à l’horizon 2030, ce qui suppose de passer d’une pratique de « traitement et rejet » à des solutions de « traitement et réutilisation », selon les mots de la Secrétaire d’État marocaine responsable de l’Eau. Il s’agit là d’un objectif ambitieux.
    Le Maroc n’est d’ailleurs pas seul à s’engager dans cette voie. Les expériences se multiplient en Afrique.
    Les eaux usées recyclées sont encore majoritairement utilisées dans l’agriculture, pour l’irrigation des plantes, ou l’arrosage des espaces verts. Parfois également pour le maraichage, à condition que le niveau d’épuration de l’eau soit compatible avec cet usage. Enfin, niveau parfait de l’économie circulaire appliquée au petit cycle de l’eau : la potabilisation des eaux usées, grâce à un traitement complexe est également possible.

    8. Quels sont les avantages économiques de la réutilisation des eaux usées traitées pour l’eau potable ?

    Sur des territoires confrontés à la rareté de la ressource en eau, le recyclage des eaux usées en eau potable apporte de nombreux avantages sur plan économique.
    Les eaux usées ont ainsi l’avantage de se trouver précisément là où les besoins en eau potable se font sentir. Ce qui offre un moyen simple et décentralisé d’accéder à cette ressource. Cela évite surtout, en cas de tension sur la ressource, d’aller chercher de l’eau de plus en plus loin et de l’acheminer coûteusement. Car le coût d’installation des canalisations est important, avec la maintenance du réseau et des fuites possibles, qui, partout dans le monde, font perdre de la précieuse ressource.
    Les eaux usées sont aussi la seule ressource qui croît avec les besoins. Dans ce cas-là, plus les populations consomment, plus elles rejettent, plus elles créent de la ressource.
    L’ensemble de ces facteurs permet de rationaliser les coûts et positionne la réutilisation des eaux usées traitées en eau potable comme une solution souvent très avantageuse d’un point de vue économique.

    9. Quels sont les avantages environnementaux de la réutilisation des eaux usées traitées en eau potable ?

    La réutilisation des eaux usées permet de se rapprocher d’un modèle d’économie circulaire particulièrement avantageux pour la protection de l’environnement. Car la réutilisation des eaux usées évite de prélever localement les rares ressources en eau douce.
    Mais, surtout, en multipliant les cycles de traitement de l’eau, elle permet de réduire drastiquement la charge polluante rejetée dans le milieu. Avec moins de polluants rejetés dans le milieu, les eaux naturelles qui restent, quand elles sont prélevées pour la potabilisation, sont plus faciles et moins chères à traiter puisque moins polluées. C’est ce qu’on appelle l’accroissement de la productivité des eaux brutes.

    10. Quels pays dans le monde recyclent les eaux usées traitées en eau potable ?

    Le choix du recyclage des eaux usées en eau potable était une option avant-gardiste au XXe, comme l’était il y a quelques années encore le dessalement. Mais, la demande en eau et le stress hydrique grandissant, cette solution, dont les coûts ont très fortement baissé au début du XXIesiècle, se banalise progressivement. Pionnière absolue en matière de recyclage des eaux usée, la ville de Windhoek, en Namibie, recycle ses eaux usées en eau potable, depuis… 1968. Et une nouvelle usine de recyclage des eaux usées a été mise en service en 2002, qui met en œuvre des technologies de pointe apportées par Veolia.
    L’agence de l’eau du comté d’Orange, près de Los Angeles, en Californie, aux États-Unis, a également choisi la solution du retraitement des eaux usées pour les rendre à nouveau potables. Idem pour la ville de Goulburn en Australie.
    Singapour s’est également lancée sur cette voie. Aujourd’hui, près de 30 % de l’eau potable de la cité État du sud-est asiatique sont issue des stations de retraitement des eaux usées.
    Plus récemment, la société d’assurance sud-africaine, Old Mutual, basée au Cap, a carrément quitté le réseau d’eau potable de la ville pour assurer seule l’approvisionnement en eau potable de ses 9 000 salariés via le recyclage des eaux usées.


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